Juillet 2025 (2)
Une loi votée en 2023 impose désormais aux propriétaires de forêts de plus de dix hectares de mettre en place un « plan simple de gestion » (PSG), du moins s’ils veulent couper et vendre du bois et qu’il soit labelisé. Autrement, c’est plus aléatoire et il faut se soumettre à une autorisation administrative et en acceptant de vendre le bois, non labelisé, à un prix moindre. Auparavant, les PSG n’étaient obligatoires que pour les propriétés forestières de plus de 25 ha… et nous, nous en sommes à un peu plus de 22 ha. L’établissement public de la gestion des forêts privées et la coopérative forestière nous ont envoyé des lettres qui ont inquiété mon père. Je pense que c’est un peu l’objectif inavouable de ces organismes. Toujours est-il qu’au printemps 2024, nous avions rencontré une technicienne de la coopérative forestière (dont le second bureau est basé à Autun) et elle nous avait même accompagné sur le terrain. Cette dame avait aussi pu voir qu’il ne fallait pas me la faire à l’envers. Elle m’avait envoyé un devis pour la réalisation du plan de gestion, mais trouvant le prix excessif, j’avais dit à mon père de ne pas donner suite.
En revanche, même si nous ne souhaitons pas faire d’exploitation sylvicole pour la majeure partie de la propriété, il y a quand même un peuplement de Douglas (Pseudotsuga menziesii) de deux hectares planté en 1993 et qui mérite une éclaircie. Dans la jeunesse de cette plantation, mon père avait été aux petits soins et moi-même, j’y avais également pas mal travaillé : remplacement des pieds d’arbres morts après la première plantation (les individus plantés dans des cailloux purs ont du mal à pousser !) ou détérioration par les chevreuils (broutage, écorçage du jeune tronc par frottis des bois de velours) et grâce aux conseils d’un ami, ancien ingénieur retraité de l’ONF, éclaircie des repousses de Bouleau verruqueux (Betula pendula), puis après un gel tardif d’un grand nombre de bourgeons apicaux, pose de sortes d’attelles en priorisant un bourgeon latéral… Bref, pas mal de journées de travail… Las, il y a une quinzaine d’années, une importante chute de neige lourde était venu abîmer les arbres, en couchant certains, en tordant d’autres. Aussitôt après l’événement, en essayant certains abattages ciblés parmi la plantation, nous pensions trouver la solution, mais il s’est vite avéré que cela n’était pas possible. Découragés, nous pensions que notre travail était anéanti et cela m’énervait tellement que je ne voulais pas y retourner. Ce n’est que dix ans plus tard que je me suis aperçu que la situation était loin d’être désespérée puisque les arbres les plus abimés avaient fait des formes de mini-éclaircies et d’autres s’étaient finalement redressés. Il y a donc de quoi faire. J’envisageais donc de procéder à une demande d’autorisation administrative pour effectuer une coupe d’éclaircie. Et puis une année est passée.
En juin, nouvel appel de la coopérative forestière, mais via un technicien (la technicienne de l’an dernier est partie). Après de nouvelles tergiversations, je finis par accepter la mise en place du PSG en le finançant par l’éclaircie des Douglas… et le prix de la prestation est revue à la baisse ! Cela valait le coup de discuter. Lui est originaire de Douai, ce qui nous rapproche d’une certaine manière. On se donne rendez-vous en juillet sur le terrain. En préalable, je lui envoie une compilation d’un article non publié que j’avais rédigé il y a une dizaine d’années et je lui dessine sur plan la localisation des enjeux floristiques et phytocénotiques principaux. Il m’avouera quelques jours plus tard qu’il n’avait jamais rien vu de tel. Et sur le terrain, je suis entré assez vite dans la peau du professeur de botanique et d’écologie végétale forestière. Je ne m’étonne hélas pas que les techniciens / ingénieurs forestiers ne soient pas plus aguerris en botanique, y compris pour les arbres qu’il ne connaissait pas tout à fait correctement. De mon côté, j’ai quelques lacunes en sylviculture et presque aucune pratique, mais je pense avoir les bases et j’ai suivi quelques formations ponctuelles ou plus complètes (voir ici et là). Donc des échanges intéressants et fructueux. Le technicien a fini par produire une carte de gestion et un commentaire sur ce qu’il entreverrait bien de faire durant les 15 ans qui viennent. Rien bien sûr au niveau de là où se trouvent les choses les plus intéressantes sur le plan écologique, sans compter que cela n’a pas d’intérêt sylvicole. Et ailleurs, des interventions légères à caractère jardinatoire pour favoriser un peu les arbres les plus intéressants autres que bouleaux et trembles.
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