Je suis depuis très longtemps énervé par la lancinante question de la défiance de la population vis-à-vis des vaccins. Une question à mon sens beaucoup trop montée en épingle depuis plusieurs décennies à présent. Les médias ont beaucoup trop laissé la porte ouverte à des médecins qui venaient expliquer les problèmes liés aux vaccins, sans toujours faire la part des choses et sans toujours inviter d’autres médecins qui allaient expliquer les énormes avantages procurés par les vaccins. Bien sûr, tout n’est pas blanc d’un côté ou tout noir de l’autre, mais il faut savoir faire la part des choses et ne pas mettre tout sur le même plan, comme se plaisent à le faire un trop grand nombre de journalistes, par souci d’audience ou par malhonnêteté intellectuelle.
La défiance vis-à-vis des vaccins a plusieurs origines. Plusieurs escroqueries (au sens large du terme), le manque de transparence et la complicité/duplicité entre le monde politique et le monde des affaires expliquent une part de la défiance vis-à-vis des vaccins et de certains laboratoires ou autres firmes pharmaceutiques. Mais de mon point de vue, il y a une autre chose qui me paraît plus fondamentale : le manque cruel de culture scientifique de la part de la population générale qui laisse libre accès aux idées antiscientifiques, complotistes, obscurantistes ou tout simplement imprime des doutes pas toujours justifiés. C’est bien sûr un problème majeur pour l’éducation initiale, mais aussi de formation/information tout au long de la vie, car la science progresse tous les jours et demande des remises à niveau. Cette problématique de la formation scientifique ne concerne pas que ce sujet mais presque tous les sujets que l’on affronte dans la vie. Selon moi, cela devait être un pilier majeur de l’éducation nationale dès l’école primaire. Notons toutefois un obstacle dans le contexte actuel puisque les professeurs des écoles semblent souvent assez démunis pour ne pas dire assez mauvais sur le sujet. Je parle selon ce qui m’est rapporté par Fromfrom et ce que je constate plus directement. Une des raisons de ce problème est que les enseignants sont très majoritairement issus de filières littéraires lesquelles sont bien trop dépourvues d’enseignements scientifiques. Et même les personnes issues de filières scientifiques, y compris post-bac, ont parfois un niveau notoirement insuffisant. Depuis plusieurs mois, on parle dans les grands médias de vaccins à ARN messager. Mais qui sait ce qu’est l’ARN messager et à quoi il sert ? Je suis à peu près sûr qu’une majorité de journalistes qui en parlent régulièrement ne savent pas bien de quoi il s’agit, ni ne connaissent la différence avec l’ADN et encore moins avec les autres types d’ARN. Au-delà de cela, je pense qu’ils ne savent pas ce qu’est une cellule animale (et a fortiori végétale), quels sont ses différents organites d’une cellule et comment fonctionne la machinerie cellulaire... Ils ne savent pas ce qu’est un virus, les différences avec une bactérie, ce qu’est un anticorps, ne connaissent pas les principaux acteurs de l’immunité et de son fonctionnement dans les grandes lignes. Ils ne savent pas non plus comment fonctionne un vaccin à ARN messager. Bien sûr, tout cela ne s’apprend pas tout à fait en un quart d’heure, mais peut à mon sens s’enseigner assez aisément avec le temps et de bonnes compétences, sans faire de toute la population des biologistes de renom.
Si on formait les gens, les craintes à propos des vaccins (à condition de transparence réelle et totale) seraient des craintes motivées et non des tas d’élucubrations qui n’ont rien à voir avec la réalité... et beaucoup plus de monde pourrait se faire vacciner. Oui, un vaccin n’est pas de la flotte, comporte plusieurs éléments qui peuvent aussi induire des réponses immunitaires ou susciter des allergies ou des problèmes, mais cela n’est pas pour le plaisir et c’est souvent nécessaire pour rendre le vaccin plus efficace ou moins dangereux par ailleurs. Les laboratoires ne font pas n’importe quoi, il y a des raisons à tout. J’ignore si les vaccins à ARN messager ont un avenir de long terme, mais en tout cas, cela semble être une piste prometteuse (ce n’est pas tout à fait une nouveauté, mais c’est la première fois que cela a été testé à grande échelle et que cela va être mis en œuvre pour de vrai). Que cela soit une solution pour le long terme ou pas, cela reste quelque chose d’assez formidable. Pour faire simple, l’ARN messager code pour la synthèse par les cellules de la protéine « spike » du virus et induit une réponse immunitaire contre ladite protéine (via des anticorps notamment), ce qui permet ensuite de bloquer le virus avant qu’il n’infecte la cellule.
Personnellement, je rendrais obligatoires un plus grand nombre de vaccinations, en particulier contre la COVID-19, compte tenu des mortalités induites, de sa contagiosité, du fait du grand nombre de cas asymptomatiques, de l’engorgement grave des services hospitaliers, notamment de réanimation et des conséquences graves que cela induit sur les activités sociales, économiques, éducatives, culturelles et sur les autres aspects de la santé des personnes. Une obligation qui ne serait pas forcément à mettre en place immédiatement puisque nous n’avons pas encore un large panel de vaccins autorisés, mais à terme oui, avec toutefois la possibilité d’y déroger en cas d’allergies, de maladies ou autres soucis particuliers.