Notre agrément ministériel de cinq ans arrivait à échéance durant l’été 2020. Donc, en janvier 2020, j’avais donné le top départ pour définir notre stratégie scientifique pour les dix ans à venir, car il était déjà question que notre agrément serait désormais porté à dix ans. Mais est venu se caler là-dessus en 2021, un nouveau décret en Conseil d’État définissant nos missions d’intérêt général puis en 2022, un nouvel arrêté ministériel précisant les conditions de notre agrément et un cahier des charges hyper-musclé (cela ne nous faisait pas peur car à part la fonge, nous étions déjà dans les clous. Et surtout, l’ex-Haute-Normandie a fusionné avec la Basse relevant de Brest et a fait sécession. D’où un renouvellement d’agrément repoussé en 2022 puis à fin 2024.
Après les effets induits par la crise de Covid-19, nous avions travaillé un « business plan » en 2021, rendu public en 2022… au moment de la crise ukrainienne, donc, sans en tenir compte ! Très énervés par cela, on s’en doutera. Cependant, ce document a été une bonne base à notre futur projet d’établissement.
En janvier 2024, après s’être « débarrassé » de la rédaction du rapport d’activités 2023 (nous avons acquis un grand degré d’efficacité car nous allons plutôt vite et le document plaît), nous avons commencé, fin janvier, la rédaction de notre dossier de renouvellement de notre agrément en quatre tomes : demande formelle et présentation générale, bilan analytique de la période précédente, projet d’établissement pour les dix ans à venir, synthèse des objectifs et indicateurs. Avant le 15 avril, nous avions terminé le gros de la rédaction, pour le présenter à nos partenaires scientifiques et financiers, lors de divers échanges officiels et d’un séminaire, qui fut un grand succès. Le tout également présenté en Conseil scientifique début juin. Finalement, je mettais les points finaux début juillet après une dernière salve de validations.
Nous avons été les premiers à rendre notre copie parmi les établissements analogues qui arrivaient en phase de renouvellement d’agrément en même temps que nous. Servirons-nous une fois encore de mètre étalon, comme nous le faisons depuis 2020, car le ministère s’inspire de nos productions pour fixer les cadres ? Certains vont peut-être nous bénir pour le travail supplémentaire que cela pourrait leur occasionner, mais c’est quand même valorisant de servir de modèle. Ce n’est pas pour faire mon malin que je dis cela, car si j’en suis fier, cela n’est pas que grâce à moi, mais aussi grâce à l’entrainement d’une équipe qui tient globalement très bien la route, à la fois sur le plan scientifique et en termes d’organisation et d’ambiance générale. Ces derniers éléments, j’y suis très attentif car c’est extrêmement précieux. Notre management par projet, la responsabilisation des personnels, le sens des coûts et frais financiers sont aussi fondamentaux et font partie de la culture d’entreprise. Tout comme la transparence dans la façon dont la direction mène la barque.
