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Cornus rex-populi
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14 juin 2008

Le Cépiau (1)

Voici, en première mondiale, le premier et court épisode d’une insignifiante et maladroite fiction. Mes lecteurs me pardonneront-ils ?

Le Cépiau était un homme assez petit, osseux, non pas maigre, mais il possédait un squelette saillant. Il était loin de disposer d’un corps « bodybuildé » et prétentieux, ce qui ne l’empêchait pas d’avoir des muscles d’acier. Pour s’en assurer, il fallait l’avoir vu enfoncer des piquets de clôture à la masse ou abattre un vieux châgne de pian à la cognée. L’hiver habitait en lui puisqu’il était presque systématiquement habillé de gris, des vêtements non pas gris par essence, mais qui s’étaient délavés en cette couleur à force d’exposition aux intempéries. L’avait-on vu un jour arborer des vêtements neufs ? Personne au village ne le savait. Et puis, il y avait ce chapeau de feutre noir qu’il portait en permanence et qu’il lui avait valu son nom. Un chapeau à larges rebords qui lui permettait de se protéger à la fois des pluies froides et des rayons brûlants du soleil estival.

Le Cépiau était un homme sans âge, c’est-à-dire que parmi les villageois, personne n’était en mesure de lui donner un âge. Cela s’expliquait par son allure, ses vêtements qui le vieillissaient incontestablement. De plus, comme il passait une bonne partie de son temps en plein air, à travers les bois, le bocage, le long des rivières, par tous les temps, le soleil et la pluie, malgré les rides creusées, avaient poli sa peau. Cependant, tout bien pesé, on s’accordait à penser qu’il devait avoir une quarantaine d’années. Le Cépiau avait un visage plutôt fin, avec de grands yeux gris clair. Avec ses sourcils noirs et épais, cela lui donnait un air extrêmement sévère et ce regard lui permettait de fusiller tous ses adversaires potentiels. Il disposait aussi d’un nez assez grand mais élégant, légèrement busqué. Ce nez était un de ses outils indispensables à l’exercice de ses talents puisqu’il avait un odorat extrêmement développé.

Le Cépiau habitait Les Ravatins, une ferme isolée à l’orée de la forêt. Une immense forêt sombre où seuls les bûcherons et les chasseurs osaient s’aventurer. Pour arriver chez lui, il fallait emprunter un long chemin de terre plus ou moins bien empierré et où les ornières étaient fréquentes et ralentissaient la progression des voitures. En contrebas, coulait la Canche, une magnifique rivière qui serpentait parmi les grandes prairies du Comte et où paissaient dans l’herbe toujours verte, plusieurs troupeaux de charolaises.

Le Cépiau avait un atelier au village, il était ébéniste (dans son jeune âge, il avait été compagnon du tour de France). Il ne faisait qu’y travailler, notamment les quatre premiers jours de la semaine. On ne savait jamais où il se trouvait entre son atelier, son domicile, la visite à ses clients, les déplacements avec les marchands de bois et même l’ingénieur des eaux et forêts lorsqu’il s’agissait d’aller choisir un arbre sur pied. Il se déplaçait indifféremment à vélo, en cyclomoteur, en camionnette, et bien souvent à pied. Bref, il était insaisissable. Le seul instant où on était sûr de le trouver, c’était le lundi matin à son atelier. Et le reste du temps, il exerçait une autre activité clandestine. Non pas une activité criminelle, non pas une activité rémunératrice, mais une activité néanmoins répréhensible.

A suivre.

* châgne : chêne, le plus souvent, dans cette situation, Quercus robur L. (Chêne pédonculé).

* pian : synonyme de bouchure, haie.

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16 mai 2008

Un grand monsieur

Lorsque j’ai commencé à travailler, dans un cadre professionnel, sur la flore et la végétation de la Loire, j’étais assez dépourvu de ressources bibliographiques et les bibliothèques à ma disposition étaient plutôt nulles. Après m’être renseigné auprès des personnes les plus compétentes, je prenais contact avec une personne qu’on m’avait présenté comme un « vieux monsieur », un professeur de botanique à la retraite. Au téléphone, j’eus quelqu’un de fort sympathique qui me donna beaucoup de pistes et surtout m’envoya de nombreux tirés à parts d’articles dont il était l’auteur ou le co-auteur. J’entrepris alors une correspondance suivie et pointue avec lui. Plus d’un an après, je le rencontrai à l’occasion d’une journée sur le terrain. Je fus impressionné par la science de ce vieil homme, par sa modestie, par sa douceur. Personnellement, alors que je me croyais déjà très fort, je me sentis tout petit à côté. J’ai alors pris conscience des marges de progrès qui me restaient à accomplir. Toutefois, le vieil homme m’avait pris en sympathie. L’année suivante, je suis allé à sa rencontre chez lui à L. C./L. Avec son épouse, il m’accueillit tel un prince. Ces gens-là étaient d’une extrême gentillesse. Il avait un réel intérêt pour mon travail et il souhaitait me faire découvrir ses connaissances. Cette fois, il m’emmena voir les grèves de la Loire qu’il arpentait encore avec vigueur et passion. Je fus encore une fois très impressionné. Les années qui suivirent, même très éloignés l’un de l’autre, nous nous rencontrâmes à plusieurs reprises tous les ans. Mes journées passées à L. C./L. étaient toujours aussi merveilleuses. Peu à peu, s’était installée une certaine complicité entre nous. Il m’a aussi aidé dans mon travail de thèse. Bien que n’ayant pas assisté à ma soutenance, il a été l’un des premiers à me féliciter. J’ai appris son décès ce matin à l’âge de 86 ans, soit 6 ans jour pour jour après la soutenance de ma thèse. Un peu de ma Loire s’en est allée avec lui.

29 avril 2008

Vacances britto-normandes (7) : rencontre belle-maternelle

Le lendemain matin, le lever se fait en douceur. Je tombe (à croire que c’était fait exprès) sur une brochure vantant les mérites du projet de centrale nucléaire de Plogoff (projet dont Madame K. nous avait parlé il y a quelques temps et que j’ignorais jusqu’alors). Le document date de 1979. Je le lis intégralement et malgré ses presque 30 ans d’âge, j’y retrouve les mêmes poncifs du lobby nucléaire. Je dis ça alors que moi-même, je ne fais pas partie des anti-nucléaires verbeux ou pseudo-idéalistes (pour être clair, je ne suis pas pro-nucléaire non plus). Je suis quand même effaré par ce que je lis et je prends conscience que par certains côtés (prise en compte de l’environnement), c’était la préhistoire et par d’autres, que presque rien n’a changé. En définitive, de quoi être démoralisé, même si le projet ne s’est heureusement jamais concrétisé pour de bon. Gloire à ceux qui l’ont combattu, que les raisons de la lutte aient été bonnes ou mauvaises. Pour me consoler, je suis tombé sur un Asterix que je me suis, pour une fois, dépêché de lire avant de quitter les lieux.

Après le petit-déjeuner, direction Quimper. Nous n’avions pas de nouvelles de la môman de S. qui s’était fait opérer la veille de la cataracte. Nous lui téléphonons chez elle : rien. Nous décidons donc d’aller à sa rencontre à la clinique. Quand nous arrivons, elle est déjà partie. Nous la rejoindrons chez elle. Arrivés sur place, S. lui téléphone. Elle est à des années-lumière de penser que nous puissions être là. Cela faisait si longtemps que nous l’avions pas vue (depuis le mariage). Nous allons finalement passer une partie de la journée avec elle. S. est heureuse. Son bonheur est partagé par tous les trois. Nous partons finalement pour la Normandie. J’avais en effet projeté une escale optionnelle à Étretat. Il est trop tard pour arriver jusqu’en Haute-Normandie. Nous faisons donc escale à Caen. Le choix hôtelier est restreint : nous testons pour la première fois « B&B » dans une chambre pour 4 imposée au prix majoré. A ce prix là, on constate que les concepteurs de l’espace « WC-salle de bain » ne devaient pas bien être dans leur assiette quand ils ont dessiné les plans : du grand n’importe quoi pour aller aux toilettes en rampant sous le lavabo.

25 mars 2008

Désensibilisation

Voici une note dont j’ai déjà évoqué çà et là quelques éléments. Les voici remis de façon plus cohérente. Désolé de faire encore une note pas drôle et un peu nombriliste.

Dans le milieu de la matinée du 31 juillet 2000, je décide d’aller faire un petit peu d’élagage dans un sentier forestier. Mon père m’accompagne. Pour ce faire, je me suis muni d’une tronçonneuse. Tout se passe bien, le travail ne devant pas durer au delà de midi. Au bout de quelques minutes, alors que je coupe des branches basses d’épicéa, je ressens une piqûre au pli du genou gauche. Rien, d’alarmant, un aiguillon de ronce aura traversé le pantalon, comme cela arrive si souvent. Puis, ça me pique à nouveau. A cet instant, je m’aperçois que j’ai mis le pied sur un nid de guêpe qui se trouvait à même le sol. Je me ferai piquer à 6 endroits (par 6 guêpes) sur les jambes, un bras, la main. Dès cet instant, ma réaction est telle que je me coupe le pantalon (heureusement, que le pantalon) avec la tronçonneuse. Je la pose sans même prendre le soin de l’arrêter. Sans demander mon reste, je saute dans la voiture de mes parents pour regagner la maison, laissant mon père seul (j’irai le rechercher peu après). A la maison environ 5 min après, je me munis d’un « aspivenin »*. La douleur est vive et je crois ainsi l’atténuer. Peine perdue, le venin a largement eu le temps de diffuser. Enfin, rien d’alarmant, je me suis déjà fait piquer par des guêpes une bonne quinzaine de fois.

Au bout d’une heure, le feu du venin s’est à peine dissipé mais je commence à rougir sérieusement (utricaire géant en train de s’étendre). Mais je ne m’affole pas. Quelques minutes à peine après ça, j’ai l’impression que mes conduits auditifs enflent de l’intérieur. Quelques instants plus tard, je me regarde dans la glace et je me rends compte que mon visage présente une bande centrale enflée : impressionnant. Ma mère commence à devenir très inquiète et moi aussi. Elle me dit qu’il faut aller à l’hôpital sans tarder. Elle m’accompagne, mais c’est moi qui conduit : une erreur qui aurait pu m’être fatale car entre la maison et l’hôpital, il y a une route très pentue et sinueuse. Arrivés aux urgences, je commence à ressentir de curieuses sensations pulmonaires : je continue à respirer normalement, mais je me sens oppressé. Le médecin en me voyant ne s’affole pas outre mesure. Je lui explique très brièvement que cela fait bien une heure et demie que je me suis fait piquer. On m’installe sur la table d’examen. On va me perfuser pour plus de facilité. A l’instant où l’on me pique le bras, ma vue se trouble (c’est la première fois que cela m’arrivait ainsi). Je ne sais pas comment ils ont fait, mais ils m’ont remis en route à coup d’adrénaline. Ils m’ont mis un masque à oxygène et m’ont mis sous monitoring. Cela va mieux. Cela ne dure pas. Je commence à étouffer, d’abord de façon modérée. Ma vue ne se trouble plus, mais je sens que la nuit tombe (il est environ 13 heures et il fait un magnifique soleil). Ma mère est près de moi. J’ignore ce qu’elle me dit à ce moment là à part démentir que la nuit ne tombe pas. Je recommence à étouffer de façon violente alors que je suis déjà sous oxygène. Je crois qu’à cet instant j’ai reçu une nouvelle dose d’adrénaline qui a fait que la nuit n’est pas tout à fait tombée. J’étouffe, c’est horrible. Un médecin me dit « ça va aller, on vous soigne ». Et moi je vois bien que ça ne va pas, mais je m’accroche à ce qu’il me dit. Pendant ce temps là, je reçois des corticoïdes et des antihistaminiques à doses de cheval. A un moment donné, je ressens un léger mieux. Puis cela va de mieux en mieux. Mais j’ai transpiré à un point. J’ignore combien de temps a duré ma crise (choc anaphylactique), mais quand on étouffe chaque seconde paraît une éternité.

Au bout d’une heure (environ), je me sens très fatigué mais de nouveau très en forme. Je crois que l’on va me laisser repartir. Eh bien non, on me garde en observation pour 24 h, toujours avec mes branchements. J’enrage. On continue de m’administrer des médicaments par l’intermédiaire de la perfusion. Le soir venu, on diminue la fréquence des prises automatiques de tension (toutes les heures désormais). Je tente de m’endormir, c’est ce que je fais, mais l’appareil se met en alarme. L’infirmier n’a rien entendu. Il devait regarder la série « Urgences » (véridique). Quelques temps plus tard, même chose et cette fois-ci, il accourt. Tout va bien, mais l’appareil est réglé de façon trop sensible : à l’instant où je m’endors, le taux d’oxygène dans le sang diminue et l’alarme se met en route**. L’infirmier me demandera le lendemain si je n’étais pas fumeur. Cela et les prises de tension ont fait que je n’ai pas dormi de la nuit. Le matin, des cris de vieux séniles dans les couloirs (eh oui, il y a ça aussi aux urgences). On m’oublie pour le petit-déjeuner (j’étais dans une chambre spéciale). A midi, j’ai droit à mon repas. Je me fais gentiment remonter les bretelles par le médecin de la veille. Il me dit que je suis passé à deux pas de la correctionnelle et que j’aurais dû me rendre immédiatement à l’hôpital après m’être fait piquer. Et si cela se reproduisait (une simple piqûre), j’aurais peut-être moins de 10 min pour réagir. Il ne sut pas que j’avais conduit avant d’arriver aux urgences et qu’à quelques minutes d’écart, j’aurais pu me retrouver au fond d’un ravin.

Alors, évidemment, cela fait réfléchir (pas immédiatement, on se rend compte de la gravité qu’au bout d’un certain temps). On me conseilla fortement d’aller voir un allergologue. Je le fis à Tours. Puis j’eus des tests à l’hôpital. Compte tenu du côté contraignant de l’affaire, ce n’est qu’en juin de l’année suivante que commença ma désensibilisation. La première séance fit l’objet d’une hospitalisation de 24 heures. Ce fut assez éprouvant : j’avais alors des épaules qu’auraient enviées le dernier champion français de natation. La seconde séance, toujours à l’hôpital, fut plus légère. Enfin, mon médecin accepta de me faire les piqûres mensuelles, non sans certaines précautions. Tout se passa bien. On me dit au départ que mon traitement durerait 3 ans, puis 3 à 5 ans, puis 5 à 10 ans. Ce matin, j’ai passé de nouveaux tests. On m’a répété que compte tenu de la gravité de mon cas, je risquais d’en prendre pour perpétuité. Il est vrai que le protocole lillois est différent de la méthode tourangelle. Mais bon. La bonne nouvelle, c’est que je ne réagis plus au venin de guêpe, même à la plus forte concentration. On attendra les verdicts de la prise de sang et du professeur.

* L’« aspinenin » a peut-être une certaine utilité vis-à-vis de la douleur lorsqu’il est utilisé immédiatement et pour une seule piqûre, mais il est parfaitement inutile lorsqu’il est utilisé avec un certain décalage ou lorsqu’on est allergique.

