Voici une note dont j’avais annoncé la venue depuis bien longtemps. Je ne suis pas sûr que cela revête un grand intérêt, mais voici, dans une construction assez approximative, ce que j’ai vécu et retenu de mon service militaire. Bien sûr, cela n’est pas exhaustif, mais l’essentiel semble y être.
Avant de commencer mon service, dont la durée avait été ramenée à 10 mois depuis peu, j’avais entendu dans les médias que le gouvernement avait décidé de créer un service civil « environnement » que l’on pouvait effectuer auprès des collectivités territoriales qui le souhaitaient. Sa durée était de 10 mois également, contrairement à l’objection de conscience qui devait faire 16 ou 18 mois à l’époque. A priori, la voie de l’objection de conscience aurait pu sembler moins étroite, mais je ne voulais pas l’emprunter dans la mesure où cela n’aurait pas été une bonne solution si un jour je postulais dans la fonction publique. Sachant cela, je me renseignais auprès du centre de sélection dont je dépendais. Comme par hasard, ces gens là ignoraient jusqu’à l’existence d’une telle disposition. Quelques semaines ou mois plus tard, comme l’existence de ce service « environnement » se confirmait, je fis une lettre pour exposer mon souhait… qui ne fut jamais pris en compte. Pour bien faire, il eût fallu que je démarche moi-même des communes ou autres.
Lors de mes « trois jours », j’avais fait la demande pour intégrer l’armée de l’air. Tout « naturellement », je fus donc affecté au 3*5ème régime*nt d’infan*terie de Belfort ! A peine avais-je effectué la soutenance de mon diplôme, je devais me retrouver à Belfort début octobre 1994. Inutile de vous dire qu’il n’y avait chez moi aucune excitation ou joie à venir faire mon service dans un endroit pareil. Si j’avais pu y échapper, je ne m’en serais pas privé. En arrivant à la gare, nous fûmes emmenés par bus à la caserne. Une caserne toute neuve. Nous fûmes ensuite accueillis par un sous-officier qui se livra à quelques explications préalables. Je me souviens avoir interpellé l’individu (qui se révèlera par la suite être un crétin comme l’armée aime en fabriquer) pour lui demander si au sein de la caserne, il n’existait pas un laboratoire ou un truc du genre car j’avais à l’époque, entre autres, une formation de laborantin. Voyez déjà ma naïveté totale. Il me fut répondu : « les seuls laboratoires, ici, ce sont les chiottes ! ». Je commençais déjà à me faire repérer : un « intello » qui la ramène. Je n’ai jamais eu de grands cheveux, mais je m’étais préparé psychologiquement en allant chez mon coiffeur habituel deux jours plus tôt. Peine perdue, je fus tondu uniformément à quelques millimètres à peine comme tout le monde. Après tout un tas d’opérations dont je ne me souviens plus beaucoup, je fus affecté à la 1ère compagnie, c’est-à-dire une compagnie combattante, et pas n’importe laquelle puisqu’elle s’enorgueillissait d’être la meilleure en terme de résultats au tir, au stage commando, en courses, etc. Et c’était vrai. Quelle chance ! Après avoir mangé à l’ordinaire, on devait encore aller chercher notre paquetage et nos treillis. Comme je n’étais pas particulièrement un petit garçon maigrelet, il n’y avait plus de treillis ordinaires (déjà usagés) pour moi, j’eus la « chance » d’en avoir des neufs. Les pantalons étaient juste un peu longs, mais c’était déjà bien d’avoir du neuf quand j’en voyais d’autres hériter de choses trop courtes ou usées jusqu’à la corde. J’eus aussi l’honneur d’avoir des rangers neuves, mais je ne sais pas ce qu’elles avaient, mais elles étaient du genre indestructibles : semelle inusable, cuir d’une raideur incroyable et indéformable, malgré le terrain que je fis dans des conditions épouvantables et malgré la graisse et autres produits assouplissants. Quand je dis ça, je n’exagère pas et j’étais le seul à avoir récupéré de telles godasses (celles des autres étaient beaucoup plus souples). Mes pieds en ont souffert. Il m’a fallu des mois après la fin de mon service pour récupérer.
