Mes visions du vin (2)
L’ouverture ligérienne
Ma mère a toujours fait preuve d’une forme d’hygiénisme à mon égard et je pense qu’elle avait raison même si c’était parfois excessif. Même à l’âge de 12-14 ans, je n’avais pas droit à une tasse complète de café. Et entre 18-20 ans, le vin m’était versé qu’avec parcimonie.
Mais l’année de mes vingt ans, je me suis retrouvé en Touraine et c’est là-bas que j’ai commencé à boire… des vins de Touraine et du Saumurois, notamment chez les personnes chez qui je logeais et qui m’invitaient régulièrement le dimanche. Et c’est là, véritablement que j’ai commencé à glisser du côté rouge et blanc de la force !
Cependant, si j’ai bu, c’était chez les autres car encore jeune et étudiant, je n’avais pas mes moyens et je vivais aux crochets de mes parents et avec un minimum de moyens. Je n’ai jamais manqué de quoi que ce soit de fondamental, mais je ne faisais aucune folie.
Ce n’est que bien plus tard, après mon service militaire, que je me suis retrouvé de nouveau en Touraine et que j’ai pu, avec mes premiers salaires, me permettre de goûter d’acheter des vins de Touraine et d’Anjou… tellement différents des Bourgognes et des Côtes-du-Rhône… Et je les ai appréciés, même si aucun rouge de la vallée de la Loire ne peut tenter de faire oublier un Bourgogne !
Je connaissais les Vouvrays et Montlouis, deux communes-appellations qui se font face de chaque côté de la Loire en amont de Tours et qui produisent des vins à base de Chenin blanc, secs à liquoreux, tranquilles à puissamment effervescents, mais c’est bien plus tard que j’ai connu des angevins Côteaux-du-Layon et autres vins liquoreux proches (par le cépage d’abord), et je suis tombé dedans.
Le Sancerre, ce vin blanc sec (même s’il existe des rouges et des rosés), j’ai été presque immédiatement épaté par ce que je trouve la plus belle expression du Sauvignon blanc si caractéristique, si aromatique (impossible de ne pas reconnaître le cépage au nez, du moins dans les vins jeunes).
J’ai parcouru les Saumur et Saumur-Champigny, les Bourgueil et Saint-Nicolas-de-Bourgueil : il y a de bonnes choses, mais faute de connaissance approfondie des vignerons ou cuvées spéciales, je trouvais que cela tournait assez vite en rond.
En revanche, je suis allé plus loin, jusqu’au début des années 2000, sur les Chinons rouges. Il est vrai que j’étais sur place. Cravant-les-Côteaux est réputé produire des Chinons corsés et tanniques ; ce dernier caractère n’ayant que peu ma faveur en général. Mais il faut quand même savoir ce qu’ignorent nombre de prétendus spécialistes : le vignoble de la commune possède des parcelles dans la plaine alluviale de la Vienne, lesquelles sont en partie inondables ! Lors de mes promenades, j’ai vu des laisses de crue dans les vignes à un bon mètre de haut. Donc Cravant-les-Côteaux ne signifie pas nécessairement vignes inondées de soleil, mais parfois inondées tout court ! N’oublions pas que dans ses stations primaires classiques, la Vigne (Vitis vinifera susbsp. sylvestris) est une grande liane ligneuse des forêts alluviales plus ou moins inondables. Il n’en demeure pas moins que Cravant-les-Côteaux possède aussi de très beaux côteaux ensoleillés aux sols bien drainés. J’ai eu l’occasion de goûter à beaucoup de Chinons, qui ne se valent pas tous. J’en avais notamment découvert un que je trouvais très bon et pas très cher, réalisé par les étudiants d’un lycée agricole qui possédait son domaine à Chinon.
Enfin, il y eut aussi quelques vins blancs effervescents de Saumur que je ne peux pas passer sous silence. Ce qui m’attirait le plus, c’était le côté fruité.
A suivre…















