Canalblog Tous les blogs
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Cornus rex-populi
Publicité
Archives
7 janvier 2011

De 2010 à 2011 (partie 1)

Le jeudi 23 au matin, nous avions prévu de partir vers 7 heures, mais c’est finalement une demi-heure plus tard que nous sommes sommes mis en route, mais nous avions de la marge. Lorsque nous partons, le thermomètre de la voiture indique 1 °C, soit en réalité environ – 1 °C. Lorsque nous prenons l’autoroute A26 à Lil*lers, la température indique 0 °C et il n’y a pratiquement plus de neige au sol. Mais à la hauteur d’Arras, le manteau blanc réapparaît bien puis s’épaissit vers l’est. Nous finissons par rencontrer les flocons de neige près de Cambrai. Malgré le passage de la saleuse, la neige commence à tenir sur la voie de gauche. Heureusement, nous avons pu équiper la voiture de deux pneus neige la veille (nous en avions prévu quatre, mais il y a rupture de stock, sans compter les camions bloqués un peu partout). Néanmoins, pas de problème, ça roule bien sur l’autoroute, mais la campagne environnante croule sous la neige, en particulier au nord-ouest de Laon où il doit bien y avoir 30 à 40 cm de neige (sans doute un record ?). Le reste du voyage se passe sans problème. D’une température minimale de – 2 °C dans l’Aisne, nous sommes à 1-2 °C lorsque nous atteignons la bordure méridionale du plateau de Langres. Dès lors, la neige nous abandonnera presque totalement et en quelques dizaines de kilomètres à peine, nous atteindrons la température de 12 °C et jusqu’à notre destination finale, nous ne redescendrons pas en dessous de 8 °C. Curieux quand même de traverser une telle barrière thermique en si peu d’espace sans que cela soit véritablement lié au relief ou à une position d’abri. Cela fait un petit peu comme une thermocline dans les eaux d’un lac (température estivale des eaux qui chute brutalement à partir d’une certaine profondeur pour se stabiliser aux alentours de 4 °C, température à laquelle l’eau douce présente sa densité maximale).

Après le péage de « Villefranche-sur-Saône », j’opte pour la solution tunnel sous Fourvière. Erreur, on nous annonce après le traditionnel bouchon (bien sûr, les panneaux avant la bifurcation n’en disaient rien, ni la radio de l’autoroute, ce qui donne parfois des envies de meurtre). Mais, Super Cornus, qui se souvient d’anciens parcours prend une sortie qui le fait passer par l’ouest Lyonnais avant de rejoindre l’aqueduc de Chaponost (voir ici) d’où nous rallions la maison méridionale des seigneurs éduens en exil thermique.

Pendant ce temps là, on craint des retards de l’escargot renversé (logo du TGV dont je ne m’étais jamais rendu compte jusqu’à il y a peu) devant nous livrer la duchesse mère. Nos craintes s’avèrent exactes. Nous repartons la chercher avec la voiture paternelle : il y a beaucoup de monde sur l’A7, mais nous arriverons largement en avance. Le retard définitif de la duchesse mère en gare de la Part-Dieu sera finalement d’une grosse heure et demie. Néanmoins, nous étions tous très heureux de nous retrouver enfin.

La journée du 24 décembre fut consacrée à la prière au repos, à une visite dans la rue piétonne de ma ville natale (Saint-Chamond). Fromfrom a trouvé le moyen d’acheter de la laine et de faire un bonnet à sa mère et un second à moi (la revue de coiffure, ce sera pour plus tard). Nous avons également fait les préparatifs de la journée du lendemain que nous devions passer chez ma cousine. Nous étions responsables de la viande (chevreuil) et des vins rouges (devinez lesquels). Bien sûr, on a aussi réveillonné, avec plein de bonnes choses, dont une réplique de mon gâteau d’anniversaire fromfromien (recette ici) avec lequel nous avions été frustrés (enfin surtout Fromfrom, c’est pas la peine de faire un dessin) d’avoir un aussi petit morceau vu le nombre d’invités.

Publicité
5 décembre 2010

Le doute

Sombre retour de fêtes en ce tout début janvier 2001. Ma codirectrice de thèse n’a pas eu besoin d’user de beaucoup de persuasion pour me convaincre de réaliser des profils architecturaux dans les forêts alluviales de la Loire. La méthodologie n’est pas trop complexe, mais nécessite un peu de matériel (décamètres, dendromètre notamment) et est assez longue à mettre en œuvre. Je connais la technique, je l’ai déjà appliquée sur d’autres forêts, en particulier dans le delta du Danube. Cela se fait généralement à deux, mais à l’époque, je suis un thésard quelque peu isolé et, contrairement à d’autres, je ne bénéficie d’aucune aide (stagiaires).

[J’en profite au passage pour signaler que pour la réalisation de certains travaux (dont les thèses), des stagiaires sont souvent recrutés pour des durées plus ou moins longues. Trop souvent, ces derniers sont utilisés à des tâches ingrates, mais parfois primordiales pour le recueil de données, sur le terrain ou ensuite au laboratoire. Et il y a encore quelques années à peine, ces étudiants n’étaient pas nécessairement indeminisés (aujourd’hui, au moins pour des stages d’une durée supérieure à trois mois, ils doivent être obligatoirement indemnisés au moins à hauteur du tiers du SMIC). Pis, dans nombre de laboratoires, ces stagiaires ne sont pas remerciés à leur juste valeur : absents des remerciements ou de la liste des co-auteurs des articles. En ce qui me concerne, je n’avais donc pas de stagiaires, car pour rendre un stage intéressant (j’y tiens toujours), il aurait fallu trouver des personnes avec un niveau suffisant en floristique (ce qui était fort rare) et parce que je considérais que l’on ne pouvait pas réduire un stage à de « bêtes » prises de mesures sans en tirer quelque chose d’enrichissant.]

Ainsi, après le Jour de l’an, je me retrouve seul au Bec d’Allier près de Nevers, pour faire de « bêtes » mesures. C’est d’un ennui total : pas âme qui vive durant mes longues journées passées en forêt. Je tourne en rond, en diagonale, en carré, en travers, dans tous les sens. Je finis par tout écraser au sein de mes placettes de mesure, mieux que n’aurait fait une compagnie de sangliers au grand complet. Cette année, il ne fait pas froid, l’hiver ne s’est pas fait sentir. Les perce-neiges (Galanthus nivalis L.) ne sont pas très loin de fleurir, il s’agit sans doute d’un record de précocité.

Je ne déprime pas, mais assurément, la solitude me pèse (à l’époque je n’ose me l’avouer). Quelle folie m’a poussé à venir faire du terrain en plein hiver ? Je rumine toute la journée. Seules parenthèses à cette situation, le moment du repas de midi pris dans la petite auberge des pêcheurs du coin et le dîner du soir près de ma chambre d’hôtel.

A cette date, il me reste encore un travail considérable à abattre pour terminer ma thèse et je suis loin d’apercevoir le bout du tunnel. Depuis le début de mes travaux, je suis la proie du doute. Suis-je capable de mener à bien tous les objectifs que je me suis assigné ? Ai-je le « talent » suffisant pour rédiger quelque chose de correct ? Aurai-je le temps de tout faire ? En ce début 2001, beaucoup d’interrogations subsistent. Mon entourage est optimiste et moi j’ai peur de décevoir. Et ces heures, ces jours étroits à regarder des arbres morts d’effroi. Rien pour me rassurer. Serais-je le seul conscient de mon inaptitude ? Ne suis-je pas la victime d’une incompréhension totale ? Ce serait-on trompé sur moi ? Mais je ne dis rien, ne montre rien. Je maintiens le cap, l’air de rien.

L’été 2001, je mettrai à contribution mes retraités de parents, en particulier mon père, pour effectuer des mesures topographiques pendant une semaine sur les bords de la Loire.

L’automne 2001, je passe des vacances de Toussaint stressantes et écourtées, car je suis très préoccupé par la mise en musique de mes données de thèse. Après des semaines d’efforts, mes premiers résultats (je veux dire les résultats que je fantasmais – j’étais bien le seul à les attendre, personne ne voyait l’enjeu ni mes espérances) se soldent par une profonde déception. Je suis abattu. Mais par habitude, je regarde de nouveau certaines données qui montrent des réponses curieuses. Je me souviens alors que dans certains cas, il faut supprimer, provisoirement, certaines données atypiques afin de, si l’on peut dire, ne pas être gêné par l’arbre qui cache la forêt statistique. C’est ce que je fais, je remets en route mes moulinettes et finalement, j’arrive enfin à des résultats probants, et d’ailleurs pas tous attendus. Une bonne leçon pour ceux qui affirment de façon péremptoires que les analyses statistiques multivariées sont de l’EPO (enfoncement de portes ouvertes), sous-entendu des résultats que l’on pouvait pressentir empiriquement. Dès lors, je tiens là un des résultats majeurs et des plus originaux de ma thèse (cela fait neuf ans de cela). Visiblement, mon directeur et surtout ma co-directrice de thèse n’en ont rien à faire. A l’exception d’un des membres du jury, personne ne se rendra vraiment compte de l’intérêt de la chose (que j’aurais aimé poursuivre et développer si j’avais pu poursuivre les investigations sur le sujet).

Je mettrai à profit la fin de l’année 2001 et le début de 2002 à rédiger ma thèse, sans doute beaucoup trop rapidement. En effet, il me tarde de faire la soutenance car je suis au chômage et faiblement indemnisé (calculé sur les deux tiers seulement de ma rémunération). La soutenance me rassurera bien au-delà de mes espérances.

Pourquoi ai-je si souvent été la proie du doute ? Je suis moins atteint actuellement, sans doute parce que je dois plus trop faire la preuve de mes compétences professionnelles, parce que j’ai trouvé un équilibre personnel et l’amour avec Fromfrom. Quand Fromfrom a dû un peu (voire beaucoup) de mon fait, se remettre en question en réorientant sa carrière professionnelle, je ne pensais pas forcément à quel point elle douterait d’elle-même, à s’en mettre malade. Elle était bien davantage atteinte que moi, mais je n’étais sans doute pas le dernier à la comprendre. Car bien sûr, elle était, elle est excellente, et pour moi définitivement la meilleure. Et d’ailleurs, les preuves en sont innombrables.

14 novembre 2010

Quinze ?

Calyste m’a demandé un truc (voir ici). Je ne suis pas loin des considérations de Lancelot et de KarregWenn. Le principe d’origine est un peu limité puisque cela ne s’adosse pas à un intérêt ou à une émotion particulière. Néanmoins, je vais assurer le service minimum. Je précise que j’ai respecté le principe : pas de réflexion préalable.

1) Maurice Genevoix, parce qu’il m’accompagne depuis presque toujours.

2) Henri Vincenot, pour sa truculence et parce qu’il a écrit quelques pages où il a transcrit des observations que j’ai faites, des émotions que j’ai eues et que je pensais être le seul à avoir eues.

3) Victor Hugo, entre autres pour sa somme poétique.

4) Alfred de Vigny pour le Cor et La mort du loup, entre autres.

5) Pierre de Ronsard pour ses bouquets de roses.

6) Verlaine, parce que c’est vachement bien.

7) Louis-Ferdinand Céline, parce qu’il m’a profondément ennuyé.

8) Emile Zola pour Germinal et Dreyfus.

9) Molière, parce qu’il m’a marqué au collège.

10) Jean Racine, parce qu’il m’en a fait bavé au collège.

11) Hervé Bazin pour Vipère au poing qui m’avait marqué, également au collège.

12) Gilbert Sinoué, parce je l’ai lu récemment et parce que c’est pas mal.

13) Karagar parce qu’il a été de mes premières lectures bloguesques, pour ses histoires, pour son style, pour sa cathédrale…

14) KarregWenn, pour ses atmosphères, pour ses personnages intimement éloignés, pour l’aiguisement de sa plume, pour son moine…

15) Lancelot pour toutes ses trouvailles, pour le naturel de sa lecture, pour son Atlante si familier…

Pas de « taguage » chez moi.

1 octobre 2010

Grand jeu vrai ou faux du 1er octobre 2010

Le jeu consiste à dire, parmi les dix affirmations suivantes, quelles sont celles qui sont vraies et quelles sont celles qui sont fausses.

