J’en connais l’existence depuis une dizaine d’année seulement, mais je n’avais aucune idée de ce à quoi ça ressemblait. Ça, c’est la source « vauclusienne », une résurgence de nappe karstique, non dans le Jura à Baume-les-Messieurs, mais en Bourgogne, dans l’Yonne à Tonnerre. Nous y sommes en effet passés en « descendant » au début des vacances.
La fosse Dionne. Elle est alimentée par les infiltrations des précipitations dans le plateau calcaire avoisinant ainsi que par les pertes d'au moins une rivière. Son débit moyen est d'un peu plus de 300 l/s et la taille de son bassin versant (impluvium) est d'environ 30 km² auquel s’ajoute des pertes de l’Armançon et du Serein (pour plus de détails, voir ici). Le lavoir a été aménagé autour de la source au XVIII° s.
L’eau a un aspect un bleuté. L’espèce aquatique dominante est le Potamot dense (Groenlandiadensa). La galerie qui débite de l’eau a bien entendu été explorée par des spéléologues, mais pas très loin, d’autant que c’est très dangereux et il y a eu des morts assez régulièrement.
Le débit était fort cette année en pareille saison, mais bien sûr, on n’était pas en crue. On voit des images sur l’internet où le mur circulaire central est en surverse.
Après la grotte, nous sommes saisis pas la chaleur, surtout en entrant dans la voiture. Impossible de penser manger près de la cascade, les établissements étaient pris d’assaut. Nous décidons d’aller dans un restaurant près de l’abbaye. Les places de stationnement sont rarissimes, mais après avoir un peu tourné, nous avons finalement de la chance. Nous mangeons dans un restaurant correct. En ressortant et en gagnant l’abbaye pour la première visite de l’après-midi, nous sommes accablés par la chaleur. En attendant l’heure d’arrivée effective de la guide, on trouve à se mettre à l’ombre dans un courant d’air sous un porche de liaison entre deux cours de l’abbaye. Hélas, la guide fut une grosse déception. Quelques repères historiques furent bien donnés, mais de manière brouillonne et rien sur la géographie exceptionnelle du lieu et rien ou presque sur l’architecture. Je ne suis pas surpris puisqu’en dehors des monuments nationaux où les guides sont excellents, les guides dans les autres édifices sont rarement bons. Là, cela n’a pas été la pire de ce que nous avons pu connaître, mais c’était assez médiocre. Elle demandait systématiquement si nous avions des questions. Il faisait tellement chaud à l’extérieur que je n’avais pas envie de lui demander des précisions architecturales. A l’intérieur, rien non plus sur l’architecture, mais à propos du retable flamand, elle dit qu’il était en chêne de la Baltique et là, j’ai demandé de quoi il s’agissait. Elle ne sut bien évidemment pas me répondre. Un touriste répondit à sa place, mais sans doute de manière incorrecte. In fine, selon lui, il pourrait d’agir de chêne de tourbière (bois conservé durant des siècles ou des millénaires dans des tourbières en eau). Je pense qu’il s’agit plus vraisemblablement de chêne (Chêne pédonculé le plus probable) issu des forêts bordant les parties méridionales des bassins versant donnant sur la mer Baltique, ce commerce du bois étant documenté au XVI° siècle (entre autres) au moment de la fabrication du retable. Par ailleurs, la visite ne fut pas très agréable car nous étions trop nombreux et l’accès à l’une des chapelles, non accessible librement (comme le chœur), pas du tout intéressante, par manque de place et par un baragouinage inconsistant de la guide. En revanche, le séjour dans la nef de l’abbatiale fut assez agréable car il y faisait relativement frais.
L’abbaye Saint-Pierre de Baume-les-Messieurs est donc une ancienne abbaye bénédictine ayant eu des liens avec Cluny, positifs ou négatifs. Un ancien abbé de Baume aurait inspiré ou justifié la construction de la Maior Ecclesia Cluny III. L'église abbatiale est d'origine romane (XI° siècle) mais des éléments gothiques ont été ajoutés ultérieurement (voûte, chœur). Le clocher est roman mais avec une flèche reconstruite au XVI° s. Il a été restauré il y a quelques années.
Le retable flamand est un triptyque anversois du XVI° siècle conservé sur le maître-autel au fond de l’abside. Fromfrom était en admiration devant cette œuvre majeure.