** Je crois que c’est à la suite de cette expérience (mon étouffement et cette fichue alarme) que j’ai commencé à avoir parfois (de moins en moins souvent semble-t-il) la sensation, de croire qu’en m’endormant j’allais oublier de respirer que j’allais étouffer. D’où des réveils successifs. J’ai beau me raisonner, j’ai toujours cette peur d’étouffer qui demeure inconsciemment.

5 mars 2008

Quelques points marquants de ma scolarité (1) : école maternelle

Voici le premier épisode d’une série sur quelques éléments qui m’ont marqués tout au long de ma scolarité.

École maternelle

Mes parents m’avaient inscrit à la petite section de maternelle, mais ils durent me retirer, au moins un certain temps car cela se passait assez mal. J’étais peut-être trop jeune. Je n’ai pas de souvenirs précis mais me souviens encore de salle de classe. Je ne me souviens pas de l’institutrice, comme si elle n’avait pas existé. En revanche, je me souviens de la femme de ménage/aide maternelle que j’ai revue par la suite et qui doit encore habiter près de chez mes parents.

De la moyenne section je me souviens de trois choses :

  • les rituels des siestes et des goûters de l’après-midi qui étaient réalisés sur une serviette de table (je me rappelle des clémentines de ma grand-mère paternelle) ;

  • le canevas grossier que j’avais commencé pour couvrir un coussin et qui avait été terminé comme par miracle par l’instit ;

  • la peinture au doigt : lors de la séance, j’avais été photographié à mon insu ; durant de longues années, ma grand-mère maternelle avait exposé cette photo pourtant très peu représentative puisque je crois que c’est la seule fois où j’avais mis le doigt dans la peinture et que cela ne me passionnait en aucune manière.

De la grande section, je me souviens des timides leçons de vague lecture (quand je vois le niveau actuel demandé dans toutes les matières, je tremble d’effroi tant je me sentais à des années lumière de ce que nous faisions). Il y avait aussi des comptines qui étaient lues. En revanche, plus terrible pour moi, les travaux manuels qui devaient occuper l’essentiel de notre temps. Certains appellent ça « loisirs créatifs ». Comme j’étais très lent à ne rien faire, je mettais dix fois plus de temps que les autres à faire ce qui était demandé. J’ignore si ce que je faisais était plus soigné (ce n’est absolument pas certain). J’étais traumatisé par le fait que mes camarades avaient toujours dix longueurs d’avance. Cela m’avait quelque peu déprimé de sorte que l’instit s’en était émue et en avait parlé à mes parents. Pour corriger le tir, l’instit m’avait avancé les réalisations.

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7 février 2008

Fatigue

Assez régulièrement, je participe à des groupes de travail, groupes d’experts, commissions et autres réunions dans lesquelles on débat, entre autres, de préservation de la nature et de biodiversité dans le cadre de la mise en œuvre future de politiques d’aménagement du territoire ou en faveur de l’environnement.

Dans ces réunions, singulièrement les « groupes d’experts », on est en droit d’attendre d’avoir des experts ou assimilés et des scientifiques ou au moins des spécialistes. Eh bien, cela n’est pas vraiment le cas. Bien qu’il y ait parfois des scientifiques, des universitaires, encore faut-il qu’ils soient audibles et c’est rarement le cas. Il peut arriver qu’il y ait des naturalistes (représentant en général des associations de protection de la nature), mais ceux-ci n’ont pas forcément une formation scientifique ni une expérience rigoureuse dans leur domaine. Souvent, ces naturalistes sont très utiles en réunion, car ils apportent leurs connaissances locales et de terrain et normalement, tout se passe bien. Mais singulièrement depuis le début de l’année, j’ai participé à plusieurs réunions dans le même lieu où j’ai vu débarqué un naturaliste épouvantable. Sous prétexte de sa connaissance des lieux, de sa connaissance des piafs et des insectes, sous prétexte de représenter je ne sais combien d’associations, il se permet de raconter des inepties scientifiques, des horreurs qui heurtent le bon entendement. Pire, ces affirmations péremptoires et sans fondements (il y a peut-être quand même 10 % de choses correctes dans ses propos), il tire contre son propre camps, le discrédite et donne des arguments à ses adversaires. Enfin, il n’est pas à un paradoxe près, et il usurpe ses habits de protecteur de la nature en allant copiner avec certains artisans de la destruction de la nature : l’agriculture et la sylviculture productiviste, entre autres. Bien sûr, en réunion, ces derniers en profitent pour s’engouffrer dans la brèche. Autre fait marquant lors de ces réunions d’experts : dans certaines d’entre elles, on met sur le même plan un agriculteur ou l’élu lambda et un spécialiste de la faune ou de la flore, ce qui pollue presque systématiquement le débat et fait perdre du temps à tout le monde. Pour tout vous dire, je ne suis généralement pas adepte de ces réunions dans lesquelles les voix de la raison ont du mal à s’imposer à chaque fois. Aujourd’hui, par exemple, on a eu droit à l’affirmation suivante : « l’exploitation forestière (autrement dit celle de nature classique c’est-à-dire la sylviculture productiviste) permet une meilleure expression de la biodiversité ». Cette phrase, si elle avait été prononcée par un sylviculteur privé ou par un de ses représentant syndical ou encore par un technicien de coopérative forestière aurait pu être non dénuée de logique partisane même si scientifiquement, elle nie tout ce qui a été démontré par des tonnes de publications scientifiques depuis plus de 30 ans. Non, elle a été prononcée par un « brillant » homme de « haute » formation scientifique, représentant en chef de la forêt publique régionale ! Et bien sûr, si je n’interviens pas quand j’entends des bêtises pareilles, rares sont ceux qui le font à ma place. Enfin, il est remarquable de constater que ces réunions sont souvent noyautées par différents « lobbies » représentant des intérêts particuliers, voire très privés et qui mettent les moyens nécessaires pour se faire entendre. En revanche, l’administration d’État ou des grandes collectivités territoriales, systématiquement invitées à ces réunions et représentantes de tous les intérêts publics est presque toujours absente. Pourquoi ? Parce qu’elle n’a pas toujours les moyens humains suffisants (ou ne les mobilise pas à bon escient, selon les cas) pour déléguer suffisamment de personnes pour participer à de telles réunions. D’une certaine manière, elle compte sur notre présence. Car même si nous avons des compétences scientifiques et techniques suffisantes, nous n’avons pas tout à fait le même poids ni la même légitimité.

En définitive, le fait de participer à ce genre de réunions, ce n’est vraiment pas une partie de plaisir. Le fait de passer pour un empêcheur de tourner en rond n’est pas toujours un rôle facile à tenir, même quand la réputation de rigueur scientifique nous précède. Il n’en reste pas moins que c’est dans ces réunions, aussi bancales et peu valorisantes soient-elles, que se déterminent en amont beaucoup d’orientations des politiques publiques de l’aménagement du territoire. Alors, on se débrouille comme on peut pour instiller le plus possible d’éléments visant à préserver la nature. Mais parfois, c’est fatiguant et c’est très très long avant d’en voir les premiers résultats. Mais je suis néanmoins sûr que ça finira par payer.

3 février 2008

Bizutage

En première année à l’Institut universitaire de technologie à Tours, j’ai connu une forme particulière de bizutage. L’opération s’est déroulée la deuxième semaine de notre arrivée là-bas.

En ce qui me concerne, je n’avais que peu voyagé avant de me retrouver un peu isolé à Tours, à 500 km de mes parents ou de toute autre chose connue. Avec ma timidité encore bien implantée en moi à l’époque, avec ma naïveté, l’affaire ne s’engageait pas forcément très bien pour moi. Bien sûr, je ne savais même pas que nous serions la cible d’un bizutage. Je tiens à préciser que ce bizutage n’a pas versé dans les excès dont on a déjà entendu parler à plusieurs reprises dans les médias, mais je dois quand même dire que c’était une furieuse connerie.

Tout commença par l’affichage sur le tableau d’un cours supplémentaire d’une heure à 18 heures. Ce cours avait été ajouté pour répondre aux nouvelles directives du programme : un cours de physique nucléaire. Le professeur, que nous ne connaissions pas (mais qui n’était pas un imposteur), fit son entrée dans l’amphithéâtre à l’heure prévue. Il commença son cours de façon presque normale. Ce qu’il nous racontait et écrivait au tableau était crédible, réel, mais était exécuté à une vitesse foudroyante. Nous avions tous vraiment du mal à suivre, mais ça se tenait. Au bout de longues minutes, le professeur déclara que ce qu’il venait d’expliquer allait être illustré par un petit film. Le noir total se fit et le professeur disparut. Par l’arrière de l’amphithéâtre cependant, on entendit une clameur, puis une lueur. Des individus, vêtus de blouses blanches et de capuchons blancs façon Ku Klux Klan, avec chacun une bougie à la main. Ils nous encerclèrent. Il s’agissait bien entendu des « camarades » de seconde année. Dès cet instant, débutèrent les petites humiliations stupides de potaches écervelés du genre boire dans un simili pot de chambre, les barbouillages divers à la mousse à raser, à la farine, aux colorants divers dont le bleu de méthylène. Nous fûmes ensuite attachés avec un antivol autour de la tête et tous reliés par une grosse corde, une main attachée avec une autre personne (un garçon et une fille). Nous dûmes déposer nos affaires dans une pièce (cartable, sac, veste et une chaussure) : tout cela afin que nous puissions pas nous échapper avant la fin des « réjouissances ». Ensuite, on nous emmena manger au restaurant universitaire (chacun devant bien sûr payer, même s’il n’y mangeait jamais – moi, j’y mangeais midi et soir). Je ne me souviens plus du menu qui était tout à fait ordinaire, mais je me rappelle très bien que l’on nous empêcha de prendre des couverts (je rappelle que l’une de nos mains était liée). Après avoir mangé quand même, place pour une nouvelle séance d’humiliations ridicules. J’étais à la fois angoissé de ne pas retrouver mes affaires (nous étions environ 130 bizuts), d’avoir encore à subir des conneries pendant des heures voire des jours et en colère de voir ces conneries se poursuivre. Je dois vous dire que j’ai ressenti à ce moment là une grande solitude parmi ces plus de 250 personnes. La soirée devait se poursuivre ensuite dans une boîte de nuit à 2-3 km à peine d’ici. Mais nous avions encore notre antivol autour du coup, impossible à enlever. Il y avait un indice écrit dessus permettant de retrouver notre « maître » quand nous serions en boîte. Le mien (l’indice) était à peu près illisible et je l’avais perdu dans la bataille. On commença à nous rendre une chaussure pour aller en boîte. Ceci fait, je réussis à reprendre mes affaires et je fis en sorte de partir malgré toutes les protestations. Je réussis à téléphoner aux propriétaires de ma chambre d’étudiant et ils étaient inquiets : il se faisait tard et je devais appeler mes parents ce soir là (pas de téléphone portable à l’époque) et comme je ne m’appelais pas, ma mère s’était affolée. Il n’y avait plus de bus (il était environ 23 heures), alors le propriétaire vint me chercher en voiture. Arrivé à la maison, il s’acharna quelques instants pour couper le câble de l’antivol.

Ce que j’avais fait là n’était, paraît-il, pas très « sport » et je n’eus pas de « parrain », en fait une « marraine ». J’étais grillé, l’« intégration » était ratée. Peu m’importait, mais je ne pus bénéficier de son aide. Je n’ai dû compter que sur moi-même et je ne m’en suis pas plus mal porté. Certains ont essayé de me faire passer pour un ours mal léché. Je n’étais pas le seul : une de mes camarades avait très mal réagi face à ce qu’elle avait ressenti comme une agression. A l’époque, mes « collègues » n’avaient pas compris que sa réaction n’était pas si anormale. Je n’étais pas sur la même longueur d’onde que les autres (du moins la grand majorité). Moi aussi, je me suis senti agressé et je n’ai pas ri un seul instant à cette stupide mascarade.

Lorsque je me suis retrouvé en seconde année, la coutume voulait que l’on fasse subir le même traitement que ce que l’on avait subi. Dans mon option, nous n’étions pas très motivés, mais je crois que je fus un des rares à me contenter de faire l’entrée dans l’amphithéâtre avec mon costume et ma bougie. Ensuite, je me suis immédiatement sauvé.

Voilà, pas de quoi casser trois pattes à un canard boiteux, mais c’est quelque chose qui m’a marqué. Mes chers lecteurs ont-ils eu des expériences similaires ?

5 décembre 2007

Agriculture vue du ciel

Hier soir, la télévision publique (France 2) nous a proposé, une fois n’est pas coutume, un programme de qualité et relativement courageux : Vu du ciel « 6 milliards d’Hommes à nourrir » par Yann Arthus-Bertrand. Cette émission faisait le point sur les agricultures dans le monde et en particulier l’agriculture ultra-productiviste et ses épouvantables dérives qui nous détruisent. Cette émission a présenté des faits très ennuyeux que l’on entend très rarement dans les médias parce qu’ils déplaisent fortement aux grandes entreprises multinationales du secteur, voire aux gouvernements. Cette émission fera incontestablement beaucoup parler dans le monde agricole, notamment chez les chantres de l’agriculture intensive du tout puissant syndicat FNSEA à caractère totalitaire. En dehors de la frange de téléspectateurs déjà convaincue, si au moins une partie de la population qui a regardé cette émission pouvait prendre conscience de l’ampleur du problème…

1 décembre 2007

Évocation d'une amitié

Dimanche dernier, nous avons reçu à la maison un de mes anciens collègues (D.) qui nous avait quittés fin 2004. C’est avec un incroyable pincement au cœur que je l’avais vu s’en aller. Je l’avais toujours apprécié, mais je n’avais jamais réellement eu de dialogue personnel avec lui.

Après son départ, il s’était passé à peine plus d’un mois avant que nous n’entamions un dialogue par courriels interposés (des messages peu fréquents, mais souvent très riches et denses). C’est alors que put se développer à distance une amitié que nous n’avions pas pu vraiment amorcer quand nous nous croisions régulièrement au moins une fois par semaine.

Nous avions déjà institué un dialogue très personnel quand se produisit un événement effroyable dont j’ai déjà parlé ici : le suicide d’une collègue. Cela correspond à la période où débutèrent véritablement beaucoup d’évolutions (et de révolutions) dans ma vie intime. D. fut informé, sans doute avec un peu de retard, de beaucoup de ces évolutions. Il constitua même la seule personne de mon entourage qui fut au parfum de bien des choses, en particulier au plus fort de la crise. Mais c’est aussi grâce à son éloignement et parce que je le savais compréhensif que j’avais pu ainsi me confier à lui à ce point.

