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Cornus rex-populi
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24 août 2019

Treize ans après

Lundi, c’était l’anniversaire de notre de mariage civil. Le temps passe vite. Que puis-je retenir de ces treize années de vie commune ? Ce nest quune réflexion rapide, pas une analyse poussée.

Pas d’enfant, mais ce n’était pas une idée essentielle et fondatrice de notre couple d’après moi. C’est quelque chose que nous aurions pu envisager si dès notre rencontre, notre situation professionnelle et matérielle avait été plus assurée dès le départ, et ensuite si l’âge et les conditions avaient été optimaux. Si je fais référence à cette forme de « timidité » par rapport au « désir d’enfants », c’est aussi parce que cela tranche avec ce que je peux observer au quotidien (mères sans formation ni emploi, parents dans certaines formes de précarité professionnelle et matérielle et aussi, plus récemment, l’exemple d’une mère malade qui risque notoirement sa santé et celle de l’enfant à naître).

Le fait d’être sans enfant me procure parfois le sentiment d’une certaine forme de manque, de me sentir « incomplet » par rapport à la grande majorité des personnes. Ainsi, je ne transmettrai rien à mes descendants, mais cela ne devrait pas me préoccuper car je me moque pas mal des lignées familiales : les gens sont ce qu’ils sont, pas parce qu’ils sont nés ; c’est en principe comme cela depuis 1789 même si le principe est régulièrement remis en cause. Les enseignants ont l’avantage d’avoir « leurs enfants », ce qui leur permet d’autres formes de transmissions. Calyste évoque régulièrement la chose et Fromfrom en parle aussi et je trouve ça chouette. Et puis il y a d’autres façons de transmettre par ses écrits, plus généralement par son travail (professionnel ou extra-professionnel) ou tout simplement par sa façon d’être ou de vivre. Je ne vis pas pour l’image que je donnerai quand je ne serai plus là car par définition, je ne serai plus là pour le vivre. Je ne vais pas dire que je ne me préoccupe pas de mon image (actuelle), notamment sur le plan professionnel, car j’ai aussi à affronter des formes d’adversités où la forme, qu’on le veuille ou non, joue un rôle relativement important.

Il n’en reste pas moins que j’ai eu plusieurs fois la désagréable impression, de la part de certaines personnes, d’être moins bien considéré par le fait de ne pas être parent. Ce n’est heureusement pas quelque chose de fréquent ni quelque chose qui apparaît dans mon environnement proche (amis, familles, collègues…). Mon ancien directeur, lui aussi sans enfant, disait non sans humour (ni sans raison objective) que la meilleure solution pour « sauver » la diversité serait la pilule contraceptive… Je ne puis qu’approuver, mais ce serait un peu trop facile pour moi d’en tirer un titre de gloire.

J’ai découvert le Nord il y a 17 ans. Ce n’était pas mon envie géographique première que d’y aller m’y installer, mais sur le plan professionnel, mon employeur jouissait d’une réputation bien réelle qui faisait et qui fait encore rêver beaucoup de botanistes. Au fur et à mesure du temps, j’ai trouvé mes « aises » professionnelles. Ces « aises » d’encadrant m’ont d’ailleurs fermé d’autres opportunités dans d’autres organismes analogues dans d’autres régions moins septentrionales (en même temps que je renonçais définitivement à la possibilité d’une carrière universitaire). C’est ainsi qu’après la rencontre avec Fromfrom, il me paraissait plus que risqué d’aller tenter un avenir professionnel ailleurs. C’est donc Fromfrom qui a quitté sa région natale… Elle s’en est très bien sortie. Elle qui était très encline à se dévaloriser sans cesse a réussi et est surtout une enseignante talentueuse. Honnêtement, elle m’impressionne, mais ne luis répétez pas ! Et à présent, elle se « bat » syndicalement parlant : qui aurait pu croire ça ?

A présent, l’éloignement de nos parents respectifs nous pèse de plus en plus, surtout avec leur santé de plus en plus précaire…

Mis à part ça, bien des choses sont positives. Nous pourrions être plus ceci, plus cela, moins ceci, moins cela… mais globalement, on s’en sort pas mal. Je pense que dans notre douce « folie », nous sommes « équilibrés ». Fromfrom et moi avons beaucoup de différences, mais tellement de points de convergence, tant et si bien que la côté fusionnel qui nous caractérise (je parle pour nous deux) nous font assez souvent réagir aux événements comme si nous étions un(e) seul(e). C’est à la fois complexe et très simple !

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20 mai 2019

Guillaume Tell

Nous parlions de Frédéric Lodéon l’autre jour… Le générique de son émission était (est toujours ?) un court extrait de l’Ouverture de Guillaume Tell de Rossini. Voici le morceau complet. Je l’ai réécouté un peu par hasard ce soir. Je ne me souvenais plus à quel point c’était aussi bien.

