Samedi après-midi, nous avons appris environ deux heures après, le décès d’un ami de 71 ans (JCL) que j’ai connu depuis ma plus tendre enfance. Il était un voisin de la maison autunoise.
Peu après ma naissance, il habitait à la ferme dont mon arrière-grand-tante fut auparavant propriétaire. A la mort de mon arrière-grand-oncle en 1951, elle était encore exploitée par des fermiers. L’exploitation (terrains et bâtiments) fut ensuite mise en vente et achetée / occupée en 1956 par un couple de fermiers (les M) avec quatre enfants, arrivant de Côte-d’Or à quelques dizaines de kilomètres de là. La plus jeune des enfants (MM) avait 3 ans. Elle était la dernière (trois garçons plus âgés) à habiter chez ses parents au début des années 1970 et elle épousa avant ses 18 ans JCL, du même âge qu’elle. Au début des années 1970, le père M mourut et JCL habita chez ses beaux-parents. Puis, au début des années 1980, ce fut la mère M qui habita chez sa fille et son gendre, après la construction d’une nouvelle maison.
De fait nous habitons à mi-distance de la ferme et de la maison des années 1980. Nous sommes donc toujours restés voisins. Lui était mécanicien dans un garage de poids lourds depuis l’âge de 16 ans. Il fut bien plus tard le chef dudit garage. Il intervenait souvent en dépannage dans des conditions particulièrement difficiles, y compris de nuit. Ce n’était pas un géant (moins grand que moi) mais c’était une personne avec une force physique impressionnante. Ainsi, je l’ai vu porter sur son dos, seul la porte d’entrée de l’étang (comme une porte d’entrée de pâture apte au passage de tracteurs équipés soit environ 4 m par 1,20 m de haut) que mon père avait réalisée au début des années 1980. Une porte faite avec de gros bois (chevrons ou plus gros) en chêne local et qui existe toujours puisque je l’entretiens au mieux. Un autre fois, dans les années 1990, je l’ai vu taper avec une grosse masse de forgeron avec une force et une dextérité incroyables. Il pouvait être d’une force brute implacable et d’une étonnante méticulosité pour certaines tâches de précision en mécanique.
Bien sûr, les camions n’avaient guère de secrets pour lui, mais il « bricolait » sur tous les types de moteurs thermiques ; ainsi, il m’a encore permis de me sortir d’une impasse avec la tondeuse l’été dernier sans que cela ne me coûte un centime.
Il avait une grosse voix tonitruante et en même temps, il pouvait avoir une voix calme et douce. Il était capable d’être d’une grande mauvaise foi dans la rigolade et attentif à ce qu’on lui racontait. Bref, un être de paradoxes. Je pense qu’il n’aurait pas été bon que quelqu’un lui cherche des noises verbales ou physiques car la personne aurait eu de sérieux problèmes.
C’était assurément un bon vivant qui ne crachait pas sur l’alcool (le vin et surtout le whisky), mais au travail il était suffisamment sobre ou restait raisonnable pour ne pas avoir de problème. En revanche, en dehors du travail et de ses astreintes (dépannage potentiel), il buvait pas mal. Un curieux atavisme paternel. Son père, que j’ai connu, est décédé à l’âge de 50 ans autour de 1980, rongé par l’alcoolisme et le diabète génétique.
Depuis sa retraite en 2013, sans doute en partie par ennui (il voyait beaucoup moins de monde auparavant), il s’est mis à boire un peu tout le temps, et le diabète qui l'affectait depuis longtemps (comme toute sa famille par son père) et les affections cardiovasculaires n’ont pas traîné à se faire sentir de manière criante, l’affaiblissant de manière très importante et il fit de moins en moins d’efforts physiques. Puis il y a environ 6 ans, il fut question de lui mettre des stents artériels. Hélas, lors de la tentative d’opération, il y eut une importante hémorragie et on s’aperçut que ses vaisseaux sanguins étaient beaucoup trop fragiles pour résister au passage des outils depuis l’artère fémorale et au simple gonflement des vaisseaux. Il dut donc se résoudre à rester dans le même état.
Au fil du temps, il s’enferma de plus en plus, se coupant de plus en plus de sa famille. Depuis environ deux ans, nous avions appris qu’il était insupportable dans la sphère privée, menaçant, faisant des moulinets avec une arme (qui fut cachée par la suite). Nous aurions pu ne rien remarquer si ce n’est qu’il en voulait de manière inexplicable à ses neveu et petit-neveu, qu’il était devenu (constat en 2023-24) ouvertement intolérant, raciste, homophobe vis-à-vis de personnes qu’il ne connaissait pas. Ces propos, assez inédits, étaient-ils en germe chez lui depuis longtemps, mais semblaient au moins réprimés, en tout cas jamais exprimés en notre présence. Je dis cela parce que je pense sincèrement qu’il nous (mes parents, moi et même Fromfrom) plaçait haut dans son estime et contrôlait son langage. De tout temps, il a apprécié venir nous voir (plus pour mon père, mais pas que) quand nous étions là. Et ces dernières années, il continuait de le faire parce que notre simple présence lui assurait une forme de récréation par rapport à la monotonie de son existence. Je précise par ailleurs que deux de ses trois fils, quadragénaires, vivent toujours à la maison (l’aîné est quinquagénaire, malade, est marié et a deux enfants et habite une commune voisine). Le deuxième fils est électricien (basique) de formation et ne travaille plus depuis des années, surtout parce qu’il ne veut pas et est sérieusement alcoolique. Le troisième, est plâtrier-peintre, a d’abord travaillé à son compte avec un associé puis dans le grand château local avant d’être mis à la porte (restructuration) depuis deux ans, sans travail depuis également. JCL, compte tenu de son état physique, d'atteintes psychiques non négligeables et sans doute de la précarité de ses enfants, était devenu aigri, acariâtre et comme je l'ai dit, assez infect avec une bonne partie de sa famille. MM a dit a mon père que le décès de JCL était une forme de soulagement. C'est malheureux à dire, mais nous y avions immédiatement pensé avec Fromfrom. Cela n'empêche pas de penser que JCL était fondamentalement une bonne personne.
Les familles de JCL et des M sont restées pour mes parents et moi, comme des satellites de la famille puisque nous nous invitions mutuellement dans nos fêtes de famille. Ce fut le cas en particulier pour notre mariage breton où ils furent six à faire le voyage.
Les obsèques auront lieu ce vendredi.