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Cornus rex-populi
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26 juin 2025

Algérie, B-26 et autres artisans des horreurs

Cette note m’a été inspirée par mon père, qui a trouvé, probablement avec ses copains anciens combattants en Algérie, des choses sur internet, en particulier ici. Et sur son smartphone, il s’est vu deux fois sur des photos en 1958. Sur la première photo, il est la personne qui n’est pas au volant dans la jeep. Sur la seconde, il est au niveau de la nuque de De Gaulle, la deuxième tête vers la gauche.

Comme j’ai pu le dire, sans doute à plusieurs occasions, mon père a été mobilisé en Algérie durant deux ans et demi entre 1956 (il avait vingt ans) et 1958. Il était affecté à la base aérienne de La Sénia, au sud d’Oran. Les avions de combat dont ils disposaient étaient d’origine américaine, principalement des B-26 Invader (Douglas), appelés A-26 Invader durant la Seconde Guerre mondiale. Il s’agissait donc d’un avion mixte apte à bombarder et à réaliser des attaques au sol car dotés de multiples mitrailleuses lourdes. Mon père était armurier et outre les armes de poing et d’épaule, il s’occupait de monter des bombes dans les avions. À ce titre, il a sans doute contribué à faire des centaines, des milliers de morts… Quelques points sont à souligner :

  • il n’a jamais été au courant de la présence de bombes spéciales type napalm ou autres armes « chimiques », ce qui ne signifie pas qu’il n’y en a pas eu, loin de là (au contraire, on peut trouver des témoignages assez clairs comme ici) ;
  • quelques bombes tombaient dans le sable du désert et n’explosaient pas ; les combattants algériens les récupéraient et venaient les faire exploser sur des cibles françaises civiles ou militaires. C’est la raison pour laquelle l’armée avait piégé des bombes et mon père y a contribué, c’est-à-dire faire croire que des bombes n’avaient pas explosé et faire en sorte qu’elles explosent quand on essayait de les récupérer / détourner ;
  • il avait monté aussi des bombes à fragmentation, c’est-à-dire des bombes faites de sous-munitions, moins puissantes mais capables de tuer sur des zones plus larges. Un des soucis de ces bombes, c’est qu’elles n’explosent pas toutes et peuvent s’ensabler ;
  • il a enfin monté des bombes à fléchettes qui ne comportent pas d’explosifs. Il s’agit d’une multitude de tiges en acier comme des pointeaux profilés qui en tombant en rangs serrés, telles de grosses fléchettes percent, blessent et tuent les cibles. C’était surtout utilisé pour tuer des troupeaux (chèvres, moutons) dans les zones occupées par les combattants algériens, dans le but de contribuer à les affamer. Et bien sûr, parfois, cela ne tombait pas que sur des herbivores.

 

Mon père n’a jamais été témoin de « corvées de bois ». Il n’a pas été non plus témoin d’actes de torture, mais il sait que des militaires, en dehors de son groupe / régiment, y ont eu forcément recours pour forcer les combattants algériens à révéler leurs cibles ou autres. Il a néanmoins toujours été scandalisé d’entendre que la pratique était généralisée en Algérie. Ses collègues de groupe / régiment et lui ne l’avaient pas vue et encore moins pratiquée. Il faut dire qu’en dehors de quelques rares opérations en ville, son groupe / régiment occupaient une forme de microcosme particulier, un peu « élitiste » et « hors sol » comparativement à des régiments d’infanterie ou autres de l’armée de terre qui opéraient dans des zones de combats plus rapprochés, ce qui fait qu’il a été relativement épargné de ce point de vue, en voyant moins d’horreurs issues de chaque camp. Il a quand même vu d’autres choses pas terribles, notamment sur les pistes ou à proximité. Je pense que mon père, comme beaucoup d’autres qui y sont allés, a été irrémédiablement marqué par la guerre d’Algérie. Il a eu l’occasion de dire qu’il avait été endoctriné par la hiérarchie militaire déjà sur le sol français à la base de Salon-de-Provence juste avant de se rendre pour de vrai à Oran. L’armée avait fait des appelés du contingent des personnes haineuses envers les combattants algériens et de cela, il reste difficile d’en sortir. Contrairement à d’autres, il en a beaucoup parlé, et même beaucoup radoté sur le sujet, ce qui exaspérait ma mère. Il en a parlé parce que ce qu’il avait vécu restait racontable comparativement à d’autres qui avaient vu ou vécu des choses bien plus effroyables qu’ils ne pouvaient pas exprimer sans se nuire à eux-mêmes ? Ou est-ce parce qu’il en a beaucoup parlé que cela lui a moins pesé ? Ou un peu des deux ? Lui, depuis quelques années, pour plaisanter, parle de son « Club Med ». Ceux qui ne le connaissent pas son humour très spécial, se demandent s’il a été GO dans sa jeunesse.

