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Cornus rex-populi
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24 février 2011

Presque rien sur pas grand chose (5)

Cela fait déjà trois semaines que j’ai eu mon accident. Je m’en tire bien. Je ressens juste une douleur quand je touche la zone contusionnée. Hier, le médecin du travail, que je voyais pour la visite périodique, m’a dit que la douleur pouvait durer deux à trois mois. Avant-hier, j’ai reçu une lettre de l’assurance qui m’indemnise pour le préjudice physique à la hauteur de 100 € au titre des « souffrances endurées ». Admettons, d’autant que je ne m’attendais pas à recevoir quelque chose.


J’ai fini le plus gros de ma partie à rédiger pour le rapport d’activités 2010. C’est toujours le même pensum, mais plus encore cette année car l’État nous a imposé une nouvelle organisation du rapport. Hier, mon collègue homologue de l’autre service scientifique a failli péter un câble. Pour se calmer, il est allé, sous la pluie, observer les petites mousses au jardin (je l’ai surpris alors que je m’apprêtais à prendre une voiture pour aller à ma visite médicale).


Hier soir, réunion de la Commission locale de l’eau d’un Schéma d’aménagement des eaux pour la zone du plus grand marais de la région. A un moment donné, j’ai ramené ma fraise pour dire mon désaccord par rapport à plusieurs aspects du document que nous devions examiner. J’ai notamment dit que le respect de la norme de potabilité d’une eau à ne pas dépasser pour les nitrates (50 mg/l et valeur guide de 25 mg/l) ne devait pas être prise en compte si l’on considère le respect des milieux naturels où la « norme » devrait être de 2 mg/l voire 5 mg/l pour être très gentil. Or, on est loin puisque les eaux de surface et les eaux souterraines affichent régulièrement des concentrations largement supérieures à 25 mg/l. Eh bien cette commission, majoritairement composée d’élus, n’a rien capté de mes explications, en particulier son président. Je trouve ça lamentable, surtout quand on est soi-disant fortement impliqué dans une politique de respect de la qualité de l’eau et des zones humides. Bonne nouvelle quand même, je pourrais expliciter tout cela en groupe de travail… Néanmoins, je trouve pitoyable que les techniciens soient à peine plus malins que les élus. Bref, beaucoup d’inculture ambiante sur des choses qui devraient être maîtrisées depuis bien longtemps. Cela ne m’étonne plus depuis longtemps, mais cela m’énerve toujours.


Ce matin, un journaliste du grand quotidien régional est venu nous voir pour parler des « gestes écolo » et de la biodiversité dans la nature et au jardin. J’ai été frappé par sa ressemblance avec Karagar : cheveux, visage de profil, mains. Je précise que la ressemblance s’arrête là, car je journaliste divergeait sur tout le reste (visage de face, taille, voix…).

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11 octobre 2010

Critique littéraire

Nous en avions d’abord parlé il y a plus d’un an je crois. Sans trop croire à l’intérêt du livre, j’avais voulu l’emprunter à la bibliothèque municipale, mais il n’y était pas référencé. J’avais donc laissé tomber. Et puis au mois d’août, nous en avons reparlé, et plusieurs lecteurs capiste ou capistotropes en avaient fait l’éloge. Finalement, après quelques réflexions complémentaires, nous en passâmes commandes à la librairie locale. Je l’ai eu entre les mains il y a une dizaine de jours. Un pavé de plus de 600 pages. Je pensais en avoir pour des semaines voire des mois (ben oui, je suis lent). J’ai commencé à le lire le week-end puis un peu tous les soirs. Les pages, ont défilé à une vitesse folle et j’en ai terminé la lecture hier soir. Je n’en reviens pas.

De quoi s’agit-il ? « Le Livre de saphir » de Gilbert Sinoué (1996). C’est l’histoire d’un juif converti au christianisme qui va aller brûler sur le bûcher de l’Inquisition en Espagne en 1487. Il a eu entre les mains le fameux Livre de saphir par l’intermédiaire duquel Dieu lui a parlé, lui annonçant même son arrestation et sa mort prochaine. Mais avant cela, le juif « conversos » cachera le livre et enverra des lettres et des cryptogrammes à trois de ses amis : un juif, un musulman et un moine catholique. Ces trois là ne se connaissaient pas auparavant et devront mettre en commun les cryptogrammes pour résoudre des énigmes qui leur permettront de retrouver le Livre qui fait parler Dieu, afin de savoir enfin qui est détenteur de la vraie foi, qui est le vrai Dieu parmi les trois monothéismes. Je passe les détails, mais l’aventure se déroule avec en toile de fond l’Inquisition et la réunification espagnole, alors que seule Grenade reste aux mains des Arabes.

Il faut le reconnaître, ce n’est pas un roman avec un grand style littéraire. Il n’y a pas beaucoup d’aspérités en dehors de termes espagnols ou à caractère religieux (ce qui n’est pas gênant). Non, la lecture est très fluide et il y a beaucoup de dialogues entre les personnages (sans doute trop). Incontestablement, il y a globalement une insuffisance des descriptions des personnages (sauf certains mieux rendus), des paysages, des endroits où ils se trouvent, des attitudes, des situations, etc. Il y a aussi beaucoup d’interactions entre les personnages (but du jeu), mais j’estime que l’auteur n’en tire pas assez de conclusions générales. Il suggère des choses actuelles, mais aurait pu aller plus loin avant le dénouement. Voilà, je ne dévoile pas trop. Oui, j’ai bien aimé. J’aurais espéré une fin plus universelle, mais celle-ci peut convenir (je n’ai pas le choix).

12 mars 2010

Un choix raisonné ?

Notre région est depuis longtemps dominée par les forces de gauche, en particulier socialistes, aux niveaux communal, départemental et régional. Ce n’est pas un scoop si je dis que cela pourrait être pire étant donné que je penche plus du côté rouge que du côté bleu. Néanmoins, il s’avère qu’à force d’en pratiquer certains, j’ai vraiment beaucoup de mal avec certains élus. Trop de baronnies, trop de certitudes indéboulonnables, trop d’installations dans la durée et finalement bien peu de convictions, d’engagements sincères. Cependant, je connais plus particulièrement une élue de la majorité régionale que j’apprécie et qui ne correspond pas au tableau précédemment décrit : elle est assidue, sincère, à l’écoute, modeste, presque discrète et ce n’est pas une grande oratrice (pas très « politique » en somme).

Côté vert, je connais un peu deux sortants qui se représentent et qui ne sont pas désagréables. En revanche, ils ont mis très haut dans leur liste une écolo-folle que j’ai déjà eu le loisir de côtoyer à plusieurs reprises en réunions publiques. Elle est complètement obnubilée par ses obsessions. La moitié du temps, elle parle hors sujet, insulte les gens et ne capte rien des discours technico-scientifiques. La dernière fois que je l’ai vue du côté de Cambrai (quelle bêtise), elle m’a agressée verbalement, ne se rendant pas compte que j’allais dans le sens qu’elle souhaitait. Bref, une catastrophe naturelle à elle seule, qui tire évidemment contre son camp et qui ne peut être véritablement prise au sérieux par personne.

Malgré tout, parce que la prise en compte de l’environnement est toujours extrêmement menacée et bien que beaucoup de choses me dérangent chez eux, je vais quand même voter vert au premier tour.

3 mars 2010

Parce que ça m'énerve à chaque fois à un point qu'on a peine à imaginer

Quand au début des années 1990, dans le cadre de mes études, j’ai commencé à m’intéresser aux cours d’eau et à leur gestion, la question de l’hydraulique fluviale, des crues, du risque inondation et de la gestion des espaces alluviaux a été posée avec force. En 1992, il y a eu la « fameuse » crue de l’Ouvèze qui a fait plusieurs dizaines de morts à Vaison-la-Romaine. Peu après, je me suis intéressé à la Loire où plusieurs centaines de milliers de personnes vivent en zone inondable. Et puis toutes ces catastrophes : il ne se passe pas six mois sans qu’il y ait des dégâts épouvantables et souvent des morts. Et à chaque fois que les médias relatent ces événements, je suis en général révolté. Pourquoi ? Par les morts de trop bien entendu. Mais aussi par toute une clique d’irresponsables et de meurtriers en puissance. Depuis les première lois de décentralisation du début des années 1980, les maires sont responsable des plans locaux d’urbanisme (ou assimilés) et de la délivrance des permis de construire. Or que fait-on ? Certes moins qu’avant, mais on continue allègrement à délivrer des permis de construire dans les zones inondables (ou soumises à d’autres risques). Depuis le début des années 1990, la réglementation sur l’urbanisation des zones inondables a été notoirement durcie et les fonctionnaires instructeurs des permis de construire dans les ex DDE font généralement bien leur boulot, mais les préfets n’assument pas toujours les décisions de refus qui devraient s’imposer. Comment un préfet s’oppose à un baron local qui a ses entrées au gouvernement ?

On va dire qu’on ne savait pas. Certains maires se réfugient souvent dans cette posture. Ce fut le cas à Vaison-la-Romaine ou à Chamonix après une avalanche particulièrement meurtrière. Mais à chaque fois, quelques journalistes (dont les enquêtes sont bien discrètement diffusés) finissent par nous révéler qu’on savait très bien, que les archives mentionnaient clairement ces risques que la mémoire de l’homme, très volatile, avait rapidement oubliés.

Et quid des études scientifiques pour savoir si une zone est concernée par un risque et son ampleur ? On s’en soucie parfois, la plupart du temps, on en fait l’économie. Car ça coûte cher. Et puis, il faut bien trouver des zones à urbaniser ma bonne dame. Et puis, il n’y a qu’à rajouter un rang de parpaings. Et puis la digue, elle est solide même si on ne s’est pas trop soucié d’elle depuis des décennies. Et puis il faut bien que les promoteurs immobiliers et leurs complices puissent s’enrichir tranquillement. Et puis, s’il y a un problème, les assurances paieront…

Toutes ces conneries, ajoutées à des conditions climatiques exceptionnelles expliquent les catastrophes dont celles du week-end dernier, notamment sur le littoral vendéen et charentais. Et pourtant, il faut le dire, ce qui est arrivé devait arriver et qu’on n’aille pas me dire qu’on ne savait pas. Le pire, c’est qu’on n’a fait aucun effort particulier pour alerter efficacement les gens et il n’y a eu quasiment aucune prévention.

Certes, on va dire que le « risque zéro n’existe pas » (j’ai horreur de cette expression), ce qui est vrai. Dans un pays où la culture du risque environnemental est très faible, il faudra encore combien de morts pour prendre vraiment les choses à bras le corps, pour garder la mémoire et arrêter de faire des conneries monumentales que les personnes à peu près bien informées s’inquiètent de voir venir à chaque fois ? Et sans paraître vénal, on estime pour cette fois les dégâts à un milliard d’euros. Qui va payer la nouvelle augmentation des primes d’assurance ? Assurément pas les promoteurs immobiliers, pas les élus coupables.

3 janvier 2010

Chronique des vacances de fin d'année (1)

Une fois n’est pas coutume et sans vouloir forcément imiter Lancelot qui nous a habitué à un tel exercice, je me suis mis à rédiger quelques lignes, en léger différé, sur quelques événements de nos vacances. En voici le premier épisode.

 

Mercredi 23 décembre 2009

Nous partons vers 9 heures. Le soleil se lève sur une campagne encore toute blanche de neige et gelée. Nous prenons l’autoroute et après quelques kilomètres, nous tombons dans le brouillard givrant qui ne nous quittera pratiquement pas avant la Champagne.

