Cette note reste dans la série des « Compléments aoûtiens », car les photos ont été prises à cette occasion, mais elle risque de n’intéresser que moi. On pourra constater que si j’aime bien être à la page, je ne déteste pas le « rétro ».
Quand on pêche au lancer, en particulier aux leurres lestés, les poissons carnassiers (le brochet, le sandre, la truite…), le matériel a son importance. La canne à anneaux d’abord, qui doit être équilibrée, de longueur appropriée, suffisamment nerveuse sans être trop raide, d’action correcte (de pointe, semi-parabolique ou parabolique à la manière des queues vaches – une horreur), de puissance adéquate (capacité en grammes minimum et maximum à propulser des poids), tout en étant relativement légère. Il fut un temps où de telles cannes étaient en bambou refendu (aujourd’hui pratiquement introuvables sauf pour les cannes à mouche, hors de prix et nécessitant des conditions de stockage et d’entretien rigoureuses). Puis il y eut des cannes en métal, courte ou dont le scion était un fleuret, avec le « nerf » que cela suppose, la fibre de verre seule ou en mélange avec des alliages d’aluminium. La fibre de verre pleine, c’est lourd, alors on a en a fabriqué des cannes davantage sophistiquées, plus ou moins creuses dans ce matériau ou en association avec des fibres phénoliques. J’ai commencé à pêcher au lancer très jeune (avant l’âge de 7 ans) avec des cannes en fibres de verre. Adolescent, mon père m’avait acheté une canne dont le matériau était en partie en fibre de carbone (le carbone pur était inabordable), canne que je possède toujours et est encore en bon état, même si je ne m’en sers plus guère. J’avais ensuite acheté une canne plus longue et plus puissante, mais quelques années après, lors d’une « bataille », j’en avais brisé le scion, que j’avais remplacé par un scion un peu plus court. Un jour que mon père me l’avait empruntée, elle finit sa vie dans un tour d’adresse de portière de voiture. Depuis, j’ai une remplaçante en fibre de carbone haute résistance, très légère, d’action impeccable, sans doute la canne idéale quand je l’utilise à l’étang du dragon terrassé.
Mais il y a aussi les moulinets. Sans doute plus encore que la canne, le moulinet utilisé pour la pêche des carnassiers au lancer, ne supporte pas énormément la médiocrité. Depuis les années 1960, mon père utilisait des moulinets de la marque Mitchell, marque française qui produisait à Cluses en Haute-Savoie (lien avec l’industrie horlogère).
La première photo montre un Mitchell 300, sans manivelle ni bobine (mais il pourrait être facilement remis en état de marche). Le carter est ovoïde (une forme typique de la marque). Ce moulinet a été commercialisé pour la première fois en 1948 et le sera pendant 50 ans ! Au fil des années, des améliorations ont été progressivement apportées. Ainsi, on peut dater les moulinets en fonction de quelques détails mécaniques ou esthétiques. Celui-ci est des années 1960. Il a servi jusque dans les années 1990.

Le Mitchell 350, récupérant 75 cm de fil à chaque tour de manivelle au lieu de 60 pour le 300, est exactement de la même taille. Celui-ci date des années 1970, avec une manivelle échangée dans les années 1980. Il s’agit d’un moulinet que j’ai beaucoup utilisé pour la pêche au lancer depuis les années 1970 jusqu’à la fin des années 1980. Mon père et moi avons utilisé deux autres modèles identiques ou presque, pour d’autres pêches (carpe, brochet au vif, truite). Deux de ces moulinets sont encore parfaitement fonctionnels.