Rossini - Guillaume Tell, Ouverture (Georges Prêtre)

24 mars 2019

Comme un commentaire à Calyste

Je pense te l’avoir déjà dit, Calyste, mais peut-être pas de manière très explicite. Je t’ai connu alors que tes écrits étaient encore tristes, bien qu’ils devaient l’être un peu moins qu’aux premiers temps (que je n’ai pas connus). Il y avait encore des textes très intimes, mais là aussi, je pense qu’ils devenaient un peu moins nombreux. La référence à Pierre était encore presque quotidienne. J’avais remonté quelques fils, mais de manière modeste je pense, d’autant que bien des choses étaient devenues intelligibles dans la lecture du blog au jour le jour. Et puis, la tristesse est devenue moins constante, moins apparente, malgré quelques artefacts. Mais ceci s’est étalé sur des années.

De mon côté, les premières années de mon blog, j’avais fini par livrer des choses très intimes, d’abord en me cachant un peu et ensuite de manière plus explicite. Et aussi pour exposer le bonheur conjugal que je découvrais et là pour le coup, c’était sans pudeur, un peu risible et naïf quand je me relis. Néanmoins, même si je ne le crie plus sur les toits, les choses ont peu évolué dans les sentiments que je ressens pour Fromfrom. J’ose dire qu’ils sont au contraire plus fondamentaux, essentiels. Donc, une pudeur à l’envers par rapport à Calyste, mais quand même un cheminement dans un esprit parallèle.

22 mars 2019

Brèves cornusiennes du 22 mars 2019

Après avoir craint une tentative de coupe budgétaire de la Région d’un côté, il n’en a rien été, mais la perfidie est venue d’ailleurs. On nous fait une forme de chantage sur un dossier que l’on ne maîtrise pas du tout. Donc, on ne va voter que 6 mois de notre subvention. Notre présidente s’est mobilisée et moi j’agis en coulisses, mais cela sera-t-il suffisant ? L’affaire est grave, mais tout n’est pas cuit. On a beau le savoir, mais c’est toujours dingue de voir à quel point la bêtise a du pouvoir.


 

Une grosse poutre est tombé sur le pied de ma directrice administrative et financière, lui écrasant le gros orteil de manière épouvantable. Il a été reconstruit à la « clinique de la main ». Le chirurgien lui a dit après coup qu’elle aurait pu le perdre pour de bon. De ce fait, elle est en arrêt, même si elle essaie de faire des choses en télétravail et vient quand même quelques fois (aujourd’hui, c’était son troisième jour depuis un mois). Malgré tout, je suis bien plus sollicité par les uns et les autres. Cela reste très supportable, mais cela ne m’allège pas la tâche non plus.


 

Fromfrom a toujours beaucoup de mal à se déplacer. Par conséquent, pas de restaurant cette année pour son anniversaire (c’était il y a une semaine). Mais on a quand même fêté et arrosé dignement ses 15 ans tout le week-end.


 

Mon père devait se faire opérer le second genou la semaine sainte avant Pâques, mais on a appris aujourd’hui que c’était repoussé à début juin. Pas facile d’attendre encore autant, car il ne peut plus trop marcher. Et la mémoire de ma mère ne s’arrange pas… Elle passe désormais un jour par semaine dans un centre qui a pour objectif de solliciter la mémoire. Pas simple, elle n’aime pas y aller, mais elle y va quand même parce que la médecin l’a incitée, tout comme mon père et moi. Elle dit qu’il y a des vieux bien pire qu’elle sans parler de ceux qui sont comme elle.

14 juillet 2019

Mes initiateurs (6)

Compte tenu des péripéties assez épiques qui ont présidé au montage administratif et financier de ma thèse (je pense en avoir déjà parlé il y a longtemps), ayant conduit à ce que je porte moi-même mon sujet de thèse (ce qui n’arrive jamais en sciences visiblement), je ne pus être rattaché à un laboratoire de recherche de l’université de Tours que de manière assez cryptée. Le directeur de thèse auquel j’étais rattaché était professeur d’université depuis longtemps et avait travaillé dans sa jeunesse en biologie du développement, autrement dit en embryologie et était à ce titre spécialiste des amphibiens. C’est d’ailleurs sous cette spécialité que je l’avais connu comme enseignant à l’Institut universitaire de technologie de Tours dont il fut longtemps le directeur. Touche à tout, passionné par les fleuves (dont la Loire) et les milieux aquatiques, il créa au tout début des années 1990 de nouvelles formations en Ingé*nierie des m*ilie*ux aq*uat*iques et des co*r*rid*ors fl*uvia*ux (I*M*A*C*O*F) d’abord en formation continue puis bac + 4 puis bac + 5. Je fus de la deuxième promotion bac + 4 (pas encore de bac + 4 à l’époque). Cette formation était révolutionnaire à l’époque et d’un haut niveau, ce qui a fait qu’elle a connu (et connaît toujours) une grande popularité chez les employeurs voulant disposer de bons professionnels car elle est très pluridisciplinaire et appliquée. Cette formation est d’ailleurs intégrée depuis cinq ans dans une école d’ingénieurs « polytech ». Bon, le côté pionnier et innovant n’est plus vraiment là, mais c’est la rançon d’un vrai succès. En clair, mon responsable de formations puis mon directeur de thèse (que j’évoque dans les épisodes 3 et 4 notamment), n’a pas été un « initiateur » en termes de botanique, mais sa présence à jalonné de manière continue mes études universitaires et a été beaucoup lié à ma réussite, même s’il n’était pas toujours simple de travailler avec lui (pas toujours organisé), mais je ne dus jamais en souffrir à mon niveau.