  1. J’aime bien écouter de temps en temps les radios et télévisions locales.

  2. L’ancien patron du Tour de France cycliste m’a servi à boire.

  3. J’ai entièrement parcouru un golf 18 trous.

  4. J’ai pris des médicaments anti-stress avant un entretien d’embauche.

  5. On m’a pris pour un officier de police.

  6. J’ai accompagné un ami à un match de football à Lens.

  7. Je n’aime pas trop le Maroilles, mais j’aime bien la Boulette d’Avesne.

  8. Une maison d’édition m’a proposé de publier ma thèse.

  9. Je viens de semer des radis.

  10. J’ai vendu les outils de sabotier de mon arrière-grand-père.

Maintenant, ceux qui veulent s’y coller à la suite, ils peuvent.

27 septembre 2010

Avis de retour

Depuis mercredi, nous étions sans internet. Ce n'était certainement pas la première fois que cela arrivait et cela ne nous avais pas inquiété plus que ça. Nous sommes en effet coutumiers de dysfonctionnements que l'on avait tendance à attribuer à la ligne. Mais cela a duré. N'y tenant plus, vendredi en fin d'après-midi, S. a téléphoné à Frence Télécomme : 40 minutes pour obtenir un rendez-vous. Et c'était ce matin. Comme je ne travaillais pas (eh oui), le technicien après avoir vérifié la ligne au coin de la rue, est arrivé à la maison. Après avoir cru détecter une anomalie à la prise d'entrée (qu'il a rempalcé par une prise test), il a constaté qu'il n'y avait toujours pas d'internet. Bilan : la boîte vivante est morte. Il l'a donc remplacée par un modèle dernier cri et ça marche 5 sur 5.

Je n'étais donc ni mort, ni faché, mais juste astreint à un mutisme technique. A bientôt.

Publicité
3 août 2010

Le bon sens de tout

Voici une petite fantaisie sans prétention dont j’ai eu idée pendant les vacances. Cela n’est pas extraordinaire, mais cela traduit une réalité. Je n’ai pas voulu tricher, tout est vrai là-dedans.

C’est une lumière.

Sombre comme le plomb et la mort.

Diffuse comme l’indicible clarté.

Tamisée par un matin brumeux.

Filtrée par les couronnes dendroïdes.

Généreuse comme l’énergie printanière.

Vive comme la pointe de la lance des rais stellaires.

C’est une couleur.

Bleue comme les ciels matinal, méridien et crépusculaire. Marine comme la tombée de la nuit.

Violette comme les salicaires et les callunes bordières.

Verte comme les aulnes, le vieux frêne, les massettes, les joncs et le Buisson Girod.

Brune comme le thé, la vase et le tronc des aulnes.

Rouge comme le comaret, le fayard déclinant, le soleil épris de nuages. Rouillé comme la pelle et le cuivré des marais.

Jaune comme les scorsonères, les renoncules, les populages, les lysimaques et l’astre du jour. Dorée comme les solidages, les épervières, les millepertuis et l’automne des bétulacées. Fauve comme la molinie sèche, comme les chaumes graminéennes.

Blanche comme la neige givrée, les linaigrettes, les reines des prés, les berces, le fût des bouleaux, les nuées et la lune.

Grise comme les nuages, les lichens corticaux des chênes, comme les laîches et les prêles palustres.

Noire comme un cumulo-nimbus et les ténèbres.

C’est une odeur.

Organique, comme les racines spongieuses des joncs.

Humique et fulvique comme les acides turfigènes.

Âcre comme la fange exondée.

Goudronnée comme la scrofulaire.

Parfumée comme les rosacées immaculées.

Résineuse comme les gymnospermes riveraines.

Aromatique comme le faux pouillot et la spirée ulmaire.

C’est une forme.

Plate comme une mer d’huile.

Ponctuée comme la constellation des gardonneaux grouillant sous la surface.

Parsemée des ronds de mouchage des rotengles ou par l’ondée éparse.

Bouillonnée comme l’émergence des bulles d’une carpe nonchalante ou par la radée impromptue.

Rayée par le sillon d’un coup de vent pointu ou par une chasse de maître Esox.

Barrée par la navigation d’un Ondatra ou d’un quelconque anatidé.

Frisotée par l’oscillation d’une brise légère ou par le premier soupir tiède du matin.

Ondulée par les courants septentrionaux.

Bouleversée par les bourrasques occidentales.

C’est un toucher.

Insaisissable comme l’immuable ou la déroute du temps perdu.

Fuyant comme l’onde qui glisse inexorablement entre les doigts.

Aigu comme la pierre fendue ou la glace brisée.

Mou comme la tiédeur d’une soirée qui s’éternise.

Doux comme le satin d’un bain interdit.

C’est un bruit.

Les chatouillis rafraichissant des trembles.

Le clapotis contre l’embarcadère.

Le frissonnement intempestif des herbes amphibies.

Le jaillissement frais de la source.

Le sifflement strident dans la canopée.

Le grincement plaintif des branches des fagacées.

Le vacarme désordonné de la tempête.

L’orage qui gronde, l’éclair qui claque.

C’est une atmosphère.

Froide comme l’air corrosif de l’hiver.

Chaude comme l’étouffement d’une journée d’été sans air.

Sèche comme un coup de trique sur l’argile craquelée.

Humide comme la rosée tombante.

Brumeuse comme la Toussaint.

Celle de mon enfance et de mon essence.

C’est un Tout.

C’est l’étang Saint-Georges et c’est moi.

3 juillet 2010

Presque rien sur pas grand chose (1)

Gui-Ion a été viré, dit-on, de France inter. Censure ? Politiquement incorrect ? Sans doute ! Cet individu me faisait parfois rire. Le plus souvent, il était assez prévisible, presque convenu (j’exagère un peu sans doute). Mais j’ai toujours détesté ses attaques personnelles et méchamment gratuites, touchant souvent des particularités physiques ou intimes, y compris envers certaines personnes que je n’apprécie pas. C’est sans doute la raison essentielle pour laquelle je ne l’aime pas. Je ne le regretterai donc pas.

Jeudi et vendredi passés sur le terrain en plein cagnard dans des zones humides de la Somme et du Pas-de-Calais. Terrible quand la crème solaire est lessivée par la transpiration… Ma cheville, elle, tient. Cela fait sans doute un peu office de kiné ?

Il y a quinze jours, nous avons fait la déclaration d’impôt sur les revenus. Bonne surprise, nous devrions en payer beaucoup moins que l’an dernier, en partie du fait de frais de déplacements de S. en hausse et grâce aux abattements des intérêts d’emprunt. Mais cela me gêne néanmoins. J’ose dire que cela ne me choquerait pas outre mesure de payer un peu plus d’impôts sur le revenu si tout le monde y était équitablement assujetti (ce n’est pas la peine que je fasse un dessin).

Demain, nous recevrons la duchesse mère Anne de Bretagne, ainsi que la plus jeune de mes nièces. Il y a quatre ans, alors que nous n’étions mariés (seulement civilement à ce moment là) que depuis quelques semaines, elle nous avait fait un dessin, où il était écrit, entre autres, « Tonton ». J’avais mis un moment avant de comprendre que ce « Tonton » me concernait (et non un de ses oncles habituels). Cela peut paraître anodin et sans importance, mais cela m’avait fait tout drôle, car jusqu’alors, j’étais dans l’impossibilité d’avoir ce titre d’oncle. Mais l’alliance m’a apportée trois nièces d’un coup !

Après la kermesse à l’école de samedi dernier, S. n’a cessé cette semaine, d’être en arrosages de fin d’année, de départs de collègues (dont elle), de changement de directeur, de retraite du même directeur… Et puis il y a eu les fleurs et les cadeaux de ses élèves et de leurs parents. A se demander parfois si S. ne fait pas ce boulot que pour ce genre de gratifications, souvent chocolatées. Non, bien sûr, je blague, car il est évident que S. a une sacrée cote auprès de ses élèves. Il m’est arrivé d’autres années de voir dans les yeux de ses élèves, quelque chose d’une puissance extraordinaire : ils la respectent énormément et ils l’aiment. Quand je dis que c’est la meilleure, c’est que ça crève les yeux à un aveugle.

Ce midi, était organisé un repas pour le départ en retraite du directeur et j’étais invité (à l’école), comme plusieurs dizaines de personnes. Ce fut une belle réussite. J’ai enfin fait la connaissance d’une collègue dont S. me parlait régulièrement en bien. J’ai aussi pu voir à quel point S. avait une réputation « calamiteuse » dans l’établissement. Et, à la fin de la cérémonie, en prenant congé, le directeur a fait un compliment à S. que chaque subordonné ne peut que rêver d’avoir de son supérieur hiérarchique. Je n’en dis pas plus, mais c’est émouvant de voir le nombre cumulé de personnes qui mettent S. si haut dans leur estime. Et dire que je l’ai épousée. Franchement, je n’avais pas été trompé sur la marchandise !





23 juin 2010

Des philosophes

Aucune prétention, rien à dénicher là dedans, juste une évocation succincte de ressentis à prendre avec des pincettes.

Il y a une dizaine d’années, j’appréciais plutôt les propos que tenaient A. Fin*kiel*kraut lors d’émissions radiophoniques ou télévisées (j’ai lu quelques articles de lui depuis) notamment au sujet de l’éducation et de l’école. Mais c’était mon époque « ordre républicain » que j’ai largement dépassée depuis la première moitié des années 2000 et même reniée depuis début 2006. Certes, j’ai évolué, j’espère positivement, mais je pense néanmoins que depuis lors, le susnommé s’est largement radicalisé, voire caricaturé à outrance. A tel point qu’aujourd’hui, il m’énerve systématiquement, même quand il dit des choses qui vont dans mon sens. Son simplisme n’est pas digne de quelqu’un qui se prétend philosophe.

Bernard*Henri*Lévy, mon père l’appelle BHV, comme s’il était la figure de proue de la philo de grande surface de bricolage. Je n’ai jamais rien lu de lui, ni même entendu ses pensées philosophiques. Je ne l’ai entendu que défendre des causes lointaines (c’est à son honneur), mais plus que son côté dandy et médiatico-monopoliste, son caractère assez promptement va-t-en-guerre l’a souvent déconsidéré à mes yeux. Sans doute partiellement à tort.

Régis*De*bray, je n’ai lu que quelques rares articles, mais je l’entends régulièrement à la radio. Je suis loin de connaître toutes ses thèses ni ses prises de position. En particulier, je ne suis pas en phase avec ce qu’il avait pu dire (minimiser) au sujet des différents événements concomitants avec l’éclatement de l’ex-Yougoslavie. Néanmoins, tout ce qu’il a pu en dire n’était pas forcément tout à jeter aux orties. Régulièrement encore aujourd’hui, il m’étonne par certaines de ses analyses, même si je ne partage pas toujours.

D’Élisabeth*Bad*inter, je n’ai lu que deux ou trois articles et je l’ai vu ou entendue dans les médias. En général, j’avais bien aimé ses prises de position féministe, même si je n’avais pas compris à l’époque son hostilité vis-à-vis de la parité. Je pense néanmoins qu’elle était dans le vrai. En revanche, ce que j’ai cru comprendre de son dernier livre, Le conflit, la femme et la mère (2010), je n’arrive pas à la suivre sur sa négation d’une « maternité heureuse », la problématique de l’allaitement qui serait aliénant… Bien sûr, sa thèse ne s’arrête pas à ces faits et elle dénonce avec raison bien des choses qui ne sont hélas guère nouvelles, mais elle semble appuyer un peu trop là où cela ne fait plus mal.

Michel*Onf*ray, cela faisait longtemps que j’en entendais parler, mais je n’ai commencé à le lire qu’en février de cette année (Traité d’athéologie, 2005). Un petit peu dans un objectif de provocation, j’en ai lu quelques passages à S., ce qui a eu pour conséquence, un vif agacement de sa part. Évidemment, cela va assez dans mon sens, mais la démolition en règle de la religion, entre autres, du catholicisme y est bien trop excessive, caricaturale, simpliste. J’ai fini par être lassé par cette approche bien peu philosophique et j’ai abandonné la lecture aux deux tiers du livre. Cette année, nouvelle charge de l’auteur, contre la psychanalyse cette fois. L’article et les passages que j’en ai lu vont encore plutôt dans mon sens (je ne suis pas contre la psychanalyse, mais bien des choses encore à la mode, complètement éculées, voire archi-fausse auraient dû être retirées du catalogue depuis longtemps), mais que d’excès et si peu d’analyse contradictoire encore une fois. C’est encore de la philosophie, ça ?