Voici le Mitchell 300 Pro, dans son édition spéciale « Anniversary Edition » (pour fêter les 50 ans passés du modèle 300), apogée de ce moulinet français, déjà pourtant complètement désuet à sa sortie (1989) et quand je l’ai acheté au début des années 1990. Outre la poignée en bois qui signait les modèles « pro « de la marque à l’époque, il dispose d’un anti-retour plus performant et silencieux, d’un roulement à aiguilles et surtout d’engrenages en bronze (au lieu de ceux en alliage aluminium utilisés dans les modèles ordinaires), gage de solidité supérieure. Et bien que qualifié de « 300 », il récupère comme un 350. Il s’agit d’un excellent moulinet que j’ai encore utilisé il y a peu pour la pêche de la carpe, bien qu’il soit en théorie sous-dimensionné pour capturer des poissons de plus de 10 kg. Je pense qu’actuellement, un tel moulinet ne doit être utilisé que par de vieux pêcheurs ou être en boîte ou en vitrine chez des collectionneurs (c’est en effet un objet de collection).

Voici à présent un moulinet, toujours 100 % français, conçu dans les années 1980 et acheté autour de l’année 1989-90. Il s’agit du Mitchell 5540 RD Pro « full control ». La poignée en bois signe une version pro et donc des pignons et axes en bronze. Le carter n’est plus ovoïde et la matière n’est plus en aluminium ou alliage d’aluminium, mais totalement en graphite. Le frein n’est plus sur l’avant (bobine), mais à l’arrière (molette). Enfin, une gâchette, le « full control » fait son apparition : il s’agit d’un frein additionnel permettant de contrôler la tension du fil lorsqu’un poisson est ferré. Il s’agissait d’une importante innovation à l’époque, mais qui l’est moins à présent avec les progrès accomplis depuis sur les freins. J’ai utilisé ce moulinet pour la pêche au lancé de manière assez intensive et il reste tout à fait opérationnel.

Un autre « full control », le 5570 RD, bien plus gros que le précédent (et bien plus lourd) pour la pêche à la carpe, acheté en 1988. Bien que n’appartenant pas à la série « pro », il est aussi doté d’engrenages en laiton. C’est un véritable treuil, increvable. Pas de pêche au lancer avec cet engin, sauf à pêcher de gros saumons avec une canne adéquate.

Je reviens un petit peu en arrière avec ce Mitchell 306 A (modernisation du 306 tout court), qui est presque de la taille du précédent. Une sorte de gros 300, mais dont la conception est un peu moins ancienne (les engrenages ne sont pas les mêmes et pas disposés de la même manière). Celui-ci date des années 1980, mais je ne l’ai acheté d’occasion que l’an dernier pour pêcher la carpe. Pour que j’achète un objet de près 20 ans, il fallait que je sois sûr de mon coup, mais son état est quasi celui d’un neuf. Je pense être une des rares personnes qui achètent de tels engins pour en faire autre chose qu’une collection.

Avec ce moulinet, on fait un pas dans les années 2000, époque à laquelle la marque Mitchell est 100 % américaine et les moulinets produits en Chine (les précédents venaient tous de Cluses). Il s’agit du 306 X, sorte de réminiscence sans doute pour les faux nostalgiques du 306 (A). Pas de carter ovoïde, mais frein à l’avant sur bobine enveloppante. Un bon moulinet doté de plusieurs roulements à billes, mais sans doute pas aussi increvable que le 306 d’origine. Je pêche la carpe avec.

Enfin, voici le 300 X Gold. Entre la couleur, le nom trahit la version haut de gamme du 300 X, plus haut de gamme que le « pro » et le 300 X tout court. Il est doté de la poignée en bois, de 10 roulements à billes, mais ne comporte pas de pignons en bronze ou en laiton. Pour cette production chinoise, on n’est pas dans la qualité accessible et à toute épreuve que pouvait offrir un 300 Pro des années 1980, mais davantage dans la cosmétique, même si depuis que je l’utilise à la pêche au lancer, il est d’une incroyable douceur de fonctionnement. Toutefois, si je l’utilisais davantage et le maltraitais un peu, il aurait sans doute souffert. Un peu la conséquence des productions à obsolescence programmée. Actuellement, pour trouver la vraie qualité haut de gamme, il faut se tourner vers des productions japonaises « high tech » hors de prix. Et plus aucun moulinet de série n’est produit en France.