Cette amitié possède quelque chose de très paradoxal. Sur bien des plans, nous ne possédons pas les mêmes idées, notamment pour tout ce qui touche au spirituel ou à la métaphysique. Évidemment, certains de mes lecteurs ne seront pas surpris par mes côtés « cartésiens » (guillemets plus qu’indispensables) qui ressurgissent encore souvent malgré moi. D. n’a pas du tout cette approche de la vie, baigné qu’il est dans des affaires souvent très ésotériques. Bref, une amitié entre la carpe et le lapin, entre l’eau et le feu. Eh bien, aussi curieux que cela puisse paraître, j’ai mis beaucoup d’eau dans mon vin et j’ai même trouvé dans les idées de D. sans doute une certaine logique. Une logique que je ne partageais pas et que je ne partage toujours pas, mais que je sais empreinte d’une vraie générosité, d’une vraie volonté d’harmonie des corps et des esprits et surtout une gentillesse, une capacité d’écoute qui font triompher bien des choses.

D. possède à présent un mode de vie, qu’il doit sans doute beaucoup à ses parents. Sa vie relève d’une certaine philosophie qui ne lui coûte pas : il vit dans une quasi harmonie qui fait plaisir à voir.

D. a donc logé à la maison presque toute la semaine et a passé ses journées à fouiner dans la littérature rubologique (ce n’est pas une blague, c’est l’étude des ronces). Un de ces soirs, il s’arma de sa guitare et entreprit l’interprétation de quelques morceaux qui ne furent pas sans provoquer beaucoup d’émotions. L’émotion était si palpable à un moment qu’elle se mua dans un silence incroyable. Lors de son départ en train hier soir, je me rendis compte que je n’avais pas senti le temps passer.

11 novembre 2007

3 Novembre : 3/5 - la célébration

Le matin du 3 novembre régnait un temps assez maussade. Je crus que nous étions partis pour une journée entièrement grise comme le jour de la Toussaint. Mais vers midi, le soleil pointa son nez comme pour nous saluer. Il ne nous quittera pas de toute l’après-midi. A 13h30 le soleil brillait en maître à l’entrée sud de l’église.

La cérémonie commença par une entrée pas tout à fait ordinaire. Nous n’avions pas envie de faire comme tout le monde « à la française » ou « à l’américaine ». Le curé nous donna son avis, mais nous n’avions pas vraiment l’intention d’en tenir compte. Il fut donc décidé d’une autre entrée, et le curé s’y plia de bonne grâce. Présent dans l’église avant même la cérémonie (j’y étais obligé à plusieurs titres), j’irai accueillir Madame à la porte. Ainsi fut fait, et nous devions entrer avec « Que serais-je sans toi ? », texte d’Aragon mis en musique et interprété par Jean Ferrat (je précise que c’est S. qui a choisi cette chanson en premier et que j’y avais totalement souscrit). L’émotion était à son comble. Je fus impressionné de voir autant de monde dans cette église (que je n’avais connue que vide ou presque) et surtout autant de parents et amis venus uniquement pour nous.

Que serai-je sans toi, qui vins à ma rencontre,
Que serai-je sans toi, qu’un cœur au bois dormant
Que cette heure arrêtée au quadrant de la montre
Que serai-je sans toi, que ce balbutiement.

J’ai tout appris de toi sur les choses humaines,
Et j’ai vu désormais le monde à ta façon.
J’ai tout appris de toi comme on boit aux fontaines,
Comme on lit dans le ciel, les étoiles lointaines.
Comme un pinson qui chante, reprend sa chanson.
J’ai tout appris de toi jusqu’au sens du frisson.


J’ai tout appris de toi sur ce qui me concerne,
Qu’il fait jour à midi, qu’un ciel peut être bleu
Que le bonheur n’est pas un quinquet de taverne.
Tu m’as pris par la main dans cet enfer moderne
Où l’homme ne sait plus ce que c’est d’être deux
Tu m’as pris par la main comme un amant heureux.

Qui parle de bonheur a souvent les yeux tristes.
N’est-ce pas un sanglot de la déconvenue ?
Une corde brisée au doigt du guitariste.
Et pourtant je vous dis que le bonheur existe,
Ailleurs que dans le rêve, ailleurs que dans les nues.
Terre, terre, voici ces rades inconnues.

Plus tard, le curé devait gentiment mais fermement s’offusquer du choix de ce texte tant par rapport aux idées politiques de son auteur que vis-à-vis du thème traité, notamment dans le refrain. Pour une totale compréhension, il convient aussi de souligner que le curé n’a pas son cœur à droite. Qu’importe, pour nous deux, cette interprétation nous a toujours profondément émue. En ce qui me concerne, je connais cette chanson depuis très très longtemps et j’étais loin de penser qu’un jour elle puisse devenir cette sorte d’hymne.

La célébration se poursuivit par les mots d’accueil avec notamment le texte présenté en préambule sur lequel je ne reviendrais pas. La cérémonie avançait à une vitesse folle. Elle fut néanmoins coupée par le curé qui fit une sorte de discours personnalisé assez bien vu, tolérant. On eût voulu dans l’idéal que cette intervention soit plus concise et encore moins emprunte de religion, mais c’était déjà tellement bien d’être là, dans cette paix, surnageant dans un bonheur irréel…

L’échange des consentements fut certes un moment fort, mais pour moi, en toute honnêteté, il le fut moins que lorsque nous passâmes à la mairie. Pourquoi ? Parce que ce « oui » a nécessairement moins de force dès lors qu’il se fait auprès d’une entité en laquelle on ne croit pas. Et aussi parce que ce « oui », il a été donné la première fois de façon claire et définitive. Alors je ne voyais ce « oui » que comme une redite. Il me plaisait néanmoins de le renouveler devant mon amour pour S. et devant l’assemblée au grand complet.

Il y eut aussi la remise des alliances au cours de laquelle je fis un mauvais geste. Devant l’émotion, compte tenu de l’atmosphère un peu irréelle qui m’enveloppait, je me vis donner à S. ma main droite au lieu de la gauche. S. insista pour m’enfiler l’alliance et ce n’est qu’à cet instant que je pris conscience de mon erreur. Quel beau loupé, qui ne devait échapper à personne malgré les tentatives de le cacher.

La cérémonie se termina assez vite (j’ignore quelle en fut sa durée effective). L’émotion n’était pas encore retombée lorsque nous fûmes félicités à nos places par nos témoins et nos plus proches parents. La cérémonie était terminée et je n’avais pour ainsi dire pas pleuré, sans doute grâce à la main très secourable que S. eut l’idée de m’apporter aux moments les plus cruciaux. Ce fut un peu l'inverse à d'autres reprises, notamment lorsque la harpe se mit à chanter. Nous sortîmes enfin de l’église et il nous fallut de longues minutes pour être salué et félicité par tout le monde. Puis ce fut le moment des photos. Le hasard avait bien fait les choses puisqu’il avait placé devant l’église un calvaire avec des gradins sur mesure. Le soleil allait néanmoins nous faire cligner des yeux, mais nous n’allions pas nous en plaindre.

A ce moment là, la pression était un peu retombée en moi et je pus reprendre un peu la direction des opérations en indiquant la direction à prendre pour nous rendre sur le lieu des festivités à boire, à manger, à chanter et à danser.

9 novembre 2007

3 Novembre : 1/5 - Préambule

Voici tout d’abord un texte introductif dont nous eûmes le loisir de prononcer paradoxalement de façon claire et définitive alors que nous étions pourtant submergés par l’émotion. Je dois dire pour ma part, que lors de la relecture du premier paragraphe le matin même, je n’avais pas pu faire autrement que de bafouiller lamentablement.

« Chers parents, chers amis, nous sommes heureux de vous accueillir aujourd’hui sous cette nef. Il y a à peine plus de deux ans, nous étions encore à des années-lumière de penser que l’on pourrait se retrouver là devant vous, tant une telle perspective nous semblait impensable, enfermés que nous étions dans nos vies de célibataires endurcis. Il a fallu bien des bouleversements dans nos vies respectives pour rendre possible notre rencontre improbable. En effet, aussi paradoxal que cela puisse paraître, ce sont les battements d’ailes d’un papillon atlantique qui ont provoqué le cyclone qui a rapproché la Bretagne des terres septentrionales. Un cyclone de l’amour qui nous a uni de façon décisive, évidente, et en réalité, empreinte d’une très grande sérénité. Cette union entre les contreforts des monts du lyonnais, du Pilat et du Morvan et les terres armoricaines, avec pour témoin la Loire, faisant un pont entre ces différentes racines.

Aujourd’hui, chers parents, chers amis, vous êtes les témoins privilégiés de notre union que nous voulons célébrer devant vous et devant le monde. Certains d’entre vous sont venus de très loin pour fêter cet événement. Nous souhaitons tous vous remercier d’être là et de tous nous faire ce cadeau. De notre côté, nous avons souhaité vous montrer la puissance de notre amour et de la fidélité de notre engagement pour la vie. »

Dans l’assistance, il y avait des acteurs essentiels de cette union. Outre le Lépidoptère déjà évoqué, la famille, des amis importants, il y avait une Odonate. Non pas une Demoiselle furtive et innocente, mais une Libellule expérimentée, qui sans l’air de s’en rendre compte, par la force de sa vie, qui a pourtant vu tant d’Éphémères se rompre les ailes, qui a traversé elle aussi les embûches du mauvais temps, a apporté une consistance, une assise, et si j’ose me permettre, un surcroît d’intelligence aux individus et au couple en cours de formation. Je suis heureux de m’être découvert, sur le tard, une passion pour l’entomologie. Nul doute aussi que j’ai encore des progrès à faire dans cette science et que les insectes, aux ailes si magiques, sauront nous guider longtemps de leur amitié.

20 octobre 2007

Ma grand-mère paternelle

Alors qu’il est question de divorce dans l’actualité, cela m’a fait repenser à un texte dont j’avais entamé la rédaction au cours de l’été et que je n’arrivais pas à terminer. Je viens de le faire.

Ma grand-mère paternelle est issue d’une famille d’agriculteurs morvandiaux. Ses parents étaient fermiers et travaillaient dans une grosse exploitation pour l’époque, pour une bonne partie vouée à l’élevage. Le propriétaire des terrains était une forme d’aristocrate local qui possédait un petit château campagnard. Née en 1906, elle connut la première guerre mondiale au cours de laquelle elle perdit son père. Ce fut une catastrophe pour la famille (sa mère et sa sœur de quatre ans sa cadette). Elles durent abandonner l’exploitation et ma grand-mère fut obligée de quitter l’école très tôt (12 ans) et d’aller travailler. Une époque fort difficile dans les campagnes morvandelles déjà peu favorisées où elle fut servante ou bonne à tout faire. Plus tard, elle se maria (dans quelles conditions ?), puis fut « patronne » d’un petit « bistrot-restaurant » à la ville (A.). De ce mariage, il y eut deux garçons (dont mon père) et une fille, tous nés avant le déclenchement de la seconde guerre mondiale. Je ne sais rien de très précis, mais il semblerait que le mari de ma grand-mère se révéla être une sorte de « coucou », un coureur et un fêtard. Je n’en sais pas beaucoup plus car ma grand-mère est toujours restée très discrète (voire muette) sur le sujet, y compris avec mon père. Il y eut finalement un divorce de prononcé, fait extrêmement rare à l’époque, surtout si on le remet dans le contexte de la campagne morvandelle de la fin des années 1930, époque à laquelle l’église et le curé jouaient encore un rôle très important. Et, de fait, la faute fut très rapidement mise sur le dos de ma grand-mère d’autant plus que son ex-mari était acoquiné avec le curé du village. Le divorce prononcé, ma grand-mère se remaria avec ce qu’il est définitivement convenu d’appeler mon grand-père. Pendant la période qui correspond au début de la guerre, ce dernier qui travaillait à la SNCF, trop âgé pour être mobilisé, fut muté dans un autre département à plus de 200 km de là. Des trois enfants, encore très jeunes, l’aîné resta avec son père et les deux autres suivirent leur mère et son nouveau mari. Quand ils revinrent pendant la guerre ou dans l’immédiat après-guerre passer l’été chez leur grand-mère maternelle qui vivait au village, mon père et ma tante connurent les « joies » des enfants de divorcés, c’est-à-dire une forme de bannissement de la plupart des villageois « honnêtes » lesquels avaient été largement conditionnés (intoxiqués ?) par la famille de l’ex-mari et par le curé. Il y eut dès lors un mur qui s’instaura définitivement entre d’un côté le père et le fils aîné et de l’autre côté, les deux autres enfants. Dès le départ, le père ne s’occupa plus de ses deux plus jeunes enfants, ni chercha à les revoir, et bien entendu, il n’y eut aucune pension de versée à la mère. Devenus adultes, ma tante et mon père tentèrent de renouer des liens avec leur frère, mais ce fut un échec.

Je n’ai connu aucun de mes grands-pères paternels. Ni celui qui éleva ma tante et mon père puisqu’il eut la mauvaise idée de décéder trois ans avant ma naissance, ni l’autre puisqu’il était inconnu de la famille (décédé alors que j’avais 21 ans, soit deux ans après ma grand-mère).

Ce rappel du contexte « historique » ayant été fait, j’en viens à la grand-mère que j’ai connue.

Il convient d’abord de dire qu’il s’agissait d’une petite femme, marquée physiquement par les épreuves, notamment lorsqu’elle était jeune. Elle était vêtue d’habits sombres la plupart du temps et portait souvent une blouse et un tablier à la maison. Elle avait un visage très ridé par le temps et des cheveux gris. C’était une femme assez dure et autoritaire qui s’était toutefois largement adoucie avec le poids des ans et la vie moderne.

Pour ce qui me concerne, ce fut une grand-mère formidable. Comme mes parents commençaient le travail très tôt le matin, ils me déposaient chez elle et c’est elle qui m’emmenait à l’école et/ou qui allait me chercher à midi ou le soir. Je me rappelle du coq en pâte que je fus chez elle. Je me souviens de son vieil appartement du troisième étage qu’elle habitait à l’époque, sans grand confort : pas de salle de bain, pas de machine à laver, pas de vraie séparation entre la cuisine et la chambre-salle-à-manger et des WC à la turque au niveau de la cage d’escalier au demi palier inférieur. Je garde d’excellents souvenirs d’elle parce qu’elle me gâtait énormément avec les petits plats, simples mais excellents qu’elle me préparait. Par exemple, très longtemps, je n’ai pas compris pourquoi les biftecks étaient beaucoup plus tendres  chez elle que chez mes parents. C’est tout simplement parce qu’en plus de se fournir chez un boucher attitré, elle y commandait exclusivement du filet de bœuf. Cette pièce est particulièrement tendre, mais certains considèrent qu’elle a moins de goût que d’autres. Pour moi, elle aura toujours un goût particulier gravé à jamais dans ma mémoire.

Je fus sans doute son petit fils préféré (elle en avait deux autres), peut-être parce que j’étais le plus proche, que j’allais la voir très souvent, jusqu’à la fin, et peut-être aussi parce que j’incarnais à la fois le calme et la franchise. Souvent, mon père et moi allions la chercher pour manger le dimanche à midi. La plupart du temps, c’est elle qui s’occupait du dessert et parfois de l’entrée qu’elle allait quérir dans les commerces de la rue d’à côté, sauf les dernières années où c’était moi qui m’en occupait.