A Reims, nous obliquons en direction d’Epernay. En traversant la forêt de la montagne de Reims, nous retrouvons un couvert neigeux plus abondant. Non sans avoir tourné en rond parce que, travaux obligent, je ne me reconnaissais plus dans les lieux dans lesquels nous étions pourtant venus deux ans et demi plus tôt, nous arrivons enfin chez notre fournisseur officiel de bulles. Une fois encore, nous sommes accueillis par des personnes fort sympathiques. Pas un grand nom du Champagne, mais des coteaux gâtés par la nature. Après avoir avalé un échantillon représentatif de notre chargement, nous reprenons la route.

Ayant rejoint l’autoroute au sud-est, nous faisons une halte pique-nique. Fromfrom roule, avale les kilomètres avec détermination. Prudents, nous écoutons les nouvelles de la radio autoroutière qui nous signale des problèmes à venir. La neige garnit encore quelques ubacs. Sur le plateau de Langres, nous tombons sur un premier bouchon, non signalé (il s’agit d’un rétrécissement de chaussée dû à des nids de poule en formation du fait du dégel). Remis de cette difficulté, on nous indique ensuite un prochain bouchon et un itinéraire de délestage. Rapidement, je consulte la carte et j’approuve l’itinéraire recommandé. A peine avons-nous pris cette option (plus longue) qu’on nous signale que le bouchon est résorbé. Et en même temps, on gagne un nouveau rétrécissement de chaussée, pour les mêmes raisons.

On nous annonce ensuite un bouchon au niveau de notre sortie bourguignonne favorite, bouchon en réalité inexistant lorsque nous passons moins de cinq minutes plus tard. Mais une vingtaine de kilomètres plus au sud, j’ai la joie de me récupérer, toujours pour les mêmes raisons et sous la pluie, le deuxième gros bouchon de la journée aux environs de Mâcon.

Avant même d’être sortis de ce traquenard, les nouvelles des bouchons lyonnais (hélas, pas les bons) deviennent de plus en plus mauvaises. A l’habituel bouchon sous Fourvière, viennent s’en ajouter plusieurs sur le contournement est de Lyon, puis un accident impliquant plusieurs voitures. C’est catastrophique. De décide de prendre Lyon centre et de sortir à Eculy. Hélas, nous n’avons pas ce loisir et nous devons prendre la sortie d’avant. Là, tout est bloqué, alors nous décidons de prendre des chemins de traverse que ne nous indique pas la carte routière. Nous nous égarons presque dans l’ouest lyonnais. Après un long moment de lutte désespérée (aucun panneau d’indication de direction pendant un très long moment), nous finissons par trouver des directions connues. En serpentant dans les petites communes de la grande banlieue pavillonnaire, nous finissons par rejoindre une direction qui pourrait s’apparenter à l’axe de l’aqueduc du Gier. Puis, s’affichent enfin sur les panneaux notre ville de destination.

Epuisés, nous arrivons chez mes parents après près de onze heures et demie de route. Pour nous réconforter, un plaisant repas de « pré-réveillon » nous attendait.

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27 septembre 2009

Quelques bricoles

Seconde Guerre mondiale

Lorsqu’au détour d’une conversation, il m’arrive d’évoquer avec des collègues, des événements liés à la Seconde Guerre mondiale, j’ai souvent l’impression de passer soit pour un vieux fossile, soit pour quelqu’un qui m’embête inutilement. Ce n’est pas d’aujourd’hui que je m’en suis aperçu et pourtant il semble que je ne sois pas la cause principale de cette impression.

La première raison, c’est sans doute l’âge. Mon âge, mais aussi celui de mes parents et celui qu’avaient mes grands-parents. Evidemment, parmi mes collègues, beaucoup sont plus jeunes que moi, mais je dois quand même me situer dans la moyenne d’âge. Seulement, mes parents ont connu la guerre (9 et 10 ans en 1945) et mes grands parents y ont été directement impliqués et en ont tous souffert. Ils n’y sont pas morts, mais tous ont eu des séquelles physiques ou psychologiques plus ou moins importantes. En bref, dans l’entourage familial et amical de mes parents, j’ai toujours entendu parler de la guerre, avec parfois des détails extrêmement précis et qui marquent. Une large part de mes collègues a échappé à ça.

La deuxième raison, ce n’est pas moi qui l’ai directement diagnostiquée, elle provient probablement d’un certaine méconnaissance des faits historiques, géographiques, économiques, sociaux, politiques…Dans ces circonstances, on a souvent salué ma culture, et une ex collègue (elle me le rappelait il y a peu) a été qualifiée de dictionnaire. Curieux quand même dans une structure où le niveau d’études est loin d’être au ras des pâquerettes. Bien sûr, il y a de notables exceptions, mais je note incontestablement un manque de curiosité (scientifique ou autre), un manque d’intérêt évident pour tout ce qui nous entoure, une faible capacité d’indignation apparente vis-à-vis des injustices. Bref, je ressens ça comme une certaine résignation.

J’aimerais que dans des conversations à l’occasion des pauses ou des repas de midi, on me donne davantage la contradiction, que l’on interagisse. Les débats contradictoires sont rares et c’est bien dommage.

Pour en revenir à la Seconde Guerre mondiale, je ressens donc un progressif mais long « glissement », c’est-à-dire, une certaine banalisation de l’événement qui rentre dans l’histoire comme les autres. Je ne sais trop quoi en penser. Bien que loin de l’avoir vécue, j’ai été trop baigné dans les souvenirs de cette guerre pour avoir du mal à comprendre ce lent mais inéluctable « glissement » chez les plus jeunes. Autrement, je ne me fais aucune illusion, je sais depuis longtemps que l’on a oublié bien vite les « leçons » de la guerre. Demain comme hier, les hommes se combattront avec une violence inouïe, avec la faculté cette fois de s’autodétruire plusieurs fois. Et ça fait toujours froid dans le dos.


Agriculture biologique

L’intérêt majeur de l’agriculture biologique réside dans le fait qu’elle pollue beaucoup moins que l’agriculture conventionnelle (laquelle se pare souvent du trompeur qualificatif de raisonnée). Autre élément très important, l’agriculture biologique favorise la biodiversité dans les sols et en surface en n’empoisonnant pas ou moins la faune. En ce qui concerne la flore adventice, elle n’est en principe guère tolérée dans les parcelles cultivées, en revanche les plantes des parcelles adjacentes ne ressentent pas les retombées d’herbicides par voie atmosphérique ou par reuissellement. L’agriculture biologique n’utilise ni engrais chimiques (uniquement de la fumure organique), ni pesticides (hormis quelques-uns qui restent autorisés, mais l’ensemble en quantités extrêmement faibles par rapport à l’agriculture conventionnelle). Bien sûr, il y a bien d’autres obligations quand on est en « bio », mais je passe sous silence, ce n’est pas mon propos.

Beaucoup de consommateurs sont persuadés qu’il est plus sain de consommer « bio ». Seulement, les études peinent à le démontrer en général, même si elles sont néanmoins formelles pour certains produits. Le pain complet « bio » n’est en principe pas toxique puisque l’enveloppe des graines de céréales n’ont pas accumulé des toxiques (pesticides) utilisés en agriculture conventionnelle. Il se trouve aussi qu’en terme de toxicologie humaine, on a du mal à démontrer la toxicité de la multitude de pesticides que l’on retrouve notamment dans les fruits et légumes, l’eau ou le vin… Tous ces pesticides sont en principes présents dans des concentrations inférieures, voire très inférieures, aux normes, lesquelles ne sont pas toujours faciles à évaluer. Le problème est que durant ces dernières dizaines d’années, les molécules se sont multipliées et que l’on ne sait rien des leur interactions ni des problèmes de biaccumulation ou de biomagnification. Avec les pollutions atmosphériques diverses, ne faudrait-il pas chercher plus loin les raisons de certains cancers ? Je ne m’avancerais pas, la pente est glissante.

Le fait de ne pas utiliser certains produits phytosanitaires peut néanmoins poser problème notamment pour la conservation des produits. C’est un souci particulier lorsque cela peut avoir des conséquences funestes sur la santé (ergot du seigle par exemple).

Actuellement, le « bio » est sous-développé en France et on en importe beaucoup. Quel est alors l’intérêt du « bio » lorsqu’on transporte les produits sur de longues distances, générant d’autres pollutions. Et je ne parle pas du suremballage dont la grande distribution est coutumière. Non, le « bio » s’il veut conserver son intérêt doit nécessairement passer par des filières courtes du producteur au consommateur (objet, entre autres, des AMAP). Et ce n’est vraiment pas facile, notamment dans le nord de la France (en dehors des grandes villes) où le « bio » y est encore plus balbutiant qu’ailleurs (probablement pour des raisons culturelles et conservatrices). Et il reste la question du prix : j’ai du mal à accepter de payer deux à trois fois plus cher (parfois plus), surtout quand on sait que le producteur est rémunéré à peine 20 % plus cher (chiffre sans doute très variable en fonction des produits) qu’en conventionnel.

Encore aujourd’hui, le « bio » n’est pas bien compris. On fantasme beaucoup avec ça. La ménagère citadine se fait aussi beaucoup d’illusions. Tant qu’on n’aura pas mis en place une agriculture biologique « massive » et dans toutes les régions pour une majorité de produits, l’impact environnemental restera négligeable. Reste le souci de la formation des agriculteurs. Certains pensent généralement que c’est pas plus difficile qu’en conventionnel. Il n’y a rien de plus faux. Le conventionnel offre la possibilité de corriger certaines erreurs ou certains problèmes par voie chimique, alors que le « bio » ne permet pas cette facilité. Le « bio » impose une technique et un savoir-faire de hauts niveaux. Enfin, le « bio » ne permet pas de faire les mêmes produits. Un vin « bio » ne ressemble pas à un vin conventionnel. C’est une question de goût, mais les vins « bio » que j’ai été amené à goûter ne m’ont jamais enthousiasmé. Selon un vigneron de notre connaissance, les vignerons « bio » n’arrivent à faire un vin semblable au sien que lors des très grandes années comme 2003.

Un autre argument souvent énoncé par les détracteurs du « bio » est la prétendue insuffisance des rendements qui ne permettraient pas de nourrir toute la planète, alors que dans le même temps, les surfaces des terres cultivables ne cessent de diminuer dans le monde. C’est exact, les rendements sont sensiblement inférieurs, mais le coût énergétique pour la production est très inférieur. De plus, une agriculture respectueuse des cycles biologiques évite aussi la destruction de certains sols (salinisation de certains sols par irrigation excessive en climat aride, stérilisation des sols par destruction progressive de la faune endogée…).

Complément du 28/09/09 :

Il convient de préciser que les produits « bio » ne sont pas forcément synonymes de qualité comme il est aussi vrai que l'agriculture non biologique peut, à l'aide de cahiers de charges privilégiant la qualité (exemples : certains labels rouges, certaines AOC), aboutir à d'excellentes qualités gustatives des produits. Cependant, sur certains produits, ces critères de qualité sont parfois insuffisants et ne sont pas une garantie d'inocuité environnementale, même si certains cahiers des charges intègrent partiellement cet aspect. Enfin, je connais (ou j'ai connu) quelques producteurs qui font du « bio » sans le savoir ou s'en approchent fortement. Enfin, il reste, quand on en a la possibilité, la solution de la production « du jardin », et celle-là, lorsqu'elle est bien mise en oeuvre et économe en moyens chimiques, se révèle être la meilleure solution.

25 mars 2009

Le Cépiau (13 et fin)

Je publie ce treizième épisode puisqu’il était écrit, mais je ne suis pas du tout satisfait de la tournure prise, de la qualité et de l’intérêt. Par conséquent, j’ai écourté le texte pour en finir.