Cette semaine, nous avons reçu, sur deux jours, le rapporteur nommé au niveau national pour diverses auditions internes et avec nos partenaires principaux. Nous ne le connaissions pas, alors cela était de nature à nous inquiéter, d’autant qu’il a la réputation d’être un coupeur de cheveux en quatre. Au bilan hier soir, il nous disait qu’il avait été obligé de gratter, histoire de dire quelque chose car tout était bien. Il va même nous diffuser son rapport pour qu’on le relise avant qu’il ne l’envoie de son côté, pour vérifier s’il n’y aurait pas d’erreur dans ses propos. En principe, le rapport n’est jamais diffusé car c’est une autre instance qui produit un avis pour le ministère. Bref, tout va bien à tous les étages. On le savait, mais cela va mieux en le disant. La suite, en début d’année prochaine avec un passage sur le grill à Paris, mais avec zéro crainte… et un arrêté ministériel en juin ou juillet, s’il se trouve un ministre pour signer
En parallèle avec le chantier de renouvellement de l’agrément, nous avons été accompagnés pour réaliser une étude prospective afin de changer de statut, afin d’étudier notre éventuel passage sous statut public, en particulier d’Établissement public de coopération environnementale (EPCE), nouveau type d’établissement créé par la loi « biodiversité » de 2016, calqué sur l’EPCC (dernier C pour culturel) comme le sont par exemple certaines salles de spectacle, de théâtres ou certains musées (comme le Louvre-Lens). Avec la présidente ou sans elle, mais souvent avec un autre collègue, nous avons rencontré toute une série de vice-présidents chargés de l’environnement à la Région, dans les cinq Départements, les grandes intercommunalités… Nous étions accompagnés par une ou plusieurs personnes du groupement de bureaux d’études (organisation, juridique, financier), mais cela n’a pas été simple de les voir tant ils ont un agenda rempli ou se foutaient parfois de nous ! Mais on y est arrivé. Au départ de ces rencontres bilatérales en mai-juin, l’ambiance était globalement positive, mais à partir de mi-septembre, elle s’est notoirement tendue… avec la pression gouvernementale croissante pour faire des économies budgétaires sur le dos des collectivités territoriales. Au final, deux jours avant le séminaire des élus le 20 novembre, qui devait quelque part un peu donner le coup d’envoi pour les travaux préalables à l’évolution statutaire (prévue sur au minimum 18 mois), la Région nous prévient qu’il est hors de question d’évoluer, certes compte tenu du contexte budgétaire, mais aussi parce que la jeune « énarque » du cabinet du président, sait tout sur tout, mais ne sait absolument pas qui on est et ce qu’on fait, ni ce qu’est un EPCE. Je n’invente rien, c’est la présidente qui le dit car je n’ai pas été convié pour assister à ce dialogue de sourds. Bref, enterrement de première classe pour un statut qui aurait pu contribuer à nous sécuriser un peu sur le plan financier. Ce qui a été décidé de faire à la place va certes dans le bon sens (tentative d’ouvrir la gouvernance de l’association à d’autres collectivités territoriales), mais reste, selon moi, que gesticulations. Et après, refaire la tentative de passer en EPCE. Mais on ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif. Qui peut croire que l’équilibre financier de l’État et des collectivités va s’améliorer dans les années qui viennent ?
La cerise sur le gâteau est que bien que l’on crie partout notre utilité, nos compétences, notre caractère irremplaçable, j’en passe et des meilleurs, nous allons subir des baisses budgétaires de la part des collectivités en 2025 (on ne sait pas encore combien). Même si certaines collectivités ne nous avaient pas baissé nos subventions ces dernières années, comme elles ne les ont pas revalorisées depuis 15 ou 20 ans, la montée en compétence des équipes et l’inflation « ordinaire » ont fait des dégâts, sans parler de l’inflation consécutive à la crise ukrainienne ! De fait, depuis quelques années, nous en sommes arrivés à une situation critique croissante pour laquelle nos fonds statutaires ne suffisent plus à financier nos activités « régaliennes » socles et que nous vivons sur des crédits exceptionnels comme ceux versés par l’Europe (FEDER) ou parfois l’État. Nous essayons faire feu de tout bois, mais cela a des limites. Les fonds européens sont une vraie plaie car on est payé longtemps après et les règles d’éligibilité des dépenses changent après le dépôt du dossier. Et je ne parle pas du côté tatillon des procédures et des contrôles. On ne peut plus s’en passer, c’est une drogue dure. Nous craignons beaucoup le sevrage qui risque fort d’intervenir dès 2027.
Nous ne cessons de faire preuve d’imagination financière, mais on n’est au bout du bout. Nous avons décidé d’éviter à tout prix de licencier en 2025, voire en 2026, mais si la situation ne s’arrange pas, ce sera reculer pour mieux sauter ne 2027, avec des dégâts plus importants, forcément. Tous les cadres de notre structure sont au courant de cette situation et l’expliqueront à leurs services. La transparence ayant des limites, nous n’avons pas dit quels doigts ni combien nous en couperions, car nous y pensons déjà, même si cette fois-ci, il n’y a aucun doigt surnuméraire sur le corps du malade.
Je ne vais pas rester sur un point aussi négatif, il faut garder espoir, car on ne sait jamais ce qui peut arriver, en pire ou en meilleur.