Durant des années, elle ne cessa de se plaindre de ses douleurs, de ses rhumatismes, ce qui agaçait profondément mes parents. Mon père l’engueulait régulièrement et gentiment sur le sujet, mais cela ne changeait rien. Elle disait souvent qu’elle était une trop grande charge pour ses enfants et qu’elle préfèrerait partir (mourir) rapidement. Elle disait cela avec une telle fréquence et une telle tranquillité que personne ne l’entendait plus. Moi, si.

Alors qu’elle était effectivement accablée de rhumatismes et qu’elle ne se déplaçait plus beaucoup, je me souviens avoir été très surpris peu avant la Toussaint 1989, peu de temps avant son décès. Mon père voulait aller au cimetière sur la tombe de mon grand-père, sans doute pour aller y déposer les traditionnels chrysanthèmes. Alors qu’elle refusait, à juste titre, d’y aller depuis des années, à cause de la taille importante du cimetière et du chemin escarpé pour accéder à la sépulture de mon grand-père, cette fois-ci je devais constater qu’elle était dans une rare forme et qu’elle voulait nous accompagner mon père et moi au cimetière. Logiquement, mon père refusa. Six semaines après, elle décédait, alors que rien dans son état de santé ne le laissât alors penser. Je me suis demandé si elle n’aurait pas voulu aller saluer une dernière fois son mari sur sa tombe. Trois semaines plus tard, alors qu’elle passait un séjour chez ma tante à une centaine de kilomètres de chez elle, nous étions invité un dimanche à un repas de famille là-bas. Après le repas, alors qu’elle avait contracté une mauvaise bronchite, elle s’absenta pour aller aux toilettes. Ne la voyant pas revenir, nous nous inquiétâmes et nous dûmes constater qu’elle avait eu un malaise. Elle n’avait plus la force pour tenir sur ses jambes. Après avoir vu le médecin, nous prîmes congé, non sans lui avoir dit que je venais de réussir le permis de conduire. Elle en était très fière. Elle aurait été encore plus heureuse si j’avais pu lui annoncer que j’avais réussi le baccalauréat avec mention. Hélas, le temps ne nous accorda pas ce loisir. Dès le lendemain, elle était admise à la policlinique pour des examens. Les jours qui suivirent, les nouvelles n’étaient pas très bonnes, mais je ne voulais pas croire qu’elle puisse nous quitter ainsi. Un matin, le médecin constata une amélioration extraordinaire de son état, laissant penser qu’elle pourrait sortir rapidement. Elle devait néanmoins décéder la même journée.

Je fus très marqué par sa mort car j’étais très proche d’elle et parce que quelque part, je n’ai pas eu le temps de finir l’histoire avec elle. Après avoir connu des échecs dans mes études au collège et au lycée, sa mort marqua le début d’une belle série de réussites scolaires et universitaires. Je crois que je lui dois un peu ça. Ce n’est que maintenant que j’en prends conscience, mais je ne lui avais jamais rendu publiquement sa part d’hommage, même si intérieurement, cela avait été fait depuis bien longtemps.

14 octobre 2007

Adoption

Ces derniers temps, on entend assez souvent parler d’adoption. On sait les difficultés qu’ont les parents qui veulent adopter. D’emblée, on ne leur fait pas confiance, on cherche à leur mettre des bâtons dans les roues par tous les moyens : paperasseries administratives à n’en plus finir, faire la preuve de son désir d’enfants, de sa motivation, démontrer que l’on sera de bons parents, sans compter les coûts exorbitants induits par les voyages à l’étrangers qu’il faut parfois multiplier, sans même parler de corruptions diverses. Dès lors, on comprend que seuls les acharnés arrivent jusqu’à l’adoption effective. Je trouve que tout ce cirque est inadmissible, surtout par rapport au fait que les parents adoptants sont quasiment assimilés à des irresponsables.

Bien entendu, je ne suis pas pour l’adoption sans discernement, sans un minimum de vérifications, mais rien ne justifie un tel parcours du combattant. Il y a lieu aussi de s’interroger sur l’origine des enfants, de voir dans quelle mesure, dans certains pays, ces derniers ne sont pas de simples produits à vendre pour faire de l’argent, misères obligent. Le Cambodge en est un exemple.

Mais en pensant à tout cela, je me suis rappelé un certain nombre de cas de parents qui ont eu des enfants de façon tout à fait naturelle. J’en ai vu de près quelques exemples et S. m’en a compté plusieurs dans les parents d’élèves de ses classes. A ces gens là qui vivent dans une misère sociale terrible, sans éducation, ni travail, ni perspective, dans des conditions parfois à peine croyables de misère tout court, parfois dans l’alcoolisme, la crasse, la violence physique entre parents, voire d’enfants battus, etc. On a beau le savoir, on a toujours du mal à croire à tout ce qui se passe à côté de chez soi. Dans de telles conditions, les enfants sont la plupart du temps brisés et ceux qui peuvent s’en sortir sont extrêmement rares. Dès lors, s’est-on posée la question si on devait donner à ces gens le permis d’être parents ? La réponse est non.

Je sais que cette réflexion de ma part est provocatrice, parce qu’elle pourrait facilement avoir un caractère fasciste ou eugéniste. Telle n’est bien entendu nullement mon intention, mon propos étant uniquement de montrer qu’il existe deux façons de voir les choses : d’un côté, des difficultés majeures faites aux parents qui veulent adopter et qui doivent s’en excuser et de l’autre des irresponsables qui font parfois des gosses à tour de bras. Mes propos sont amers, mais chacun a connu de telles situations.

Ensuite, il y a le cas des couples homosexuels pour lesquels la situation est pire encore puisqu’on leur interdit carrément tout droit à l’adoption. Moi qui ai vécu une « enfance dorée » dans une famille où les parents étaient assez extraordinaires et ayant très longtemps considéré que tous les enfants étaient logés à la même enseigne, j’étais donc assez bête et je voyais mal un couple homosexuel demander l’adoption à cause de l’éventuel déséquilibre qui pourrait naître chez l’enfant. Bien sûr, j’ai énormément évolué sur la question puisque j’ai carrément changé d’avis et puisque de nombreuses études et expériences ont montré que les enfants de tels couples étaient parfaitement équilibrés et que c’était bien l’amour qui était structurant. Alors, je sais bien que les choses ne sont pas si simples, mais pourquoi refuser l’adoption dans de telles conditions ?

Voilà, cette note n’avait pas pour but de démontrer quoi que ce soit, mais de montrer quelques incohérences dans lesquelles on se complaît encore pour je ne sais quelles idéologies dépassées.

8 octobre 2007

Mon service militaire

Voici une note dont j’avais annoncé la venue depuis bien longtemps. Je ne suis pas sûr que cela revête un grand intérêt, mais voici, dans une construction assez approximative, ce que j’ai vécu et retenu de mon service militaire. Bien sûr, cela n’est pas exhaustif, mais l’essentiel semble y être.

Avant de commencer mon service, dont la durée avait été ramenée à 10 mois depuis peu, j’avais entendu dans les médias que le gouvernement avait décidé de créer un service civil « environnement » que l’on pouvait effectuer auprès des collectivités territoriales qui le souhaitaient. Sa durée était de 10 mois également, contrairement à l’objection de conscience qui devait faire 16 ou 18 mois à l’époque. A priori, la voie de l’objection de conscience aurait pu sembler moins étroite, mais je ne voulais pas l’emprunter dans la mesure où cela n’aurait pas été une bonne solution si un jour je postulais dans la fonction publique. Sachant cela, je me renseignais auprès du centre de sélection dont je dépendais. Comme par hasard, ces gens là ignoraient jusqu’à l’existence d’une telle disposition. Quelques semaines ou mois plus tard, comme l’existence de ce service « environnement » se confirmait, je fis une lettre pour exposer mon souhait… qui ne fut jamais pris en compte. Pour bien faire, il eût fallu que je démarche moi-même des communes ou autres.

Lors de mes « trois jours », j’avais fait la demande pour intégrer l’armée de l’air. Tout « naturellement », je fus donc affecté au 3*5ème régime*nt d’infan*terie de Belfort ! A peine avais-je effectué la soutenance de mon diplôme, je devais me retrouver à Belfort début octobre 1994. Inutile de vous dire qu’il n’y avait chez moi aucune excitation ou joie à venir faire mon service dans un endroit pareil. Si j’avais pu y échapper, je ne m’en serais pas privé. En arrivant à la gare, nous fûmes emmenés par bus à la caserne. Une caserne toute neuve. Nous fûmes ensuite accueillis par un sous-officier qui se livra à quelques explications préalables. Je me souviens avoir interpellé l’individu (qui se révèlera par la suite être un crétin comme l’armée aime en fabriquer) pour lui demander si au sein de la caserne, il n’existait pas un laboratoire ou un truc du genre car j’avais à l’époque, entre autres, une formation de laborantin. Voyez déjà ma naïveté totale. Il me fut répondu : « les seuls laboratoires, ici, ce sont les chiottes ! ». Je commençais déjà à me faire repérer : un « intello » qui la ramène. Je n’ai jamais eu de grands cheveux, mais je m’étais préparé psychologiquement en allant chez mon coiffeur habituel deux jours plus tôt. Peine perdue, je fus tondu uniformément à quelques millimètres à peine comme tout le monde. Après tout un tas d’opérations dont je ne me souviens plus beaucoup, je fus affecté à la 1ère compagnie, c’est-à-dire une compagnie combattante, et pas n’importe laquelle puisqu’elle s’enorgueillissait d’être la meilleure en terme de résultats au tir, au stage commando, en courses, etc. Et c’était vrai. Quelle chance ! Après avoir mangé à l’ordinaire, on devait encore aller chercher notre paquetage et nos treillis. Comme je n’étais pas particulièrement un petit garçon maigrelet, il n’y avait plus de treillis ordinaires (déjà usagés) pour moi, j’eus la « chance » d’en avoir des neufs. Les pantalons étaient juste un peu longs, mais c’était déjà bien d’avoir du neuf quand j’en voyais d’autres hériter de choses trop courtes ou usées jusqu’à la corde. J’eus aussi l’honneur d’avoir des rangers neuves, mais je ne sais pas ce qu’elles avaient, mais elles étaient du genre indestructibles : semelle inusable, cuir d’une raideur incroyable et indéformable, malgré le terrain que je fis dans des conditions épouvantables et malgré la graisse et autres produits assouplissants. Quand je dis ça, je n’exagère pas et j’étais le seul à avoir récupéré de telles godasses (celles des autres étaient beaucoup plus souples). Mes pieds en ont souffert. Il m’a fallu des mois après la fin de mon service pour récupérer.

Au sein de la compagnie, on me demanda d’intégrer la section « commandement », mais mes « classes » se firent avec la section « milan » (les milans sont en fait des missiles antichars). Cette section était dirigée par un adjudant qui se révéla être un type infect qui respirait la méchanceté. Beaucoup d’entre nous en avaient peur (moi aussi au début, avant que je ne détecte son jeu caché). Il ne m’emmerdera pas trop, à part une fois où il se permit de me dire qu’il fallait que « je cesse d’avoir ce sourire niais ». Les classes se déroulèrent plutôt bien, sauf au niveau des pieds. Je me rappelle du jour où nous avons fait, lourdement chargés, une longue marche avec l’ascension du ballon d’Alsace. L’adjudant fit une erreur et loupa le bon chemin, ce qui nous obligea à quelques kilomètres supplémentaires.

A l’issue des classes, on décida que je serais secrétaire du capitaine ; une sorte de poste quasiment honorifique. J’en étais assez heureux, mais je dus assez vite déchanter. En effet, il y avait des tas de paperasses à s’occuper. Et surtout, il y avait un ordinateur qui datait presque de la guerre d’Algérie : un truc sous MS-DOS avec une base de données et un logiciel de traitement de texte épouvantable dont je n’avais jamais entendu parler, même en cauchemar. Ce PC était accompagné d’une imprimante matricielle incroyablement lente et peu performante qui fonctionnait avec du papier à picots. Le capitaine me demanda de faire des statistiques sur différents aspects de notre compagnie et il voulait des histogrammes et autres camemberts comme le faisaient les autres compagnies. Je lui dis qu’il m’était impossible de le faire avec un tel matériel. Il eut un mal fou à l’admettre et je dus m’arranger avec d’autres collègues d’autres compagnies, qui eux avaient un matériel correct, pour faire le boulot. Le capitaine n’entendait vraiment rien en informatique. Il me demandait toujours de faire des choses impossibles et il croyait que j’y mettais de la mauvaise volonté. Bref, il m’eut dans le nez et c’est à lui que je dois de n’avoir jamais eu d’avancement. En effet, environ 3 mois plus tard, le capitaine chef de compagnie fut remplacé par le second qui était aussi capitaine, et avec lui tout se passa bien. Il aurait voulu faire de moi un caporal, mais vérification faite, il dut m’avouer qu’il ne pouvait plus (quotas dépassés). De plus, mon premier capitaine n’avait peut-être pas apprécié non plus le fait que j’avais été déclaré inapte pour être son chauffeur. J’avais pourtant le permis depuis 5 ans, mais à la visite médicale (une nouvelle spécifique sur le sujet), ils se sont aperçus que j’étais daltonien (lors de la visite médicale d’incorporation, ils n’avaient pas fait le test, et comme ils avaient trouvé le moyen de perdre mon dossier établi lors des « 3 jours »). Pourquoi un daltonien ne pourrait-il pas être chauffeur d’une voiture 4x4 de l’armée ? Pour des raisons liées à la conduite de nuit avec des feux de combat, c’est-à-dire des feux réduits. Bref, cela ne tient pas debout pour ce qui me concerne, mais voilà.

Comme je ne m’en sortais pas seul au secrétariat, on me mit un adjoint qui ne pouvait pas être en section combattante pour raison de genou déficient. Nous devions sympathiser quelque peu. Dès le départ, je fus déclaré chef de chambre et j’avais à ce titre une responsabilité de propreté et de tout ce qui va avec. Je ne raconterai pas ici comment nous devions faire et défaire les lits chaque jour, et comment se faisait la revue des chambres du vendredi après-midi avant de partir en permission. Un mois à peine après le début du service, il y eut un « léger » incident. En tant que chef de chambre, je me tenais dans l’entrée, prêt à voir le chef de section (adjudant L.) et le capitaine débarquer. A l’instant même où ils s’apprêtaient à arriver, je m’aperçus que l’un des types de ma chambre n’était plus au pied de son lit. Mais curieusement, la porte des lavabos était fermée. A peine avais-je réalisé cela, que l’adjudant L. rentrait dans la chambre, la porte des lavabos fermée de l’intérieur. Quand il put enfin rentrer, il vit que l’individu était en train de se débarrasser de son Cannabis sativa L. var. indica dans le lavabo. Je me dis alors « mais quel con, la perm va être annulée et je vais avoir des ennuis ». Bien sûr, avec ma grande naïveté, je n’avais rien vu venir. En tant que secrétaire, je dus me mettre à la machine à écrire pour taper une punition (on se croirait à l’école). Il y eut du retard, mais je pus quand même partir en perm. Je ne vous raconte pas le nombre de punitions que j’ai dû taper. Certains cadres ou chefs de section avaient même un logiciel spécial d’aide à la rédaction de punitions. On croit rêver. Certes, il y avait quelques spécialistes de la punition. Toutes n’allaient pas jusqu’au bout de la procédure.