Comme convenu la veille, Robert attendait, avant même la pique du jour, dans une sommière du bois de la Coiffe. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’il vit monter, non pas un, mais deux hommes dans la voiture.

- Mais, qui…

- Salut Robert !

Robert n’en croyait pas ses yeux. Était monté à l’avant de la voiture une forme de réincarnation de son ami, mais hirsute au possible et accoutré comme un peyant*. Robert en resta coi.

- Robert, y’o bien moué, le Cépiau.

- Mais d’où c’est donc que tu sors ? Tu es mort !

- Eh bien oui, Maurice en a pété à la renverse* lui aussi.

- C’est bien le moins que l’on puisse dire, s’exclama Maurice, il a failli m’étrangler pour de bon !

- Mais vous allez m’expliquer, s’énerva Robert.

- Ne t’inquiète pas Robert, dit Maurice. On va tout t’expliquer. Mais ne reste pas là, Robert, il ne faudrait pas qu’on nous repère. On fêtera nos retrouvailles plus tard.

Sur ce, la voiture s’élança pour regagner A.

Après un bon bain et après avoir revêtu des habits propres que Maurice lui avait apporté (Robert était trop grand), le Cépiau descendit dans le séjour de la maison de Robert où Yves attendait aussi.

- Eh bien, Messieurs, dit Robert d’un ton solennel, pour fêter la renaissance du Cépiau, nous allons boire cette petite bouteille de Chambertin-Charme 1947 !

- Un moment, Messieurs, coupa le Cépiau, je n’ai jamais été mort. Je boirai volontiers un verre de sommet de l’art vigneron, mais n’oublions pas que dans cette affaire, mon frère Pierre, lui a bel et bien été assassiné.

- Bien sûr dit Robert, et c’est la raison pour laquelle Yves nous a rejoint. Je crois que tu ne le connais pas, Cépiau.

- Non, pas que je sache. Et qui êtes-vous ?

- Je suis un ami de Robert et accessoirement, commissaire de police de cette bonne et vieille ville.

Tout le monde se salua et on trinqua en se jurant de mettre l’assassin sous les verrous dans les plus brefs délais.

- Bon, et maintenant fit Robert, dîtes-nous ce que vous avez vu ou entendu chez le curé ?

- Eh bien, dit Maurice, nous sommes passés par la remise sur le côté de la cure. Et devinez ce que nous avons trouvé là-bas dedans ?

- Je n’en sais rien, dit Robert.

- De la taupicine, essaya Yves.

- Ah, je vois que Monsieur a de l’idée fit le Cépiau. Non, on a trouvé un manuel de toxicologie appliquée.

- Je vois, dit Yves, et la taupicine, il a dû s’en débarrasser. Je suis à présent persuadé que c’est lui le meurtrier de votre frère.

- C’est vrai, répondit le Cépiau, que ce pauvre type ne m’a jamais été sympathique, mais de là à en faire le meurtrier…

- Mais c’est peut-être que vous n’êtes pas au courant. Si je me souviens bien, la mère Vieillard a dit à Robert et Maurice que le soir où votre frère Pierre est arrivé, vous a vu en compagnie du curé, ce qui n’avait pas été sans étonné la mère Vieillard, tant la chose lui avait paru curieuse.

- Et moi, dit Maurice, je crois avoir dit à la mère Vieillard : « on ne croirait pas le même homme » en parlant de toi, Cépiau.

- Évidemment Maurice, je ne l’ai pas vu ce soir là, je ne lui jamais adressé la parole que devant témoin et en général, ce n’est pas des compliments.

- Mais alors, dit Yves, comment a-t-il pu attirer votre frère chez lui, pensant que c’était vous ?

- Je n’en ai aucune idée répondit le Cépiau, mais il avait du mettre le paquet pour attirer mon intention ou me séduire. Et Pierre, lui n’aura pas fait attention. Peut-être voulait-il me proposer un marché ? N’avait-il pas les boiseries du chœur à remettre en état ? Je n’en sais rien.

- Mais il va bien falloir trouver un moyen de le faire parler dit Yves.

- Les faire parler, parce qu’à tous le coups, le comte est mêlé à cette histoire. Tout s’éclaire maintenant. Je les ai vu tous les deux à plusieurs reprises, pas l’air tranquilles. Je les ai aperçu bien souvent ensemble ces derniers temps, mais les rendez-vous ne duraient jamais bien longtemps.

- Le maire pourrait être dans le coup, demanda Robert. Ce grand escogriffe ?

- Escogriffe peut-être, mais pas si con lorsqu’il s’agit de faire valoir sa gloriole et surtout ses intérêts, répondit le Cépiau.

- Oui, je sais, je l’ai vu manœuvrer dans les ventes de bois. Car c’est lui qui dirige le syndicat des propriétaires forestiers et il n’est pas tendre en affaire.

- Et puis comment crois-tu qu’il est devenu maire ? Certes, avec son copain le curé, il s’est mis dans la poche toutes les grenouilles de bénitier du pays, les bien pensants, les gens qui disent amen à tout. Crois moi, ils sont nombreux ces gens là et à eux deux, ils ont su embobiner tout le monde.

- Bon très bien, dit Yves, j’ai une idée. Robert va demander une audience au maire, prétextant un projet de coupe de bois sur la forêt communale. Maurice, lui se débrouillera pour amener le curé à la mairie. Et moi, je rameuterais les gendarmes d’A. pour cueillir les coupables. Et vous Cépiau, vous resterez planqué dans la roseraie près de la mairie jusqu’à ce qu’on vous fasse signe.

Sur ces bonnes paroles, ils trinquèrent de nouveau.

- C’est vrai qu’il est pas mauvais ton petiot vin rouge fit Yves à Robert en clignant de l’œil.

Après avoir mis au point dans les moindres détails leur plan d’attaque, les quatre hommes se quittèrent en fin d’après-midi.

˜  ™

Quelques mois plus tard, le curé fut reconnu coupable de l’assassinat de Pierre, frère du Cépiau. Il fut condamné à la peine maximale. Le maire-comte du village fut condamné à 25 ans de prison pour complicité dans l’assassinat. L’adjudant de gendarmerie fut révoqué pour incompétence et le docteur Rouleau, mis à la retraite d’office avec interdiction d’exercer.

L’évêque qui voulait faire un exemple nomma un prêtre-ouvrier, Alphonse comme curé de la paroisse. L’évêque reçut des centaines de lettres de protestation mais n’en tint aucun compte. Le curé devint bientôt l’ami du Cépiau. Les bigotes et les bien pensants du village ne tardèrent pas à être victimes d’une épidémie de crises d’apoplexie, ce qui fit la fortune du nouveau médecin.

Maurice et le Cépiau s’associèrent définitivement. Le château du comte fut mis en vente et la mairie le racheta un bon prix. Le sous-préfet confia la gestion du domaine à Charles.

Le commissaire Yves Taxus et Robert furent nommés à un grade supérieur dans leurs administrations respectives.

Tous les vendredis soir Yves, Charles, Maurice, Robert, Alphonse et le Cépiau se réunissaient aux Ravatins pour rendre hommage à la vie et à l’amitié. Au menu, les « productions locale »s et de « l’eau végétale »de Bourgogne !

AMEN.

* peyant : vagabond, chemineau, gueux.

* péter à la renverse : être stupéfait, frappé d’épouvante.

12 mars 2009

Quelques réflexions éparses sur mes commentaires

Par mes commentaires, presque systématiques sur certains blogs amis, j’ai souvent l’impression d’être à moitié à côté de la plaque, de ne pas comprendre tout ce qui y est raconté, de ne pas en saisir la substantifique moelle, de capter tout ce qui n’était pas forcément à saisir.

Et de fait, mes commentaires ne sont souvent pas à la hauteur que j’espèrerais. Je me dis parfois que je devrais m’abstenir de commenter tant je manque d’inspiration, que je devrais me taire devant la force des sentiments qui sont exprimés. J’ai aussi parfois l’impression que je dis d’épouvantables platitudes, que j’exprime des banalités. Pire, je sais que je parle finalement beaucoup trop de moi dans les commentaires.

On le comprendra, je suis parfois beaucoup moins à l’aise qu’il n’y paraît. Devant les réels talents exprimés dans certaines notes, je me sens apparaître avec beaucoup de fadeur. Devant la souffrance ou les problèmes plus ou moins sérieux des autres, je suis systématiquement mal à l’aise. J’ai toujours l’impression que je vais gêner, que je risque d’indisposer, de paraître froid ou au contraire un peu trop envahissant sur des sujets dérisoires alors que l’essentiel semblerait m’échapper.

Par ailleurs, je me suis parfois dit que l’on ne devrait pas commenter certaines notes tant tout avait été dit avec force et justesse. Ne pas commenter pour « abîmer », banaliser la note. Mais souvent un autre commentateur commente avant vous, détend l’atmosphère, ce qui vous « oblige » presque au commentaire. Car oui, à force de commenter, le fait de ne plus commenter apparaîtrait comme suspect, mais il n’en demeure pas moins que c’est parfois difficile.

Il y a de cela un temps certain, on m’avait reproché, à juste titre, de commenter que sur les apparences tangibles, sur des sujets rationnels accessoires, alors que je délaissais l’essentiel, l’émotionnel, la poésie. Il me semble que j’ai fait quelques petits progrès de ce côté là, que je me suis habitué, « civilisé », voire laisser attendrir, et je dois dire que je ne m’en porte pas plus mal.

Alors voilà, que mes lecteurs habituels ou occasionnels pardonnent mes commentaires merdiques, mes notes qui ne le sont parfois pas moins. Car en effet, on peut le regretter, mais je crois avoir atteint certaines limites et je n’ai pas forcément envie de faire énormément d’efforts pour paraître celui que je ne suis pas. D’ailleurs, je n’ai jamais cherché à me maquiller ou à me cacher, même si encore aujourd’hui, j’ignore vraiment si mes notes et mes commentaires me ressemblent.

11 mars 2009

Rêves cornusiens

Contrairement à S., je ne suis pas du genre à me souvenir régulièrement de mes rêves et de mes cauchemars, et en général cela ne me préoccupe pas beaucoup. En revanche, il m’arrive assez souvent de m’embrouiller le cerveau la nuit en pensant à des choses déjà vécues ou à faire ultérieurement et qui m’empêchent de dormir. Souvent, ce qui me fait ruminer nuitamment, ce sont des choses d’une importance toute relative, voire carrément sans aucune forme de gravité ou d’intérêt. Mais cela me pourrit parfois la nuit (en ce moment, ça va plutôt bien).

Pour en revenir à mes rêves, il y en a quand même deux types qui me sont revenus assez souvent et que je trouve assez drôles. Dans le premier, je dois me battre, souvent avec de redoutables ennemis ou au moins des individus fort peu recommandables et souvent nombreux. Je possède heureusement un pouvoir extraordinaire qui fait que je m’en sors à chaque fois à peu près bien : je lévite. J’ai en effet le pouvoir de m’élever dans les airs et de me déplacer ainsi avec une vitesse incroyable. Combien de fois, je me suis réveillé en pensant réellement que j’étais capable de flotter dans les airs ? Quelle épouvantable déception de constater qu’il n’en est rien en réalité.

Le deuxième rêve que j’ai fait de façon plus ou moins récurrente, c’est le fait d’être amené à me déplacer en public (dans une salle, dans la rue ou je ne sais où), alors que j’étais très largement dénudé. En fait, pour une raison inconnue, je me retrouve régulièrement sans vêtements ou avec des choses extrêmement courtes ou légères. Le plus curieux, c’est qu’il me semble, que la plupart du temps, les gens ne s’aperçoivent pas que je suis nu ou presque.