Au sein de la compagnie, on me demanda d’intégrer la section « commandement », mais mes « classes » se firent avec la section « milan » (les milans sont en fait des missiles antichars). Cette section était dirigée par un adjudant qui se révéla être un type infect qui respirait la méchanceté. Beaucoup d’entre nous en avaient peur (moi aussi au début, avant que je ne détecte son jeu caché). Il ne m’emmerdera pas trop, à part une fois où il se permit de me dire qu’il fallait que « je cesse d’avoir ce sourire niais ». Les classes se déroulèrent plutôt bien, sauf au niveau des pieds. Je me rappelle du jour où nous avons fait, lourdement chargés, une longue marche avec l’ascension du ballon d’Alsace. L’adjudant fit une erreur et loupa le bon chemin, ce qui nous obligea à quelques kilomètres supplémentaires.
A l’issue des classes, on décida que je serais secrétaire du capitaine ; une sorte de poste quasiment honorifique. J’en étais assez heureux, mais je dus assez vite déchanter. En effet, il y avait des tas de paperasses à s’occuper. Et surtout, il y avait un ordinateur qui datait presque de la guerre d’Algérie : un truc sous MS-DOS avec une base de données et un logiciel de traitement de texte épouvantable dont je n’avais jamais entendu parler, même en cauchemar. Ce PC était accompagné d’une imprimante matricielle incroyablement lente et peu performante qui fonctionnait avec du papier à picots. Le capitaine me demanda de faire des statistiques sur différents aspects de notre compagnie et il voulait des histogrammes et autres camemberts comme le faisaient les autres compagnies. Je lui dis qu’il m’était impossible de le faire avec un tel matériel. Il eut un mal fou à l’admettre et je dus m’arranger avec d’autres collègues d’autres compagnies, qui eux avaient un matériel correct, pour faire le boulot. Le capitaine n’entendait vraiment rien en informatique. Il me demandait toujours de faire des choses impossibles et il croyait que j’y mettais de la mauvaise volonté. Bref, il m’eut dans le nez et c’est à lui que je dois de n’avoir jamais eu d’avancement. En effet, environ 3 mois plus tard, le capitaine chef de compagnie fut remplacé par le second qui était aussi capitaine, et avec lui tout se passa bien. Il aurait voulu faire de moi un caporal, mais vérification faite, il dut m’avouer qu’il ne pouvait plus (quotas dépassés). De plus, mon premier capitaine n’avait peut-être pas apprécié non plus le fait que j’avais été déclaré inapte pour être son chauffeur. J’avais pourtant le permis depuis 5 ans, mais à la visite médicale (une nouvelle spécifique sur le sujet), ils se sont aperçus que j’étais daltonien (lors de la visite médicale d’incorporation, ils n’avaient pas fait le test, et comme ils avaient trouvé le moyen de perdre mon dossier établi lors des « 3 jours »). Pourquoi un daltonien ne pourrait-il pas être chauffeur d’une voiture 4x4 de l’armée ? Pour des raisons liées à la conduite de nuit avec des feux de combat, c’est-à-dire des feux réduits. Bref, cela ne tient pas debout pour ce qui me concerne, mais voilà.