A l’armurerie, il y avait quelques soldats d’un contingent antérieur qui s’en occupaient, mais comme ils devaient être libérés, 2-3 personnes de ma section y furent affectées. On s’aperçut après quelques temps que ces 2-3 personnes étaient épouvantablement tête en l’air, joueurs, dont un à la limite de l’illettrisme et autrement, c’étaient juste de jeunes cons. Ils n’étaient pas aptes à tenir un registre de façon correcte et faisaient n’importe quoi à l’armurerie. Bref, on a eu la chance de ne pas perdre d’armes. Je fus donc mis à l’armurerie. Dans un premier temps, on me surveilla de près, mais rapidement, je ne vis plus personne sur mon dos. Normal, il y avait quelqu’un qui « tenait » l’armurerie avec rigueur. J’avais quelques aides quand il y avait le « coup de bourre », mais la plupart du temps, j’étais seul. Je passais un temps incroyable à tracer des lignes sur le registre, à inscrire mon nom dans les cases, à mettre la date et à signer. J’avais fait faire un tampon pour mon nom et un autre pour la date, mais je devais signer à chaque fois. En quelques mois, j’ai dû faire des dizaines de milliers de signatures. L’armurerie était tenue par la compagnie qui réalisait les gardes et tous les magasins d’armes étaient dans la même enceinte. Il y avait une caméra à l’entrée et un sas entre deux portes blindées. Le tout était sous alarme. A plusieurs reprises, j’ai oublié de désactiver l’alarme… Les soldats pour retirer leurs armes attendaient devant une fenêtre avec guillotine de verre blindé et barreaux intérieurs. Bref, c’était du solide. Lorsque nous étions en manœuvre (Valdahon, Larzac, Mailly, centre d’entraînement commando près de Nancy, Mourmelon, Versailles pour le défilé du 14 juillet), je partais systématiquement plusieurs jours en avance (pour la préparation) et je revenais en retard (pour ranger, nettoyer). J’assurais aussi en manœuvre l’armurerie et selon les configurations, je fus la plupart du temps obligé de coucher dans l’armurerie. Il y avait parfois des avantages, mais aussi des inconvénients : être enfermé à longueur de journée, même si on était plusieurs. Le pire que j’ai connu fut à Versailles 2-3 jours avant le 14 juillet. Il faisait très beau. Mes collègues (armurerie régimentaire) étaient tous partis se promener dans Paris. J’étais donc seul et je me suis mis à pleurer. J’avais l’impression d’étouffer, j’avais l’impression d’être un prisonnier volontaire. Et à ce moment là, je me suis dit combien j’avais quand même de la chance en pensant à toutes ces personnes qui passent des années en prison. Lorsque l’on est armurier en campagne, on se doit d’assurer la sécurité de son armurerie et on a un pistolet automatique à disposition dont on pourrait éventuellement se servir si on était attaqué. Je me souviens qu’au camp de Mailly, on me fit la leçon. Notre armurerie était dans une tente simplement entourée de fils barbelés. Le sergent me donna les premières consignes si nous voyions approcher des gens suspects. Après les sommations de rigueur, je devais tirer dans les jambes. Une heure à peine plus tard, le capitaine vint me donner les mêmes consignes, à une exceptions – de taille – près : il me fallait tirer pour faire mal le plus possible, pour arrêter les éventuels individus qui s’en seraient pris à l’armurerie. Plus tard, je me suis dit que le plus simple aurait quand même été de se rendre tout de suite. En effet, des malfaiteurs ou des terroristes qui viendraient à s’en prendre à une armurerie ne le feraient pas avec des arcs à plomb, et face à ça, avec un Mac 50 à bout de souffle, je me demande ce que l’on pourrait faire, surtout s’ils avaient attaqué de nuit.

Quand on est secrétaire ou armurier, on passe pour un « planqué », même si on ne se rend pas toujours compte que l’on est en piste avant et après tout le monde. Certes, il y avait des avantages : un bon moyen pour échapper au cross régimentaire quand il faisait un froid à ne pas mettre un chien dehors, même si j’étais rarement du genre à me planquer. Je précise quand même que cela ne m’a pas empêché de faire la préparation au stage commando, mais au dernier moment, jugeant mes performances un peu justes et inquiet de certaines de mes caractéristiques cardio-respiratoires, on m’exempta de stage commando. Je précise aussi, contrairement à ce que j’ai pu entendre çà et là que nous étions loin d’avoir le temps de nous prendre les puces aux côtes. Dire que l’on nous a emmerdés serait un doux euphémisme : sans arrêt en piste et pas le temps de souffler pendant 10 mois. Et puis il a fallu supporter un tas de gens que l’on n’avait pas choisi.

Parmi les appelés, dont le niveau d’études était exceptionnellement élevé, il y avait pourtant de sacrés cons, des gamins insupportables, et qu’il fallait pourtant tolérer 24 h / 24. Dans la vie civile, même si on a affaire à de parfaits crétins, on n’a pas à les supporter en permanence. Et là, c’était terrible. Je me sentais dans une situation de solitude rare, moi qui suis naturellement calme et peu démonstratif. De plus, je faisais partie des plus âgés et je devais me « faner » des individus d’à peine plus de 18 ans. Dans de tels cas, on a l’impression de régresser intellectuellement, et je crois que c’est un petit peu ce qui est arrivé. Bien sûr, on ne manqua pas de me reprocher qu’à mon âge, je n’avais pas encore eu de petite amie (ce n’est pas ce terme qui était employé). Cela ne fut pas simple de faire comprendre que je ne cherchais même pas à sortir avec une fille. Mais curieusement, personne ne me traita ouvertement de PD. Ce doux vocable était réservé à quelqu’un de ma section : un pauvre type, petit, bigleux, un peu efféminé et maniéré. Il devait avoir à peine 19 ans. Il a été la tête de turc de beaucoup de crétins, mais il savait quand même se défendre.

Du côté des cadres engagés, j’ai eu affaire à des individus d’intérêt très variable. Le sergent qui s’occupait de l’armurerie était très correct avec moi (je crois que j’ai été seul avec qui il a toujours été correct), mais c’était un « gros con ». Il se confiait à moi et me racontait ses aventures sentimentales ou plutôt sexuelles. Mon chef de section, l’adjudant L. était quelqu’un de vraiment sympa, je n’ai jamais eu de problème avec lui. Pendant ses loisirs, il allait à la pêche et il me racontait les plantes qu’il voyait sur le terrain. Un jour près de Nancy, il aurait voulu m’emmener voir les plantes des coteaux calcaires. Hélas, cela n’était pas trop possible. Il me confia que plus jeune, il ne savait pas trop quel boulot faire et que la carrière militaire avait été une solution, mais sans doute pas une vocation. C’était un chic type qui se dévouait pas mal pour les autres et qui était rarement remercié. Il y avait un jeune lieutenant, tout juste sorti de Saint-Cyr qui se croyait arrivé je ne sais où, et prenait les autres pour des cons. Comme il nous prenait aussi pour des crétins et nous surveillait d’un peu trop près, nous lui avions tendu un piège à l’armurerie et il tomba dans le panneau. Résultat : voyant qu’on en connaissait plus que lui, il nous a foutu la paix le reste du temps. Il y avait aussi un sous-lieutenant, un ancien sous-officier. Il avait fait quelques campagnes en Afrique (Tchad ?). Au départ, il était sympa avec moi, mais pour une raison que j’ignore, il se mit à me détester. J’avais décidé de me venger de lui. Or, à l’armée, quand on possède une parcelle de pouvoir, on n’hésite pas à s’en servir. Et moi, je n’ai pas tout à fait échappé à ce travers ; c’est dire que j’étais tombé bien bas. En tant qu’armurier, j’étais soumis à un règlement strict, que nous n’appliquions pas strictement. Mais un jour, j’ai décidé de suivre le règlement avec une grande application. Je pris tout mon temps pour inspecter les armes des soldats de la section du sous-lieutenant. Je devais bientôt découvrir que le canon d’une arme n’était pas impeccable et que je refusais de la réintégrer. Le sous-lieutenant, très remonté me dit : « comment ça, c’est moi qui ait inspecté les armes ! ». Je lui tendis l’arme, il vérifia et dut se rendre à l’évidence. Tout cela retarda quelque peu la réintégration des armes, me fit perdre du temps, mais surtout, cela a eu l’énorme avantage de l’obliger à revenir et à l’emmerder copieusement. Le résultat fut qu’il arrêta subitement de m’insulter. Le second capitaine était militaire jusqu’au bout des ongles, mais il ne fit jamais rien pour me faire le moindre tort. Il y avait aussi l’adjudant « milan » dont j’ai déjà parlé. A deux reprises, je l’ai entendu dire à un soldat : « toi, quand tu seras grand, un conseil : évite de te reproduire ». Et un sergent, pas méchant par ailleurs, mais très bêtement militaire dire « il vaut mieux l’injustice que le désordre ».

En définitive, du côté des hommes, un bilan très mitigé. Il y avait des gens avec lesquels je m’entendais bien, mais je n’y avais aucun véritable ami. Nous avions inscrit nos coordonnées respectives sur un bout de papier, mais le service terminé, enfin libéré de ce boulet, j’ai jeté le bout de papier. Et depuis, personne n’a cherché à me recontacter non plus.

Mon service se terminait le jour du départ du colonel chef de corps, avec défilé dans les rues de Belfort. Le matin, je dus encore fournir les armes à mes « camarades ». Après ça, nous avions programmé une vengeance de longue date avec mon collègue du secrétariat. Nous avions décidé d’effacer de l’ordinateur tous les fichiers que nous avions créés pour nous simplifier la vie. Ce n’était certes pas très sympa pour celui qui nous succédait, mais voilà, c’était bêtement une façon de remercier ceux qui nous avaient fait des misères pendant 10 mois. La veille, le capitaine m’avait promis, fait rare, que je recevrai de la part du colonel, une lettre de remerciement chez moi. Je ne me demande même pas pourquoi je ne l’ai jamais reçue.

Quel bilan tirer de ce service militaire ? Je crois que je peux dire que je n’y ai rien appris, sauf éventuellement sur le fonctionnement d’une petite société humaine microcosmique, laquelle n’induit guère l’émulation intellectuelle ou le progrès dans les rapports humains, mais au contraire nivelle par le bas. Je n’ai pas non plus appris à m’émanciper de la tutelle parentale ou familiale (c’était fait depuis longtemps). Je n’ai pas appris non plus là-bas à donner un coup de balais ni à passer la serpillière, ni même à nettoyer les chiottes. Je ne nie pas que nombre de mes collègues a au contraire beaucoup appris. Je n’avais pas non plus besoin de l’armée pour apprendre ce qu’était le travail en équipe ou les rapports hiérarchiques en entreprise ; je crois que j’ai toujours eu des facultés assez intuitives et naturelles à ce sujet. En définitive, on m’a fait perdre mon temps pendant 10 mois. Ah si, on m’a appris à être commandé par 25 fois plus con que moi et à mettre mon amour propre entre parenthèses. Cela a parfois été dur, mais j’ai largement survécu !

3 juillet 2007

Demain, dès l'aube...

Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,

Je partirai pour la Bretagne avec ma douce compagne…

Et comme promis nous amènerons le beau temps en Armorique.

Et s’il pleut, il ne faudra pas pour autant succomber à la panique.

Après avoir salué toute la Bretagne, nous irons embrasser la Bourgogne.

Et je n’ai pas dit boire tout le Bourgogne !

Encore que…

Bref, normalement de retour d’ici moins d’une quinzaine.

Bonnes vacances à ceux qui en prennent, bon courage aux autres.

21 mai 2007

Impossible consensus

Lors de mon « escapade » normande du début du mois, en passant dans le quartier du Havre inscrit au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO, j’osais affirmer que je n’appréciais pas beaucoup. J’avais le souvenir, en 2004, peu avant ce classement, d’avoir participé à une réunion à la mairie, un des « fleurons » de l’architecture du XXe siècle, due à Auguste Perret. Évidemment, mes jugements sont, souvent par jeu, assez péremptoires et définitifs (il m’arrive de regretter la vivacité de mes propos). Et parmi les trois autres occupants de la voiture, on ne manqua pas de me reprocher ma prise de position. Le sujet dériva lentement mais sûrement vers les églises. Une des interlocutrices, native de Cologne évoqua sa quasi-détestation de « sa » cathédrale, et partant des cathédrales gothiques en général, préférant les églises romanes du sud de la France. En tant qu’habitante de la Bretagne, je l’interrogeais quand même sur la cathédrale de K. La réponse fut différente. Bien que gothique, son intérêt résidait dans sa taille modeste. En définitive, mes interlocuteurs étaient tous « pro-roman », mais aucun ne me donna un exemple concret, ne tenta une explication sur l’émotion qui préside dans ces églises. J’étais sidéré par l’abondance des clichés qui s’abattaient dans mes pauvres oreilles pourtant novices. Et c’est pourtant à moi que l’on fit le procès de l’inculture, sous prétexte que j’osais ne pas aimer l’architecture de la mairie du Havre et aussi celle du Centre Pompidou. Par conséquent, je ne devais pas aimer non plus la Tour Eiffel (ce qui est inexact). J’avais semé le vent et j’avais récolté la tempête. Et surtout, je n’avais pas réussi à trouver un consensus, un édifice qui ferait l’unanimité chez mes interlocuteurs. Je me sentais en minorité, mais je mesurais surtout combien il est parfois difficile de lutter contre les idées toutes faites et contre certains simplismes, dont j’essaie moi-même, tant bien que mal, de me dégager.

Voilà, je me suis sans doute fort mal exprimé, mais je voulais absolument confier le désarroi qui m'avait saisi à cette occasion.

17 mars 2007

4) Programme « environnement » du Ministre Cornus : politique des milieux naturels

A cause de Monsieur Ar valafenn, voici le quatrième (et dernier ?) volet du brouillon de mon programme ministériel. Comme pour le troisième volet, c’est également un domaine que je connais un peu, voire parfois un peu plus… Il est bien évident que je vais rester superficiel.

Rappel :

La politique des milieux naturels doit tout d’abord s’appuyer sur la réalisation d’un état des lieux précis, ce qui n’a scandaleusement jamais été fait correctement en France, même dans le cadre de l’application de la directive européenne « Habitats-Faune-Flore » de 1992. Cet état des lieux devra commencer le plus tôt possible, avec une cartographie globale de la végétation de la France à l’échelle du 1/25 000. Suivront la mise en œuvre d’inventaires pour l’ensemble des compartiments biologiques. Afin de cadrer cette démarche, le Muséum national d'histoire naturelle devra faire l’objet d’une profonde réforme qui se traduira notamment par la mise en place de cadres et de personnels réellement compétents et spécialistes dans tous les domaines concernés. Cette réforme devra être terminée au plus tard dans 3 ans et la première phase de cartographie et d’inventaires globaux devra être achevée pour 2012.