Alors, je n’ai pas lu Freud et ses disciples et il faut dire que soit je n’y comprendrais rien, soit cela m’agacerait profondément, mais il y a fort à penser que mon cas est grave, mais pas forcément totalement désespéré.

14 décembre 2008

Critique littéraire

« E Penn-ar-Bed ez eus dremmvroioù arouezus hag a ro golo da annezioù naturel lisseurt, hag ivez da vleunioù fonnus ha liesdoare.

Adalek aberioù su Penn-ar-Bed, re bar da vroioù ar Mor Kreizdouar, betek freskter taourac’hegi Menez Are o tremen dre an arvorioù digor d’ar fru, hon douar a ri bod da spesadoù plant  a oar en em ober diouzh forzh peseurt metoù. Ar binvidigezh naturel-se zo unan eus an traoù a ra da Benn-ar-Bed bezañ dedennus, ha d’e annezidi en em gavout mat eno. »

Ainsi commence une certaine préface d’un livre qui vient tout juste de sortir et que j’attendais depuis un certain temps et qui vient compléter la couverture de la Bretagne. Cet atlas flo*ristique, comme ses congénères des départements voisins, possède des caractéristiques très agaçantes : mailles trop larges (10 km × 10 km), impliquant un manque terrible de précision à l’échelle départementale, une mise en page très basique et sans charme, des commentaires peu structurés, souvent trop sommaires et manquant de rigueur et de précision. Le connaisseur ou le passionné de plantes sauvages du Finistère montreront certainement quelques signes de déceptions. Cependant, l’amateur (quand même initié), l’utilisateur occasionnel ou le pratiquant dilettante de la flo*ristique dans le département comme je peux l’être, y trouveront un ouvrage à leur mesure qui pourra leur être d’un grand secours. Les commentaires par milieux ainsi que les illustrations leur seront d’un grand secours pour mieux comprendre la logique de l’agencement des plantes sauvages dans ce département ultime.

26 novembre 2008

Indignations indignes

A la suite du sifflement de la Marseillaise lors d’un match de football, plusieurs de nos ministres s’étaient dits, je cite « indignés » ou « scandalisés ». Personnellement, je me moque royalement que les hymnes nationaux puissent être sifflés. Je pense même que cette prétendue fierté « hymniesque » n’a pas lieu d’être lors d’une manifestation sportive internationale ; je trouve ça même complètement ridicule. De la même manière, cela ne me dérange pas que l’on ne respecte pas le drapeau et autres accessoires cocardiers. Mon grand-père paternel qu’on avait envoyé se battre au nom de la patrie et qui était revenu de la guerre complètement cassé, disait « aux chiottes, le drapeau », et l’histoire démontre à chaque fois combien il avait raison.

En revanche, je n’ai entendu aucun ministre s’indigner ou être scandalisé par la misère, les sans abri, le chômage peu ou non indemnisé… Si, cette vieille peau avariée et criminelle qui nous sert de ministre du logement et de la ville veut nettoyer les trottoirs de la ville en évacuant manu militari les sans abri qui oseraient ne pas aller occuper les « centres d’accueil » dès qu’il ferait froid. Pour paraphraser un auteur célèbre, pourquoi ne pas retirer de nos centres-villes, les culs-de-jatte, les sourds-muets, les noirs et les homosexuels.

13 novembre 2008

Jardin fromfromo-cornusien – Acte II : le plan et les premières réalisations

J’ai conscience que le descriptif qui suit peut paraître rébarbatif et sans doute peu intéressant, même si de mon côté, je suis assez excité par les perspectives et le début de réalisation de ce jardin.

Le plan du jardin est dans la tête depuis un certain temps déjà. Il doit bien entendu passer par l’approbation de S.

Voici donc ce plan : Plan_du_jardin_au_131108.

Ainsi, pour les ligneux, nous aurons au menu : 2 Rosiers grimpants et 3 Rosiers à grandes fleurs, une Clématite sur la pergola. Ces derniers ont été commandés et devraient arriver bientôt.

Encore en réflexion, les Rhododendrons nains.

Deux Hortensias ont été supprimés et le troisième a été déplacé.

Le Buis est conservé ainsi que le Pieris.

Les repousses de Forsythia seront conservées pour masquer le tonneau d’eau de pluie, mais on le contrôlera sévèrement.

Les repousses du Laurier sauce seront également conservées, en l’empêchant cependant de prendre de l’ampleur. 

Compte tenu de l’humidité résiduelle constatée dans le jardin, toutes les vraies nouvelles plantations se feront de façon surélevée (bordures en bois) avec apport de terre ou terreau extérieur (travaux commencés).

Sur la terrasse, on pourrait envisager de cultiver en bac des arbres fruitiers miniatures (à voir), en particulier des cerisiers.

Pour les herbacées, au menu des plantes à bulbes diverses au niveau des massif.

A voir aussi, un éventuel massif de plantes annuelles sauvages (à proximité de l’Hortensia).

18 novembre 2008

Le Cépiau (7)

Voici le retour très inattendu (y compris de moi-même) du Cépiau. Pour les épisodes précédents voici les liens :

Le Cépiau (1)

Le Cépiau (2)

Le Cépiau (3)

Le Cépiau (4)

Le Cépiau (5)

Le Cépiau (6)

Trois jours plus tard, le facteur, qui débutait sa tournée tôt le matin, trouva le Cépiau versé* dans un fossé au bord du chemin de terre qui longe la Canche à quelques kilomètres du bourg.

A midi, lorsque Maurice arriva au bourg pour retrouver le Cépiau, il trouva un attroupement devant l’atelier. Lorsqu’il apprit enfin la nouvelle, il fut totalement abattu. Chancelant, il reprit sa camionnette et regagna la ville à 20 km/h dans les descentes.

Comme la gendarmerie bénéficiait d’excellents limiers, on leur confia l’enquête : Roger Thouvial (le fils d’Emmanuel, lui-même gendarme qui avait pourchassé en vain, pendant l’entre-deux-guerres, le Cépiau et son père dans leurs œuvres braconnières) et Claude Ravaillot (dit le « ptiot Glaude »). Roger était le « patron » (adjudant-chef) et Claude, simple gendarme. Après avoir été prévenus par le facteur, ils constatèrent effectivement le corps inanimé du Cépiau. Le médecin du village, le docteur Rouleau, qui affichait quand même 75 ans au compteur, devait constater quelques minutes plus tard le décès suite à un « malaise et à une hypothermie liée à l’absorption d’alcool et consécutivement à un refroidissement nocturne ». Les choses étaient donc très claires et l’enquête fut donc bouclée en un temps record et aucune autopsie ne fut pratiquée.

Le Cépiau n’avait pas de famille proche et personne n’eut l’occasion d’exprimer son point de vue aux enquêteurs. Par ailleurs, la disparition du Cépiau n’indisposait personne parmi les villageois et les notables du coin.

Depuis deux jours, Maurice ne dormait plus et ne pensait qu’à la mort du Cépiau qui lui paraissait pour le moins suspecte. Il voulut voir Robert, mais celui-ci se trouvant à Montpellier, il put enfin le joindre par téléphone. Il lui apprit le décès du Cépiau, puis vinrent quelques explications.

- On a retrouvé le Cépiau mort avant-hier matin le long du chemin de la rivière. La gendarmerie a conclu à une mort suite à un malaise du fait qu’il aurait trop bu le mardi soir. Or tu connaissais le Cépiau autant que moi : il ne s’avinait pas lorsqu’il savait qu’il devait travailler. Qui plus est, nous avions prévu de travailler ensemble mercredi après-midi. Et encore plus curieux, on n’a pas retrouvé son chapeau.

- Écoute, c’est terrible. Samedi et dimanche, le Cépiau et moi étions ensemble et il m’a dit son inquiétude suite à une leçon qu’il a donnée au Comte. Je suis comme toi, je ne crois guère à la version donnée par la maréchaussée.

- Mais que peut-on faire ? Nos arguments ne pèseront pas lourd en face aux gendarmes, d’autant que tu sais que l’adjudant-chef Thouvial n’était pas très copain avec le Cépiau, à cause de son père…

- Ne bouge pas. Je saute dans le premier train et je te rejoins dès que possible. On en rediscute et on ira voir ensemble mon ami le commissaire de police Yves Taxus.

Yves Taxus était d’origine bretonne. Après le bac, il avait fait ses études scientifiques à Paris avec Robert avant de changer d’orientation et faire son droit. Après quelques années dans la région parisienne, il avait été nommé commissaire à A.

A suivre.

* versé : couché

3 novembre 2008

Rive-de-Gier

Je n’y suis pas né parce que la maternité de « référence » de l’époque se trouvait dans une ville voisine. Lors de mes presque quatre premières années d’existence, nous habitions au deuxième étage d’une maison de ville au pied de laquelle coulait la rivière : le Gier. Cette rivière, parfois aux allures de torrent, prend sa source sur les hauteurs du Pilat fut utilisée, surtout à partir du XVIIIe siècle pour mouvoir les machines diverses et variées, pour transporter les matières premières et les produits manufacturés (canal rejoignant le Rhône), pour refroidir toutes sortes de systèmes des industries qui explosaient dans cette vallée laborieuse. A Rive-de-Gier et environs immédiats, il y eut des mines de charbons, de la sidérurgie, de multiples entreprises métallurgiques, forges, constructions mécaniques, des verreries, de l’industrie textile… Bref, la « ruche dans la vallée » a bourdonné de façon effroyable jusque dans les années 1970 où la crise économique commença à frapper de plein fouet ces activités économiques. Aujourd’hui, tout a disparu ou presque. Certaines friches industrielles, bien que beaucoup plus limitées dans l’espace, n’ont rien à envier à celles que l’on peut connaître, par exemple, dans le Nord – Pas-de-Calais. En plus de l’application plus systématique des législations contre la pollution des eaux, le Gier a heureusement bénéficié de cette désertification industrielle (tous les poissons avaient disparu de la rivière depuis des décennies).

En 1994, j’ai effectué un stage en ingénierie écologique sur cette rivière, et je pense donc assez bien connaître le sujet. En novembre 2003, une crue très importante avait frappé, comme un avertissement à peu de frais. Seulement, depuis rien ou presque n’a été fait : on oublie vite et on pense que l’on a déjà connu le pire. A cette époque, ceux qui m’avaient écouté m’avaient entendu dire que cela aurait pu être pire, bien pire. Et dans la nuit de samedi à dimanche, cela a été pire. Les inondations de Rive-de-Gier font l’actualité nationale depuis deux jours. Aucune victime, mais des dégâts considérables. Bien sûr, comme souvent, il n’existe pas de solution miracle, mais il existe des solutions permettant de réduire les risques et d’éviter d’oublier qu’à Rive-de-Gier, il coule une rivière sous le bitume.

4 juillet 2008

Vacances plus que méritées

Aujourd’hui, le hasard a voulu que je participe activement à une nouvelle réunion à Amiens. La cathédrale en a encore profité pour me faire un clin d’œil de loin. Pour être à l’heure, je m’étais levé vers 5 heures, avant d’aller à mon lieu de travail récupérer les boissons et les chouquettes à la boulangerie-pâtisserie (car nous organisions la réunion). Par chance, nous sommes arrivés en avance sur le lieu de réunion.