Comme je ne m’en sortais pas seul au secrétariat, on me mit un adjoint qui ne pouvait pas être en section combattante pour raison de genou déficient. Nous devions sympathiser quelque peu. Dès le départ, je fus déclaré chef de chambre et j’avais à ce titre une responsabilité de propreté et de tout ce qui va avec. Je ne raconterai pas ici comment nous devions faire et défaire les lits chaque jour, et comment se faisait la revue des chambres du vendredi après-midi avant de partir en permission. Un mois à peine après le début du service, il y eut un « léger » incident. En tant que chef de chambre, je me tenais dans l’entrée, prêt à voir le chef de section (adjudant L.) et le capitaine débarquer. A l’instant même où ils s’apprêtaient à arriver, je m’aperçus que l’un des types de ma chambre n’était plus au pied de son lit. Mais curieusement, la porte des lavabos était fermée. A peine avais-je réalisé cela, que l’adjudant L. rentrait dans la chambre, la porte des lavabos fermée de l’intérieur. Quand il put enfin rentrer, il vit que l’individu était en train de se débarrasser de son Cannabis sativa L. var. indica dans le lavabo. Je me dis alors « mais quel con, la perm va être annulée et je vais avoir des ennuis ». Bien sûr, avec ma grande naïveté, je n’avais rien vu venir. En tant que secrétaire, je dus me mettre à la machine à écrire pour taper une punition (on se croirait à l’école). Il y eut du retard, mais je pus quand même partir en perm. Je ne vous raconte pas le nombre de punitions que j’ai dû taper. Certains cadres ou chefs de section avaient même un logiciel spécial d’aide à la rédaction de punitions. On croit rêver. Certes, il y avait quelques spécialistes de la punition. Toutes n’allaient pas jusqu’au bout de la procédure.
A l’armurerie, il y avait quelques soldats d’un contingent antérieur qui s’en occupaient, mais comme ils devaient être libérés, 2-3 personnes de ma section y furent affectées. On s’aperçut après quelques temps que ces 2-3 personnes étaient épouvantablement tête en l’air, joueurs, dont un à la limite de l’illettrisme et autrement, c’étaient juste de jeunes cons. Ils n’étaient pas aptes à tenir un registre de façon correcte et faisaient n’importe quoi à l’armurerie. Bref, on a eu la chance de ne pas perdre d’armes. Je fus donc mis à l’armurerie. Dans un premier temps, on me surveilla de près, mais rapidement, je ne vis plus personne sur mon dos. Normal, il y avait quelqu’un qui « tenait » l’armurerie avec rigueur. J’avais quelques aides quand il y avait le « coup de bourre », mais la plupart du temps, j’étais seul. Je passais un temps incroyable à tracer des lignes sur le registre, à inscrire mon nom dans les cases, à mettre la date et à signer. J’avais fait faire un tampon pour mon nom et un autre pour la date, mais je devais signer à chaque fois. En quelques mois, j’ai dû faire des dizaines de milliers de signatures. L’armurerie était tenue par la compagnie qui réalisait les gardes et tous les magasins d’armes étaient dans la même enceinte. Il y avait une caméra à l’entrée et un sas entre deux portes blindées. Le tout était sous alarme. A plusieurs reprises, j’ai oublié de désactiver l’alarme… Les soldats pour retirer leurs armes attendaient devant une fenêtre avec guillotine de verre blindé et barreaux intérieurs. Bref, c’était du solide. Lorsque nous étions en manœuvre (Valdahon, Larzac, Mailly, centre d’entraînement commando près de Nancy, Mourmelon, Versailles pour le défilé du 14 juillet), je partais systématiquement plusieurs jours en avance (pour la préparation) et je revenais en retard (pour ranger, nettoyer). J’assurais aussi en manœuvre l’armurerie et selon les configurations, je fus la plupart du temps obligé de coucher dans l’armurerie. Il y avait parfois des avantages, mais aussi des inconvénients : être enfermé à longueur de journée, même si on était plusieurs. Le pire que j’ai connu fut à Versailles 2-3 jours avant le 14 juillet. Il faisait très beau. Mes collègues (armurerie régimentaire) étaient tous partis se promener dans Paris. J’étais donc seul et je me suis mis à pleurer. J’avais l’impression d’étouffer, j’avais l’impression d’être un prisonnier volontaire. Et à ce moment là, je me suis dit combien j’avais quand même de la chance en pensant à toutes ces personnes qui passent des années en prison. Lorsque l’on est armurier en campagne, on se doit d’assurer la sécurité de son armurerie et on a un pistolet automatique à disposition dont on pourrait éventuellement se servir si on était attaqué. Je me souviens qu’au camp de Mailly, on me fit la leçon. Notre armurerie était dans une tente simplement entourée de fils barbelés. Le sergent me donna les premières consignes si nous voyions approcher des gens suspects. Après les sommations de rigueur, je devais tirer dans les jambes. Une heure à peine plus tard, le capitaine vint me donner les mêmes consignes, à une exceptions – de taille – près : il me fallait tirer pour faire mal le plus possible, pour arrêter les éventuels individus qui s’en seraient pris à l’armurerie. Plus tard, je me suis dit que le plus simple aurait quand même été de se rendre tout de suite. En effet, des malfaiteurs ou des terroristes qui viendraient à s’en prendre à une armurerie ne le feraient pas avec des arcs à plomb, et face à ça, avec un Mac 50 à bout de souffle, je me demande ce que l’on pourrait faire, surtout s’ils avaient attaqué de nuit.