Albert Jacquard, je l’ai surtout entendu à la radio, où il m’a toujours impressionné par sa sagesse et pour son approche intelligente de l’éducation. Et je me retrouve tout à fait dans ses thèses humanistes et ces coups de gueules pour défendre les pauvres et les mal logés. L’an dernier, j’ai lu L’équation du nénuphar (1998) et Dieu ? (2003). Des éléments sont discutables, mais vraiment, ça vaut le coup de passer des moments avec lui.

25 mai 2010

Entre autres la semaine dernière

Vendredi, mon collègue démissionnaire (j’en parlais ici) effectuait son dernier jour de travail. Pas un mot de sa part ou presque. J’avais proposé un pot de départ qu’il avait refusé (la première fois que je voyais ça), arguant de « tout le passif ». Le pôvre, la direction et moi-même avons été son bourreau permanent depuis cinq ans qu’il travaillait là. Nous nous sommes comportés comme des esclavagistes. N’importe quoi, alors même que j’ai tenté tant de choses avec lui, sans résultat probant. Désespérant. Avant de partir définitivement vendredi soir, il a envoyé un dernier courriel à l’ensemble du personnel en remerciant certaines personnes ; en fait une courte liste de personnes (dont je ne faisais naturellement pas partie), et encore, ces remerciements étaient mesurés, conditionnés, se rapportant à un contexte de travail particulier. En définitive, je crois qu’il valait mieux ne pas faire partie des personnes remerciées.


Jeudi, c’était le séminaire (à mon boulot – eh oui, il y a un auditorium) de lancement officiel de notre programme européen avec les Anglais dont j’avais déjà parlé ici. Après les élus régionaux, les présentations techniques globales, il y eut la une intervention de la part d’un bureau d’études spécialisé. L’oratrice dépêchée par le bureau d’études fut assez mauvaise (hésitante, presque absente, se disant elle-même pas spécialiste du sujet). En un mot, complètement à côté de la plaque et beaucoup de personnes dans le public s’en sont aperçus. Comment peut-on confier une telle présentation à une personne qui semble avoir surtout des qualités administratives ? Pendant ce temps là, les élus donnaient une conférence de presse en attendant mon intervention qui fut saluée par sa concision (ben oui, je sais aller à l’essentiel). Dans le même temps, les interprètes traduisaient à qui mieux mieux. Préalablement, je leur avais fait parvenir un lexique multilingue pour traduire les termes scientifiques et techniques spécifiques de notre discipline, mais apparemment, ils ne maîtrisaient pas bien le vocabulaire.

Après le repas, nous formâmes deux groupes de 30 personnes pour la visite du jardin principal : ma collègue, rompue à ce genre d’exercice en prit un et je me chargeai du second groupe. J’avais voulu m’entraîner préalablement en suivant une visite avec un de mes collègues, mais de retards en contretemps, je n’eus jamais l’occasion d’y assister. J’ai donc proposé une improvisation totale. Après les deux premières minutes difficiles, je me suis pris au jeu et je n’ai pas vu s’écouler le temps.

Rebelote l’après-midi et le vendredi avec des ateliers de travail bilingues.

Samedi matin, on m’avait demandé de co-animer une visite sur le terrain. Les botanistes de terrain anglais, venus je matin même d’Angleterre arrivèrent à l’heure au rendez-vous, mais les « chefs » anglais, basés à Lille, arrivèrent en deux vagues avec respectivement plus de 30 minutes et une heure de retard.

Ce jeudi, on me demande de participer, au sujet de ce programme, à une émission télévisée à Lille.

8 mai 2010

Cinq ans, un mois et deux jours

J’y ai pensé durant tout le mois de mars, mais je ne me sentais pas prêt à rédiger une nouvelle note sur le sujet à la date anniversaire, d’autant qu’à ce moment là, nous étions en pleins travaux domestiques. Je veux parler du suicide de ma collègue Perrine (ce n’est pas son vrai prénom, mais nous l’appellerons ainsi) survenu dans la nuit du 5 au 6 avril 2005. J’ai parlé plusieurs fois de cet événement de façon cryptée, puis de façon claire, en avril 2007, ici [même si les commentaires de l’époque font référence à des choses dont je ne parlais pas encore ouvertement à l’époque, en particulier mon expérience homosexuelle qui paraît bien loin aujourd’hui, mais que je n’oublie pas]. Après ce temps, je ne suis pas beaucoup plus avancé sur les raisons réelles de ce suicide, mais je crois pouvoir exprimer diverses choses qui m’ont marqué.

D’une part, Perrine était une personne qui avait un profond respect de la vie, à un point maladif. Quelques mois à peine avant son suicide, elle était venue me demander, en début d’après-midi du vendredi, toutes larmes rentrées, si elle pouvait rentrer plus tôt chez elle (en fait chez ses parents). Je n’avais pu en savoir davantage sur ce qui motivait ce départ, mais comme elle ne voulait rien dire, je n’avais pas insisté. Voyant son état, je lui avais juste demandé si ça allait aller et si elle ne voulait pas qu’on l’accompagne. Il y eut un refus catégorique (vu avec le recul, il ne pouvait en être autrement). Ce n’est que lors de ses obsèques que j’ai appris par l’intermédiaire de ses parents, que cet événement avait signé la mort de son chat dont elle avait eu peine à se remettre.

Par la suite, il y eut un jeune chat abandonné (?) qui s’était réfugié au boulot (nos bureaux sont dans plusieurs bâtiments séparés dans une sorte d’écrin naturel) et avec la complicité de quelques autres personnes, elle s’occupa de ce chat. Seulement, le chat restait parfois coincé dans les locaux toute la nuit ou tout le week-end et faisait des dégâts. Il fut donc décidé de « l’extraire ». Selon la version officielle, il fut adopté par un des salariés. Je pense qu’elle ne crut jamais à cette version, pensant à tort ou à raison que le chat avait été éliminé d’une autre façon. Bien sûr, elle n’exprima jamais directement son émotion à ce sujet.

Enfin, j’ai su après qu’elle avait été émue lorsque la direction avait décidé de décaper l’herbe sur un parking afin de remettre les graviers à jour pour éviter la boue. D’abord, l’herbe n’offrait pas une couverture homogène et était dominée par l’espèce de graminée probablement la plus fréquente en France, Poa annua L. (Pâturin annuel) et que beaucoup de jardiniers éliminent couramment de leurs massifs. Enfin, elle était engagée dans diverses associations visant la préservation de la nature.

Par ailleurs, Perrine avait une profonde sensibilité aux injustices, notamment sociales ou dans le cadre du boulot. Par exemple, elle n’avait pas digéré le fait de ne pas avoir été entendue pendant des mois par la directrice administrative pour résoudre un problème, alors qu’un cadre scientifique avait obtenu immédiatement gain de cause. Elle n’avait pas accepté non plus que la direction refuse un aménagement du contrat de travail (travail en partie à domicile pendant l’hiver) pour une autre salariée avec qui elle était copine. Cette salariée était alors partie travailler ailleurs. Comme on le voit, des choses peut-être agaçantes sur le moment, mais pas vraiment violentes dans le monde du travail d’aujourd’hui et qui n’avaient pas de conséquences gravissimes.

Ce respect de la vie et cette aversion aux injustices, je les ai bien sûr trouvés excessifs, mais je n’ai jamais eu son mode de fonctionnement. Chez elle, beaucoup de choses prenaient des proportions qu’on ne soupçonnait pas.

Dans les lettres adressées à la direction ou que la police a pu lire, figurait une mention par rapport à son orientation sexuelle. Elle aurait été moquée ou discriminée à ce sujet. Je n’ai personnellement jamais assisté au moindre commencement de début d’allusion à ce sujet, mais j’étais peut-être trop proche pour le voir. Et par ailleurs, l’ensemble de l’équipe scientifique avait un profond respect pour elle et il était agréable de travailler avec elle (seul un collègue s’était plaint de sa rigueur, notamment pour les départs très tôt le matin pour aller sur le terrain). Outre qu’elle s’imposait une grande rigueur, elle n’avait rien de féminin dans son apparence : cheveux très courts, jean et polo (bleus la plupart du temps) en permanence avec aucune fantaisie, pas de bijoux, pas de sac à main ni autre accessoire, toujours des chaussures de sport… Bien sûr, cela m’interpelait quand même un peu, mais on s’y était fait et en définitive, on ne se posait pas de vraies questions puisque tout avait l’air d’aller bien par ailleurs. Nous n’avions jamais rien su sur sa vie privée et bien peu de choses sur ses ami(e)s en dehors du travail. A part un ex salarié avec lequel elle allait tous les ans assister à un tournoi de tennis à Paris (Bercy ?), on ne lui connaissait que des fréquentations féminines invisibles. Pour ce que j’en sais, uniquement des relations amicales. Dans ses écrits posthumes, elle m’avait demandé de contacter une personne qu’on avait rencontrée lors d’une formation. Cette personne fut presque étonnée de mon appel car elle n’avait pas compris que Perrine avait eu de telles intentions amicales à son égard.

Le 6 avril 2005, après le départ de la police, la direction fit une réunion pour expliquer à l’ensemble des salariés ce qui s’était passé et évoqua entre les lignes l’homosexualité supposée de Perrine. Cela n’étonna personne même si la plupart d’entre nous ne pensaient pas à ce trait de sa personnalité, tant elle semblait le refouler. Elle était aussi sans doute dans le déni de sa personne, du moins de son image. Elle n’avait pas apprécié figurer même de façon à peine visible sur une de mes photos montrant une station d’étude. J’avais d’abord cru à une fausse pudeur du genre « je ne veux pas être photographiée, mais en fait, j’adore ça ». Une autre fois, un collègue nous avait pris en photo elle et moi à bord d’un hélicoptère avant de décollage ; il se fit violemment remettre à sa place.

Il était totalement impossible de parler de choses personnelles avec Perrine. Il est vrai que pour ma part, je n’aurais jamais été lui demander, surtout à l’époque, mais il en était ainsi avec l’ensemble des collègues ou de ses amies connues, y compris probablement avec sa famille. Rien de très étonnant. Tout cela résonnait énormément en moi à l’époque. Quels étaient mes ami(e)s ? Où étaient-ils ? Allais-je un jour me laisser aller à un sentiment amoureux ? Quelle sexualité ? Avec qui ? A cette époque, je n’avais encore rien vécu. Je n’avais même pas dépassé l’adolescence. J’avais juste pris conscience que je ne voulais, ne pouvais pas continuer à vivre seul, qu’il me fallait quelqu’un. La mort de Perrine m’a poussé à agir. Cela n’a pas été immédiat et fulgurant, mais cela s’est révélé inexorable. L’homosexualité refoulée de Perrine m’a sans doute fait peur. Même si ce n’est qu’un aspect des choses, il m’était insoutenable que l’orientation sexuelle puisse être un des éléments qui produit le suicide. Il valait mieux assumer une sexualité. Pour des raisons de facilité ou plutôt de timidité, j’ai surtout été d’abord en contact avec des hommes qui me paraissaient plus accessibles. Bien sûr, c’était un leurre.

Je recherchais l’amour, le vrai. Cela n’a pas été sans circonvolutions complexes sans difficultés, mais je l’ai trouvé. Je le dois forcément à Perrine qui a initié une réaction en chaîne. Je le dois aussi à l’écoute et à la sensibilité de Karagar sans qui je n’aurais jamais rencontré l’amour avec S.

1 avril 2010

La lecture et moi

Lancelot m’a lancé un défi. Je dois dire que je ne savais pas trop quoi dire, mais je me suis lancé dans l’exercice qui reste très instantané.

La lecture, pour moi, ça a commencé en CP et pas avant (j’étais le plus jeune de la classe). Je me souviens que l’institutrice avait disposé sur les murs des mots et des phrases avec des sons avec des couleurs différentes. On lisait ces machins là tous ensemble à haute voix. Je n’ai aucun autre souvenir de lecture en CP.