Toute la journée, je n’ai cessé de penser à S. qui devait avoir la réponse pour son concours aujourd’hui. Après 16 h, je commençais à sentir le temps long. A 17 h, heure des résultats, j’étais fébrile, mais je me faisais violence pour rester « dans » la réunion. Enfin, à 18 h, libération et je peux mettre en route mon portable. Il y a des messages : un d’une ancienne collègue qui demande où on en est de ce concours et un message de mon extraordinaire S. qui m’annonce qu’elle est reçue. Evidemment, j’en saute presque de joie et je fais profiter de la nouvelle à tous mes collègues. Je saute dans la voiture pour rentrer au plus vite. Manque de chance, nous tombons sur des bouchons au retour. Mais nous trouverons un moyen pour limiter les dégâts et rentrer dans des temps relativement raisonnables. Un bouchon d’Aÿ sautera à mon arrivée.

Pour quelqu’un qui ne devait pas avoir l’écrit, pour quelqu’un qui a raté l’anglais et loupé son entretien professionnel, elle s’en sort plutôt bien, non ? J’avais eu beau lui dire qu’elle était la meilleure, elle ne voulait encore pas y croire.

Ce soir, je suis à la fois rassuré, parce que je ne m’étais pas trompé (si elle ne l’avait pas eu, cela aurait juste prouvé l’incompétence des jurys) et je suis aussi très fier de ce beau résultat de ma fabuleuse S. Elle a réussi et elle faisait plus que le mériter.

Demain, départ tranquille vers la Bourgogne, pour A., pour Saint-Georges que je n’ai pas vu depuis près d’un an (une éternité).

A dans une bonne quinzaine de jours.

9 avril 2006

Avertissement

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24 mars 2008

Prison

On a tous lu, entendu ou vu des reportages sur les prisons en France ou dans les pays dits démocrates et civilisés. Je n’ai heureusement jamais été confronté directement à la prison. Mais ce que j’en connais, par l’intermédiaire des différents témoignages, me fait horreur. Et quelque part, j’ai honte. Les cas où la prison apporte une certaine efficacité sont assez rares. La plupart du temps, la prison est l’école de la récidive, souvent en pire. Ou bien elle casse les gens, les détruit de façon plus ou moins irrémédiable. Dans de tels cas, où se trouve la mission de réinsertion de la prison ? Elle est quasiment absente.

La faute à qui ? D’abord sans doute à chacun de nous, les « honnêtes gens » qui considérons que la prison est une punition, une « juste » vengeance. Ou bien un bon moyen de se débarrasser des gens encombrants. Effectivement, la prison est un bon moyen de se prémunir des voyous et criminels qui nous empoisonnent l’existence, nous agressent, nous volent, nous tuent… Nous ne voulons pas investir dans ces déchets de la société. Donc, si les prisons sont plus que surchargées, si les gens y sont entassés dans des conditions plus que précaires, nous nous en moquons royalement : après tout, ils l’ont bien cherché, c’est bien fait pour eux. Donc, la prison doit coûter le moins cher possible et à quoi bon faire de la réinsertion, ils n’en valent pas la peine, ils ne valent rien. On ne veut plus les voir. Suis-je si caricatural que ça ? La faute en revient ensuite aux décideurs politiques qui sont pour une bonne partie le reflet de la société toute entière, en particulier sa frange la plus conservatrice. Malgré les rapports officiels qui dénoncent la situation scandaleuse dans laquelle se trouvent les prisons françaises, le monde politique n’a aucune intention d’y remédier. La seule chose que l’on fait, c’est construire de nouvelles prisons dont la conception – une première – est concédée aux grandes sociétés privées de BTP. Mais en même temps, la population carcérale ne cesse de progresser et cela ne va pas s’améliorer avec les nouvelles dispositions gouvernementales.

Je voulais ensuite apporter quelques témoignages qui pourront paraître très insignifiants mais qui m’interpellent.

Le premier concerne un cousin (P.) peu éloigné. Jeune, je le voyais plusieurs fois par an à l’occasion des repas de famille. C’était un jeune comme un autre, pas méchant pour un sou. Il n’était pas très doué à l’école, mais rien d’alarmant non plus. C’est un enfant adopté (je ne sais plus à quel moment ses parents lui ont dit). J’ignore si cela a eu de conséquences importantes, mais je sais que ses parents n’ont jamais eu une grande sévérité avec lui. Enfant, cela ne semblait pas poser de graves problèmes tant il semblait calme, mais à l’adolescence, tout a changé. Ce sont succédés les échecs scolaires, la violence (il a été très tôt beaucoup plus costaud que son père et ce dernier a craint de se faire frapper). Les mauvaises fréquentations sont rapidement arrivées et en définitive, les premiers petits larcins d’abord sans grandes conséquences. Puis après 18 ans et le permis de conduire, des actes de délinquance de plus en plus graves. Et donc la prison. Il a dû faire au moins une demi douzaine de séjours en prison, parfois plusieurs mois d’affilée. Alors ce que je sais de lui fait que je pense que c’est quelqu’un de très influençable et de très naïf. Je ne pense pas qu’il soit fondamentalement méchant. Je n’explique même pas comment ses parents (eux qui sont d’une exceptionnelle gentillesse et honnêteté) ont été traités par la police qui a débarqué je ne sais combien de fois à la maison, ont perquisitionné. Ils ont été maltraités. Pas très étonnant que sa mère, déjà fragile, ait été autant affectée. La dernière fois que je l’ai rencontrée, j’ai vu une petite vieille qui sait à peine si elle est au monde alors qu’elle est plus jeune que ma mère. P., lui, sans doute par un concours de circonstance, a retrouvé sa mère biologique (une patronne d’une moyenne entreprise). Ce fut sans doute une sorte de coup de foudre : elle l’embaucha dans son entreprise, mais bien vite cela s’est dégradé et elle ne voulut plus le voir. Je ne connais pas les détails de l’affaire et même si j’avais des détails, je ne crois pas qu’ils seraient dignes de foi tant P. est mythomane. Il est assez vite retourné en prison. J’ignore s’il y est encore.

En 2004, alors que faisais, seul, de la cartographie de la végétation dans la vallée de la Seine en Haute-Normandie, je me suis retrouvé pendant plusieurs jours avec comme pour horizon plus ou moins proche la prison de Val-de-R*euil au sud-est de Rouen. Une prison moderne avec une triste réputation. Cette prison se trouve complètement en dehors de la ville (elle-même une ville nouvelle très moche). C’était en été, j’y voyais des détenus laisser pendre des sacs plastiques aux barreaux des fenêtres, y passer les mains. Tout aussi déprimant, j’ai vu des familles, comme honteuses venir faire des visites. Une ambiance qui me pesa à un haut point : j’avais hâte d’aller dans une autre boucle de la Seine.

Le week-end dernier, un de nos invités (un gardien de prison), évoqua certains aspects de son métier. Ce n’est pas lui qui avait évoqué le sujet de lui-même, mais avait répondu aux sollicitations de sa compagne. Cette dernière était outrée du comportement des gardiens de prison lorsqu’ils décidaient de « mater » certains mauvais comportements de certains détenus. Lui disait qu’ils étaient obligés de le faire pour « faire un exemple » et en définitive, pour avoir un peu plus la paix et éviter d’autres débordements. Elle prononça le verbe tabasser. Lui non, mais il ne le démentit pas. D’autres choses très glauques nous furent contées, notamment l’assassinat horrible d’un gardien de prison ou un non moins horrible co-détenu. Lui, un homme remarquable de calme, de douceur et de gentillesse se dit, je crois à regret, de plus en plus extrémiste dans sa vision des choses par rapport à son métier. Il semble dégoûté par ce qu’il y vit et y voit. Il préfère donc opter pour les solutions les plus simplistes dans l’exercice de son métier. Sa compagne lui reproche qu’il a oublié sa mission de réinsertion. Lui, répond que cela ne peut fonctionner qu’avec certaines personnes. Elle (instit) lui répond qu’avec ses élèves, elle ne choisit pas d’en laisser sur le côté de la route. Lui, dit qu’il ne peut pas faire autrement, que certains détenus sont profondément mauvais et irrécupérables. J’ai ressenti que cet homme, à qui on faisait des reproches, parfois justifiés, se sentait blessé car il ne pouvait bien entendu pas endosser à lui seul tout ce qu’on reproche au monde carcéral. Il a fini par dire que ceux qui ne connaissent pas la prison ne peuvent pas se rendre compte de la situation. C’est sans doute vrai. Dans un tel contexte, que peut individuellement à son échelle un gardien de prison ? Curieusement, je n’ai absolument pas participé au débat, mais j’y ai pensé une grande partie de la nuit suivante. Je ne sais pas si cela ne m’a pas empêché de dormir. Je voulais en parler dans une note. C’est aujourd’hui seulement que j’y reviens.

Alors, bien entendu, je n’ai pas de solution. Mais ne ferions-nous pas quand même de nous poser la question de la prison ? Ne faut-il pas faire de sérieux efforts de prévention ? Ne faut-il pas inventer d’autres solutions ? Cela coûte cher ? Mais que valent toutes les conséquences de la délinquance et de la prison, financièrement et humainement parlant ?

7 mars 2008

Quelques points marquants de ma scolarité (4 et fin) : lycée

Lycée

Le lycée se situait à moins de dix minutes à pied de la maison.

En seconde, j’avais choisi quelques « expérimentations » comme l’IES (initiation économique et sociale) presque obligatoire et la TSA (technologie des systèmes automatisés). Pour la seconde matière, sévissait un prof particulier toujours en blouse bleue, d’un sérieux permanent et qui n’esquissait jamais un demi-sourire. Et surtout, il piquait des colères terribles quand quelqu’un ne parvenait pas à faire ce qu’il aurait voulu. J’ai néanmoins eu la chance de ne pas être la victime de ses accès de rage. Au lycée, il n’y avait plus à proprement parler de professeur principal, mais la prof de français jouait ce rôle. Elle faisait incontestablement partie de la vieille école, mais je crois que c’était une bonne prof. Alors que tous les autres profs dans tous les lycées de France avaient laissé tomber, elle nous imposait des dictées et des poèmes à apprendre et à réciter en classe. Cela ne me posa pas de problèmes particuliers. Dans toutes les matières, sans forcément faire des flammes extraordinaires, cela se passait bien. Je dois quand même dire que le cours de sciences naturelles ne fut pas s’en m’étonner. Le nombre d’heures était assez faible et était axé sur les disciplines de l’écologie dont un peu de botanique. C’est à ce moment là que je fus mis pour la première fois devant une flore pour déterminer des plantes sauvages que je connaissais déjà vaguement. Seulement, voilà, l’enseignante n’était vraiment pas à la hauteur et tout ce qu’elle nous faisait faire était d’un brouillon et d’un manque d’organisation incroyables, ce qui dévalorisait nettement l’intérêt du sujet. C’est en seconde que j’entendis pour la dernière fois ouvertement les railleries de mes camarades à mon encontre.