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18 juillet 2019

Mes initiateurs (10 et fin)

En définitive, sur le plan professionnel (et sur le plan personnel également, mais ici n’est pas le propos), on se définit un peu comme la « somme » de plusieurs rencontres (de personnes bien entendu, mais aussi de lieux, de faits, d’écrits…) et ce parfois depuis l’enfance. On en fait un peu une sorte de synthèse, d’une sauce bigarrée et très personnelle dont nous avons le secret ou qui s’impose à nous. En tout cas, c’est ainsi que cela s’est présenté à moi. Je n’ai pas eu le sentiment de choisir, cela s’est fait naturellement. Pourtant, j’ai forcément choisi et je l’ai bien vécu. Je pense que j’ai néanmoins eu beaucoup de chance. Car j’ai le sentiment que beaucoup trop de personnes ne trouvent pas véritablement leur voie sur le plan professionnel et le vivent mal. Ou bien ils n’ont pas fait l’effort suffisant, n’ont pas insisté suffisamment pour trouver leur voie. Car la voie est parfois bien cachée je pense. Personnellement, j’imagine que j’avais réellement plusieurs voies possibles et que j’aurais pu m’y épanouir de manière plus ou moins analogue. Et force est de constater que les rencontres ont joué un rôle très important dans ce que je suis aujourd’hui.

D’un autre côté, je suis content de pouvoir dire que j’ai joué ce rôle chez de plus jeunes (deux me l’ont dit ouvertement). Je suis sans doute moins en position de faire cette forme de transmission à présent, mais cela se joue probablement d’une autre manière…

17 juillet 2019

Mes initiateurs (9)

Lorsque j’ai commencé mes travaux universitaires sur les végétations alluviales ligériennes, j’avais repéré plusieurs auteurs. Ils étaient tous plus ou moins âgés. Parmi ceux-là, un ancien professeur de l’université de Clermont-Ferrand, natif de La Charité-sur-Loire et qui y passait l’essentiel de ses vacances en compagnie de son épouse. On m’avait dit qu’il était âgé, sous-entendu qu’il ne fallait pas l’embêter. Nous commençâmes donc par des échanges épistolaires. Je lui envoyais certaines synthèses de ma part et lui des tirés à part d’articles qu’il avait rédigés seul ou avec d’autres. Ma première rencontre sur le terrain près d’Orléans fut là encore une sacrée expérience (il avait 76 ans à l’époque). Et c’est à cette occasion que je compris jusqu’au bout ce qu’était la rigueur et la précision en termes de botanique et de ph*yto*so*ci*olo*gie. Je me suis appliqué à emprunter les mêmes voies. Il me proposa bientôt de venir le voir dans sa maison de La Charité-sur-Loire. En arrivant là-bas, je fus reçu comme un prince (repas et à-côtés) et ce fut le cas à chaque fois que j’y suis retourné durant plusieurs années. Si j’arrivais là-bas le matin, nous commencions par un café accompagné de biscuits faits maison par Madame, puis nous partions faire une première visite le long de la Loire pas loin, pour revenir pour le repas. En début d’après-midi, nous consultions quelques documents (au frais dans la grande maison l’été), puis nous partions pour une sortie plus consistante et plus loin l’après-midi. Il avait toujours sa boite galvanisée de botaniste (je pense que c’est au moins aussi pratique que les sacs plastiques) et son éternel piolet de montagne (modèle ancien) qui lui servait à la fois de canne et d’outil de prélèvement pour les mousses au sol). Je pense qu’il m’aimait bien et c’était réciproque. Il appréciait vraiment que quelqu’un puisse réaliser des travaux de recherche « officiels » sur la flore et la végétation de la Loire, ce qui n’était pas véritablement arrivé (hors travaux très ponctuels) depuis plus de trente ans. Bien sûr, telle une éponge, j’allais récupérer tout ce qu’il me « donnait ». Bien sûr, il fut destinataire de ma thèse et il me fit aussi des compliments à son sujet. Il est décédé il y a environ dix ans. Dans l’une des nécrologies rédigées dans les revues, l’auteur, que je connaissais finalement assez peu, parlait de moi, parmi une poignée de personnes qui avait accompagné le vieux botaniste.