Toujours par rapport à la directive « Habitats-Faune-Flore », l’État reprendra l’ensemble des sites d’intérêt communautaire proposés en les élargissant et en désignera de nouveaux, afin que les arguments scientifiques en terme de conservation puissent enfin l’emporter. Des désignations autoritaires seront à prévoir et les mesures de gestion conservatoire, parfois coercitives seront imposées si la contractualisation est insuffisante ou inefficace.

La loi littorale sera réformée et renforcée. Des cartographies précises définiront d’un point de vue strictement scientifique les différentes zones à protéger. Ce zonage s’imposera à toutes les collectivités. Le Conservatoire de l’espace littoral et des rivages lacustres sera réformé. Il prendra en charge l’acquisition de l’ensemble des milieux naturels ; à ce titre, il se substituera aux conseils généraux (espaces naturels sensibles) et aux Conservatoires régionaux d’espaces naturels. Les personnels de ces derniers seront intégrés dans la nouvelle structure (qui sera en grande partie décentralisée). La politique d’acquisition foncière ne devra se faire que sur des critères environnementaux scientifiquement avérés.

La loi sur la protection de la nature sera révisée, clarifiée et renforcée. Les listes de protection faunistiques et floristiques seront revues sur la base des nouveaux inventaires et ces protections prendront un caractère obligatoire absolu. Des listes d’habitats naturels strictement protégés seront également établies. Les études d’impacts seront conduites par des bureaux d’études agréés et contrôlés par une instance dirigée par l’État et des scientifiques dans les diverses spécialités. Les mesures compensatoires vis-à-vis des dommages causés aux milieux naturels ne pourront désormais concerner que des actions de conservation ou de gestion des milieux naturels. Tout nouveau projet, quel que soit son montant (y compris un simple permis de construire pour un particulier) devra faire l’objet d’une étude d’incidence et d’inventaires précis.

Les documents d’urbanisme devront prendre en compte les milieux naturels de façon accrue et l’État devra prendre toutes les mesures qui s’imposent en terme de contrôle.

Un nouveau réseau de réserves naturelles et de parcs nationaux sera créé. Ils devront permettre une conservation efficace et durable des milieux naturels.

L’Office national des forêts sera refondé. Il n’aura plus pour première vocation de produire du bois et de le vendre, mais de protéger les forêts. Il visera à mettre la moitié des surfaces des forêts domaniales et communales en réserve biologique intégrale.

De nouvelles mesures sur la chasse seront prises afin de faire enfin appliquer les textes existants en tout point du territoire. Si besoin, des mesures autoritaires devront être prises. De nouveaux partenariats seront noués entre l’État et ses représentants, les collectivités et le monde de la chasse afin de viser, notamment à réguler certaines populations d’espèces de la faune sauvage, notamment celles qui témoignent de déséquilibres biologiques et écosystémiques. D’autres règles plus strictes seront prises dans l’organisation de la chasse et dans les introductions de gibiers.

Le monde de la pêche en eau douce sera également réformé. En particulier, les empoissonnements devront suivre des recommandations strictes.

Enfin, l’administration du ministère de l’environnement et de ses services déconcentrés sera réformée. On veillera notamment à ce que les personnels qui occupent des postes spécialisés devront faire la preuve de leur compétence.

Voilà, c’est tout, au moins pour aujourd’hui...

15 mars 2007

La mort d'un vieux loup

Ce lundi, j'apprenais, plus six mois après, la mort d'un homme, un naturaliste, médecin à la retraite que j'avais pas mal côtoyé et que j'avais particulièrement apprécié pour des tas de raisons. Je devais apprendre qu'il s'était suicidé, ce qui n'a pas manqué de me rappeler d'autres suicides de proches... J'ai été abasourdi par la nouvelle et je l'ai fait savoir. Je n'étais pas intime avec lui mais j'ai appris que c'est lui qui avait choisi partir dans la discrétion. J'ai su également qu'il s'était fait incinérer et que ses cendres avaient été dispersées dans un site qu'il affectionnait particulièrement et qu'il m'avait fait découvrir, à ma demande, il y a quelques années. J'ai été frappé par ce choix parce que c'est un site que j'apprécie aussi tout particulièrement. Des collègues ont parlé de courage dans son choix. Je ne sais pas trop quoi en penser tant cela me dépasse. Un autre collègue a parlé de Vigny, du coup je me suis souvenu de la Mort du loup.

I

Les nuages couraient sur la lune enflammée
Comme sur l'incendie on voit fuir la fumée,
Et les bois étaient noirs jusques à l'horizon.
Nous marchions sans parler, dans l'humide gazon,
Dans la bruyère épaisse et dans les hautes brandes,
Lorsque, sous des sapins pareils à ceux des Landes,
Nous avons aperçu les grands ongles marqués
Par les loups voyageurs que nous avions traqués.
Nous avons écouté, retenant notre haleine
Et le pas suspendu. – Ni le bois, ni la plaine
Ne poussait un soupir dans les airs ; Seulement
La girouette en deuil criait au firmament ;
Car le vent élevé bien au dessus des terres,
N'effleurait de ses pieds que les tours solitaires,
Et les chênes d'en-bas, contre les rocs penchés,
Sur leurs coudes semblaient endormis et couchés.
Rien ne bruissait donc, lorsque baissant la tête,
Le plus vieux des chasseurs qui s'étaient mis en quête
A regardé le sable en s'y couchant ; Bientôt,
Lui que jamais ici on ne vit en défaut,
A déclaré tout bas que ces marques récentes
Annonçait la démarche et les griffes puissantes
De deux grands loups-cerviers et de deux louveteaux.
Nous avons tous alors préparé nos couteaux,
Et, cachant nos fusils et leurs lueurs trop blanches,
Nous allions pas à pas en écartant les branches.
Trois s'arrêtent, et moi, cherchant ce qu'ils voyaient,
J'aperçois tout à coup deux yeux qui flamboyaient,
Et je vois au delà quatre formes légères
Qui dansaient sous la lune au milieu des bruyères,
Comme font chaque jour, à grand bruit sous nos yeux,
Quand le maître revient, les lévriers joyeux.
Leur forme était semblable et semblable la danse ;
Mais les enfants du loup se jouaient en silence,
Sachant bien qu'à deux pas, ne dormant qu'à demi,
Se couche dans ses murs l'homme, leur ennemi.
Le père était debout, et plus loin, contre un arbre,
Sa louve reposait comme celle de marbre
Qu'adorait les romains, et dont les flancs velus
Couvaient les demi-dieux Rémus et Romulus.
Le Loup vient et s'assied, les deux jambes dressées
Par leurs ongles crochus dans le sable enfoncées.
Il s'est jugé perdu, puisqu'il était surpris,
Sa retraite coupée et tous ses chemins pris ;
Alors il a saisi, dans sa gueule brûlante,
Du chien le plus hardi la gorge pantelante
Et n'a pas desserré ses mâchoires de fer,
Malgré nos coups de feu qui traversaient sa chair
Et nos couteaux aigus qui, comme des tenailles,
Se croisaient en plongeant dans ses larges entrailles,
Jusqu'au dernier moment où le chien étranglé,
Mort longtemps avant lui, sous ses pieds a roulé.
Le Loup le quitte alors et puis il nous regarde.
Les couteaux lui restaient au flanc jusqu'à la garde,
Le clouaient au gazon tout baigné dans son sang ;
Nos fusils l'entouraient en sinistre croissant.
Il nous regarde encore, ensuite il se recouche,
Tout en léchant le sang répandu sur sa bouche,
Et, sans daigner savoir comment il a péri,
Refermant ses grands yeux, meurt sans jeter un cri.

II

J'ai reposé mon front sur mon fusil sans poudre,
Me prenant à penser, et n'ai pu me résoudre
A poursuivre sa Louve et ses fils qui, tous trois,
Avaient voulu l'attendre, et, comme je le crois,
Sans ses deux louveteaux la belle et sombre veuve
Ne l'eût pas laissé seul subir la grande épreuve ;
Mais son devoir était de les sauver, afin
De pouvoir leur apprendre à bien souffrir la faim,
A ne jamais entrer dans le pacte des villes
Que l'homme a fait avec les animaux serviles
Qui chassent devant lui, pour avoir le coucher,
Les premiers possesseurs du bois et du rocher.

Hélas ! ai-je pensé, malgré ce grand nom d'Hommes,
Que j'ai honte de nous, débiles que nous sommes !
Comment on doit quitter la vie et tous ses maux,
C'est vous qui le savez, sublimes animaux !
A voir ce que l'on fut sur terre et ce qu'on laisse
Seul le silence est grand ; tout le reste est faiblesse.
– Ah ! je t'ai bien compris, sauvage voyageur,
Et ton dernier regard m'est allé jusqu'au coeur !
Il disait : « Si tu peux, fais que ton âme arrive,
A force de rester studieuse et pensive,
Jusqu'à ce haut degré de stoïque fierté
Où, naissant dans les bois, j'ai tout d'abord monté.
Gémir, pleurer, prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le Sort a voulu t'appeler,
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler. »

11 novembre 2006

11 novembre

Le 11 novembre, pour la plupart d’entre-nous, cela évoque bien évidemment l’Armistice mettant fin à la Première Guerre Mondiale de 1914-1918. Souvenir important dans le cercle familial, puisque comme dans beaucoup de familles, beaucoup y ont péri, notamment mes arrières grands-pères ou grands-oncles. Mon grand-père paternel, même très jeune, devait, lui aussi, participer à cette boucherie épouvantable. Bien que gazé, il y survécut.

Jusqu’à l’année dernière, cette date était le souvenir que l’on sait, mais aussi, il faut l’avouer, un jour férié. Puis, il y a tout juste un an, j’ai rencontré physiquement S., celle qui allait devenir ma femme.

J’étais allé la voir là-bas, dans sa Bretagne lointaine, dans une contrée dans laquelle je n’avais pas encore mis les pieds. Mais en dehors de S., cela faisait longtemps que j’avais envie d’y aller, d’abord pour les paysages, pour les milieux naturels, pour le patrimoine essentiellement « vernaculaire », pour une certaine ambiance qui m’étais pourtant pratiquement inconnue.

Le 11 novembre 2005, donc je me rendis là-bas en TGV. Le début du voyage se fit dans une grande sérénité, mais même si mon esprit était partiellement occupé à faire je ne sais quoi, je fus de plus en plus tendu au fur et à mesure que le train s’approchait du but. La décision d’entreprendre ce voyage avait été mûrement réfléchie, et vous pouvez me croire, cela n’allait pas de soi au départ de prendre une telle décision. Je fus seul à prendre cette décision, mais je dois dire que, quelque part, je fus rassuré lorsque l’ami, le témoin de tout cela, salua mon initiative. Cependant, quelques instants avant de descendre du train, je me demandais quand même ce que je faisais là. Quelle mouche m’avait piqué pour que je fasse près de 800 km pour venir voir une jeune fille que je ne connaissais que via l’internet ? En descendant sur le quai de la gare de L., j’avais repris plus d’assurance : puisque j’étais là, quoi qu’il arrive, je ne pouvais que passer un bon week-end. La nuit était tombée sur L. et il faisait du vent. Un vent doux que je pensais familier à la Bretagne. Après avoir emprunté le passage souterrain, et alors que je montais les escaliers pour rejoindre le hall de la gare, je vis S. qui y trônait. Elle resplendissait. Moi, j’étais très impressionné, j’étais dans mes petits souliers. Nous rejoignîmes sa voiture, et là, je fus scruté, déshabillé des yeux. Puis, vint la confirmation d’un verdict sous la forme de soupirs de joie. Je fus mis progressivement en confiance, et je pus, pas à pas, me laisser aller, me laisser mener vers l’amour. La suite, tout le monde – ou presque – la connaît.

♥♥♥

Je voulais juste revenir sur un autre point. J’ai longtemps (très longtemps) été un handicapé de l’amour. Ce sont des circonstances pénibles qui m’ont peu à peu sorti de l’état dans lequel je me complaisais. J’étais alors un animal blessé. Je n’avais rien prémédité de précis, mais sans connaissance, sans défense, je fus « livré » sur l’internet pour tenter de faire des rencontres, y nouer des amitiés, et pourquoi pas y rencontrer l’amour, mais sans réelle conviction à ce sujet, sans réelle motivation non plus.

J’étais donc seul, et je découvris énormément de petitesses, énormément de vulgarités. Passée l’initiation, fort mal menée, mais menée tout de même par une âme presque charitable aujourd’hui « disparue », je découvris, ou plutôt un loup (un vrai) me découvrit. In fine, même si cela ne menait à rien, ce fut riche d’enseignements. Je découvris ensuite d’autres loups virtuels sur la toile (certains pourraient y voir des araignées, mais pour moi, ce fut en majorité des loups).

Dans ma recherche, ou plutôt mon errance de l’amour, je ne m’attachais pas principalement aux aspects physiques, cela va sans dire. Mais comme on papillonne un peu partout de façon virtuelle et forcément de manière un peu superficielle, on devient forcément sensible au physique, à l’image. A la fin, devant les difficultés, on devient un peu « malade », on a une attitude un peu compulsive, on devient un peu accroc de la machine virtuelle. Et on finit par en souffrir, voire même en faire souffrir d’autres.

C’est à ce moment là que j’ai compris définitivement (vous me direz que c’était largement temps que je m’en rende compte, mais j’avais des décennies d’ignorance sur les affaires de l’amour derrière moi) que je ne pouvais aimer une image, une représentation. Bien entendu, je le savais bien avant ça, mais c’est à cette époque que j’ai réellement pris conscience des différentes facettes de l’amour, de ses profondeurs. C’est en faisant la connaissance de S., d’abord virtuellement, que j’ai appris la force incroyable de l’amour. Et je crois que l’on a jamais fini d’en apprendre sur l’amour.

♥♥♥

Je profite ici aujourd’hui pour dire à tout le monde combien je suis ému en ce jour anniversaire d’avoir rencontré S., la fabuleuse et combien je l’aime. J’en profite aussi pour confirmer, comme Karagar l’avait annoncé dans l’un de ses textes, qu’il est tout à fait possible de rencontrer le vrai amour via l’internet. Je ne suis pas loin de penser, qu’en ce qui me concerne, sans l’internet, je n’aurais jamais rencontré l’amour.

Bonne journée à tous. Et vive la paix et l’amour !

19 septembre 2006

OUI

Au départ, ce texte se voulait un simple commentaire à la note de notre ami Karagar « OUI » mis en ligne le 25 août 2006. Mais voilà, ce commentaire est plus long que prévu et il m’a semblé qu’il méritait une petite note, ne serait-ce au moins que pour remercier celui qui me l’a inspirée. Je pense par ailleurs qu’il me pardonnera d’avoir copié son titre.