Il y eut ensuite le CE1 où on lisait des choses sur un livre assez traditionnel, mais aucun autre souvenir, tout comme en CE2.

Au CM1, peu de lecture à haute voix en classe, ce qui fit que j’ai eu du mal ensuite (jusqu’au collège) à lire à haute voix. Je me souviens qu’à cette période, j’ai lu le « Capitaine Fracasse », mais je n’y ai rien compris. J’étais bien seul dans cet apprentissage et c’est sans doute une des raisons fondamentales qui ont fait que j’ai longtemps eu peur d’aborder les livres.

Longtemps, donc, je n’ai pas su lire un livre, un texte, dans le sens où je lisais sans en comprendre le sens (jusqu’au collège). Encore à l’heure actuelle, il m’arrive de lire de façon automatique sans me rendre compte que je « n’écoute » pas ce que je lis. Ce soir, en lisant dans le train, cela m’est encore arrivé. Défaut de concentration, fatigue, peut-être, mais cela m’arrive très souvent. Inutile de dire que soit je zappe involontairement certains passages, soit je relis, ce qui n’accélère guère ma lecture. Voilà au moins une chose de dite que je n’avais jamais mentionnée clairement. Je me demande si nous sommes nombreux dans ce cas.

Au collège, je me souviens surtout de la lecture de « La guerre du feu » de Rosny Ainé en 6ème et de pièces de Molière. Je me souviens du « Cid » de Corneille. En 4ème, je me souviens de « Vipère au poing » d’Hervé Bazin qui m’avait beaucoup plu et d’ « Iphigénie » de Racine qui m’avait profondément déplu et que je n’avais absolument pas compris. Je pense que j’étais vraiment trop gamin pour comprendre ça à l’époque et que c’était vraiment trop tôt pour étudier ça (ou alors, c’était mal expliqué).

Pas du tout lecteur en dehors de l’imposé, je ne progresse pas. Il y avait bien des livres à la maison, mais pas du tout de mon âge et difficilement accessibles.

Néanmoins, j’ai commencé à lire des revues consacrées surtout à la pêche à la ligne (facile) et surtout à la science « Scie*nce & V*ie » à laquelle mes parents m’avaient abonné vers l’âge de 15 ans à peine. La lecture de cette revue fut assez difficile dans un premier temps (la langue n’était pas d’un haut niveau mais était néanmoins soutenue et il fallait suivre sur le plan scientifique (c’est une revue de vulgarisation scientifique, mais pas forcément pour tout le monde). Mais je me suis accroché et ça a tenu.

En 1ère (ma première 1ère), nous avions étudié « Madame Bovary » de Flaubert. Ce qui m’avait plus, ce n’était pas l’histoire ni les longueurs épouvantables, c’était les tas de choses qu’on pouvait dire pour commenter le style (j’avais au moins appris ça de la prof et après avoir compris comment ça marchait, j’étais devenu l’un des meilleurs de la classe en explication de texte).

Je n’ai donc pas lu beaucoup de « classiques » à part quelques extraits. Cela m’a parfois suffit à m’en détourner de façon définitive comme Proust dont le style épouvantable avait quelques points communs dans la lourdeur de mes rédactions de l’époque et qui me valait de mauvaises notes (oui, on l’aura compris, je suis un Proust incompris). Parmi les autres horreurs, je citerai « Voyage au bout de la nuit » de Céline.

J’ai quand même lu d’autres choses plus faciles comme « Robinson Crusoë », « l’île au trésor », des machins de la bibliothèque rouge et or, Jack London, Fenimore Cooper, Bernard Clavel, quelques policiers, etc.

Mais mon livre préféré, je ne sais plus exactement quand je l’ai lu pour la première fois (en fin de lycée ou après le bac ?). Ma mère m’avait lu quand j’étais tout petit des extraits de ce livre qui n’était absolument pas un livre pour enfant. C’était un beau livre relié dans une belle édition, et illustré de quelques planches en couleur (aquarelles ?). A l’époque, je ne comprenais rien à ce que me lisait ma mère, mais cela chantait à mes oreilles. Adolescent, j’avais lu quelques passages d’un roman de cet auteur, mais cela m’était tombé des mains tant cela me paraissait complexe. C’était « Les Éparges » de Maurice Genevoix. Puis, j’avais lu « La boîte à pêche » et j’avais commencé « Raboliot ». Mais je suis retourné au livre que me lisait ma mère : « La dernière harde » qui reste à mes yeux indépassable, même si l’auteur a commis quelques belles pages dans d’autres romans. Evidemment, c’est le côté naturaliste qui m’a plu, la richesse du vocabulaire, la description intime de certaines scènes naturelles, du genre de celles qu’on croit être les seuls à ressentir lorsqu’on se promène en forêt. Un peu plus tard, j’ai ressenti des choses similaires dans certains romans d’Henri Vincenot, mais avec une langue moins littéraire, moins poétique, mais sans doute plus populaire dans le bon sens du terme.

Voilà, je ne suis pas un grand lecteur et parfois je me sens quelque peu en décalage par rapport aux dévoreurs de livres sont S. fait partie même si à présent elle est un petit peu au ralenti.

29 mars 2010

Séjour pyrénéen (épisode n° 4 et fin) : le retour

Le samedi matin, je me suis réveillé très tôt, mais cette fois ci, j’avais pu dormir autant que mon voisin de chambre (parce que lui, bien sûr, il avait toujours dormi comme un loir).

Nouvelles présentations en séance plénière. Puis, passé midi, remise de la médaille du mérite à un ex directeur retraité (un Breton) avec lequel j’ai eu l’occasion (et le plaisir) de travailler, dans des moments très difficiles fin 2006 – début 2007. Il m’a avoué il n’y a pas si longtemps que le Ministère pensait qu’on se planterait dans la délicate mission qui nous avait été confiée. La tâche ingrate dont j’avais héritée, j’avais fini par m’y faire et imposer une certaine autorité à près de 80 collègues. Ce ne fut pas sans grincements de dents, sans problèmes, mais je m’en suis sorti essentiellement grâce à lui. En clair, nous avions beaucoup aimé travailler ensemble. Comme il y avait du retard, nous avons dû manger seuls avant de partir avant la fin du discours. Je le regrette, mais nous n’avions guère le choix de faire autrement si nous ne voulions pas manquer notre train.

Nous sommes arrivés sans encombre à Lille à 00h18. S. est venue nous récupérer, un collègue et moi (plus de TER à cette heure là). J’étais partagé entre la joie de retrouver enfin S. et une fatigue accentuée par un rhume qui voulait faire sa loi.

11 février 2010

Presque rien sur pas grand chose

Ce n’est pas que je suis complètement en panne d’inspiration, mais je n’ai pas grand chose à dire et pas trop le temps d’y réfléchir ni de l’écrire. Depuis dimanche, je préparais un cours pour l’Université de Lille et à la suite d’un problème technique de mon fait, j’ai effacé une journée de travail que j’ai dû récupérer les soirs de cette semaine. Il y a quelques mois en effet, j’avais été sollicité par un étudiant pour faire un cours sur certains de mes sujets de prédilection, chose dont je me suis acquitté cet après-midi. Je suis content car c’est la première fois que je faisais ça à Lille et je crois que j’ai réussi à faire passer quelques messages.

 

Du coup, j’ai pioché une idée chez KarregWenn. Qu’est-ce que je faisais aux dates clés de son curriculum vitae ?

 

  • Été 1971 : aucun souvenir, j’étais vraiment trop petit (moins d’un an).

     

     

  • Fin avril, mai 1972 : rien à signaler, mais en juillet-août, un souvenir très précis d’une personne avec ses chèvres et qui décèdera début 1973

     

     

  • Juin, septembre 1973 : rien à signaler de très marquant

     

     

  • Avril-mai 1974 : période à laquelle mes parents ont déménagé dans la maison avec jardin qu’ils venaient d’acheter. Un nouveau paradis s’ouvrait devant moi.

     

     

  • Décembre 1978, janvier 1979 : CE2, plume sergent-major.

     

     

  • Été 1983 : période à laquelle l’usine où travaillaient mes parents a déposé son bilan. Ma mère a été licenciée et mon père a connu le chômage, a occupé l’usine, puis a travaillé des mois bénévolement.

     

     

  • Octobre 1984 : soulagement de retrouver des résultats corrects après l’échec de ma première 4ème

     

     

  • Printemps 1991 : mes débuts de botaniste ignorant qu’il en était !

     

     

  • Novembre 2002 : suicide par arme à feu d’un vieil ami (un suicide dont il avait envisagé la possibilité des années auparavant et auquel personne n’avait voulu croire).

     

     

  • Février 2005 : deux mois avant une (r)évolution majeure dans ma vie et qui a commencé par un drame et s’est terminée par un immense bonheur qui se poursuit jusqu’à présent.

     

     

 

Puis les « jeux de mots de Lancelot m’ont inspiré des choses en lien avec ma botanique personnelle :

 

  • Transversal : comme coupe transversale d’une tige ou d’une feuille, comme dimension transversale d’un hydrosystème fluvial.

     

     

  • Mitochondrie : organite intracellulaire des eucaryotes dont on retrouve une variante chez les plantes sous la forme de chloroplastes, machinerie de la photosynthèse. Ces organites sont d’origine symbiotique (probablement des cyanobactéries pour les chloroplastes).

     

     

  • Boréal : plante à aire de répartition boréale.

     

     

  • Ovoïde : forme de certains organes chez les plantes.

     

     

  • Cunéiforme : forme de certains organes chez les plantes.

     

     

  • Abyssal : se dit d’une plante de montagne (orophyte) que l’on trouve exceptionnellement à basse altitude.

     

     

  • Amourette : Briza media L. (Brize moyenne), et qu’on ne me dise pas qu’elle me les brise menues. 

     

     

  • Doucette : Valerianella locusta (L.) Laterrade (Mâche).

     

     

 

12 janvier 2010

Réponses au Grand concours international d'hiver de KarregWenn

Comme cela ne passe pas en commentaire chez KarregWenn, voici les bonnes réponses à son Grand concours international d’hiver, signées par leurs Excellences Fromfrom & Cornus.

  • -399  Un verre ça va... è Invention du verre Sécurit

  • -660 Pâté mpérial è Invention du Namour aux nouilles qu’on nem beaucoup

  • 70 Entreprise de démolition è L’ancêtre de Bouygus prépare la route pour son descendant

  • 258 Mais où a t'il donc la tête, hein Lancelot ? è Il a la tête dans le Graal de 258 mm de diamètre

  • Juin 632 Inch Allah  è Naissance de Salvatore Adamo, future interprète d’Inch Allah

  • 29 décembre 1170 Cathédrale maudite è 800 ans moins presque deux mois avant la naissance de Cornus rex-populi, qui sera maudit pour dévaliser les cathédrales de leurs lumières

  • 1227 Guerrier précieux è Naissance de Lancelot

  • février 1231 Ça va chauffer ! è Invention du chauffage électrique à fusion thermonuclaire

  • 31 octobre 1517 On affiche ! è Jeanne Moreau présente son dernier film

  • 6 juin 1523 Vas-y... è … Poupou : Poulidor arrive deuxième à son 312000ème course.

  • février 1564  ... et moi è Jacques Dutronc part en Chine repeupler les campagnes

  • mars 1580 Essai transformé è Invention du ballon de rugby quelques siècles avant l’invention du sport

  • 2 septembre 1666 Ça chauffe en ville è Sarko Zéro descend dans les quartiers chaud avec son bus onéreux

  • mai 1703 Bourg neuf au froid è Il neige à Bourbourg

  • 2 juillet 1816 Banc sinistre è Première version de la chanson « Banc public » de Brassens en beaucoup plus triste

  • 10 novembre 1871 Présumons è Invention de la respiration artificielle

  • 1883 Big Bang è Invention de l’univers

  • 12 avril 1893 Ah que Johnny è Johnny Halliday meurt après avoir bu un verre d’eau, ah que

  • 10 septembre 1915 Jeune canard è Naissance de Gédéon et de Saturnin

  • 31 juillet 1920 Naissance de Christine Boutin è Cataclysme absolu ou première fin du monde

  • 6 février 1929 Catalan fermenté à Paris è Olé !