16 juillet 2019

Mes initiateurs (8)

Je parlais l’autre jour que j’admirais le fait que des écrits scientifiques puissent demeurer valables des décennies après leur publication. Je pensais, entre autres, aux travaux réalisés sur les écosystèmes fluviaux et la mosaïque des végétations de la plaine alluviale du le Rhin en Alsace. Ce sont les travaux de celui qui fut le président de mon jury de thèse et qui a publié des choses novatrices depuis 1970. Il fut aussi le directeur de thèse de la ma codirectrice de thèse (épisode 7). Il a aujourd’hui près de 90 ans et je corresponds avec lui avec plaisir par courrier une fois l’an pour les vœux et qui continue ses publications dont il m’envoie régulièrement des tirés à part. J’ai connu cet homme à Strasbourg en 1997, lors d’un colloque international consacré à la naturalité des forêts européennes. Je l’avais trouvé remarquable. Il m’avait été présenté par celle qui deviendrait ma codirectrice de thèse deux ans plus tard. Je le reverrai en 2000 lors d’une session de la « Vieille dame de la botanique française », aussi bien à l’aise sur les bords du Rhin que sur les sommets vosgiens pour lesquels il avait consacré sa thèse (notamment les « hautes chaumes »). Ce scientifique est aussi un naturaliste de premier plan et aussi un écologiste militant, qui lui, maîtrise parfaitement ce dont il parle. Il avait notamment combattu dans les années 1980-90 les phosphates et notamment ceux présents dans les lessives et avait été menacé par les lobbies au premier rang desquels figurait Rh*ô*ne-Po*ule*nc. Sur ce plan, il avait fini par gagner.

Je suis admiratif de tout ce qu’il a pu faire durant sa carrière et encore actuellement. De surcroît, c’est une personne très sympathique et d’une immense culture naturaliste. Ce n’est pas à proprement parler un « initiateur », mais néanmoins une sorte de « maître ». Je pense aussi qu’il m’aime bien. Sans nier un certain nombre de défauts présents dans ma thèse qu’il ne manqua pas de souligner, je n’oublierai pas l’éloge qu’il fit de mon travail lors de la soutenance (mes chevilles ne gonflent pas, pour rassurer Karagar). Il connaissait assez bien le fondateur de la structure dans laquelle je travaille et l’avait pas mal apprécié. J’ai d’ailleurs trouvé dans les archives une lettre de sa part dans laquelle il disait douter des capacités du fondateur à mettre en place une telle structure. En apparence, il se trompait, car la structure a bien été créée et s’est bien développée, mais était restée dans un entre-soi autoritaire très problématique et surtout ne possédait pas un caractère professionnel dans toutes ses composantes. Et à ce titre, il ne s’était pas trompé. Il me disait il y a peu que nous étions la meilleure structure de France (parmi les dix autres analogues). Bon, je pense qu’il n’a pas complètement tort et j’ai bien l’intention à mon niveau de tout faire pour conserver un haut niveau, voire maintenir une certaine longueur d’avance, et pas que par rapport à nos collègues, mais par rapport aux prétentions universitaires (encore en recul, hélas) ou aux bureaux d’études.

15 juillet 2019

Mes initiateurs (7)

Comme je n’avais pas de directeur de thèse spécialisé dans mon domaine, comme le professeur de Grenoble partait à la retraite, je dus trouver une autre personne. Ce fut ainsi que je fis la connaissance d’une spécialiste des forêts (alluviales au départ) à l’université de Metz. Avec elle, j’allais entrer encore dans une autre dimension. La dimension de l’architecture forestière, celle d’un botaniste célèbre (dont j’ai déjà parlé ici et ) et de quelques autres. Ces concepts que je découvrais à ce moment-là, j’en fis un chapitre dans ma thèse après l’avoir mis en œuvre sur le terrain. Cette personne m’ouvrit donc un nouvel univers fertile, mais je ne suis pas allé beaucoup plus loin, compte tenu de son éloignement géographique, mais également parce que j’avais du mal avec elle. En effet, c’est une personne qui a trois idées à la seconde, me harcelait de questions dont elle n’écoutait pas les réponses, avait des idées très arrêtées et sans nuances. Elle avait certes raison en théorie, mais tort en pratique et à l’usage, se fâchait avec beaucoup de monde (elle ne se fâchait pas beaucoup de son côté, mais les autres la prenaient pour une personne avec laquelle il n’est pas possible de discuter). Bref, une personne intéressante à petites doses mais difficile à vivre au quotidien. D’ailleurs, j’en sais quelque chose puisque nous étions allés dans le delta du Danube ensemble durant une petite quinzaine de jours. Ce qui m’agaçait aussi, c’est que sur l’autel des idées scientifiques novatrices, elle sacrifiait une certaine rigueur et une certaine précision, ce qui ne me convient pas, car à la longue, on peut finir par raconter de belles conneries. Je lui accorde néanmoins le crédit d’avoir vécu plusieurs vies bien remplies. Son mari fut organiste à la cathédrale de Strasbourg, chef de l’orchestre de Rennes puis itinérant un peu partout en Europe depuis. Elle fut elle-même musicienne dans un orchestre, violoncelliste me semble-t-il et c’est elle qui me parla de Fré*dér*ic L*od*é*on qu’elle connaît bien. Elle quitta la musique pour soutenir enfin sa thèse sur les forêts alluviales du Rhin et s’engager uniquement sur sa carrière universitaire.

