Le texte qui suit n’est bien sûr pas une histoire réelle (ni même un récit intéressant en soi), mais reprend des propos en partie réellement prononcés (rapportés par mon père avec l’accent qui va avec) au début des années 1950 à des endroits qui figurent sur la carte. Le Cépiau est déjà un des « mes » personnages, mais ce texte n’a aucun rapport avec le précédent.

(Cliquer pour agrandir)
Le Cépiau avait péché une partie la matinée le long de la rivière en amont du village. Il était invité par Le Forzin aux Barangers pour manger à midi. Il ne pouvait pas arriver les mains vides, alors il avait emmené une paire de bouteilles qu’ils étaient allés chercher à Beaune avec son vieil ami Robert. Sur le coup de onze heures, la bourriche était presque pleine, alors il obliqua pour rejoindre le ruisseau des Barangers. Au Crôt Saint-Jean, il ne put s’empêcher de tremper du fil. Ce ne fut pas sans malice car en moins de cinq minutes et une piolée royale se retrouva sur la couenne. Puis Le Cépiau traversa le petit bois de fayards pour arriver chez son ami par les dessus. Lorsqu’il arriva Le Forzin était dans le jardin en train de butter les haricots.
Le Cépiau : Salut Forzin, comment que te vai ?
Le Forzin : Bonjour Cépiau, y vai ben. Y voit que t’ai pas peu t’empoaicher de râtisser la riviare en remontant.
Le Cépiau : Qu’est-ce te veux, on se refoait point. Appolle donc La Forzine pour qu’elle mette çai au frais.
Le Forzin appela sa femme qui apparut sur le pas de la porte.
La Forzine : Bonjour Cépiau. Quoi donc que te m’amouène lai ?
Le Cépiau n’était jamais en reste pour faire une bonne blague, alors il tendit la bourriche à la Forzine au lieu des bouteilles.
La Forzine : Oh, Cépiau, que le diable est votre pouchon, votre pouchon est tout.
La Forzine ne détestait pas manger des truites, mais disons qu’elle en avait marre d’éviscérer des poissons à longueur d’année, et comme là comme la bourriche était pleine à craquer... Le Cépiau se ravisa et tendis les bouteilles à son hôte.
Le Cépiau : Quoi que te nous marande donc pour midi Forzine ? Attends, laisse-moi deviner.
Le Cépiau rentra dans la cuisine et s’avança vers cuisinière à bois où glougloutait une vieille marmite en fonte. Il n’eut pas besoin de soulever le couvercle pour découvrir le menu.
Le Cépiau : Ah, du iève. Ah, mon petiot Forzin, je voais, je voais ben qu’y ai pas qu’moai qui chaisse toute l’ainnée.
Le Forzin : Qu’est-ce te veux, encorre aine qu’y voulu se détruire dans un collet. Et pis avec çai, La Forzine nous ai fait des treuffes en piau.
Sur ce les trois s’attablèrent pour l’apéritif en attendant le repas des plus grands filous de la région.