Comme j’avais un niveau suffisant et comme cela correspondait à mes aspirations, je fus admis en 1ère S. Et là, ce fut une autre affaire. Je suis tombé sur un prof de maths hyper exigeant et qui notait très sévèrement. Comme un cercle vicieux, je fus complètement dépassé aussi en physique-chimie, en français et allemand alors que je sauvais les meubles en anglais et que tout allait bien en histoire-géographie et en sciences naturelles. En français, j’avais un style particulièrement lourd dans les rédactions (malgré quelques progrès, je crois que j’ai toujours un problème à ce niveau) qui ne plaisait pas du tout à la prof. J’avais donc des notes particulièrement faibles. Pour les explications de textes, les premières furent catastrophiques, mais quand j’eus compris le mode opératoire pour les rédiger, mes notes furent presque équivalentes aux meilleurs de la classe. A la fin de l’année, il y eut le bac de français à l’issue duquel je fus laminé notamment à l’oral, épouvantable oral pour lequel je n’étais absolument pas préparé. A part le cas du prof d’allemand avec lequel le courant ne passait pas du tout sauf à la fin de l’année, les profs étaient plutôt bons. Lorsqu’on arrive à la fin de l’année avec les résultats que j’avais, le redoublement devenait une nécessité. Quand le prof de maths proposa la solution du redoublement, je fus profondément affecté. C’était absolument terrible pour moi car c’était la seconde fois que cela se produisait (je me voyais déjà passer ma vie à redoubler). Je lui fis part de mon émotion et il argumenta que c’était la meilleure solution et que ce n’était pas grave de redoubler une fois encore. Je lui en ai un peu voulu mais je dois dire que l’avenir lui donnerait raison.

Ma seconde 1ère se passa donc globalement très bien dans toutes les matières et ce avec des profs tous différents alors que les programmes avaient changé, ce qui n’était pas une mauvaise chose. Je précise néanmoins que je travaillais toujours de façon sérieuse et appliquée. J’ai retrouvé une prof de maths que j’avais eu au collège et ma prof de français de seconde. Avec elle, mon style lui paraissait moins lourd. Je me suis planté à l’oral de français avec un 8/20 et elle voulait absolument que je le repasse en terminale car cette note, selon elle n’était pas représentative de mon niveau. Seulement, c’était à l’oral et je n’ai pas voulu tenter l’expérience une nouvelle fois. Elle a pris sa retraite quelques années après mon départ du lycée. Elle était connue bien au-delà du lycée. Ma mère entendit parlé d’elle au début des années 1990 chez sa coiffeuse. Elle aurait dit une fois à ses élèves (je n’en doute pas une seconde) : « ce n’est pas la peine de chercher ma voiture pour crever les pneus, je n’ai pas de voiture ». En effet, elle venait travailler à pied et n’avait pas le permis de conduire.

Bien que possédant un niveau correct en maths, je ne me sentais pas suffisamment solide pour tenter l’expérience de la terminale C et j’ai donc choisi la terminale D, plus axée sur la biologie, ce qui correspondait d’ailleurs davantage à mes centres d’intérêt. J’avais bien fait, car en maths, je dus réellement m’accrocher pour conserver la moyenne tout au long de l’année. Néanmoins, au bac, défaillance en probabilités et la panique ne me valurent qu’un 7/20. Au départ, je ne voyais pas l’intérêt de la philosophie pour ne pas dire que j’y étais a priori hostile. Après un premier trimestre laborieux, les sujets abordés en ours se firent plus intéressants et s’orientèrent sur le domaine scientifique. Je finis par me prendre au jeu. Le cours d’anglais était assuré par un Anglais, et j’avais des notes correctes, mais le niveau exigé ne me semblait pas très élevé. Dans toutes les autres matières, cela se passait bien. Le prof d’histoire-géographie notait sec mais j’étais souvent le meilleur. En revanche, ce qui ne convenait pas, c’était mes camarades. Il y avait plusieurs doublants (ce n’est pas une tare) et un triplant. Le problème, c’est que ces derniers semblaient cultiver un niveau lamentable. En fait, il y avait tout un groupe de cancres qui étaient plus bêtes que méchants, qui par leurs bavardages continuels et leurs rires débiles, perturbaient les cours. Le résultat des courses, c’est que nous fûmes que trois à décrocher un avis très favorable du conseil de classe pour le bac et il n’y eut aucun avis favorable. Ceci dit, parmi les autres, j’avais un ami (c’est toujours un ami, même si je m’en suis éloigné par la force des choses) et d’autres personnes plus que correctes qui avaient décroché un « doit faire ses preuves ». Les résultats du bac furent assez conformes aux prévisions. Quelques individus, dont un redoublant trouvèrent le moyen de décrocher des 1/20 en sciences naturelles, note qui me semblait impossible à atteindre sauf à rendre une copie blanche, ce qu’ils n’avaient d’évidence pas fait. La prof de sciences naturelles annonça les résultats au téléphone à ma mère. Inutile de vous dire que je sautais alors de joie (dans le calme, je précise). C’était un peu comme une revanche sur mes deux redoublements. Avec mon ami, comme nous l’avions initialement prévu, son frère nous emmena quand même en voiture jusqu’à Saint-Étienne pour aller constater de visu les résultats. Cerise sur le gâteau, je m’aperçus alors que l’on m’avait gratifié d’une mention (quelques jours plus tard, je devais constater que l’on m’avait rajouté des points pour l’obtenir). Mon ami décrochait aussi le bac en première séance. Revenus à la maison, mon père, tout juste rentré du travail, déboucha le champagne. Pour moi, à l’époque, dans une famille qui ne comportait absolument aucun bachelier (en dehors de mes cousins de mon âge), le bac constituait déjà un Everest. J’ai pensé à ma grand-mère paternelle, décédée quelques mois plus tôt, pour laquelle cette réussite aurait été une très grande joie et fierté. La semaine suivante, mon père et moi partions à 500 km de là pour officialiser mon inscription à l’IUT de Tours. Mais là, il s’agit d’une autre histoire…

En terminale, j’eus un prof de sport qui méritait le détour. Non seulement il avait une approche sympa, mais il ne nous imposait rien de bien contraignant. La plupart du temps, il nous fichait la paix et n’intervenait qu’à notre demande expresse. Un jour, il se mit à nous parler de la problématique du projet de barrage de Serre de la Fare qui devait être construit dans les gorges de la haute Loire (site exceptionnellement riche de tous points de vue) pour réguler les crues cévenoles du fleuve. Comme j’étais déjà vaguement au courant du projet, il développa et là, je fus le seul à l’écouter. Avec des amis, il avait été sur le site pour s’opposer à l’avancée des bulldozers, pelles mécaniques et autres machines de terrassement. Ils s’étaient couchés devant les engins. Les semaines qui suivirent, il me tint au courant de la suite des événements. J’appris plus tard que le collectif SO*S Loi*re viv*ante avait obtenu raison et le projet fut provisoirement puis définitivement abandonné. Inutile de dire combien je n’avais pas été indifférent à toute cette histoire.

Ce récit apparaît certainement assez banal. Je tiens néanmoins à souligner que j’ai quand même eu pas mal de chance. J’ai souvent agacé mes parents mais ils m’ont toujours fait confiance. Mais quand on se trouve dans un univers favorable, les échecs sont toujours surmontables. Il faut dire que sans être Breton, Auvergnat ou 100 % Morvandiau, je me suis montré assez têtu et que ce trait de caractère n’est pas tout à fait étranger à la réussite lors de mes études universitaires. Les bons élèves du secondaire qui doivent leur réussite à leurs facilités « naturelles » ou au bachotage, décrochent parfois lorsqu’ils sont livrés à eux-mêmes. Je suis à l’opposé de cela et je marche à la passion et j’ai fait mienne les devises suivantes :

  • « La culture, c’est ce qui reste quand on a tout oublié. » ;

  • « Tu n’es pas plus con que les autres : si les autres y arrivent, il n’y a pas de raison que tu n’y arrives pas. » [maxime paternelle dont la portée doit être quand même nuancée].

12 novembre 2007

3 Novembre : 4/5 - la soirée

Le trajet vers la salle de restaurant se fit dans un carrosse artésien, magnifiquement décoré pour l’occasion. Nous ne dérogeâmes pas à la tradition des coups de klaxons presque continus. Bien que le trajet ne fut pas très important, le voyage parut assez long tant il fut parcouru à vitesse réduite afin de ne perdre personne en route. Le cortège se terminait par le beau-frère qui, faute de jarretière, se vengea sur la voiture balais.

Le vin d’honneur, que nous avions délibérément voulu assez simpliste fut expédié en à peine plus d’une heure et demie. Alors qu’il touchait à sa fin, S. et moi fûmes attirés dans un traquenard, non pas par un insecte, mais par une autre forme de volatile, mais à caractère ornithologique cette fois : en fait par un(e) « manchot(te) » (si je puis me permettre cette expression) et son compagnon. Nous fîmes l’inventaire des 7 péchés capitaux de S. : la gourmandise, la gourmandise, la gourmandise, la gourmandise, la gourmandise, la gourmandise et la gourmandise. Après quoi, un magnifique objet rouge nous fut apporté : pour une fois, je n’avais pas volé la lumière et je pouvais mérité mon surnom de Lucifer. D’autres amis nous quittèrent à ce moment et j’eus presque un regret.

Le repas commença à près de 18 heures. Certains pourraient dire qu’il était très tôt, mais il fallait compter sur un repas assez long. Ce fut tout d’abord un plateau de fruits de mer qui fut une belle surprise pour nous puisque égoïstement, il comportait les éléments que nous préférons : araignées, étrilles, galathées, langoustines. Et pourtant, je puis vous dire, que cela n’avait presque pas été prémédité. Il fallut plus d’une heure et demi pour que S. en finisse (c’était bien la dernière). Si je n’étais pas intervenu, je crois bien qu’elle serait encore en train de finir les restes de toutes les tablées !

Les autres plats furent ensuite envoyés régulièrement. Durant la soirée, je fus obligé de brandir mon verre pour inaugurer les vins qui me furent servis. Bretagne oblige, le Ligéro-bourguignon fut contraint de se soumettre à la loi locale : s’humilier à trinquer avec du Bordeaux. Enfin, comme cela lui sembla bon quand même, il décida de renoncer à toute vengeance.

E., le « jeune » frère de S. prit les commandes de la sono et je me fis un devoir d’inaugurer le micro par une chanson morvandelle qui fit un magnifique raté (mémoire vide). J’essayai alors de me rattraper aux branches avec « Oural, Ouralou » où deux couplets sur trois furent chantés, interruptions par des applaudissements oblige. A peine plus tard, le Lépidoptère et S. se lancèrent dans une interprétation que mon paternel avait beaucoup appréciée la première fois. Évidemment, l’émotion était à nouveau à con comble. Elle le fut plus encore lorsque vinrent s’adjoindre au duo la flûtiste et surtout la Libellule. La Libellule, dans un jour de gloire essaya en vain de me faire danser, mais j’ignorais encore à cet instant précis que le geste qu’elle avait esquissé était aussi rare et important. La Libellule ignorait aussi que l’apprenti entomologiste avait lui aussi un problème avec le fait de danser.

La soirée, qui devait dans tous les cas de figure se terminer vers 2 heures du matin, se passa à une vitesse folle. Je ne suis ordinairement pas un noctambule et je trouve généralement ce type de soirée pesante et la sono très ennuyeuse. Évidemment, cette fois-ci les circonstances étaient exceptionnelles, mais je dois bien reconnaître que le DJ fut à une hauteur supérieure à mes espérances et que tout compte fait, malgré la fatigue, je n’aurais pas dit non à une éventuelle prolongation. Parfois, je ne me reconnais plus !

24 juin 2007

Ma France

Nous en avons entendu parlé ce matin à la radio. Certains auraient pu penser qu'Aragon en était l'auteur, mais il y a parfois des mimétismes qui se font jour. Nous l'avons écoutée ensuite pour de vrai. L'émotion est toujours aussi grande.