12 juillet 2019

Mes initiateurs (4)

J’allais bien sûr accepter de donner des cours. Ce n’était vraiment pas évident pour moi, car je n’avais aucune expérience spéciale, aucun support. Je devais tout inventer et j’avais peu de temps pour le faire. Je dois dire que la première année où je le fis, c’était très artisanal et très largement improvisé. Depuis cette période, j’ai pris l’habitude de pas mal improviser, en faisant en sorte d’inventer ce que je ne savais pas ! Non, c’est faux, je ne suis jamais allé tout à fait jusque-là ! Je me servis de quelques bribes prises çà et là dans des livres et en me remémorant mes cours. Heureusement, il y avait le terrain, et là j’étais à l’aise pour montrer les plantes aux étudiants et leur expliquer des choses in situ.

Pendant ce temps-là, le responsable de la formation, qui devint plus tard mon directeur de thèse, m’ouvrit les portes pour un entretien avec une personne qui avait le projet de recruter quelquun pour réaliser une étude sur la Loire. Parmi les deux jeunes en lice, je fus sélectionné. Cette personne, localisée à Orléans depuis peu (elle venait d’Aix-en-Provence), me fit découvrir d’autres facettes de l’écologie scientifique, tant et si bien que j’ajoutais d’autres cordes à mon arc.

Cette personne n’était pas un botaniste aussi complet que celui de ma « révélation » (épisode 3), mais il avait les qualités suivantes :

  • des compétences importantes à la reconnaissance des graminées, notamment au stade végétatif. Avant lui, j’étais assez médiocre et le fait de m’avoir aiguillonné (« déterminer des graminées pour mes longues soirées d’hiver ») m’a fait énormément progresser ;
  • des connaissances globales dans de nombreux domaines de l’écologie ;
  • des exigences importantes en termes de qualité de travail, tant sur le fond que sur la forme. C’est grâce à lui que je suis devenu professionnel et plus tard, je me suis servi de son modèle lorsque je fus à mon tour en responsabilité ;
  • un caractère tranquille et bienveillant invitant naturellement aux relations amicales.
11 juillet 2019

Mes initiateurs (3)

Lors de ma troisième année universitaire, j’eus deux enseignants de botanique :

  • le premier, venant de l’extérieur, très bon pédagogue pour les débutants, avec lequel nous fîmes aussi quelques sorties de terrain. Rapidement, il me demanda de ne pas dire (à lui et aux autres) ce que nous trouvions sur le terrain, car de fait, on perdait tout le « suspense » de la détermination ;
  • le second, interne à l’université, était quelqu’un qui mettait la barre nettement plus haut. Je pense que durant ses enseignements en salle ou sur le terrain, nous étions deux (ou trois ?) à suivre véritablement et à capter tout ce qu’il disait. Autrement dit, ce n’était un bon enseignant que pour les personnes qui avaient déjà un bon bagage. Le responsable de la formation s’en aperçut et il fit revenir le premier enseignant l’année suivante (ce qui ne me servit à rien puisque j’avais personnellement largement dépassé ce stade).

Ce second enseignant, fut une véritable révélation pour moi, le mot n’est pas trop fort. Une révélation à plusieurs niveaux : il avait l’art de nous raconter les caractéristiques physiques et écologiques des espèces, leur éventuelle rareté, la nécessité de leur préservation. Il a fait naître en moi une furieuse envie de découvrir toutes les plantes vasculaires d’un territoire, y compris les plus modestes, les plus « invisibles ». Et l’envie de les protéger. Je pense que c’est avec lui que j’ai commencé à apprendre mon « sixième sens de la botanique », autrement dit la capacité à détecter des signes de l’intérêt floristique d’un site par quelques indices « insignifiants » qui ne parlent pas au botaniste « ordinaire ». En même temps, je pensais que la botanique était quelque chose d’extrêmement complexe dont l’apprentissage était un processus particulièrement long et difficile. Et effectivement, lorsque je fis mon projet d’étudiant avec lui (étude d’un bord de Loire), je me rendis compte combien mes connaissances acquises en botanique, y compris sur le terrain, étaient insuffisantes pour réaliser des inventaires de qualité professionnelle. En effet, outre la difficulté liée à l’exercice, je m’aperçus assez vite que les bords de Loire comportaient des tas d’espèces peu communes ailleurs avec beaucoup d’exotiques dont on ne trouvait pas trace dans les livres « ordinaires ». Ce fut donc très difficile. Néanmoins, l’enseignant, même s’il ne m’en n’avait rien dit, avait parlé de moi à quelques collègues, dont mon ancien responsable de formation, de sorte que plus tard, ce dernier n’attendit pas que je sois libéré de mes obligations militaires pour contacter mes parents pour me demander  si je pouvais faire des inventaires floristiques dans le cadre d’une étude réalisée par une agence d’urbanisme dans la vallée de l’Indre. Puis, moins de deux mois plus tard, pour me demander de donner des cours de botanique à des stagiaires de formation continue…