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25 juin 2025

Brèves cornusiennes du 25 juin 2025

De passage deux jours à Paris en début de mois pour une rencontre annuelle entre présidents et directeurs d’établissements homologues, nous avons été une fois encore estomaqués par le manque d’épaisseur de certains hauts fonctionnaires du ministère chargé de l’écologie. Le souci est qu’ils nous prennent littéralement pour des demeurés. Alors qu’on réclame plus de crédits au ministère compte tenu des exigences sans cesse croissantes et que nous ne coûtons pas si cher à l’État, on nous dit d’aller voir les collectivités territoriales (Régions, Départements…), alors qu’ils nous soutiennent parfois depuis des décennies, que c’est notre quotidien que d’aller leur demander des sous. Et que justement, c’est parce que l’État réduit ses dotations aux collectivités territoriales que nous sommes dans la panade. Il est aussi ahurissant de constater que ces gens-là n’ont généralement aucune compétence dans la conduite, la gestion d’un établissement et tentent de nous donner des leçons. Ce n’est pas que risible, c’est tragique d’être à ce point déconnecté de la réalité dans les salons bien ouatés du ministère. Autre hypothèse : ils comprennent très bien la réalité, mais n’en ont strictement rien à cirer. Le plus grave est que ces gens sont persuadés détenir la vérité alors qu’on pourrait plus aisément les qualifier de parasites… alors qu’ils n’ont, eux, aucun rôle écosystémique à jouer.

 

Je m’étonne moi-même de me retrouver partiellement en phase sur certains sujets, avec un homme de droite qui m’avait pourtant exaspéré lorsqu’il était premier ministre entre 2005 et 2007, notamment avec la vente des concessions d’autoroutes au privé, et à la création des contrats nouvelle puis première embauche, abandonnés ensuite après les manifestations. En revanche, je lui ai toujours reconnu, dans le sillage de Chy*raque, de ne pas avoir soutenu l’invasion de l’Irak en 2003. Il avait eu par la suite pas mal de déboires avec Sarre*quo*zy, mais était-il aussi blanc que la justice l’a reconnu in fine ? Il a aussi fait des affaires plus ou moins tenues opaques dans différents pays. Il a souvent été donneur de leçons depuis une dizaine d’années dans le domaine des affaires internationales. Mais est-il crédible ? Que ferait-il de mieux s’il était réellement au pouvoir ? Cependant, sa parole a un certain poids, il a une approche globalement ferme et une capacité d’indignation qu’on n’entend pas chez d’autres ou alors de manière inaudible, incohérente, inconsistante, outrée, mal argumentée... C’est évidemment un homme de droite qui le paraît sans doute un peu moins parce que la très grande majorité des représentants politiques de droite se sont positionnés à l’extrême droite depuis une dizaine d’années, y compris une partie significative de l’actuel clan présidentiel ou de ses satellites.

Cornus rex-populi
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