Discrétion (1/2)
Une note en deux épisodes écrite depuis un moment mais que je n’ai jamais publiée.
Bien qu’il puisse m’arriver d’avoir des moments où je m’exprime avec véhémence et sonorité, je n’ai jamais été quelqu’un de singulièrement expansif. On peut analyser de manière un peu plus détaillée le phénomène, sans toutefois remonter trop loin dans le passé.
Il y a quelques années à peine, une ancienne collègue de Fromfrom m’avait qualifié d’introverti. Je dois dire que je ne m’en étais pas offusqué pour plusieurs raisons.
D’abord, le qualificatif m’avait fait rire, au moins intérieurement, vu que finalement elle me connaissait bien peu et n’avait aucune idée précise de mon vécu antérieur (et même actuel). Elle prétendait m’avoir « évalué » alors que je m’étais pour ainsi dire livré qu’avec une grande parcimonie. J’imagine que je voyais plus clair en elle (je n’en avais rien dit et il ne me serait pas venu à l’idée de le faire, même si on me l’avait demandé) que ce qu’elle imaginait détecter en moi.
Ensuite, il n’en reste pas moins que pense qu’une partie de moi-même est ainsi faite. Une forme de timidité naturelle séjourne toujours en moi et je ne sais pas toujours quoi dire en général aux personnes que je ne connais pas ou peu. Avec ces personnes, je n’engage pas spontanément des conversations au hasard. Dans les « interstices » des réunions publiques auxquelles je participe, je ne vais pas discuter facilement avec des personnes que je ne connais pas ou peu. Il m’arrive encore de participer à des réunions dans lesquelles je connais peu de monde (cela devient rare, c’est vrai). Ceci étant dit, avec les personnes que je connais, je discute bien volontiers. Je vais régulièrement contre ma nature car bien souvent, je préfèrerais m’abstenir d’aller dans certaines réunions, notamment celles où il y a beaucoup d’élus ou des représentants d’institutions diverses. Je ne parle même pas des grandes messes faites de palabres inutiles que je tente d’esquiver du mieux que je peux. De quoi passer pour un vieil ours…
Cependant, je ne me sens pas fondamentalement introverti si on regarde les faits : j’arrive à travailler normalement (voire bien plus que normalement) avec tout le monde tant à l’interne qu’à l’externe et je n’ai jamais eu de retour négatif à ce sujet. Le poste que j’occupe et le précédent ne font pas partie de ceux que l’on confie à des personnes inaptes à communiquer ou réputées introverties. Je me considère comme plutôt « sociable » et même bavard. On m’a reproché plus d’une fois d’être bavard dans le sens où je tourne très souvent autour du pot, je ne vais pas tout de suite à l’essentiel. J’avoue que c’est clairement un défaut, mais qu’en cas de nécessité, il m’arrive d’être beaucoup plus laconique (je n’aime pas trop l’être).
Dans une conversation, quand les sujets ne m’intéressent pas où pour lesquels je n’ai aucune compétence, je ne dis rien ou presque. Je laisse les gens s’exprimer à leur guise. Sauf à être dans la provocation gratuite ou pour mettre un piquant humoristique, je n’ai alors pas à m’exprimer. Mais ceci n’est nullement de l’introversion, c’est évident.
Si on me prête parfois un caractère que je n’ai pas, cela ne me dérange pas outre mesure (sauf quand cela me porte préjudice). Je m’en amuse même quelque peu, car quand on ne parle pas, on peut d’autant plus observer, ce qui est parfois riche d’enseignements. Et parfois, en contexte hostile, il vaut mieux ne pas trop parler et ne pas dire ce que l’on pense (ce qui m’arrive souvent ces dernières années et c’est la seule stratégie à adopter, car hélas professionnellement, je ne m’exprime pas en mon nom propre). D’ailleurs, même quand je ne m’exprime pas, on me prête des intentions…
En définitive, je cultive aussi parfois une certaine forme de mutisme, ce qui m’évite de me découvrir trop facilement et qui me permet d’être plus difficile à cerner vis-à-vis de certains de mes interlocuteurs (toujours en contexte au moins potentiellement hostile).