10 juillet 2019

Mes initiateurs (2)

Mon deuxième contact, cette fois-ci très sérieux, avec la botanique fut à la fin de ma première année universitaire, à l’occasion de cours de botanique descriptive et de terrain où nous déterminions avec la « flore Bonnier » des plantes fraiches. La « flore Bonnier », une référence dont la première édition remontait au début du XXe s., qui se voulait complète (elle ne l’a jamais été), était pleine de défauts mais avait l’avantage d’être simple d’utilisation, portative et accessible pour la bourse des étudiants. Deux enseignantes remarquèrent vite mes aptitudes à la reconnaissance des espèces et en furent assez épatées. A ce titre, ces personnes ne sont pas à proprement parler des « maîtres », mais bien des initiatrices. Après cela, on nous demanda de faire un herbier, le seul véritable que je fis d’ailleurs. L’année suivante, dans le groupe d’étudiants, je fus naturellement le « préposé » aux inventaires floristiques des sites que nous fûmes amenés à étudier. Il y eut également des cours de phyto*soci*ologie, ce qui m’avait pas mal épaté, mais curieusement, je n’approfondis pas la chose plus que cela. Il faut dire que ce qui m’avait attiré dans cette formation, c’était davantage l’hydrobiologie et en particulier l’étude des poissons.

L’année suivante, je poursuivis donc des études dans le domaine des milieux aquatiques, mais pas spécialement pour la botanique.

9 juillet 2019

Mes initiateurs (1)

Ce premier épisode ne concerne pas un maître ou un initiateur, mais une première expérience qu’il ne faut pas négliger.

Ma première découverte de ce qu’on peut appeler la botanique des plantes sauvages fut à l’occasion d’une exposition de la Société d’horticulture de RDG dont mon père était membre et dont le trésorier était un voisin et collègue de travail de mon père. L’exposition se déroulait au rez-de-chaussée de la salle des fêtes de la ville et portait essentiellement sur les mauvaises herbes des jardins (sous forme de plantes fraiches). Je devais avoir une douzaine d’années tout au plus. C’est là que j’appris que les « choux-gras » étaient des chénopodes et les « rangues » des rumex.

La même année (ou au printemps suivant ?), le président et le trésorier de ladite société, de passage au domaine du dragon terrassé m’apprirent également l’existence de quelques autres espèces sauvages dont j’ignorais encore le nom : des renoncules et des carex. Je me souviens qu’ils utilisaient un guide illustré pour identifier les espèces qu’ils voyaient.

Tout cela ne fait pas une vocation, d’autant que je n’étais pas allé plus loin avec eux. Mais je pense que vu avec le recul, ces deux épisodes, aussi anodins puissent-ils paraître, avaient posé un minuscule embryon de curiosité, mais qui entrerait en dormance.

5 juillet 2019

Cornus 1998

Au sujet de mes travaux scientifiques, certes bien modestes, j’ai toujours été frappé par la rapidité avec laquelle ce que j’avais conclu un jour était remis en cause quelques mois à peine plus tard, certes souvent par moi-même. Aussi, suis-je admiratif devant les travaux de certains auteurs dont les écrits restent entièrement valables (ou presque) des décennies (voire davantage) plus tard.

Néanmoins, pour me contredire moi-même, j’ai quand même pu constater qu’un travail que j’avais réalisé en 1998, avant le démarrage de mon travail officiel de thèse a servi de référence unique et continue durant 18 ans, avant qu’il ne soit dépassé par un travail prenant en compte les apports ultérieurs, sans toutefois remettre en cause mon travail et en conservant l’essentiel de la structure. Bien évidemment, si j’avais moi-même continué de travailler sur la Loire (puisque cela la concerne) après 2002, j’aurais sans doute été mon propre contradicteur et nul doute que je n’aurais pas attendu 18 ans pour me remettre en cause.

J’ai été surpris que mon travail de 1998, qui ne se voulait pas indépassable, ait fait parler de moi à ce point, alors qu’il ne s’agit pas d’un livre, mais juste d’un rapport, semble-t-il très diffusé jusqu’à une période très récente. Tant et si bien qu’il a quelques semaines, une personne qui m’appelait pour une toute autre problématique, finit par me demander si c’était moi l’auteur de Cornus 1998. Un nom et un millésime en somme. Mais l’homme au bout du fil était vraiment ravi d’avoir parlé au Cornus du Cornus 1998.

Ces propos vont peut-être paraître un peu ridicules ou sans grande importance, mais moi, je trouve çà amusant.