Quand on est secrétaire ou armurier, on passe pour un « planqué », même si on ne se rend pas toujours compte que l’on est en piste avant et après tout le monde. Certes, il y avait des avantages : un bon moyen pour échapper au cross régimentaire quand il faisait un froid à ne pas mettre un chien dehors, même si j’étais rarement du genre à me planquer. Je précise quand même que cela ne m’a pas empêché de faire la préparation au stage commando, mais au dernier moment, jugeant mes performances un peu justes et inquiet de certaines de mes caractéristiques cardio-respiratoires, on m’exempta de stage commando. Je précise aussi, contrairement à ce que j’ai pu entendre çà et là que nous étions loin d’avoir le temps de nous prendre les puces aux côtes. Dire que l’on nous a emmerdés serait un doux euphémisme : sans arrêt en piste et pas le temps de souffler pendant 10 mois. Et puis il a fallu supporter un tas de gens que l’on n’avait pas choisi.
Parmi les appelés, dont le niveau d’études était exceptionnellement élevé, il y avait pourtant de sacrés cons, des gamins insupportables, et qu’il fallait pourtant tolérer 24 h / 24. Dans la vie civile, même si on a affaire à de parfaits crétins, on n’a pas à les supporter en permanence. Et là, c’était terrible. Je me sentais dans une situation de solitude rare, moi qui suis naturellement calme et peu démonstratif. De plus, je faisais partie des plus âgés et je devais me « faner » des individus d’à peine plus de 18 ans. Dans de tels cas, on a l’impression de régresser intellectuellement, et je crois que c’est un petit peu ce qui est arrivé. Bien sûr, on ne manqua pas de me reprocher qu’à mon âge, je n’avais pas encore eu de petite amie (ce n’est pas ce terme qui était employé). Cela ne fut pas simple de faire comprendre que je ne cherchais même pas à sortir avec une fille. Mais curieusement, personne ne me traita ouvertement de PD. Ce doux vocable était réservé à quelqu’un de ma section : un pauvre type, petit, bigleux, un peu efféminé et maniéré. Il devait avoir à peine 19 ans. Il a été la tête de turc de beaucoup de crétins, mais il savait quand même se défendre.
Du côté des cadres engagés, j’ai eu affaire à des individus d’intérêt très variable. Le sergent qui s’occupait de l’armurerie était très correct avec moi (je crois que j’ai été seul avec qui il a toujours été correct), mais c’était un « gros con ». Il se confiait à moi et me racontait ses aventures sentimentales ou plutôt sexuelles. Mon chef de section, l’adjudant L. était quelqu’un de vraiment sympa, je n’ai jamais eu de problème avec lui. Pendant ses loisirs, il allait à la pêche et il me racontait les plantes qu’il voyait sur le terrain. Un jour près de Nancy, il aurait voulu m’emmener voir les plantes des coteaux calcaires. Hélas, cela n’était pas trop possible. Il me confia que plus jeune, il ne savait pas trop quel boulot faire et que la carrière militaire avait été une solution, mais sans doute pas une vocation. C’était un chic type qui se dévouait pas mal pour les autres et qui était rarement remercié. Il y avait un jeune lieutenant, tout juste sorti de Saint-Cyr qui se croyait arrivé je ne sais où, et prenait les autres pour des cons. Comme il nous prenait aussi pour des crétins et nous surveillait d’un peu trop près, nous lui avions tendu un piège à l’armurerie et il tomba dans le panneau. Résultat : voyant qu’on en connaissait plus que lui, il nous a foutu la paix le reste du temps. Il y avait aussi un sous-lieutenant, un ancien sous-officier. Il avait fait quelques campagnes en Afrique (Tchad ?). Au départ, il était sympa avec moi, mais pour une raison que