De plaines en forêts de vallons en collines
Du printemps qui va naître à tes mortes saisons
De ce que j'ai vécu à ce que j'imagine
Je n'en finirais pas d'écrire ta chanson
Ma France

Au grand soleil d'été qui courbe la Provence
Des genêts de Bretagne aux bruyères d'Ardèche
Quelque chose dans l'air a cette transparence
Et ce goût du bonheur qui rend ma lèvre sèche
Ma France

Cet air de liberté au-delà des frontières
Aux peuples étrangers qui donnaient le vertige
Et dont vous usurpez aujourd'hui le prestige
Elle répond toujours du nom de Robespierre
Ma France

Celle du vieil Hugo tonnant de son exil
Des enfants de cinq ans travaillant dans les mines
Celle qui construisit de ses mains vos usines
Celle dont monsieur Thiers a dit qu'on la fusille
Ma France

Picasso tient le monde au bout de sa palette
Des lèvres d'Éluard s'envolent des colombes
Ils n'en finissent pas tes artistes prophètes
De dire qu'il est temps que le malheur succombe
Ma France

Leurs voix se multiplient à n'en plus faire qu'une
Celle qui paie toujours vos crimes vos erreurs
En remplissant l'histoire et ses fosses communes
Que je chante à jamais celle des travailleurs
Ma France

Celle qui ne possède en or que ses nuits blanches
Pour la lutte obstinée de ce temps quotidien
Du journal que l'on vend le matin d'un dimanche
A l'affiche qu'on colle au mur du lendemain
Ma France

Qu'elle monte des mines descende des collines
Celle qui chante en moi la belle la rebelle
Elle tient l'avenir, serré dans ses mains fines
Celle de trente-six à soixante-huit chandelles
Ma France

Jean Ferrat, 1969

2 juillet 2007

La Loire : une amante d’eau, de sable et de végétal

Quand Karagar a évoqué son amante de pierre, j’ai immédiatement fait le rapprochement avec mon amante à moi : la Loire. Voici donc bien maladroitement écrit, quelques bribes qui illustrent, je l’espère, mon « indissociabilité ligérienne ».

Paradoxe initial

Né dans le département de la Loire, c’est-à-dire quand même très en amont de ce fleuve, avant que celui-ci n’acquière son caractère royal. Mais né sur un autre bassin versant, celui d’un petit affluent du Rhône.

Enfance inculte

La Loire, ce fleuve si proche fut néanmoins une arlésienne, en réalité une voisine, une quasi-stéphanoise pour moi, mais une inconnue.

Perception d’un premier appel ?

Au lycée, jusqu’en terminale, j’avais un prof d’EPS, discipline dans laquelle je n’excellais guère même si je n’étais pas complètement manchot non plus. Un jour, il vint me raconter à moi (à personne d’autre a priori) ses aventures en tant que militant anti-barrage en Haute-Loire (l’emplacement initialement prévu à Serre de la Fare dans les gorges de la Loire). Il me raconta comment il s’était opposé à l’avancée des pelles mécaniques et autres bulldozers. Il devait alors faire partie de la mouvance SOS Loire vivante. Pour information, le projet consistait, entre autres, à construire un barrage écrêteur de crues sur la haut bassin de la Loire afin de limiter les débits dus aux pluies cévenoles particulièrement violentes et participant aux crues les plus meurtrières de la Loire amont. Ce projet fut arrêté et il n’y eut heureusement jamais de barrage dans cet endroit merveilleux. Mais je me demande encore aujourd’hui pourquoi ce type était venu me parler de ça ? Avait-il soupçonné une écoute particulière de ma part ? Mais on n’en avait jamais parlé avant. En tout état de cause, cette histoire avait marqué mon intérêt.

Après bac

Avant même les résultats du bac, plusieurs options se présentaient à moi. Je voulais faire des études dans le domaine de la pisciculture en eau douce. A cette fin, j’avais candidaté dans des BTSA ad hoc. Mais je trouvais que je risquais de me retrouver à l’étroit dans ce type de formation et je ne percevais pas bien les poursuites d’études possibles. Je me suis donc rabattu sur un DUT en biologie appliquée qui proposait une option en génie de l’environnement et surtout quelques cours en hydrobiologie et en aquaculture. Ce DUT se trouvait à Tours (il y en avait très peu à l’époque). Et bien sûr, à Tours, coule la Loire, et mon choix ne s’est pas fait en fonction de ce critère. La Loire restait encore une immense inconnue à l’époque. L’essentiel de la première année passée à Tours fut assez rude. Elle était marquée par un esprit de compétition assez exacerbé entre les étudiants, par des enseignements extrêmement lourds et prenants. Et par le fait que je ne m’y sentais pas bien à l’aise. J’avais une chambre chez l’habitant qui se situait assez loin du lieu où avaient lieu les cours et je me déplaçais exclusivement en bus, ce qui n’était guère pratique. Bref, ce n’était pas la joie, je ne vivais que pour les cours. Qui plus est, le peu que je voyais de la Touraine, je le trouvais plat sans relief, ne percevant plus les montagnes et les collines qui avaient émaillées toute mon enfance. Toutefois, lorsque le bus empruntait le pont Wilson, mon regard se portait systématiquement sur les grèves et les îles de la Loire, devisant intérieurement sur les niveaux et les débits. Au cours de l’année, la revue Géo consacra un numéro à la Loire. Pour la première fois, je lisais quelque chose sur le fleuve.

Botanique

En fin de première année, les options commençaient. Parmi les enseignements, il y avait de la botanique et des sorties sur le terrain. Une des enseignantes, s’étonna du fait que je connaissais déjà les noms vernaculaires de plusieurs espèces communes des bordures de haies ou de forêts. Je précise que je n’avais jamais fait de botanique avant et que je connaissais les plantes herbacées que par ouï dire maternel et les arbres pour avoir feuilleté un livre assez minable. Très rapidement, je me mis à apprendre – très facilement – les noms scientifiques.

Au début de l’année suivante, comme l’ensemble de mes condisciples, il y eut des cours de phyto*sociologie, y compris sur le terrain. A l’époque, je trouvais ça épouvantablement difficile, mais l’affaire était passionnante. Je me souviens de l’admiration que je vouais à l’enseignant, mais tout cela me paraissait inaccessible.

Initiation fluviale

Après avoir obtenu mon DUT, je fus admis dans une formation bac + 4 sur les milieux aquatiques et… les corridors fluviaux. Bien sûr, la Loire et surtout la Vienne (Chinon) furent, pour les TP, notre terrain de jeu favori : géologie, sédimentologie, géomorphologie, physicochimie des eaux, hydrobiologie, ichtyologie, navigation fluviale, etc. Mais aussi de la botanique et de la phyto*sociologie grâce à un enseignant qui fut mon premier maître. Au cours de la seconde année, nous devions mener à bien un projet individuel et curieusement, c’est sous son tutorat que je pris un sujet qui concernait, entre autres, la flore de quelques îles de la Loire. Cela me permit de faire quelques recherches bibliographiques sur la Loire et à commencer à m’y intéresser vraiment. L’enseignant reconnut alors mes qualités. Mais, je ne me voyais toujours pas botaniste.

Période creuse de courte durée

Le service militaire m’éloigna de la Loire et des activités scientifiques et naturalistes. Un mois environ avant la fin de mon service, le professeur responsable de ma formation tourangelle téléphona à mes parents pour savoir si je voulais bien venir faire une étude sur la flore de quelques espaces naturels au bord de l’Indre. Après dix mois de 35ème RI, j’étais ravi de retourner à Tours et Chinon. J’étais même très excité d’y retourner. L’étude terminée, j’étais de retour chez mes parents. Le même professeur me rappela et me proposa, après qu’un enseignant lui eut fait faux bond, d’assurer des enseignements de botanique (théorie et terrain) à des stagiaires de formation continue bac + 4. Bien sûr, j’étais dans un état d’impréparation totale, mais une telle proposition ne se refuse pas. J’eus quinze jours pour mettre quelque chose debout. Outre les connaissances sur le fond à délivrer, ce ne fut pas simple sur le plan psychologique puisqu’à 25 ans, j’étais plus jeune que l’ensemble de mes élèves. Malgré des difficultés, tout se passa merveilleusement bien et cela fut l’occasion d’apprivoiser un peu plus ma timidité.

Montée en puissance

Malgré des demandes répétées du professeur responsable de la formation, je ne souhaitais pas poursuivre des études. Quelques semaines plus tard, on proposa mon nom pour réaliser une étude sur la flore et la végétation de la Loire avec l’idée derrière de poursuivre des études. Sans me poser de question, je devais accepter cette proposition. Je devais faire une rencontre avec une personne qui devint un ami, un complice qui me mit le pied à l’étrier dans un vrai environnement professionnel. De proche en proche, je fis 2 CDD dans une association, un DEA sur la Loire et sa végétation. Le DEA était grenoblois et les cours marseillais. J’y fis la rencontre d’un second maître m’ouvrant l’esprit vers d’autres horizons. De retour sur la Loire, je fis encore plusieurs CDD dans le privé et dans le public, avec toujours la Loire en toile de fond. A ce moment-là, on pouvait déjà dire qu’elle me collait à la peau et qu’elle était déjà devenue indissociable de moi. La suite n’allait que le confirmer. Sur le plan de la botanique, dès cet instant, j’étais reconnu comme un professionnel à part entière et ce n’est qu’à partir de cet instant que je me fis à l’idée que j’étais devenu un botaniste, et même un phyto*écologue.

Thèse

Suite logique du DEA, la thèse. Ce ne fut pas une mince affaire, non pas de la réaliser, mais d’en monter le financement et d’en faire accepter le principe. Il me fallut environ un an. A cette occasion, une autre personne vint jouer un rôle important sur le plan scientifique au sujet des forêts alluviales, m’apportant une façon inédite de voir les choses, me faisant découvrir les travaux du concepteur du « radeau des cimes » et de l’architecture forestière, mais aussi une façon iconoclaste (mais sérieuse) de voir la nature, une mini plongée dans ce à quoi devrait ressembler une forêt primaire…

La thèse fut soutenue au bout de moins de trois ans et demi. Elle reste très imparfaite, manque de maturation tant elle a été rédigée vite sur la fin (manque de recul) car je n’avais plus de financement. Néanmoins, je devais obtenir la mention maximale et par la suite un prix. Mais la recherche en sciences naturelles était toujours en décrépitude, ma thèse (et quelques autres) n’ayant rien changé sur le fond et la pauvreté des crédits dans ce domaine.

Migration septentrionale

Devant le besoin de gagner ma vie, j’entreprenais une migration dans le nord de la France où je fus recruté. Ce ne fut pas très simple au début, mais je fus bien accepté puis reconnu. Dès lors la Loire commença à me manquer. Cela fait cinq ans que je ne foule plus quotidiennement ses grèves. Quand on la voit tous les jours, elle finit par vous paraître familière, parce que vous l’avez vue par tous les temps, à toute heure du jour ou de la nuit, à toutes les saisons, par toutes les lumières, etc. Il n’existe pas deux Loire semblables. Malgré tout, à force de l’observer sous toutes les coutures, elle avait fini par devenir « banale ». Elle ne lassait jamais, mais elle était devenue une forme d’extension de ma personne.

Je ne l’avais pas quittée que je me mis à la vanter. Et il est vrai que dans le nord de la France, on ne retrouve nulle part sa générosité, sa force, sa liberté. Néanmoins, je dus me rendre à l’évidence, il existe une flore que ce nord partage avec la Loire, ce sont les végétations annuelles des terrils ! Eh oui, où faut-il aller chercher la thermophilie ? Enfin, il ne faut rien exagérer, la flore en commun reste maigre. Je pris donc un malin plaisir à énerver mes collègues en ne cessant de vanter les mérites de la Loire. Enfin, quand je dis « énerver », c’est tout relatif parce qu’ils ne m’en ont jamais tenu rigueur. J’ai quand même conservé un pied sur la Loire car je m’y rends à l’occasion de cours à l’université, de formations diverses, de tutorats… Et surtout, j’essaie d’aller la contempler chaque été. Et que croyez-vous qu’il arrive ? Une puissante émotion intérieure m’envahit, me tétanise d’admiration. Jadis familière, elle m’apparaît désormais exotique, c’est-à-dire fidèle à sa vraie nature sauvage.