Le Marais aux lièvres, c’est bien en Flandre intérieure, mais plus tout à fait un plat pays. Le bassin minier, les industries polluantes du Nord, c’est tout à côté. Mais comme en d’autres pays ; il existe là aussi des sédentarismes d’un autre âge. D’abord un sédentarisme des esprits, parfois une frilosité, plus rarement une étroitesse. Il existe un monde entre les terres limoneuses des Flandres et les terres noires des terrils, entre les champs de pommes de terre, de betteraves, les grasses pâtures et les multiples friches industrielles, entre les fermes et les demeures néo-flamandes et les corons et autres habitats populaires en déshérence de la ville dortoir qui n’en finit pas de s’étendre. Qu’est-ce qui est le mieux ? Je ne sais pas répondre à cette question. Simplement que le Marais aux lièvres est une ville à taille humaine et que c’est là, pas tout à fait par hasard, que j’ai choisi d’habiter. Ce n’est pas Chinon, Autun, K. ou K2, mais voilà, S. n’a pas détesté non plus.

La « Grande salle »... Oui, j’ai bien remarqué les dorures, les sièges capitonnés, le tapis rouge, les lustres, les portraits des maires de la ville. Je n’ai pas détesté cette salle, mais je n’ai rien vu. J’étais tellement stressé. Pas un stress de peur (à part celle d’arriver en retard suite à une péripétie de chaussure maternelle), juste un stress de responsabilité. La responsabilité de dire OUI à la femme que j’aime. Ce OUI, il y a bien longtemps qu’il était une évidence pour moi, pour nous. Mais un OUI à prononcer de façon franche et massive. Ce 19 août (un mois déjà !), ce fut S. qui dit OUI la première. La façon déterminée dont il fut proclamé fut soulignée par l’Adjoint au Maire, ce qui eut pour conséquence de me mettre une pression supplémentaire. A cet instant, j’avais l’impression d’être dans une bulle, livré seul dans cette salle, malgré la famille, les amis et collègues tous derrière moi, derrière nous. Et l’Adjoint qui mettait un temps infini avant de me poser LA question. Il ne fallait pas que je me trompe, que je dise bien OUI. Il fallait rester correct, ne pas hurler un OUI intempestif, il ne fallait pas rester avec un OUI timide et inaudible, il ne fallait pas que l’émotion intense qui m’emplissait à cet instant m’empêche de parler. Il ne fallait pas que ma voix chevrote ou prête à sourire. Après un « siècle » d’attente agacée, la question arriva enfin, et je fus le premier spectateur de mon OUI. Apparemment un OUI clair et net, un OUI aussi distingué par l’Adjoint. Pas le OUI le plus esthétique par la voix, mais incontestablement le plus beau OUI de ma vie, et surtout un OUI ferme et définitif, pour la vie ! L’émotion se fit sentir encore quelques instants lorsqu’il fallut glisser l’alliance au doigt : j’en tremblais encore et S. le remarqua. En fait, je ne fus vraiment remis que lorsque le vin d’honneur fut terminé. A croire que Monsieur K. et moi n’étions pas dans la même salle, que nous ne vivions pas le même événement. A vrai dire, à bien y regarder, il y a bien des similitudes. Nous étions un peu coupés tous les deux de la scène qui se déroulait sous nos yeux. Pour Monsieur K., les fenêtres s’étaient embrumées ; pour moi, le brouillard était dans la salle. Ce n’est qu’à l’instant où l’on fit signer les témoins que je pus me dégager de mon ouate, suspension spatio-temporelle. Tout cela grâce au stylo-piège de la Mairie. Un signe du destin qui les empêchait de signer ou les deux témoins dans la Lune ? Je n’ai aucune affinité pour la première solution. La parfaite connaissance du second témoin et le texte de Monsieur K. me prouvent que la seconde solution est évidemment la bonne. Au vin d’honneur, nous fumes honorés, entre autres (ce n’est pas un scoop, car la publicité en a été faite dans ses pages bloguiennes), par un discours de Monsieur K. Monsieur K. dans ses œuvres : un moment d’anthologie (en tout cas pour moi). Le texte, que nous conservons précieusement, n’est pour ainsi dire non crypté et parfaitement clair et bien écrit. Cependant qui aura pu en saisir le sens de chaque mot ? Le battement d’aile du papillon est une image qui m’a plu dès qu’elle fut prononcée pour la première fois, car elle correspond bien à ce qui s’est passé entre S. et moi. Personne ne s’étonnera d’entendre le naturaliste que je suis souligner l’importance de la sauvegarde des Lépidoptères, même s’ils ne sont pas que des pollinisateurs de rhizophytes ! Personne ne s’étonnera non plus, comme cela a été rappelé lors du discours, que même si je ne suis pas un spécialiste des mouvements chaotiques, mon « cerveau rationnel et terrien » domine mon « cerveau émotionnel et sensible ». On finit par rendre un hommage au fait que ma carapace de « logique cartésienne de premier degré » est désormais bien fissurée, même si je suis toujours tenté de la revêtir à chaque instant car j’ai l’impression d’y être mieux protégé, d’être dans un bain coutumier. C’est sans doute le battement d’aile cher à Monsieur K., et surtout le cyclone qu’a engendré S. qui m’ont permis d’ouvrir des yeux dont je ne soupçonnais pas l’existence. Des yeux neufs qui ont engendré d’autres fissures dans ma carapace parfois trop jacobine et étatique. Pendant que j’y suis, il me faut aussi rendre hommage ici à un autre papillon breton (Arvalafenn), qui avec une immense courtoisie et pédagogie, sans que je m’en rende compte, avec S. comme alliée en coulisse, m’a fait tenir des discours sur son ancien blog que mes anciens yeux auraient eu peine à reconnaître. Merci de m’avoir ouvert l’esprit sur bien des choses.

Longtemps, j’ai eu de l’indifférence en voyant les jeunes gens qui s’aimaient, qui s’embrassaient en public ou autre… Longtemps, j’ai cru, pour diverses raisons, que l’amour d’un autre être m’était interdit. Pis, longtemps, je n’ai accordé aucune importance à l’idée d’aimer quelqu’un. Quelque part, même si cela n’était pas conscient, j’étais trop dans le nombrilisme et l’intérêt à courte vue de ma personne. Je ne le regrette pas car cette attitude a servi, un temps, ma cause. Et puis un jour, on finit par s’apercevoir que l’on commence à prendre de l’âge, que les gens s’aiment autour de vous. A un moment donné, on se rend compte que partout où l’on va, on est le seul à venir seul. On finit par penser que l’on n’appartient plus tout à fait au même monde (même si j’ai toujours un peu pensé que je n’étais sérieusement pas de mon temps et décalé dans mes goûts, voire sans goût moi-même). Puis on connaît quelques difficultés, pourtant bien futiles, si on les compare aux blessures de beaucoup d’entre-nous. Face à ces difficultés, on se dit, qu’il faut se décider à en sortir. On finit par trouver que l’amour entre deux personnes c’est formidable, même si on se dit en même temps que c’est bien fragile. [Je passe les épisodes intermédiaires.] On finit par aimer être vu en train de faire un bisou à sa femme en public. On finit par penser que c’est très naturel et très réjouissant. Et en même temps, on se dit depuis longtemps déjà que ce n’est pas juste que l’on ne puisse pas trouver ça normal que deux femmes ou deux hommes ne puissent pas en faire de même, qu’on leur interdise un amour proclamé et officiel. On finit par se dire que la société a souvent là aussi des mœurs bien cruelles au nom de je ne sais quel principe qui n’a peut-être jamais eu lieu d’être. On est triste que certains ne puissent pas célébrer, comme les autres, leur amour. On se dit que cela finira sans doute par changer. Suis-je trop optimiste à la vue du conservatisme à la française ? Je ne sais pas, mais il y a parfois des effets de seuil qui font que l’on franchit des obstacles que l’on croyait hier insurmontables. Mon mariage avec ma Fabuleuse n’est-elle pas en soi une illustration d’un effet de seuil ?

17 juin 2006

LA BÉCASSE, LE PAON ET LA CIGOGNE

Je livre ici un texte écrit en janvier 2006,  recyclé de mon premier blog. Il n’y a rien à changer, sauf qu’il faudra peut-être prévoir une suite.

 

La Bécasse est posée parmi les molinies bleues dans un bois de bouleaux pubescents et de chênes pédonculés. Cet oiseau, un peu intemporel, est d’un naturel timide, réservé et discret. Mais la Bécasse a perdu la flamme qui animait ses jeunes années. A-t-elle souffert de ses multiples séjours sibériens ? A-t-elle dû essuyer des tirs de quelques chasseurs maladroits ? Mais force est de constater que la Bécasse se morfond au fond des bois. Elle est en deuil. Elle a depuis peu, perdu son amie la Bécassine.

La Bécassine était un oiseau secret et insaisissable, souriant toujours à la Bécasse comme elle souriait à tous les oiseaux des forêts, des marais et des prés, à l’exception notable des oiseaux de proie et autres rapaces. Quand elles se connurent, la Bécasse pensa que la Bécassine était un oiseau bien sportif et doué lorsqu’il slalomait de façon compulsive entre les joncs du marais. Et c’était vrai, la Bécassine était un merveilleux oiseau, mais presque personne ne le savait. Quelques rares oiseaux, dont la Tourterelle et la Bécasse avaient bien remarqué les compétences techniques aviennes de la Bécassine, avaient cherché à en savoir plus sur elle. Mais la Bécassine des marais était sourde aux demandes et aux offres de ses congénères. En fin d’hiver, la Bécassine connut une heure de gloire où elle se fit plus impériale que l’Aigle, plus futée que le Roitelet. Mais cette heure de gloire fut interrompue bien rapidement. Du jour au lendemain, elle perdit le désir de prendre en main son destin, masquant son désespoir derrière un sourire de circonstance dont la Tourterelle et la Bécasse ne furent pas dupes.

Un matin d’avril, la Bécasse prit l’idée d’aller faire un tour dans le marais. La Bécasse n’a pas seulement le bec long, elle a aussi la vue bien aiguisée. Elle découvrit de loin, le corps inanimé de son amie la Bécassine. La Bécasse, pourtant très alerte au vol, piqua du nez et tomba à terre. Le choc passé, la Bécasse se rendit à l’évidence : aucun chasseur n’avait réussi à l’abattre, aucune maladie ne l’avait terrassée. Non, la Bécassine s’était laissée mourir, dans l’incompréhension totale de toute la communauté ornithologique.

Dès lors, la Bécasse ne volait plus que sur une aile. Elle se disait qu’elle avait eu bien tort de ne pas aller voir plus souvent son amie la Bécassine, de ne pas avoir engagé une réflexion plus approfondie avec elle. Mais la Bécassine était sourde. Quoi alors ? Rien. Outre leur nom, la Bécasse se sentait proche de la Bécassine, elle partageait bien des points communs avec elle, comme la solitude et sa condition d’oiseau sauvage. La Bécasse avait peur qu’il lui arrive malheur, même si elle se rassurait par le fait qu’elle n’avait pas les mêmes mœurs ni le même instinct que la Bécassine, ce qui la préservait de ce fléau qui frappe les oiseaux de notre époque. La Bécasse est un oiseau des bois ; même si elle s’y aventure parfois, elle n’est pas trop affectée, contrairement à la Bécassine, par la disparition des zones humides. Oui, encore aujourd’hui, les zones humides sont très menacées et les hommes politiques se conduisent encore de façon irresponsable en laissant les Bécassines et ses amies palustres et aquatiques disparaître dans l’indifférence générale. La Bécasse, donc, n’avait plus d’amis et était dans un état de tristesse et de désespoir qu’elle réussissait néanmoins à masquer à tout le monde. Et pourtant, il lui coûtait de voler au dessus du marais, même si elle y était obligée pour survivre. Oui, survivre, et sauver les apparences…

La Bécasse se laissa pourtant attendrir par le jeu d’un Bécasseau. Ce dernier avait été en effet séduit par le chant de la Bécasse et il lui rendit service. Il lui permit de s’ouvrir à un autre monde : celui des oiseaux exotiques.

Le printemps était déjà bien avancé, et il était grand temps que la Bécasse entame enfin sa migration. Peu après le début de la migration, elle fit la connaissance d’un Pingouin. Ce dernier profita de son inexpérience des oiseaux exotiques et il se fit plus menteur que le Geai, l’Étourneau ou le Coucou. Néanmoins, cette rencontre ne retarda pas beaucoup la migration. Au cours de l’été, alors que la migration était toujours en cours, la Bécasse fit la connaissance d’un Paon. Elle fut assez vite séduite par la flamboyance de son plumage, même si celui-ci évita de faire la roue. Le Paon allait néanmoins accompagner la Bécasse jusqu’à la fin de sa migration, lui prodiguant moult conseils. Les deux oiseaux étaient très différents sur les plans taxinomiques et biogéographiques. Ils se connaissaient peu. Ils allaient néanmoins apprendre à se connaître. Alors que la Bécasse errait dans la toundra sibérienne, elle se confia à son amie la Sterne arctique. Celle-ci, bien qu’empêtrée dans des histoires familiales qui, faute de culture adaptée, lui paraissaient plus ou moins ésotériques, se montra compréhensive vis-à-vis des états d’âme de la Bécasse. L’automne venu, le Paon présenta, non sans moquerie bienveillante, la Cigogne à la Bécasse. La Cigogne est un oiseau qui n’a rien d’exotique. A la première rencontre, la Bécasse était séduite de rencontrer une nouvelle amie, et ce sentiment était réciproque. Seulement, la Bécasse, si elle a, comme la Cigogne, un long bec, n’en a pas les longues pattes lui permettant d’être à sa hauteur, et surtout, elle n’avait pas achevé sa migration. Non seulement la Bécasse continuait d’errer dans la toundra désertique des sentiments, mais elle tentait vainement de faire des rencontres. Elle prit alors un comportement compulsif et s’enferma dans le désespoir de ne plus jamais connaître les belles forêts caducifoliées de la France qui l’avait vue naître. Soudain, frappée par je ne sais quelle idée, agacée par un Paon qui se faisait plus distant, dépitée devant la mollesse de la Sterne arctique (pourtant de bonne augure, même pour un oiseau), la Bécasse emprunta alors une voie de migration radicalement différente. Au bout de la migration, la Cigogne l’attendait toujours. La Cigogne est un bel oiseau, gracieux, élégant, compréhensif, très compréhensif. La Cigogne est un oiseau merveilleux, noble et sympathique. Elle accueille très chaleureusement la Bécasse. Cette dernière, d’habitude assez réservée se confie à la Cigogne qui saisit tout de son passé. En retour, la Cigogne explique ses expériences, son passé chaotique et peu enviable. La Bécasse se laisse aller. L’extraordinaire, la fabuleuse Cigogne est sur la même longueur d’onde que la Bécasse, elle comprend tout sur tout. A ce moment là, le Paon, injustement mis en quarantaine pour avoir eu le tort d’avoir raison trop tôt, repointe le bout de son bec. Il sera le témoin (et même l’initiateur) de l’amour naissant et prétendument impossible entre une Bécasse et une Cigogne. Alors que l’hiver naissant commençait à envoyer ses premières intempéries, l’amour entre la rayonnante Cigogne et la Bécasse tranquillisée éclata au grand jour. Quels paradoxes que l’amour hivernal entre oiseaux d’espèces différentes. Eh bien Scolopax rusticola, aussi scientifique soit-elle dans la manière dont elle procède pour échapper aux chiens et aux chasseurs a su se laisser séduire et être séduite par Ciconia ciconia. La Bécasse a enfin trouvé le bonheur et y voit clair dans son avenir. Elle espère ainsi partager sa vie (toute sa vie) avec la Cigogne, son amour, ad vitam aeternam.