  • 26 avril 1937 Condor è Début du sommeil des crétins

  • 13 avril 1946 Poules parquées è Création du concours Miss France

  • 13 août 1948 Glorieux vendredi è Deuxième fin du monde

  • 25 novembre 1985 Oui, et oui è Mariage de Coluche et de Thierry Le Luron

Et voici les mauvaises réponses pour lesquelles Messieurs Gogole et Week-Qui ne nous ont pas aidé du tout.

  • -399  Un verre ça va... è Mort de Socrate

  • -660 Pâté mpérial è Naissance de l’empire du Japon ???

  • 70 Entreprise de démolition è Destruction du temple de Jérusalem

  • 258 Mais où a t'il donc la tête, hein Lancelot ? è Cyprien, évêque de Carthage, est décapité

  • Juin 632 Inch Allah  è Mort de Mahomet

  • 29 décembre 1170 Cathédrale maudite è Mort de Thomas Beckett dans sa cathédrale de Cantorbéry

  • 1227 Guerrier précieux è Mort de Genjis Kahn

  • février 1231 Ça va chauffer ! è ???

  • 31 octobre 1517 On affiche ! è Les 95 thèses de Luther

  • 6 juin 1523 Vas-y... è Gutave Vasa s’empare du pouvoir en Suède (indépendance vis-à-vis du Danemark

  • février 1564  ... et moi è ???

  • mars 1580 Essai transformé è Publication des « Essais » de Montaigne

  • 2 septembre 1666 Ça chauffe en ville è Incendie de Londres

  • mai 1703 Bourg neuf au froid è Fondation de Saint-Pétersbourg

  • 2 juillet 1816 Banc sinistre è Echouage de la Méduse

  • 10 novembre 1871 Présumons è Stanley retrouve le docteur Livingstone

  • 1883 Big Bang è Eruption du Krakatoa

  • 12 avril 1893 Ah que Johnny è Inauguration de l’Olympia

  • 10 septembre 1915 Jeune canard è Création du Canard enchaîné

  • 31 juillet 1920 Naissance de Christine Boutin è Interdiction de l’avortement

  • 6 février 1929 Catalan fermenté à Paris è Naissance de Danone

  • 26 avril 1937 Condor è Massacre de Guernica

  • 13 avril 1946 Poules parquées è Fermeture des maisons closes

  • 13 août 1948 Glorieux vendredi è Naissance de la trisaïeule de KarregWenn, entre autres

  • 25 novembre 1985 Oui, et oui è Mariage de Coluche et de Thierry Le Luron

20 décembre 2009

Alphabet grec, vieux botaniste et Castafiore

Lancelot et KarregWenn sont plus doués que moi, mais ils m’ont provoqué, alors voici le résultat. J’avoue que j’ai été aidé par Fromfrom pour deux lettres, et même plus car devinez qui est la Castafiore ?

Voir pousser ici à Paris une touffe d’alfa n’avait pas étonné le vieux botaniste. Il n’était pas bête à ce point là et il n’avait pas été exposé si longtemps que ça aux rayons gamma dans sa carrière de jeune chercheur.

Il se rappelait son voyage dans le delta du Danube. Il lui restait encore un epsilon d’intelligence pour tenter de comprendre le spectacle qui se déroulait sous ses yeux.

Pourtant, il se souvenait de ce spectacle affligeant où il avait vu Zézette à la télévision dans « Le Père Noël est une ordure ». Il se demandait vraiment ce que faisait l’État au lieu d’interdire ces conneries. Néanmoins, ce n’était pas pire que la chanson de Brassens où un chat téta le sein de Margot.

Il n’avait pas bougé d’un iota, il en était incapable tant il était subjugué de voir sa belle dans ce merveilleux spectacle. Pourtant, il n’était pas un spectateur lambda, puisqu’il avait inspiré le metteur en scène. Il se serait bien mu, mis à nu, mais il restait discret dans le fond de l’opéra. Les magnifiques boiseries de sa loge lui rappelaient le xylème de l’amphithéâtre de paléontologie du Muséum national d’histoire naturelle où il fut intronisé comme professeur. Au micro, on entendit enfin la voix soprano de Marguerite dans l’air des bijoux. Tout sigmatiste [école de la phyto*sociologie, comme chacun sait : station internationale de géo*botanique méditerranéenne et alpine] qu’il était, il se dit, tant pis pour les lustres de cristal de Bacarat, avant de roter de plaisir, en souvenir de la saucisse de Morteau qu’il avait avalée au dîner. « Oups, si l’on applaudissait maintenant » fit-il après qu’il vit le grand lustre s’écraser au milieu du parterre. Rien qui n’aurait plus le faire rire davantage, en dehors de son psy. Alors il déclara à la scène : « ô mes filles, ô mes gars, vous avez gagné votre soirée et merci pour ce magnifique spectacle ».

12 décembre 2009

Qui c'est ? C'est le plombier !

Parce que tout est rentré dans l’ordre, j’ai rédigé cette note. Des choses sans doute très ordinaires, mais qui nous ont bien énervées.

Dimanche 22 novembre. Je me lève ni tôt, ni tard pour aller acheter des croissants chez notre meilleur fournisseur. En descendant les escaliers, je remarque une vague flaque d’eau sous le radiateur de l’entrée. Je me dis un truc du genre : « tiens, voilà qu’il fuit, tu parles d’une connerie encore ». Je ne m’inquiète pas plus que ça. Je contrôle quand même la pression de la chaudière, tout à fait normale. « Bizarre, pas de chute de pression ». Je retourne voir le radiateur. « Curieux, aucune fuite ». Mais je m’aperçois que l’eau vient de l’autre côté du couloir, au niveau de la trappe donnant accès au regard où se trouve la vanne coupant l’ensemble du circuit d’eau. Je soulève la trappe, et là je découvre que le regard est rempli d’eau. N’écoutant que mon courage, je plonge ma main dans l’eau glacée pour fermer l’eau. Puis, je commence à écoper environ trois grands seaux d’eau. C’est à ce moment là que Fromfrom émerge, se demandant bien ce que je suis en train de fabriquer. Le reste de la journée et les jours qui suivirent furent moroses. En effet, nos tuyauteries à partir de ce regard partent dans deux directions, une vers les WC, l’autre vers la cuisine, le tout sous le carrelage et le béton sous-jacent. « Il va falloir tout casser pour accéder à la fuite, mais où elle est, à quelle distance réelle ? ». « Depuis combien de temps ça fuit ? » « La terre sous le béton est gorgée d’eau. » « Pas très bon pour nos murs tout ça. ». En réalité, ce qui nous inquiète le plus est de devoir faire des frais épouvantables pour nos carrelages, non seulement dans le couloir, mais assurément dans la salle à manger ou le salon, sans compter que ces carrelages, même pas si vieux que ça ne doivent plus se fabriquer et qu’on ne retrouvera jamais la même couleur. On ne pense même pas au montant himalayen de la facture.

Lundi 23 novembre. On appelle le plombier qui s’occupe de notre chaudière. Après je ne sais combien d’appels, on ne peut convenir d’un rendez vous que deux jours plus tard.

Mercredi 25 novembre. Fromfrom reçoit l’ouvrier. Il découvre que la fuite ne viendrait pas d’où on croit (pas côté WC, mais côté cuisine). Le tuyau qui fuit serait le plus récent, celui en plastique et non celui en plomb. Mais il ne peut rien dire, il faut que le patron passe voir. Il doit rappeler. Et bien sûr, il ne rappelle pas. Encore X appels et messages sur répondeurs.

Vendredi 27 novembre matin. Je réussis à joindre le patron. Rendez-vous est pris le soir même à 18 heures.

Vendredi 27 novembre soir. J’ai un contretemps lié au boulot, je l’appelle pour lui dire que je ne pourrai pas être à l’heure au rendez-vous. Pas de problème, on prend rendez-vous le lendemain samedi à 9 heures.

Samedi 28 novembre à 9 heures. J’attends, j’attends. Onze heures, j’appelle. Rien, injoignable. Message.

Samedi 28 novembre après-midi. Comme on en a marre d’écoper à chaque fois qu’on fait la vaisselle, qu’on se lave ou qu’on va aux toilettes et que ça risque de durer, je décide de mettre en place un système de pompe monté sur perceuse pour rejeter l’eau directement dans le caniveau à l’extérieur en passant le tuyau par la fente de la boîte aux lettres. Après quelques petites réflexions, nous faisons les achats ad hoc et le tout est opérationnel le soir même, ce qui nous permet de faire une lessive en faisant des vidanges toutes les trente minutes. Je fais un rapport de la situation à mon père qui me suggère un éventuel passage du tuyau en « aérien », chose que j’avais déjà envisagée dans ma tête.

Lundi 30 novembre matin. Nouvel appel. Il me dit que le samedi, il a eu une urgence du côté de Lille. Comme si notre cas à nous n’était pas une urgence ! Rendez-vous est pris pour le soir même.

Lundi 30 novembre soir. Je pars avant la fin d’un exposé d’un collègue pour être à l’heure au rendez-vous, en même temps que Fromfrom. Le patron arrive, non sans un léger retard. Curieusement, l’homme n’est pas désagréable, il regarde, il scrute. Il conclut que plutôt que de tout casser, le plus simple est d’utiliser le vieux tuyau de plomb qui va vers les WC et depuis ces derniers, faire un « pont » de cuivre vers la salle de bain où il peut se raccorder sur un tuyau qui pourra alimenter la cuisine en sens inverse. La solution est retenue, sauf qu’on est un peu inquiet pour le vieux tuyau de plomb souterrain, mais il peut tenir encore un bon bout de temps. On n’envisage pas son remplacement, à chaque jour suffit sa peine. Le devis doit nous être donné le mercredi pour un début de travaux le vendredi ou le lundi suivant.

Mercredi 2 décembre. Pas de devis.

Jeudi 3 décembre. Nouveaux appels et messages.

Vendredi 4 décembre. Rien.

Samedi 5 décembre 11 heures. Un appel aboutit. Il se souvient à peine de moi. Sa femme a posté le devis, mais rien au courrier. Si on a rien le lundi, il passe nous l’apporter.

Lundi 7 décembre au soir. Fromfrom découvre le devis. Elle est presque rassurée par le montant global. Moi, je trouve que c’est déjà bien salé. Mon père, ayant fait faire des travaux de tuyauteries il y a quelques années me confirmera que le devis est raisonnable. Appel dans la foulée mai l’homme est encore injoignable.

Mardi 8 décembre au matin. J’arrive à le joindre enfin. Rendez-vous est pris pour le vendredi 8 heures.

Vendredi 11 décembre à 8 heures. J’attends avant de partir travailler. Il arrive avec presque 25 minutes de retard. Il pensait que j’étais présent toute la journée. Il me dit qu’il a une urgence (encore !!!) et qu’il revient dans une demi heure (ouf !). Je lui laisse les clés et nous partons tous les deux.

Vendredi 11 décembre à 18 heures. J’arrive devant la maison. Plus de tuyau qui sort de la boîte aux lettres, c’est bon signe. Je rentre. Dans le regard, je découvre que les 2 tuyaux semblent encore raccordés. Bizarre. Je me dirige vers le « pont » de cuivre. Tout est fait exactement comme prévu. Travail impeccable, sans poussière (je dois dire que sans préméditation, nous avions laissé l’aspirateur à proximité). J’ouvre l’eau dans la cuisine, tout fonctionne, c’est magique. Je retourne voir le regard et là, je n’y comprends plus rien. Le tuyau de plomb qui va vers les WC n’est pas raccordé, c’est celui qui va vers la cuisine qui l’est. Je me couche sous l’évier de la cuisine pour constater que l’arrivée d’eau est coupée et le raccordement vient de la salle de bains. A ce moment là, je commence à devenir fou. Comment peut-on raccorder l’eau à un tuyau qui est censé fuir. Je prends une lampe électrique et je vais dans la rue voir le compteur qui ne débite pas : aucune fuite. Conclusion, les tuyaux ne vont pas là où on croit et ils se croisent plus loin sous la maison. Version qui nous sera confirmée quelques minutes plus tard par l’ouvrier qui nous rapportera les clés. Un peu rassurés car c’est finalement le tuyau le plus récent qui est en service. Il aura quand même fallu trois semaines moins deux jours pour être dépannés. Vive les urgences !