Partie centrale sculptée, de haut en bas, de gauche à droite : Portement de croix, Crucifixion, Descente de croix, Adoration des bergers, Prophètes annonçant le Messie, Adoration des mages.
Volet gauche peint du retable ouvert, de haut en bas, de gauche à droite : Jardin des oliviers, Arrestation du Christ, Ecce Homo, Annonciation, Visitation. Et, après un traitement poussé, l’isolement de l’Annonciation
Volet droit peint du retable ouvert, de haut en bas, de gauche à droite : Ascension, Résurrection, La Pentecôte, Présentation au temple, Jésus parmi les docteurs.
Comme demandé, je fournis ici trois exemples de photos, chacune avec trois versions :
image « brute » de capteur (en fait, pas tout à fait brute car le logiciel interne de l’appareil photo indique quelques pistes d’interprétation dans le fichier que les logiciels de l’ordinateur peuvent interpréter, mais il n’y a pas de vraie correction) ;
après correction de l’objectif (distorsion et autres corrections géométriques, aberration chromatique, vignettage), augmentation éventuelle de l’exposition globale, contraste, micro-contrastes, écrêtement des hautes lumières, remontée éventuelle des basses lumières, correction éventuelle de la balance des blancs (là, pas trop), vibrance des couleurs, augmentation modérée de la netteté et réduction « ordinaire » faible du bruit numérique. Les traitements qui éclaircissent des images sombres et avec de hauts ISO rendent le bruit numérique (granulation colorée) très visible ;
réduction du bruit par un module fonctionnant par l’intelligence artificielle (environ 10 min par photo). Le logiciel lisse parfois trop l’image en fonction de l’intensité du débruitage, mais le traitement étant tellement long et gourmand en ressources informatiques, que je n’ai pas fait de multiples essais pour une photo (car évidemment, le résultat pour une image n’est pas forcément reproductible pour une autre, surtout ici où les conditions de lumières et les réglages étaient assez différents).
Après la cascade, un saut de puce nous mène au chalet d’entrée des grottes, puis au pied des escaliers menant à la grotte. L’entrée de cette dernière étant en hauteur, des escaliers métalliques y mènent (ils ont été refaits en 2023). À l’intérieur, encore de longues volées escaliers montants et descendants finiront d’achever Fromfrom. Cependant, elle pourra voir une grande partie de la grotte. Même si des traces d’occupation humaine préhistorique ont été trouvées en son temps près de l’entrée, il ne s’agit pas d’une grotte ornée. En revanche, on retrouve l’action des eaux, à une époque où elles étaient bien plus puissantes que de nos jours ; elles ont façonné intérieurement le karst. Il existe donc plusieurs salles dont une qui culmine à 70 m de haut (très étroite en haut) et avec parfois une acoustique exceptionnelle. La grotte est localement bien inondée en hiver (pas visitable) et l’eau y circule bien. Le lac principal est plus haut qu’en été. Ces systèmes aquatiques souterrains accueillent une faune aquatique spécifique faite notamment de mollusques et de crustacés dépigmentés et aveugles. Sur les parois, dans les airs, c’est le royaume des chauves-souris. J’ignore quel est précisément l’impact du tourisme sur ces dernières, notamment le bruit et les éclairages. Après plusieurs dizaines de mètres de l’entrée, la température s’établit à 11 °C et reste constante été comme hiver. Ici, on n’avait pas chaud, mais pas froid non plus malgré la chaleur à l’extérieur (le choc fut plus violent à la sortie).
Les conditions pour réaliser des photos qualitatives n’étaient pas réunies : visite guidée où il ne faut pas trop traîner, faible éclairage ou pas toujours optimal pour la photo, absence de trépied… Donc, j’ai souvent poussé l’appareil dans les limites supérieures en termes de sensibilité ISO (jusqu’à 51 200 ISO), ce qui n’a pas manqué de produire des images très sombres ou très bruitées. Pour améliorer les choses, j’ai néanmoins pu bénéficier de l’apport du module de débruitage (par intelligence artificielle) de mon logiciel habituel, ce qui permet d’obtenir des images qui rendent assez bien finalement dans l’ensemble. Toutefois, plus de la moitié des images internes de la grotte qui suivent ne sont passées par le module de débruitage (meilleur éclairage permettant de moins monter en ISO).