14 mai 2006

Événement national

Événement national, faisant suite à un insoutenable suspense. Un événement majeur qui fait l’ouverture des journaux télévisés de France 2 : la composition de l’équipe de France de football ! Eh oui, malgré tout ce qui accable la France et le monde, voilà dans quoi sont capables de tomber les médias. Ce n’est pas nouveau, ce n’est pas une découverte, ou nous a fait déjà des tas de coups dans le genre. Les grands médias ne nous informent pas, ils nous abrutissent par une communication stéréotypée et policée. Il s’agit en permanence de manipulations, même si les manipulateurs n’ont pas toujours conscience d’être eux aussi manipulés. Bref, à qui se fier ? Existe-t-il encore des informations honnêtes ? Y a-t-il encore des informations qui ne donnent pas dans le spectacle ? Dans une France (pas seulement elle) qui a progressivement remplacé la culture (et parfois l’effort) par le divertissement (pas condamnable en soi, bien au contraire) mâtiné de marketing, et parfois la facilité, voire de l’éphémère ou carrément de la bêtise, peut-on s’étonner de certaines déconfitures, certaines médiocrités ?

25 novembre 2012

L'affaire du broc d'eau

Je disais ici il y a quelques temps qu’un jour j’avais envoyé le contenu plein d’eau à la figure de mon père, mais sans avoir donné les détails de l’affaire. J’y reviens donc à la demande de Lancelot.

Tout d’abord, je dois faire un petit retour en arrière pour mettre les choses en perspective. Que l’on n’aille pas croire que je n’aime pas mon père ni que je n’aie aucun respect pour lui. Entre nous deux, c’est un peu compliqué.

Quand j’étais enfant, il m’arrivait de faire des bêtises. Pour être honnête, ces bêtises n’avaient vraiment rien de grave, et même sans doute beaucoup moins fréquentes et beaucoup moins importantes que la moyenne de celles des gamins de mon âge à l’époque. J’étais un enfant sage, calme et timide, et à la maison, il n’y avait en général aucun autre enfant avec qui j’aurais pu éventuellement interagir ou qui aurait stimulé l’émergence de bêtises. Mon père n’était pas toutefois quelqu’un à se laisser emmerder, et si problème il y avait, il y avait sanction : par les vives réprimandes d’abord, par les gifles ensuite (par deux fois, mes lèvres ont amorti sa montre, ce qu’il a regretté immédiatement), par des coups de ceinturon (rarement, il est vrai, mais donnés avec une rage certaine) et plus rarement encore, des coups donnés avec des objets divers (dont une fois une grande pompe à vélo qui a rendu l’âme à l’occasion). Je précise tout de suite qu’en dehors de la lèvre ouverte malencontreusement par deux fois, je n’ai jamais été blessé et je ne considère pas avoir été un enfant battu. Il devait y avoir dans ma personnalité, dans mon attitude de l’époque un quelque chose qui énervait particulièrement mon père qui était peut-être aussi excédé parfois par d’autres éléments (son ulcère à l’estomac, le travail…). Mais le résultat était là : j’avais peur de mon père et je n’ai pas toujours compris le niveau de la sanction, qui ne devait pas toujours être très bien proportionné vis-à-vis de l’importance de la faute.

Plus tard à l’adolescence, avec l’échec scolaire, j’ai ressenti, très probablement à tort, une forme de brimade, lorsque mes parents, mon père en tête, ont décidé de me priver de télévision le soir (on me l’accordait davantage auparavant) et ce jusqu’à un âge assez avancé. J’étais censé faire mes devoirs et réviser mes leçons pendant ce temps là, ce que je faisais en bonne partie d’ailleurs, mais avec une efficacité proche de zéro (je parle de mes premières années de 4e et de 1ère) : d’une part, j’avais décroché sur plusieurs matières et je n’ai pas eu l’aide dont j’aurais eu besoin au moment le plus opportun et d’autre part, il ne servait à rien de s’obstiner des heures sur des choses où le déclic ne pouvait pas venir.

Je le répète, j’étais timide et sans doute aussi peureux. D’ailleurs, devrais-je parler au passé à ce sujet ? Je fais mine de ne plus l’être. Disons, que je sais sans doute mieux le cacher et que j’ai fini par connaître instinctivement quelques artifices pour donner, en partie, le change.

Mon père a toujours des accès de colère, s’emporte, dit des choses abominables, le plus souvent sur des choses assez dérisoires. C’est quelqu’un d’extrêmement têtu, tenace, coriace, qui ne tolère pas beaucoup qu’on remette en cause ses certitudes. Je suis sans doute pareil, pour ne pas dire bien pire, car outre l’héritage paternel, j’ai sans doute l’atavisme que m’a transmis mon grand-père maternel. Toutefois, mon père ne m’impressionne plus du tout depuis un bon moment, ce qui ne nous empêche pas de nous engueuler cordialement. C’est peut-être aussi un sport familial qui a beaucoup impressionné Fromfrom quand elle en a été témoin les premières fois, puisque cela l’a mise très mal à l’aise et en larmes. Un malaise fromfromien qui faisait écho à ce qui se passait avec son père et qui n’avait pas les mêmes conséquences. Car oui, chez Cornus père et fils, les engueulades ne durent pas longtemps et tout rentre rapidement dans l’ordre, comme s’il ne s’était rien passé (Fromfrom est toujours étonnée de cette capacité particulière qui est en réalité une règle immuable de fonctionnement).

J’en viens à présent à l’objet premier de la note : le broc d’eau. Cela se passait au printemps ou en été, très probablement en 1996 ou en 1997. Un dimanche en fin de matinée, j’étais parti chercher ma grand-tante qui habitait encore sa maison de La Cel*le-en-Mor*van. Ma mère et mon cousin J.-L. m’accompagnaient. En repartant de chez ma grand-tante, qui habitait le long d’une route avec une circulation relativement importante, j’ai démarré devant une voiture que j’avais jugée comme étant loin derrière, alors même que la vitesse était limitée à cet endroit. Et du fait de la vitesse probablement excessive de la voiture en question, elle s’était retrouvée assez vite derrière nous. Il ne s’était rigoureusement rien passé (pas de queue de poisson, pas de coup de frein intempestif, pas de mise en danger, rien, rien du tout), mais ma mère qui se situait à l’arrière de la voiture, avait trouvé le moyen de faire un commentaire désagréable et largement erroné sur ma façon de conduire. Arrivés à la maison, elle a répété l’affaire à mon père et mon cousin n’avait pas cru bon de dire ce qu’il en pensait, mais son silence devait valoir approbation des propos de ma mère. Bien sûr, je m’étais défendu et j’avais dû rabaisser largement les propos et les capacités de ma mère. Et un peu plus tard au cours du repas, mon père a remis le couvert sur le sujet (alors qu’il n’avait pas été témoin et prenant sans doute la défense de ma mère). Une chose complètement disproportionnée sur un non événement. Une situation complètement surréaliste, alors que mon père continuait à me mettre en défaut de façon complètement injuste et ridicule. N’y tenant plus, je me suis levé, et probablement en hurlant de rage, je lui ai envoyé le contenu complet du broc d’eau à la figure, puis je suis sorti dehors puis je me suis réfugié dans la pièce du haut de l’autre bâtiment.

Après cela, que s’est-il passé ? Eh bien rien ou presque. Ma mère est venue toute penaude me demander de revenir manger le fromage ou le dessert. Je ne me suis pas excusé (ah ça, non !) et mon père n’a rien dit (rien de rien). Il a dû comprendre qu’il (et ma mère) étaient allés trop loin. Et l’affaire a été oubliée très rapidement.

Mon père n’est pourtant pas du genre à se laisser prendre une puce sur le nez, ni à se faire ridiculiser impunément. Il n’est pas du genre à se lier d’amitié avec le premier inconnu venu. Faut-il rappeler le « round » d’observation glacial qu’il avait réservé à Fromfrom quand ils se sont rencontrés pour la première fois ? Cela n’avait pas duré longtemps (sans doute pas plus de 24 heures), mais Fromfrom en a encore le souvenir. Et depuis, ils ne cessent de se dire de vaches amabilités, et lui a gagné le surnom de « joli papa ». Cela me fait penser qu’il faudra qu’à l’occasion, je lui demande s’il se souvient de cet épisode du broc d’eau.

Dois-je considérer que psychanalytiquement parlant, cet événement a marqué une certaine forme d’émancipation vis-à-vis de mon père ? Eh bien, je n’en ai rien à faire. Ce n’était pas la première, ni la dernière. J’aime mon père et il me le rend bien.

 

Complément rédigé le 25 novembre à 10 heures

Ma mère aussi m’a giflé nombre de fois, mais je ne la craignais pas. Et cela ne m’a pas empêché aussi d’entretenir de grandes complicités avec mon père quand l’atmosphère se détendait. Je précise a contrario que par peur de mon père, il m’est arrivé, quand cela allait mal à l’école, de le cacher, de dissimuler mes mauvaises notes (phénomène qui m’a entraîné assez loin dans le silence, voire dans le mensonge, souvent par omission). Le tout n’avait guère arrangé ma situation. Et cela a duré. Même en classe de 1ère ou en terminale, il m’est arrivé de cacher des notes peu flamboyantes ou d’en retarder l’annonce pour l’associer à une note plus valorisante dans la même matière ou dans une autre. Après, j’ai évolué.

Dois-je préciser que mes parents, et singulièrement mon père ont toujours voulu que je fasse des études les plus poussées possibles. Mon père n’aurait pas accepté que je fasse le même métier que lui (tourneur sur métaux dans l’industrie métallurgique) ou un quelconque métier manuel peu qualifié. Quelque part, il avait placé énormément d’espoirs en moi. Il espérait que j’aille loin dans les études, que j’agisse d’une certaine manière par procuration, car lui n’avait pas su, pas pu, faire des études très importantes (même s’il faut préciser que l’apprentissage qu’il a suivi était d’un très grand niveau à l’époque, par exemple en trigonométrie). Même si mes parents auraient sans doute préféré que je fasse un métier plus rémunérateur, ils sont, j’en suis sûr, très fiers de ce que je suis devenu dans l’ensemble.

3 octobre 2009

Miracle au pays des boîtes vivantes claquantes

Si nous nous sommes tus ces derniers jours, c'est que notre connexion internet était en train de mourir. La mort cérébrale a été prononcée avant-hier, pourtant le diagnostic de mercredi à l’hôpital des boîtes vivantes était sans appel, elle est en pleine santé. Ce matin, après le lever fromfromien, on constata, en plus de l’encéphalogramme plat, la mort cardiaque de la boîte. Le nez fin de Docteur Cornus détecta une odeur de brûlé en provenance de la protubérance du cordon ombilical électrique. Un appel aux urgences des boîtes subclaquantes nous a permis de récupérer en vitesse un cordon de substitution.

Sans l’intuition et la finesse d’esprit du couple fromfromocornusien, on serait encore en train de ramer parmi les boîtes mortes.

28 septembre 2009

Un amour né il y a quatre ans

Il y a quatre ans, j’étais en plein doute. Après avoir fait la rencontre virtuelle de S. vers le 20 septembre 2005, j’étais probablement tombé sous son charme, mais tout cela ne restait que des apparences et d’énormes difficultés demeuraient. D’abord, j’étais encore accroché à de « vieilles » connaissances, elles aussi virtuelles. J’étais encore perturbé par certains faits pas très anciens, je n’étais pas sûr de moi. Je poursuivais donc des relations, surtout écrites, avec des correspondants plus ou moins fumeux.

Puis, petit à petit, les choses ce sont précisées, S. et moi avons appris à nous connaître dans d’incroyables détails (l’écrit permettant, habitude aidant, des audaces incroyables par rapport à des choses très privées ou intimes, même si cette approche reste très insuffisante). S. avait annoncé presque dès le début de nos dialogues, l’impossibilité de quitter la Bretagne, ce qui, il est vrai m’avait conduit à la prudence (de mon côté, je me voyais mal quitter mon boulot, sachant que j’aurais un mal fou à retrouver une place équivalente en Bretagne). Mais petit à petit, cette « nécessité » de rester en Bretagne se fit de moins en moins impérative, jusqu’au jour où il fut décider de nous rencontrer pour de bon.

Je ne vais pas, pour la 36ème fois, faire le récit de notre rencontre, mais modestement témoigner du mystère de notre amour.

Je ne reviens pas non plus sur les circonstances hautement improbables de notre rencontre virtuelle dans l’ancien logis karagarien. A se demander si c’est bien réel, d’autant que cela paraît déjà si loin.

Encore à l’heure actuelle, nous nous interrogeons tous les jours sur le côté magique de notre amour, sur la compréhension qui nous unit, sur le fait que nous sommes si proches, si indispensables l’un envers l’autre. Comment un vieux solitaire comme moi a pu ressentir à ce point le besoin de l’autre, de s’en émouvoir ? Comment ai-je pu, avec cette sérénité à peine imaginable, rechercher à ce point la compagnie de S. ? Je ne cherche même pas à comprendre, c’est tellement bien de partager des tas de trucs, d’aimer, de se sentir aimé, sans se poser de question, en toute quiétude. Libre de penser ce qu’on veut, de dire ce qu’on veut, sans reproche. Pas de jugement, juste des remarques judicieuses qui font progresser le coup d’après. Un haut sens de l’écoute, une grande attention, une intelligence, une générosité.

S. et moi connaissons assez bien nos défauts respectifs (dont la plupart avaient été mis sur la table sans concession dès nos premiers dialogues virtuels), mais cela ne nous inquiète pas outre mesure, nous faisons avec. Je crois même qu’on s’améliore, surtout elle, sauf son sens non inné et jamais acquis de l’orientation !

S. me disais à nouveau l’autre jour qu’avant de me connaître, il lui arrivait souvent de pleurer avant de s’endormir, frustrée qu’elle était de ne pas rencontrer ni susciter l’amour et tant elle ressentait ce besoin de donner et recevoir l’amour, d’être accueillie dans des bras bienveillants. Et quel bonheur c’est aujourd’hui de m’acquitter de cette tâche.

Voilà dit, bien maladroitement et incomplètement, en quelques mots, les choses inexprimables de notre amour. Rien de particulièrement spectaculaire ou de spécialement inédit. Juste une évidence pour nous. Et pour paraphraser un slogan célèbre, une force tranquille.

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Cornus rex-populi
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