15 juin 2019

Brèves cornusiennes du 15 juin 2019

Nous avons donc passé le week-end de pente (plus un jour) chez mes parents dans la Loire pour aller voir mon père à l’hôpital pour l’opération de son second genou, un an après le premier où cela avait un peu dégénéré. Cette année, cela s’est bien passé, cela suit son cours normalement. Dix jours après l’opération, il aurait dû quitter le service de chirurgie, mais suite à une erreur, il reste encore jusqu’à la fin de la semaine prochaine, le temps qu’une place se libère dans l’établissement de convalescence. Tout va bien de ce côté. Du côté de chez ma mère, cela ne s’arrange pas, au contraire. Sa mémoire est toujours plus défaillante. Ma tante (sœur de mon père) est à la maison heureusement et le relais sera pris demain par mon oncle et ma tante de l’autre côté.


Fromfrom avait revu le spécialiste du genou juste avant le week-end. Cela ne s’arrange pas. Il veut qu’elle aille voir le spécialiste de la douleur, mais le rendez-vous n’est pas avant le 26… août ! Nous avons revu le médecin traitant ce matin pour le prolongement de l’arrêt d’un mois. Elle dit qu’au train où vont les choses, elle risque fort de ne pas reprendre le travail pour la rentrée ! D’un autre côté, le médecin mandaté par le rectorat souhaite revoir Fromfrom pour vérifier si son arthrose et l’accident qu’elle a eu il y a 7 ans en se faisant renverser par une voiture n’est pas la cause de ses problèmes : tout ça pour tenter de dire que sa chute au travail n’est pas un accident de travail mais une maladie. Le plus scandaleux est que le rectorat, avant même qu’elle ait vu le médecin mandaté avait décidé, de toute son autorité administrative arbitraire et post-soviétique bureaucratique et technocratique de la mettre à mi-traitement. Avec le syndicat, elle va faire intervenir l’avocate, seule solution pour être prise au sérieux, ce qui est quand même extrêmement malheureux.


Au boulot, on continue de divorcer, de se remettre en couple et d’avoir des gosses… Ce qui m’a fait marrer en début de semaine dernière, c’est qu’une de mes collègues, en train de divorcer avec son mari (avec lequel elle a eu un enfant et qui est un autre collègue d’un autre service, va avoir un enfant avec un autre collègue, son subalterne, lui-même divorcé et père de deux enfants. C’est très simple la recomposition qui va s’opérer ! Bon, en m’annonçant ça, elle était toute penaude et j’ai l’impression qu’elle redoutait ma réaction. En fait, je n’ai pas été spécialement étonné et ce n’est pas vraiment mon problème. Je me suis simplement dit que cela allait encore faire un couple au boulot, mais ce n’est pas rare en fait, il y en a déjà eu plein chez nous (ce sera le seul en ce moment, à moins que j’ignore des choses). Et puis en parlant de ça avec Fromfrom, je me suis souvenu que mes parents était un couple qui s’était formé au travail aussi.

14 avril 2019

Brèves cornusiennes du 14 avril 2019

Je suis en vacances pour cette semaine pascale. Nous devions aller en vacances chez mes parents dans la Loire (initialement, mon père devait se faire opérer du second genou cette semaine, mais c’est repoussé à début juin). Mais les soucis de genou de Fromfrom ont peu progressé (elle va toujours quatre fois par semaine chez le kiné et en balnéo, le tout en « grande » ambulance car c’est tout un poème encore pour plier le genou). Donc nous avions déjà annulé le séjour ligérien. Je n’imaginais pas au départ que plus de trois mois après son accident, elle en serait encore là. Elle a vu le médecin cette semaine et elle est en arrêt jusqu’au 20 mai, mais le médecin doute qu’elle reprenne d’ici la fin de l’année scolaire. A part ça, le moral n’est pas mauvais.


Il y aurait encore beaucoup à dire à propos du boulot (à l’extérieur), mais je vous l’épargne et je me l’épargne aussi. Je vous assure néanmoins que les vacances, ça va faire du bien.

10 avril 2019

Cofondatrice

La cofondatrice du Centre dans lequel je travaille est en maison de retraite médicalisée depuis fin 2016 ou début 2017. Je la savais très affaiblie, mais depuis un mois, on nous annonce sa fin imminente. Les premières années après mon arrivée en 2002, elle vivait encore dans son logement au Centre, puis elle avait fini par prendre un appartement à Lille et elle ne séjournait au Centre de manière de plus en plus espacée, puis plus du tout à partir de 2009 environ.