Samedi 12 décembre vers 10 heures. Encore ce matin, on a encore le réflexe de vouloir aller ouvrir l’eau ou la refermer et pomper. C’est chouette quand même, quand tout fonctionne normalement. Je ne sais pas pourquoi, mais je crois que je ne vais pas payer ma facture en urgence… Toutefois, je dois dire que ces un peu moins de trois semaines ne sont rien comparées à ce qui nous était arrivé en 2006-2007 avec un autre plombier avec une chaudière subclaquante alors que nous n’étions que locataire et que nous ne pouvions pas nous retourner vers la concurrence et que nous ne payions pas la facture. Au final, plus de 6 mois pour avoir une nouvelle chaudière (l’ancienne risquait d’exploser à chaque instant).

24 novembre 2009

Collectivités territoriales et environnement

Cette note est un éclairage particulier et personnel. Au préalable, si ce n’est déjà fait, on lira avantageusement la note de notre excellent Balafenn.

J’ai déjà parlé çà et là qu’il serait souhaitable de réformer les instances politiques des collectivités territoriales afin de simplifier les démarches administratives et faire des économies d’échelle. Ainsi, j’étais partisan de la suppression des conseils généraux (sans pour autant supprimer l’administration départementale que j’imaginais sous la tutelle des conseils régionaux). Et en toute honnêteté, l’idée de mettre en place des conseillers territoriaux qui siègeraient à la fois dans les départements et dans les régions, aurait pu me satisfaire. Mais c’est raté pour diverses raisons.

Une des premières raisons est que l’État a des arrière-pensées électoralistes. En réformant le système, on en profitera pour modifier un découpage et des modes de scrutins devenus ces dernières années davantage favorables à la gauche. Mais là n’est peut-être pas l’essentiel. L’État veut recentraliser son pouvoir et ses moyens financiers.

A partir des années 1980, l’État avait décidé la décentralisation en accordant progressivement une certaine autonomie politique et budgétaire (et donc fiscale) aux communes, départements et régions et en leur transférant certaines prérogatives :

  • aux départements, l’action sociale, la gestion matérielle des collèges, les archives départementales, les bibliothèques départementales de prêt, la voirie (routes départementales et depuis peu les routes nationales « départementalisées »), les transports (dont le transport scolaire par autocar), etc.

  • aux régions la formation professionnelle, la gestion matérielle des lycées, le développement économique, l’aménagement du territoire et les infrastructures, les transports collectifs régionaux (TER par exemple), etc.

Bref, un certain nombre de compétences obligatoires auxquelles ils ne pouvaient se soustraire. Mais en même temps, des compétences optionnelles se sont développées, que l’on appelle compétence générale.

Au sein des conseils généraux, les départements peuvent lever une taxe départementale des espaces naturels sensibles (TDENS) qui consiste en un certain pourcentage prélevé sur le coût des constructions neuves. Cette taxe sert ensuite à financer l’acquisition et la gestion des espaces naturels sensibles sur des zones de préemption préalablement définies et réputées intéressantes sur le plan environnemental (je suis bien placé pour dire que cela n’est hélas pas toujours le cas) et l’entretien des sentiers de grande randonnée. Cette TDENS n’a pas le même taux dans tous les départements et cette compétence environnementale n’est pas obligatoire.

Certains conseils régionaux ont eux pris en charge des politiques environnementales parfois assez ambitieuses. Ils ont pu, par exemple, acquérir la compétence des réserves naturelles régionales (RNR) issues pour partie de la « requalification » des réserves naturelles volontaires (RNV). Les réserves naturelles nationales (RNN) restant de compétence étatique.

Il se trouve que beaucoup de compétences acquises par les régions ou les départements depuis le second mandat de J. Chi*rac étaient prévues par de nouvelles lois de décentralisation (2003), mais se présentent aussi comme des désengagements de l’État (exemple, refiler aux départements la gestion de nationales en mauvais état). L’État dit transférer les ressources correspondantes. Si c’est vrai la première année, ça l’est de moins en moins ensuite, ce qui peut obliger les régions et les départements à augmenter les impôts locaux pour conserver la même qualité de service.

Certes, départements et régions ont pris leur autonomie et c’était encore le but il y a peu de temps. Mais à présent, l’État (et Sar*ko en particulier) veut reprendre la main. Il veut récupérer une partie des budgets départementaux et régionaux pour son propre usage. La recette est connue, J. Chi*rac l’avait déjà testée : du temps de R. Bach*elot, l’État était allé plonger ses mains dans les caisses des Agences de l’eau (budget annuel cumulé d’au moins un milliard d’euros), argent qui ne lui appartient pas mais dont il s’était servi pour gonfler artificiellement le budget alloué au ministère de l’environnement. Maintenant, l’État voudrait récupérer, là où elles existent, les recettes de la TDENS, ce qui mettrait bien des départements dans l’embarras.

Je participe çà et là à des réunions de concertation diverses visant à mettre en œuvre des politiques environnementales ou d’aménagement du territoire. J’y apporte mes connaissances au sujet du patrimoine naturel ou du fonctionnement écologique des écosystèmes. Alors qu’il y a moins d’une dizaine d’années, on n’intervenait que comme pompiers pour sauver, dans le meilleur des cas, une population d’espèce protégée, on intervient désormais de plus en plus en amont des projets (même s’il y a encore pas mal de boulot à ce niveau). Même s’il existe encore des résistances fortes, les pouvoirs publics prennent en compte de moins en moins mal la sauvegarde du patrimoine naturel. Et dans le cadre de la mise en œuvre de politiques contractuelles environnementales ou d’aménagement du territoire, les collectivités territoriales, de la commune à la région, sont de plus en plus engagées. Des discussions peuvent émerger des idées positives pour l’environnement (le nombre d’initiatives dans ce domaine est actuellement époustouflant). De ces démarches multipartenariales, impliquant diverses collectivités (qui financent également), il en ressort des choses plutôt positives. De ces nombreuses et longues discussions impliquant un très grand nombre d’acteurs (et de lobbies), on pourrait craindre une paralysie, des gaspillages d’énergie et d’argent. Certes, cela peut être exceptionnellement le cas, mais je pense que globalement, cela se passe plutôt bien. En effet, je pense qu’actuellement, il faut davantage craindre l’action d’une seule institution qui maîtrise elle seule son budget et agit seule sans concertation. Une telle attitude qui pourrait être celle que l’État semblerait appeler de ses vœux serait catastrophique (on parle de ça pour le Grand Paris), en particulier pour la préservation des milieux naturels.

En conclusion, la réforme annoncée des conseils régionaux et généraux et de la fiscalité locale, sont des menaces lourdes qui pèsent sur les actions en faveur de la protection ou de la mise en valeur du patrimoine naturel ainsi que sur le fonctionnement des structures qui étudient, inventorient, gèrent ces milieux naturels.

17 novembre 2009

Changements climatiques et préservation des milieux naturels

Cette note n’a aucune prétention. Elle évoque, bien sommairement et maladroitement, une expérience dans le cadre de mon travail.

Voilà un an et demi que je participe à un groupe pluridisciplinaire d’experts sur les changements climatiques concernant une région naturelle du nord-ouest de la France. Parmi les scientifiques participant à ce groupe, le plus souvent des universitaires ou des chercheurs de divers organismes de recherche, on trouve des climatologues, hydrologues, géologues, océanologues, chimistes, biologistes généralistes ou spécialistes. Les groupes biologiques ayant fait l’objet d’investigations sont essentiellement les bactéries, les invertébrés benthiques, le zooplancton, les poissons, les oiseaux et les plantes vasculaires. Par ailleurs, ont également participé des économistes, des sociologues ou des spécialistes des études prospectives.

L’un des objectifs de ce groupe était de faire le point des connaissances dans les différentes disciplines et de les partager. Les données mondiales ont bien entendu été reprises (rapports du GIECC), avec toutes les difficultés liées aux descentes d’échelle du niveau mondial ou continental jusqu’au niveau français ou régional. S’il ne fait actuellement aucun doute que le climat se réchauffe à l’échelle de la planète, on a du mal à savoir ce qu’il en est pour la partie nord de la France. A l’échelle de 2050 et 2100, on pense que les températures moyennes vont probablement augmenter, mais rien de précis (peut-être + 2 °C en 2100 en plus de l’augmentation déjà constatée). Pour les précipitations, on table sur une diminution très significative (mais combien ?). Et le niveau marin devrait augmenter de 0,8 à 1 m en 2100 (certains disent seulement 0,5 m tandis que d’autres tablent sur au moins 2 m).

Concernant les oiseaux, les changements sont déjà très significatifs. On considère que les impacts sur les poissons d’eau douce seront notables. Pour les végétaux vasculaires, on observe déjà quelques changements (arrivée de plantes méridionales), mais cela reste souvent assez timide, en dehors des plantes exogènes qui semblent profiter davantage des changements climatiques. En revanche, les impacts sur certains arbres et surtout de leurs ravageurs qui progressent parfois de façon spectaculaire peuvent s’avérer localement inquiétants. Je passe sur la phénologie des espèces, bien connue (débourrement des bourgeons plus précoce, chute des feuilles plus tardive).

Seulement, quand il s’agit de se projeter dans l’avenir, je me transforme littéralement en Madame Soleil. Il existe bien des modèles sur la répartition des végétaux en Europe, mais ils négligent bien des aspects du fonctionnement intime des écosystèmes et des interactions avec tous les compartiments abiotiques et biologiques, sans parler des différentes actions anthropiques.

En définitive, dans des milieux naturels déjà fortement artificialisés, je prends souvent l’image du verre d’eau : les impacts directs de l’homme sur les milieux naturels représentent la quasi-totalité de l’eau qui s’y trouve et les changements climatiques seuls ne représenterait que l’agitation du liquide du buveur d’eau tenant le verre pour le porter à sa bouche (j’ai bien dit de l’eau, donc, il ne tremble pas trop).

Le grand public est à mon sens assez bien informé quantitativement sur les changements climatiques. Mais qualitativement, cela ne me semble pas clair, d’autant que ceux qui sont censés nous informer confondent souvent bien des choses. Au niveau de la recherche scientifique, un certain nombre de choses ont été lancées, mais cela semble bien insuffisant en France. Enfin, au niveau de la politique environnementale française, la problématique est insuffisamment prise en considération. Et pourtant, dans le discours politique national, c’est assez récurrent. On s’en préoccupe aussi dans certaines régions. Mais je ne vois rien émerger de très concret. A quand de vrais programmes de recherche (et de suivi à long terme de la biodiversité), à quand un plan d’action concerté sur les territoires ? Tout va en ordre dispersé. On réinvente partout l’eau tiède, on dit souvent n’importe quoi. Les charlatans de tout poil sont à l’aise dans ce vaste bordel.

Enfin, je suis peut-être pessimiste. Peut-on espérer que tout cela finira par se structurer ? Mais je ne voudrai pas que les changements climatiques soient le miroir aux alouettes de « l’écologie ». Autrement dit qu’on focalise là-dessus alors que les désastres écologiques, dans nos pays nord et ouest européen, ne sont que très minoritairement dus aux changements climatiques. Toutefois, je tempère immédiatement mes propos en disant que ces changements climatiques concernent tout le monde et que dans certains pays « du Sud », ils sont déjà catastrophiques.

16 novembre 2009

Souillure et respect

Un passage dans une note chez Calystee qui évoquait le respect des places pour personnes handicapées m’a suggéré cette petite note. Je ne pense pas que les sujets soient si éloignés.

Je fais rarement la police et je ne suis pas non plus du genre à chercher la bagarre, mais il est des fois où je suis tellement énervé que rien ne pourrait m’arrêter. Il y a quelques années, je vis un homme en voiture en train de jeter son paquet de cigarettes par la fenêtre, sur une route forestière. J’étais au volant (avec mon père près de moi) et je le suivais. Excédé par le geste, pourtant déjà vu, je lui faisais un appel de phares. Rapidement, l’homme s’arrêta et je vins à sa hauteur (la route est peu circulante) et toutes vitres ouvertes, je lui demandai « vous n’étiez pas obligé de jeter votre paquet de cigarettes ». Et lui de me répondre, tout honteux et à moitié décomposé, qu’il s’excusait. Mon père en était resté presque interdit.