j’ignore, il se mit à me détester. J’avais décidé de me venger de lui. Or, à l’armée, quand on possède une parcelle de pouvoir, on n’hésite pas à s’en servir. Et moi, je n’ai pas tout à fait échappé à ce travers ; c’est dire que j’étais tombé bien bas. En tant qu’armurier, j’étais soumis à un règlement strict, que nous n’appliquions pas strictement. Mais un jour, j’ai décidé de suivre le règlement avec une grande application. Je pris tout mon temps pour inspecter les armes des soldats de la section du sous-lieutenant. Je devais bientôt découvrir que le canon d’une arme n’était pas impeccable et que je refusais de la réintégrer. Le sous-lieutenant, très remonté me dit : « comment ça, c’est moi qui ait inspecté les armes ! ». Je lui tendis l’arme, il vérifia et dut se rendre à l’évidence. Tout cela retarda quelque peu la réintégration des armes, me fit perdre du temps, mais surtout, cela a eu l’énorme avantage de l’obliger à revenir et à l’emmerder copieusement. Le résultat fut qu’il arrêta subitement de m’insulter. Le second capitaine était militaire jusqu’au bout des ongles, mais il ne fit jamais rien pour me faire le moindre tort. Il y avait aussi l’adjudant « milan » dont j’ai déjà parlé. A deux reprises, je l’ai entendu dire à un soldat : « toi, quand tu seras grand, un conseil : évite de te reproduire ». Et un sergent, pas méchant par ailleurs, mais très bêtement militaire dire « il vaut mieux l’injustice que le désordre ».
En définitive, du côté des hommes, un bilan très mitigé. Il y avait des gens avec lesquels je m’entendais bien, mais je n’y avais aucun véritable ami. Nous avions inscrit nos coordonnées respectives sur un bout de papier, mais le service terminé, enfin libéré de ce boulet, j’ai jeté le bout de papier. Et depuis, personne n’a cherché à me recontacter non plus.
Mon service se terminait le jour du départ du colonel chef de corps, avec défilé dans les rues de Belfort. Le matin, je dus encore fournir les armes à mes « camarades ». Après ça, nous avions programmé une vengeance de longue date avec mon collègue du secrétariat. Nous avions décidé d’effacer de l’ordinateur tous les fichiers que nous avions créés pour nous simplifier la vie. Ce n’était certes pas très sympa pour celui qui nous succédait, mais voilà, c’était bêtement une façon de remercier ceux qui nous avaient fait des misères pendant 10 mois. La veille, le capitaine m’avait promis, fait rare, que je recevrai de la part du colonel, une lettre de remerciement chez moi. Je ne me demande même pas pourquoi je ne l’ai jamais reçue.
Quel bilan tirer de ce service militaire ? Je crois que je peux dire que je n’y ai rien appris, sauf éventuellement sur le fonctionnement d’une petite société humaine microcosmique, laquelle n’induit guère l’émulation intellectuelle ou le progrès dans les rapports humains, mais au contraire nivelle par le bas. Je n’ai pas non plus appris à m’émanciper de la tutelle parentale ou familiale (c’était fait depuis longtemps). Je n’ai pas appris non plus là-bas à donner un coup de balais ni à passer la serpillière, ni même à nettoyer les chiottes. Je ne nie pas que nombre de mes collègues a au contraire beaucoup appris. Je n’avais pas non plus besoin de l’armée pour apprendre ce qu’était le travail en équipe ou les rapports hiérarchiques en entreprise ; je crois que j’ai toujours eu des facultés assez intuitives et naturelles à ce sujet. En définitive, on m’a fait perdre mon temps pendant 10 mois. Ah si, on m’a appris à être commandé par 25 fois plus con que moi et à mettre mon amour propre entre parenthèses. Cela a parfois été dur, mais j’ai largement survécu !