SEULLE
Je vous annonce que dans moins de trois semaines, je serai marié, pour le pire, et surtout pour le meilleur.
Il me faut maintenant vous dire que cet événement fait suite à une rencontre sur l’internet. Une rencontre pas forcément évidente, puisqu’elle se fit d’abord de manière indirecte via un internaute avec lequel, en partie par égarement, j’avais fait connaissance. C’était il y a environ un an, et j’étais loin de me douter de ce qui allait arriver par la suite.
Brebis égarée, je fus « recueilli » par le fameux internaute. Ce ne fut pas simple, mais un intérêt et une reconnaissance réciproques se firent jour entre nous. Jusqu’au jour où il me fit connaître, une de ses grandes amies (ma future femme) par caméra interposée. Je fus d’emblée séduit, mais il fallut encore quelques semaines avant que je digère ce qui m’arrivait. Comme je tardais à tirer un trait sur le passé, je me fis « engueuler » par l’internaute, mais je décidais quand même, seul, de me jeter dans l’arène. Il faut dire que j’avais été sacrément aidé par ma future. Elle était prête à toutes mes « bizarreries », pas gênée par mes peurs et mes questionnements (sur moi-même). Mon arrivée à la gare, après 7-8 heures de train fut l’objet d’une trouille bleue, mais en même temps, j’étais d’une grande sérénité, car je savais déjà combien cette femme possédait une immense valeur d’âme. Je fus accueilli comme un prince. J’étais dévoré des yeux, et moi très impressionné. La suite fut extraordinaire. J’étais complètement bouleversé par ce qui m’arrivait, par ce qui nous arrivait. Je dois dire que plus on avançait, plus mon amour s’amplifiait et je sais que la réciproque est vraie. Moi qui n’avait rien connu auparavant, quelle chose à la fois anodine et extraordinaire de se faire prendre ma main dans la sienne à la table d’une crêperie ! Dans de tels cas, on se sent tellement bien, on se sent reconnu.
L’amour est d’autant plus grand qu’il est serein parce qu’il repose sur la vérité, on ne joue aucun rôle, il n’y a aucun artifice. On apparaît tel que l’on est et si on s’aime ainsi, avec ses défauts, ses qualités, c’est bon signe. Quand nous nous quittions, c’était la déchirure. La période la plus longue pendant laquelle nous ne nous sommes pas vus a duré environ 11 semaines en ce début d’année. Heureusement, il existe un artifice dû à la technologie moderne : la messagerie instantanée audio-vidéo-épistolaire. Je ne vous raconte pas le nombre d’heures que nous avons passées sur ce « machin » depuis que nous nous connaissons.
Notre éloignement était, vous l’avez compris, une difficulté que nous avions mesurée depuis longtemps. Mais à la table d’un restaurant, début mars, elle me fit part de son intention de me rejoindre. Une grande nouvelle et aussi une triple preuve d’amour : quitter son travail qui lui a tant procuré et qui plus est, sans être sûre d’en trouver un en me rejoignant, quitter sa Bretagne et les siens et enfin me retrouver. Moi, je me trouvais bête, car j’aurais été incapable de la rejoindre en sens inverse. Non pas qu’il m’aurait été impossible de trouver un travail en Bretagne, mais j’y aurais sans doute perdu au sens statut, même si ce dernier n’a rien d’extraordinaire. Mais, dans sa grande générosité, elle me fit remarquer quelque chose de très juste. Il y a quatre ans, je m’étais déraciné de ma Loire, de ma Bourgogne pour ce Nord à l’injuste réputation sulfureuse, sans pour autant rejoindre qui que ce soit, ni pour occuper un poste professionnel d’un immense intérêt (à l’époque).
Voilà, c’est à la fois tout bête et extraordinaire, mais nous nous aimons. Nous nous sentons indispensables l’un envers l’autre. Nous savons ce qu’il en est des couples actuels ; nous n’en méconnaissons pas les difficultés. Nous ne sommes pas si naïfs, nous avons déjà pas mal vécu. Néanmoins, nous avons décidé une chose : faire mentir les statistiques. Montrer que la fidélité, l’amour à vie, même si ce n’est plus à la mode, c’est une raison supplémentaire de s’y engager.
Nicolas Rolin, chancelier du Duc de Bourgogne Philippe le Bon eut comme épouse Guigone de Salins. J’ai été séduit par la devise « seule », « seulle » ou « ceule » suivie d’une étoile, visible notamment aux Hospices de Beaune. J’ai donc décidé, peut-être de façon un peu ridicule, mais non sans fierté, de reprendre cette devise. S., tu es ma Seulle ¬.
Tapisserie dite « couverte d’haulte lice faicte à tortorelles » portant les armes de Nicolas Rolin et les armes de Guigone de Salins (Hôtel-Dieu de Beaune)



































