La dernière fois où j’ai renouvelé ce genre d’opération, c’était avec des jeunes dans la rue de notre ancien logement. Je ne sais plus si c’était avec un paquet de cigarettes ou une cannette métallique, mais ils en étaient restés muets.

Ce dimanche, en allant au cinéma près de Lille (séance ratée malgré notre avance – on a dû se rabattre sur H), je me suis encore senti agressé par les tas de détritus que les gens jettent par la fenêtre au niveau d’un échangeur d’autoroute. Les services des routes ont pourtant mis des panneaux « ne jetez plus », mais c’est toujours aussi dégueulasse. Je ne supporte pas que les gens, à l’heure de la prise de conscience « écologique » soient aussi irrespectueux (pas que de l’environnement, assurément). Je n’ai pas eu des parents « écolo » et je ne suis pas un vieux débris élevé dans un autre monde, mais on m’a toujours appris un minimum de respect pour la nature ou pour ceux qui nettoient derrière. Je n’ai jamais rien balancé dans la nature. J’ai longtemps pensé que la population générale avait reçu la même éducation que moi. Mais même en sachant qu’il n’en est rien, je ne m’y fais pas.

Et depuis des années où l’on enseigne des gestes simples dans les écoles ou ailleurs, je constate que les gens sont sacrément dégueulasses et irrespectueux, même de leur environnement relativement proche. Quand je vois toutes ces souillures volontaires, ça me met en colère à un point qu’on a peine à soupçonner. Ah si j’étais Ministre de l’Intérieur et que j’avais un quart-chair, il y en a qui passeraient un mauvais quart d’heure !

11 novembre 2009

Un anniversaire d'enfant gâté

Il y a quelques secondes ou minutes sonnaient exactement les 4 ans de ma rencontre avec S. Elle m’attendait en haut de l’escalier de la gare de Lorient. Je l’avais aperçue depuis la moitié de la rampe d’escaliers. Je l’ai déjà écrit, j’étais pétrifié d’émotion. Jusqu’à l’arrivée à sa maison de Quimperlé, j’avais été peu bavard, me forçant quand même à parler. Je sentais que j’avais déclenché quelque chose de très fort chez S. qui la submergeait, alors que moi, il m’a fallu un peu plus de temps pour réaliser ce qui m’arrivait. Et même quand ça m’arrivait, j’avais du mal à comprendre ce qui se passait réellement.

Il a fallu attendre deux jours plus tard mon retour à mon domicile nordiste pour mieux me rendre compte. Avec mes parents, il ne se passait pas un week-end sans que je ne les appelle. Je ne leur avais pas parlé du tout de mon week-end du 11 novembre. Ma mère était affolée, ella avait laissé des messages sur mon fixe et mon portable éteint. En rentrant, je leur annonçais que j’avais rencontré quelqu’un en Bretagne. C’était presque un « coming out » pour moi, mais si j’avais fait cette annonce, c’est que j’avais déjà un sacré capital confiance dans la relation qui m’unissait désormais à S. Chez mes parents, même si elle ne fut que partiellement exprimée, la surprise était assez colossale. Je parle naturellement de « coming out » et cela paraîtra effectivement excessif, mais je crois que ce ne faut pas si facile que ça pour moi. Je ne vais pas revenir précisément là-dessus, mais dans mon passé de célibataire, j’avais longtemps raisonné comme si je m’étais condamné à vivre seul, sans personne à mes côtés. Alors que cela faisait quinze ans que je n’habitais plus avec mes parents, le cordon ombilical n’était pour ainsi dire pas rompu. Je n’avais jamais ramené de petit(e) ami(e) à la maison, autrement dit aussi dans le cadre éloigné qui m’unissait à mes parents. Imposer une personne dans ce système imaginaire m’était inconcevable. Quelque part, faire venir quelqu’un dans ma vie était un peu trahir mes parents. Une pensée totalement ridicule en réalité, peut-être en partie due à ma psychologie d’enfant unique. Une pensée qui peut aussi s’expliquer par une sorte de castration mentale : on était très pudique à la maison, on ne parlait jamais de sexe ni d’amour. Et puis mes interrogations personnelles, mes expériences récentes ne m’invitaient pas à en dire davantage.

Que cela soit clair, je ne veux pas mettre mon expérience d’enfant gâté sur le même plan que les vrais « coming out » aux parents, qui sont des expériences autrement plus difficiles, voire douloureuses, quand cela n’induit pas de vrais drames familiaux que l’on ne peut que déplorer.

Après avoir téléphoné à mes parents, je me suis connecté sur MSN où j’ai retrouvé S. Au bout de quelques minutes, j’ai eu des sortes vertiges, comme si j’étais un peu dans du coton. Je n’étais pourtant pas particulièrement fatigué, ni malade, ni sous l’emprise de quelque drogue. C’était la première fois qu’il m’arrivait un truc pareil et cela ne s’est jamais reproduit depuis. Au bout d’un moment, j’ai dû quitter S. et aller me coucher. Curieuse expérience (c’est quand même pas ça le coup de foudre !). J’allais avoir un mal fou à trouver le sommeil puisque cet état de vertige avait réveillé en moi ma peur irraisonnée d’étouffer en m’endormant (la peur d’oublier de respirer, peur très probablement d’origine traumatique à la suite de mon hospitalisation après le choc anaphylactique consécutif à des piqûres de guêpes). Cette peur semble avoir disparu aujourd’hui.

Pour en revenir à S., je devais la revoir une semaine plus tard chez moi. Le tourbillon était désormais irrésistible. S. fut invitée pour Noël chez mes parents. Après une phase silencieuse et glaciale d’observation de mon père, un déclic se produisit et S. fut rapidement « adoptée ».

Et c’est donc en ce 11 novembre 2005 que toute notre histoire a véritablement commencé et ce n’est qu'un commencement. Ah, j’oubliais, on s’aime, je l’aime chaque jour un peu plus. Quand je dis que je suis un enfant gâté.

8 novembre 2009

Du mur de Berlin à la paix européenne

Les médias en font des tonnes sur la chute du mur de Berlin, tellement que ça donne la nausée. Je me souviens bien à l’époque que notre prof d’histoire l’avait vu venir et nous avait annoncé ce qui allait se passer avant même que les médias en parlent. Ce n’est pas la première fois que l’on s’aperçoit que ces derniers sont archi nuls pour décoder ce qui se passe sous leurs yeux : soit ils sont vraiment nuls, soit ils ne nous informent pas volontairement. Idem pour la chute de Ceausescu en Roumanie, où ils se sont rendus coupables de manipulation. Les temps changent, mais eux continuent de nous manipuler, souvent avec la complicité d’une certaine classe politico-économique.

Comme j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire, j’ai été très touché par les récits de la Seconde guerre mondiale dans le cercle familial ou amical. Mon grand-père paternel avait une réelle rancœur envers les Allemands, on le comprendra aisément, vu ce qu’il avait dû endurer. Il est mort six ans avant la chute du mur. Ma mère disait heureusement qu’il n’avait jamais vu ça. Et en même temps, elle se ravisait, car le ronchon qu’il était, aurait fini par faire la part des choses.

Je me souviens de cette poignée de main Mitterrand-Kohl en 1984 à Douaumont, geste ultra célèbre, mais qui m’émeut toujours aujourd’hui. Je suis peut-être naïf ou à côté de la plaque, mais je crois que c’est une des plus grandes choses qu’a faite Mitterrand à l’époque.

Du temps du premier mandat de Chirac, il avait été question d’accorder la double nationalité franco-allemande à tous les citoyens des deux pays. J’avais rêvé un instant, j’étais super enthousiaste à cette idée (alors que j’ai tout oublié ou presque de mon allemand), et puis on a oublié cette idée. Je trouve ça détestable, car je continue de penser que cela aurait pu se faire avec la plupart des pays européens. Oui, je me sens Européen et je veux que tout le monde s’aime, parce que l’objectif européen de paix n’est jamais à perdre de vue et est à conforter tous les jours. Hélas, j’ai l’impression que les états européens n’ont plus guère d’ambition européenne aujourd’hui, et ça me navre. Qu’avons-nous fait de cette idée ?

20 octobre 2009

Carpe crépusculaire

On était au cœur de l’été. Avec le soleil déclinant, le vent qui avait animé la journée, se calmait enfin, comme par enchantement. La chaleur, accumulée durant toute la journée, commençait à rayonner, délivrant une douceur sereine, imprégnant chaque brin d’herbe, chaque bouquet d’arbres. Les hirondelles, prises d’une folie collective, arrivaient par escadrilles entières afin de se désaltérer et se baigner sur l’étang. Le miroir était encore perturbé par des mouchages de rotengles, tentant, avec des réussites diverses, de gober des diptères noyés ou d’autres hyménoptères en voie de perdition. Les lapins, les lièvres hésitaient encore avant de sortir de leurs repaires. Seuls les ramiers et autres colombins se risquaient de bosquets en fourrés afin d’aller étancher leur soif à la source. Les ombres des grands frênes s’étiraient interminablement sur la pâture. Les enfants s’amusaient à imiter des géants en regagnant leur foyer, alourdis d’une friture de gardons et d’une poignée de grenouilles attrapées à grande peine sous le cagnard de l’après-midi.

Le dîner terminé, Charles, craignant la rosée, chaussa à nouveau ses bottes en caoutchouc et se couvrit d’un paletot noir. Il ne faisait pas encore nuit, mais la lumière électrique avait envahi la maison depuis un bon moment déjà. Il sortit. D’un pas feutré, il avança sur la grande pâture avant de faire un crochet pour longer la grande haie double que la nuit n’avait pas encore noircie. Il était déjà à plusieurs centaines de mètres de la maison qu’il entendait encore des éclats de voix des convives que n’arrivaient pas à couvrir la symphonie « ranesque » de l’étang. Avec l’humidité qui tombait enfin, la raideur diurne des chaumes et autres touffes graminéennes s’était muée en une souplesse caressante que les bottes de Charles contrariaient à peine.

Furtivement, Charles se retrouva bientôt sur la chaussée de l’étang. La lueur résiduelle du soleil se reflétait encore, comme capturée par l’onde sombre de l’étang. La gaule à carpe, tendue avec une précision scientifique et horlogère depuis le milieu de l’après-midi était toujours là. Charles, depuis un moment déjà, s’était aperçu qu’un « départ » avait eu lieu lorsqu’il avait traversé la mégaphorbaie à reine des prés, jouxtant l’ancien embarcadère. Il avait donc dû hâter le pas, sans pour autant provoquer la moindre vibration fatale. D’une main fébrile mais assurée, il se saisit de la vieille Shakespeare, fit faire quelques tours au gros moulinet clusien, puis dans un mouvement ample et décidé, pratiqua un ferrage appuyé. A une bonne centaine de mètres de là, tel un sous-marin nucléaire en plongée profonde, on ne fit mine de rien, comme lorsqu’on engloutit un petit chalutier par inadvertance. Cependant, sur la berge, Charles se livrait à une course effrénée contre la montre. Décimètre par décimètre, mètre par mètre, le monofilament de polyamide s’enroulait, s’entrecroisait sur la bobine. Le scion, la canne entière se transformait en une improbable parabole. Les anneaux éprouvés brillaient au son de la lune qui se levait enfin. Les tours de la puissante manivelle se faisaient de plus en plus pénibles. Enfin, à trente mètres de là, Charles aperçut un remous puissant parmi l’eau lourde et noire. Alors que le poisson semblait vouloir se faire plus coopératif, Charles se saisit de l’épuisette à long manche et la disposa devant lui entre deux eaux. Mais à la reprise de contact, la carpe se lança dans un « rush » sourd et profond, irrésistible. Charles, pour ne pas rompre, dut abandonner une bonne quinzaine de mètres, pourtant chèrement acquis. La lumière se faisait de plus en plus rare, mais Charles ne craignait nullement ce détail. Ce qui l’inquiétait davantage, c’était de ne point casser au dernier moment et surtout de réussir à glisser le filet de l’épuisette au bon endroit au bon moment, alors qu’il avait déjà besoin de ses deux mains pour venir à bout de la récalcitrante créature des fonds.