Cet été, j’irai encore arpenter ses grèves charnelles. Et je ne serais pas seul. Surtout, il y aura S., qui percevra sans aucun doute l’appel de la Loire, intemporelle, mystérieuse et magique.

28 mai 2007

Une lettre

Aujourd'hui, j'ai écrit une lettre. Une lettre que j'aurais pu (dû ?) écrire il y a bien longtemps déjà. Une lettre que j'ai mis plusieurs heures à rédiger et qui me trottait pas mal dans la tête ces dernières semaines. Une lettre où je me livre énormément et où je laisse deviner le reste. Une lettre très intime. Une révélation ou une quasi-confirmation, je ne sais pas, je ne sais plus. En tout cas, il s'agit d'une lettre du genre que je n'avais jamais rédigée jusqu'à présent. J'ignore la façon dont elle sera reçue tant le geste est inhabituel, mais je suis très confiant. Ce que je raconte dans cette lettre me permettra d'être désormais plus léger, plus détendu.

Je remercie l'amitié de Monsieur K. et l'amour de Madame S. sans qui rien n'aurait été possible.

1 juin 2022

Vrai ou faux ?

Cela fait longtemps que cet exercice n’a pas été renouvelé. Parmi les affirmations suivantes, lesquelles sont vraies, lesquelles sont fausses ?

  1. Des personnes non identifiées ont lâché trois lapins domestiques devant l’entrée de mon lieu de travail. Des collègues en ont récupéré deux pour en faire des animaux de compagnie. Le troisième, je m’en suis chargé, il est au congélateur. D’autres collègues ont continué à le chercher en vain…
  2. Enfant, j’ai pris plaisir à cogner un élève pour me venger du fait qu’il me tapait régulièrement et que j’avais réussi à coincer et à mettre à terre.
  3. J’ai conduit à trois reprises dans ce que l’on peut appeler clairement un état d’ivresse.
  4. J’ai contribué à faire un sale coup le dernier jour de mon service militaire en introduisant un virus dans l’ordinateur de ma compagnie.
  5. J’ai pris le café avec le préfet de l’Aisne dans son bureau.
  6. J’ai salué Ro*se*ly*ne Bac*he*lot dans le jardin lors des portes ouvertes.
  7. Je suis intervenu avec des collègues dans une enquête de police sur une affaire d’homicide dans laquelle la présence d’un fragment de plante sauvage constituait un élément de preuve déterminant.
  8. Je suis le récent co-auteur d’une publication typifiant plusieurs nouvelles et proches espèces végétales pour la science, présentes uniquement en France pour l’instant.
  9. Nous avons désormais cinq ruches dans les jardins au travail. En début de semaine dernière, je me suis approché trop près en faisant des photos de plantes sans faire attention et je me suis fait piquer par une dizaine d’abeilles et je n’ai eu aucune réaction allergique.
  10. Une vieille dame très aisée avait décidé de nous octroyer un don important qui a servi à nous former et à lancer les premiers inventaires sur les lichens de la région.
17 novembre 2023

Religion ?

Comme beaucoup de monde, j’ai été abasourdi par la violence extrême qu’a fait subir le Hamas dans le sud d’Israël le 7 octobre 2023. Après, en France, faut-il qualifier le Hamas d’organisation terroriste, je ne sais pas et en fait je ne pense pas cela soit le plus important. N’oublions pas que les Allemands qualifiaient les résistants français de terroristes pendant l’Occupation. Même chose pour un certain nombre de représentants du FLN pendant la Guerre d’Algérie. Après, les postures et arguments politiques, plus ou moins malhonnêtes et intéressés, une certaine forme d’inculture, réelle ou entretenue, font le reste. Tout cela est lamentable. Aussi forts et abominables ont été les actes perpétrés le 7 octobre, cela ne peut pas non plus totalement justifier l’ampleur de la réaction israélienne, même si on pouvait aisément la redouter dès le premier jour.

Je me souviens très bien de mon prof d’histoire en Terminale qui nous disait en 1989-90 que la question de la coexistence en terres palestiniennes et israéliennes était impossible pour plein de raisons. Peu après, je saluais les accords d’Oslo de 1993 entre Yasser Arafat et Yitzhak Rabin (à l’époque, je m’étais dit que mon prof aurait pu se tromper…). Hélas, les extrémistes religieux ont eu tôt fait d’éliminer le second. Et le premier, encore rempli d’ambiguïtés (le mot est bien trop faible) a été marginalisé et ce fut l’échec. Une longue série d’échecs en réalité au sein de l’ensemble de la communauté internationale, de renoncements, parfois coupables, dont le 7 octobre 2023 et ses répercussions ne sont qu’une conséquence finalement très tardive. Je ne me prononcerai pas sur la situation actuelle ni sur l’avenir, qui me paraît profondément et durablement compromis.

En France, on dit que les actes antisémites ont explosé, ce qui est assez évident. Toutefois, cela fait plus de vingt ans que j’entends la même chose car on parle du flux et jamais du reflux, ce qui n’excuse rien d’ailleurs. Et quid des actes anti-arabes ou antimusulmans ? Derrière cette « devanture » prolifèrent des discours haineux, intolérants, racistes dans diverses obédiences. Et on reparle de religions. Les religions sont comme presque toujours le prétexte, sous couvert de vertus diverses et variées, pour contrôler les gens, les maintenir dans une forme d’inculture et d’ignorance et leur faire faire ce que l’on veut pour que certains puissent jouir d’une forme de puissance, liée au pouvoir et à l’argent. Je ne dis pas cela pour dédouaner intrinsèquement les religions. Selon ma conception, les religions ne devraient adopter qu’un discours et des actes d’amour des autres (et de soi), d’aide, de sauvegarde. Tout le reste, c’est-à-dire les interdits, la coercition, l’empêchement et tout ce qui vise à régenter la vie collective ou personnelle des gens, ne devrait pas rentrer dans le champ de la religion et selon moi, être tout bonnement banni. Je parle bien de toutes les religions. Nous en sommes très loin.

Tout cela m’amène à parler de religieux. J’ai déjà évoqué mon rapport aux religions et en particulier au catholicisme qui est certainement la forme que je méconnais le moins. Je suis toujours en désaccord ferme avec beaucoup des positions de cette religion. Mais pourquoi devrais-je m’en soucier puisque je suis à l’extérieur de cela ? C’est vrai ! Mais en même temps, on y est confronté très souvent de manière indirecte dans la société, quand on visite une église ou quand on connaît, via Fromfrom, les formes d’autorité ou la perversion des esprits que peut mettre l’Église dans l’enseignement catholique qui est loin d’être négligeable, mais que je n’espère pas systématique. Personnellement, je trouve cela inacceptable. Je ne suis pas en train de dire pour autant que l’administration de l’enseignement public était correcte.

Le religieux m’amène à parler de certaines personnes qui m’ont inspiré un profond respect. Pas trop à tort, je l’espère ! J’ai déjà évoqué Sœur Emmanuelle ou encore l’Abbé Pierre, dont un film vient de sortir à son sujet. Ces deux personnes, et bien d’autres encore, me font penser que par moments, ils se rapprochent de l’idée conceptuelle que je me faisais de Dieu, c’est-à-dire, aider les autres avec un pur désintéressement, un pur amour. Je me trompe sans doute en partie sur la hauteur de ces puretés qui ne sont peut-être que fugaces et superficielles. Mais ne sont-ce pas les quêtes de ces puretés fugaces que l’on devrait appeler les religions ?

Toutefois, pour en revenir à la question initiale, cela fait à présent un siècle que les premiers Juifs se sont installés en Israël et je ne vois pas comment une solution pacifique pourrait voir le jour dans le contexte actuel, même s’il se constituait un vrai état palestinien. En attendant, religion ou pas, on continue de souffrir toujours et encore dans cette région, et on se sent bien démuni. Je n’oublie pas non plus toutes les souffrances subies ailleurs. Parfois, c’est vraiment désespérant et je me pose la question de mon utilité. Pourquoi, pour qui j’agis dans le cadre de mon activité professionnelle ? Et n’est-ce pas une activité vaine finalement quand tout se sera embrasé ? Il faut encore avoir la foi pour continuer !

22 octobre 2023

Notaires et compagnie

Quelques années après ma naissance, et après avoir acheté une maison, mes parents avaient songé à leur succession, parce qu’on leur en avait dit d’y prendre garde, à juste titre. En effet, dans l’entourage (hors famille) de mes parents, on a connu pas mal d’exemples de successions qui ne se sont pas bien passées : problèmes entre les enfants qui se brouillent entre eux ou avec leur parents, enfants qui font la guerre au conjoint survivant, enfants qui réclament leur « dû » avant l’heure et bien d’autres situations. L’argent rend malade, même quand il y a peu. Parfois, l’argent est plus un fantasme qu’une réalité d’ailleurs, certains s’imaginant que des propriétés ont des valeurs bien supérieures à ce qu’ils croient. Tout cela peut même rendre fou. Pas de meurtres dans notre entourage, mais des cas de violence et des brouilles définitives, oui. On me rétorquera que je suis bien aise avec cela car je suis fils unique et je me suis toujours bien entendu avec mes parents. Il n’en demeure pas moins que mes parents avaient mis en place une donation entre époux et c’était une bonne chose. Depuis Sarre-Co-Zy, les impôts sont nuls dans ce cas, quel que soit le montant du patrimoine transmis.

Mon père était devenu propriétaire du « Dragon terrassé » quelques années avant son mariage, ce qui fait qu’il n’entre pas dans la succession de ma mère. Néanmoins, après discussion avec le notaire, il a souhaité envisager plusieurs scénarios en commençant par faire évaluer la maison de RDG puis, fin juillet, la propriété autunoise. En définitive, il souhaite me/nous faire une donation de l’ensemble qui le rendrait usufruitier et nous, avec Fromfrom, nus propriétaires. Jamais nous n’avions envisagé un tel scénario, parce qu’on pense d’autant moins à ces choses qu’il n’y a pas de problème particulier à soulever. Néanmoins, les choses auraient pu être faites un peu différemment, mais peu importe. Évidemment, le fisc ne va pas nous oublier. L’avantage, c’est que l’affaire sera un peu plus simple à régler lors de la disparition de mon père (si cela se passe bien dans cet ordre).

L’autre élément à prendre en considération et auquel nous n’avions absolument pas songé avec Fromfrom, c’est que n’ayant pas d’enfants, il nous faut prendre en considération ce qui adviendrait si l’un de nous disparaissait avant l’autre. J’avais oublié que les parents pouvaient hériter de leurs enfants et à défaut, cela peut être les frères et sœurs. Et alors là, cela me ferait mal, même si le conjoint conserve une part significative. Il n’est par exemple pas imaginable de devoir donner une partie de la maison à quelqu’un qui ne l’a pas payée. Alors cet été nous sommes allés chez le notaire qui nous a plutôt conseillé des testaments à nos bénéfices réciproques, tout en réfléchissant à ce qui pourrait advenir après la disparition du dernier survivant. Aussitôt dit, aussitôt fait.

Nous avons rendez-vous prochainement chez le notaire qui nous racontera dans le détail, j’imagine, la situation.

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