Vous avez dit canicule ?
Il me semble l’avoir déjà évoqué ici. Quand j’allais sur le terrain dans le cadre du travail, mes pires souvenirs remontent à 2003. Les gens ont peut-être oublié, mais au début de mois de juin, il y avait déjà eu des coups de chaud (pas une canicule, rien d’alarmant, mais tout de même). Je me souviens que j’avais animé à titre bénévole une formation de trois journées sur les bords de la Loire tourangelle et qu’ensuite j’étais remonté dans la vallée de la Seine normande dans le cadre de l’association de botanique. En juillet, pour le travail cette fois, j’avais passé plusieurs séjours encore dans la vallée de la Seine normande et il y avait eu de belles chaleurs. Rien d’alarmant encore. Vers la fin juillet, le temps était incertain (orageux, menace de pluie) si bien que pour la sortie en hélicoptère (de plusieurs heures, toujours en vallée de la Seine) prévue depuis quelques semaines le vendredi 1er août, nous nous attendions à devoir reporter. Et puis non, il fit très beau et chaud. Cela avait en fait été le premier jour de l’épisode de chaleur qui allait muter en canicule. Les deux semaines suivantes, toujours appelé en Seine normande, allaient être les pires. Je logeais dans un hôtel économique, qui sans être tout à fait une bouilloire thermique, affichait des températures élevées pendant la nuit. J’aurais voulu partir tôt le matin pour aller sur le terrain, mais je n’arrivais pas à me lever suffisamment tôt car je m’endormais très tardivement. Les relevés que je réalisais à terrain découvert étaient une épreuve, car dès 10 heures, le soleil devenait extrêmement pesant. Mais par chance, j’avais toujours réussi à stationner la voiture à l’ombre durant toute cette période où je travaillais seul, d’autant qu’à l’époque, les voitures n’étaient pas du tout climatisées. En écrivant cela, je ne veux pas faire pleurer dans les chaumières : j’avais 23 ans de moins et ma situation était très enviable par rapport à des couvreurs, des maçons, des ouvriers des travaux publics, des cuisiniers, des personnes qui travaillent dans des pressings… Mais cela m’avait marqué. Ce dont je me souviens bien également, cela avait été la stabilité incroyable de l’atmosphère durant cet épisode caniculaire : jamais le moindre vent et un ciel toujours parfaitement bleu. Depuis, je n’ai jamais revu une telle stabilité.
Bien entendu, il y a eu d’autres épisodes caniculaires depuis 2003, mais rien d’aussi long et intense, sans compter que je ne vais plus sur le terrain. Toutefois, sans préjuger de la suite, il s’avère quand même que nous en sommes au troisième épisode caniculaire cette année et la multiplication des ces périodes pose des problèmes pour les travailleurs, y compris ceux qui n’ont pas été exposés aux pires extrêmes. Depuis 2025, les entreprises sont soumises à des règles qu’elles doivent prendre en compte. Je m’étais attelé à définir l’an dernier des règles de bon sens et après échange avec la DAF, nous avions ouvert largement la porte aux discussions. Toutefois, cette année, après des échanges avec mes homologues d'autres régions, je me suis aperçu début juillet que nous n’étions pas allés assez loin en cas de vigilance rouge. Or, nous avons connu plusieurs jours de vigilance rouge fin juin et en repensant à ce que j’avais enduré, un peu seul, en 2003, qu’on pouvait faire mieux. C’est ce que j’ai fait la semaine dernière : plus de terrain en période rouge ou alors avec des conditions très strictes et très limitées. Sans le savoir avant, j’ai su que les salariés commençaient à en discuter avec leurs représentants, ce qui fait qu’ils ont obtenu satisfaction, je pense, sans avoir à demander, ce qui est une bonne chose.
Jusqu’à l’année dernière, les jours de plus ou moins fortes chaleurs, même si c’était dans mon idée d’être en télétravail, je ne m’y risquais pas car sauf à migrer dans le salon, mon bureau était soumis à de fortes températures de la fin de matinée jusqu’au soir. Il faut dire que l’extension de la maison où se trouve le bureau était réalisée sous un toit de tôles ondulées et de plaques transparentes de polycarbonate. Il y avait certes une forme d’isolation thermique malgré tout, mais néanmoins insuffisante. Les travaux ayant été réalisés en septembre 2025, la situation a changé. Pour la protection contre le froid, je ne me suis pas bien rendu compte du changement. En revanche, pour la protection contre la chaleur, l’évolution est assez spectaculaire puisqu’au minimum minimorum, on gagne 5°C et peut-être plutôt 7°C.
Vis-à-vis des seuils des vigilance, Météo France tient compte de la nature de l’habitat au sein des différents départements, mais aussi et surtout des habitudes de la population, sous-entendu, des réflexes que les gens ont pour se prémunir de la chaleur et qui varient énormément d’une région à l’autre. Bien sûr, je ne parle pas des personnes qui ne peuvent que subir au sein de leur appartement sous des toits surchauffés et sans en être à de tels extrêmes, toutes les personnes qui ne sont pas en mesure de mettre en œuvre des moyens efficaces. Ainsi, j’ai pu noter depuis quelques années que la duchesse mère n’avait pas les bons réflexes par rapport à la gestion des volets, des fenêtres et des courants d'air… Normal pour des personnes et des régions qui n’avaient pas l’habitude de subir de telles canicules avant le XXIe s. Il en va de même pour notre région : comportement inapproprié de certains collègues et dans notre quartier : pas de courant d’air, fenêtres jamais ouvertes à la fraiche (ou au moins quand il fait moins chaud).
De notre côté, on s’en tire bien. D’abord parce qu’il fait souvent quand moins chaud qu’ailleurs et que nous n’avons pas besoin de ventilateur. Mon père, lui, qui avait fortement été affecté par les conséquences cardiaques de la canicule de fin juin – début juillet 2025, arrive à s’en sortir pour l’instant avec sa climatisation mobile et son ventilateur. Sa maison est bien isolée, mais cela reste trop chaud. La température dans son couloir et sa chambre monte à 27,5°C avec le climatiseur en route, mais lorsqu’il s’installe au salon où se trouve le climatiseur, il arrive, porte fermée, à la descendre à 22°C. Et il arrête le climatiseur la nuit. L’ennui est que depuis la canicule de juin, il n’y a pas eu de vrai répit. A compter du 24 juillet, il doit subir une intervention chirurgicale par la veine fémorale pour mettre une sorte de clip près de la valve mitrale (qui fuit). Avec le stimulateur cardiaque et la valve aortique, cela lui fera trois « prothèses » cardiaques.