Quelques minutes plus tard cependant, la victoire fut totale : la carpe reposait sur l’herbe. Alors qu’il s’apprêtait à quitter les lieux, Charles eut une pensée bienheureuse. En contemplant la voûte de feuilles de chêne qui marquait une découpure parfaite sous le ciel étoilé, Charles revit ses ancêtres à la pêche au même endroit. Comment ces derniers auraient-ils pu imaginer leur descendant en train de faire ce truc de dingue en pleine nuit ? A cette pensée, il rit en silence. Son seul souci maintenant était de satisfaire enfin son épouse Pétronille, qui raffolait de carpe en meurette.

16 octobre 2009

Comptabilité macabre

Je ne veux pas me faire l’avocat du diable, mais je me suis quand même livré à un petit calcul macabre.

Chez France Télécom, il y a eu à ce jour, 25 suicides en 20 mois. Cette valeur, rapportée sur un an donne 15 suicides/an. Les statistiques nationales 2008 indiquent 16,2 suicides pour 100 000 habitants (source Wikipédia). Comme il y a environ 100 000 salariés chez France Télécom, on peut en déduire qu’on ne se suicide pas plus chez les salariés de cette entreprise que dans la population générale. J’admets néanmoins que cette statistique est trompeuse car pour pouvoir effectuer des comparaisons, il faudrait avoir le taux de suicides chez les salariés d’entreprises similaires, ce dont nous ne disposons pas. Cela n’exonère donc pas les responsabilités du management calamiteux dans cette entreprise.

Ce qui est aussi scandaleux, c’est que la France compte environ 10 000 suicides par an (sans parler du nombre de tentatives, dont le nombre n’est pas connu, mais qui dépasse très certainement les 100 000/an). Or, contrairement aux morts sur la route, dont le nombre équivalait à une époque pas si lointaine à celui des suicides (le nombre de morts sur la route ayant heureusement largement diminué depuis), on ne voit guère de campagnes de prévention. Et personne parmi nos politiques ne semble s’indigner de cette situation. Et qu’on ne nous sorte pas l’excuse des pays dans lesquels la situation est pire comme certains états est-européens, la Russie ou le Japon…

10 octobre 2009

On est tombé bien bas

Trois affaires dans lesquelles on a entendu énormément de bêtises (pour ne pas dire des propos parfois scandaleux et irresponsables) de la part des journalistes, des « intellectuels » (je crois que même avec les guillemets, c’est encore très excessif) et des politiques. Reprenons les choses dans l’ordre chronologique (du moins dans l’ordre dans lequel on en a parlé dans les médias ces derniers temps). Pour que cela soit bien clair, je le dis avant : s’il y a des liens entre ces trois affaires, il est bien évident que pour ma part, je ne fais aucun amalgame. Certains auraient été bien inspirés d’en faire autant.

˜

Tout d’abord, l’arrestation de Ro*man Pola*nski. Beaucoup de gens en vue se sont hâtés, notamment en France, de prendre sa défense. Les faits qu’on lui reproche remontent à une trentaine d’années. Ces faits concernent, selon les informations partielles que j’ai cru percevoir, des relations sexuelles avec une gamine de 13 ans, notamment sous l’emprise de l’alcool. Les défenseurs du cinéaste ont argumenté que la gamine avait déjà eu des relations sexuelles avant ça, qu’elle posait nue pour une revue, qu’elle avait retiré sa plainte, qu’elle ne voulait plus entendre parler de cette affaire et qu’elle « s’en était bien sortie ». J’ignore quel était le degré de maturité de la gamine de l’époque, mais il semble qu’il ne fait aucun doute qu’un homme de plus de 40 ans au moment des faits n’aurait pas pu la confondre avec une femme majeure et que dans ces circonstances, il était en mesure de lui nuire. On ne connaît pas la réalité des faits, on ne sait pas ce qu’il y avait dans la tête de ces deux là il y a 30 ans à ce moment là, mais la responsabilité au moins de l’artiste est engagée. Il s’est ensuite soustrait aux poursuites judiciaires américaines. La fille aurait-elle profité de la célébrité de l’artiste ? Peu importe, je considère qu’on ne couche pas avec une gamine de 13 ans, même si on ne peut pas parler, à mon avis, de pédophilie, qui me semble bien éloignée des faits. La justice américaine se révèle parfois coriace, la justice suisse, subitement vertueuse. C’est évidemment suspect. C’était il y a plus de 30 ans qu’il fallait demander des comptes à l’artiste, d’autant qu’on savait très bien où le trouver. Mais aujourd’hui, sans le dédouaner, cela me paraît bien tard. Le talent de l’artiste a aussi été mis en avant pour le défendre. Bien sûr, quand on a du talent, on peut faire n’importe quoi, on sera innocent de tout. Moi-même, je reconnais volontiers qu’il en a. Je me souviens en particulier de l’un de ses films que j’ai vu à la télévision alors que j’avais une quinzaine d’année. Il s’agissait du « Bal des vampires » et il s’agissait du premier film dans le genre que je voyais. Cela m’avait beaucoup marqué, mais je n’avais pas eu peur vu qu’il y avait énormément d’humour et de pirouettes dans ce film. Je me souviens aussi que peu après la sortie du film, un déséquilibré avait assassiné l’actrice principale, pensant qu’elle avait été vampirisée pour de bon.

˜

L’affaire de Milly-la-Forêt m’a pas mal émue car nous avons vécu quasiment en direct l’enlèvement de la randonneuse qu’elle avait signalé avec son téléphone portable, l’arrestation de son agresseur ainsi que les circonstances abominables de sa mort. Le meurtrier était un pédophile libéré avant la fin de sa peine et qui était revenu habiter près de son ancienne victime. Avant même son déclenchement, j’étais sûr qu’il y aurait une polémique politico-judiciaire. Cela fait au moins 20 ans qu’on entend le même refrain politique, les mêmes réactions conjoncturelles. Et au moins 20 ans qu’on ne fait rien pour y remédier, toutes tendances politiques confondues. De qui se moque-t-on ? Il existe sans doute des solutions médicales ou autres, et en tout cas des moyens pour empêcher ce type de personnes de nuire, de tuer. La castration chimique ? Sans doute, mais pas comme une possibilité, mais comme une contrainte (ça ou d’autres moyens alternatifs pour ne pas mettre la santé en cause de la personne concernée), avec suivi et obligation de résultats.

˜

J’en viens à la polémique au sujet de Fré*déric Mitt*errand. Celui-ci a soutenu Ro*man Pola*nski et on a redécouvert qu’il a publié un livre il y a quatre ans où il parlait, semble-t-il, avec peu de précision (je n’ai pas lu le bouquin), de relations sexuelles avec des hommes prostitués. Le fait que le ministre défende l’artiste, admettons que c’est dans ses cordes, mais la façon dont il l’a fait est pour le moins maladroite (le talent et la célébrité n’excusent rien). Le fait qu’on s’en prenne à ses écrits en les sortant de leur contexte et en les tronquant est purement scandaleux. Je sais pour l’avoir vécu : dans une affaire bien moins polémique et plus scientifique, j’avais été interviewé par un journaliste radiophonique. Je lui avais tout bien expliqué, avait mis des limites claires à mes propos. Eh bien qu’a-t-on fait ? On a coupé, tronqué, « décontextualisé » et avec ce petit jeu, on m’a presque fait dire le contraire de ce j’avais exprimé. Une honte à mon niveau car le journaliste ne pouvait pas faire valoir un problème d’incompréhension, il l’avait fait exprès, pour faire du sensationnel à peu de frais. Pour en revenir au ministre, on ne sait pas exactement ce qu’il a fait ou pas fait, mais ça ne regarde que lui. S’il faut lui reprocher quelque chose, ce n’est pas ça, c’est son ambition malsaine, son empressement à dire n’importe quoi sur n’importe quoi ou n’importe qui, ses compétences surestimées, son arrivisme… Il a sans doute des qualités, mais je ne les ai jamais vues. Mais son histoire de bouquin, sa sexualité ne sont pas des raisons pour l’attaquer de cette façon. Ses adversaires d’aujourd’hui sont-ils irréprochables ? Ont-ils le droit de l’attaquer sur des choses aussi personnelles, même s’il les a rendues publiques ? Non, ceux qui hurlent au loup feraient mieux de se taire, ils sont sans doute pires.

˜

Encore une fois, je ne fais aucun amalgame, mais je constate que notre classe politique et « intellectuelle » a perdu la raison, encore plus que d’habitude. Ce qui me fait peur aujourd’hui, c’est de voir à quel point on est tombé bas.

19 septembre 2009

Mutuelle

Je vais peut-être enfoncer des portes ouvertes, mais je constate que dans mon entourage, particulièrement professionnel, on ne sait pas ce qu’est une mutuelle et qu’on dit souvent n’importe quoi sur le sujet, surtout quand il s’agit d’envisager la mise en place d’une mutuelle d’entreprise.

Les mutuelles, dans le sens « moderne » de la chose sont à l’origine des structures de coopération, de solidarité et d’entraide, nées au XIXe s. dans la classe ouvrière qui était opprimée par le patronat tout puissant. Elles ont été également en partie les ancêtres des syndicats ouvriers.

Actuellement, les mutuelles de santé, du moins certaines d’entre elles, en sont les héritières. Elles ont donc précédé la sécurité sociale. Après 1945, elles ont subsisté, mais elles se sont surtout développées à nouveau à compter de la fin des années 1970 ou le début des années 1980 lorsqu’on a vu apparaître puis s’agrandir le « trou » de la sécurité sociale et où les gouvernements successifs ont commencé à donner des coups de canif dans la protection sociale, que ce soit les retraites, l’indemnisation du chômage et bien sûr la couverture maladie. On a commencé à dérembourser certaines prestations, phénomène qui s’est amplifié de façon quasi exponentielle jusqu’à aujourd’hui. Pour compenser, les mutuelles, les mutuelles d’assurance et les assurances se sont largement développées. Mais quelles différences entre ces différents modes ?

  • Une assurance est une entreprise capitaliste lucrative qui a pour vocation de faire des bénéfices et de les redistribuer à ses actionnaires. Elle n’est pas démocratique et n’est pas signataire du Code de la mutualité. Elle peut sélectionner les risques et décider de ne pas ou ne plus assurer une personne.

  • Une mutuelle d’assurance (type M A C I F, M A I F, M M A, M A A F, M A T M U T…) a un fonctionnement démocratique et est sans but lucratif. Elle n’est pas signataire du Code de la mutualité et peut, comme une assurance, sélectionner les risques et décider de ne pas ou ne plus assurer une personne.

  • Une mutuelle a aussi un fonctionnement démocratique et est sans but lucratif. Elle est signataire du Code de la mutualité et a interdiction de sélectionner les risques ou de ne plus assurer une personne.

La ministre de la santé, qui ne brille pas par sa compétence et pas son désintéressement, c’est le moins que l’on puisse dire, avait dit, il y a quelques mois, que les mutuelles pouvaient contribuer davantage au financement des dépenses de santé en complément de la sécurité sociale en pleine déconfiture. Les mutuelles possèderaient, selon elle, « un bas de laine ». Il s’agit là d’un formidable mensonge éhonté. Peut-être que les mutuelles (au sens strict) n’ont pas un fonctionnement optimal, mais par définition, elles ne font pas de bénéfices et le montant des cotisations reflète essentiellement l’importance de la couverture et les augmentations des cotisations sont dues surtout aux déremboursements imposés par les gouvernements. Ah si, les mutuelles possèdent bien un bas de laine que le dernier premier ministre socialiste suicidé avait imposé au début des années 1990, soit une réserve de cotisations d’un an, en cas de faillite et à laquelle elles n’ont pas le droit de toucher.

Inutile de vous dire quel type de complémentaire santé je peux avoir. Mais mon idéal n’est pas là. Il serait une sécurité sociale prenant en charge 100 % des dépenses de santé avec des cotisations indexées sur TOUS les revenus. Et même s’il existe la CMU dont certains peuvent heureusement profiter, d’autres, à peine mieux lotis n’y ont pas droit. Alors ils se ruinent avec leur complémentaire santé ou plus couramment, ils y renoncent pour faire des économies, parfois bienvenues. Vive le progrès !

Publicité
Cornus rex-populi
Publicité
Derniers commentaires
Publicité