Elle a fêté ses 96 ans en mars. Nous avons rencontré dernièrement l’un de ses frères (un jeune homme de 90 ans) et son épouse et aujourd’hui, il a annoncé au téléphone une fin assez proche, mais néanmoins pas définie. Je n’imagine même pas dans quel état elle doit être, car l’ayant vue en septembre 2017, je la voyais déjà difficilement passer l’hiver. En dehors d’une forme de respect convenu pour son âge, je n’ai pas de sympathie pour cette dame. En effet, cette professeur d’université en pharmacie et en botanique n’a jamais eu grand-chose pour plaire quand elle était en activité (et après) :

  • dans le laboratoire de l’université de pharmacie à Lille que son mari (décédé en 2014) avait su imposer comme directrice au tout début des années 1980 à sa place alors qu’il était nommé à Paris, elle s’est révélée une responsable colérique, capricieuse, dégradant gravement la réputation du laboratoire à l’extérieur, se ridiculisant avec les étudiants par son comportement ;
  • au Centre en adoptant le comportement mauvais et capricieux d’une pseudo-aristo-bourgeoise à qui tout était dû et qui attachait de l’importance à des détails insignifiants ;
  • accordant une importance démesurée au niveau d’études des gens et aux titres (universitaires ou autres). Je me suis d’ailleurs servi de ce trait de caractère vis-à-vis d’elle en mettant en avant mon titre de docteur quand je suis devenu directeur. De fait, elle m’a appelé tout de suite « Monsieur le directeur », à la différence des anciens directeurs qu’elle appelait par leur prénom, y compris mon prédécesseur qui venait de l’extérieur (et n’était même pas docteur, le vilain). Évidemment, cette « distance » m’a bien arrangé. A contrario, elle a toujours méprisé les personnes qui n’avaient pas fait d’études supérieures, y compris dans sa maison de retraite ou avec ses proches (aveu récent de son frère, qui était le seul de la famille à avoir grâce à ses yeux car il avait fait des études) ;
  • son comportement inapproprié se ressentait aussi dans le cadre de la vie privée puisqu’elle ne faisait jamais aucune tâche domestique (porter un sac ou une valise, faire la cuisine ou le ménage et se faisait servir par son mari dans sa chambre. Ils n’ont jamais eu d’enfants (parce « qu’ils ne pouvaient pas »), mais elle ne les aimait pas, voire les chassait de manière agressive. Certains employés subalternes du Centre faisaient les courses et le jardin potager privé, et ça, son mari était bien d’accord. Bref, une façon moderne d’avoir des domestiques payés par les associations qu’ils dirigeaient ou présidaient ;
  • elle a rédigé une thèse au début des années 1970 sur l’Ajonc d’Europe qui est un bon travail en soi, mais la seconde partie n’est visiblement pas d’elle (et le reste, on peut en douter). Il y a fort à parier que c’était son mari qui avait fait le gros du travail de fond. Elle n’a jamais été véritablement botaniste, elle était toxicologue, spécialité qu’elle a abandonné pour la botanique de son mari. Elle n’a jamais été à la hauteur en botanique et j’ai pu le constater de mes yeux. Ceux qui ont accompagné le couple à son époque de gloire lors de « grandes » sorties de terrain ou lors de congrès internationaux le disent : Monsieur (le Maître, le Pape, Dieu) parlait et Madame prenait des notes (listes de plantes en latin). Au moins, elle connaissait les noms et savait les écrire, ce qui n’est pas si mal…
  • son mari, à l’approche de ses 70 ans l’avait quittée pour une secrétaire, mais compte tenu de ce que j’ai dit plus haut, la question a toujours été de savoir comment il avait pu la supporter aussi longtemps, même si je m’empresse d’ajouter que lui aussi n’était pas exempt d’énormes défauts. Mais il y avait toujours de quoi revenir discuter avec lui après ses accès de colère. Et malgré son autorité scientifique autoritaire et certaines études faites à l’estomac, il avait un vrai talent pédagogique et un charisme indéniable, notamment auprès de ses confrères français et internationaux.

 

Ce que je viens d’écrire pourrait paraître un peu poussé, mais les informations que je livre ici sont fiables (témoignages directs qui m’ont été confiés et qui peuvent être recoupés) et non exagérées. Par ailleurs, j’ai pu vivre certains épisodes.

9 avril 2019

Le collier rouge

Un roman de Jean-Christophe Rufin mettant en scène un ancien soldat de 1914-18 emprisonné en 1919 avec un juge militaire, lui aussi ancien combattant. Cela se passe en été dans une petite bourgade au sud de Bourges. Et il y a un pauvre chien…

J’ai bien aimé ce court roman, où j’ai retrouvé le style concis, net de l’auteur. Et des personnages austères au premier abord qui deviennent sympathiques au fil des pages.

RUFIN J.-C., 2014. – Le collier rouge. Éditions Gallimard, 156 p.

4 mars 2019

« Gilles et John »

La note d’hier de Calyste (ici) ont suscité ce commentaire sans prétention.

Les « Gilles et John », je ne les ai pas appréciés d’emblée. Au départ, la revendication qui arrivait à mes oreilles, c’était le prix des carburants. Je n’ai jamais pensé que le prix des carburants était bon marché, mais je n’étais pas contre le principe d’une taxe carbone ou autre taxation, même s’il aurait été opportun que cette taxe soit appliquée sur de nombreux produits et activités polluantes, ce qui n’est hélas scandaleusement pas le cas (kérosène du transport aérien, fioul à peine raffiné des bateaux de mer, matériaux de construction…). Et puis, il faudrait que les taxes récoltées profitent un minimum aux politiques environnementales, ce qui n’est pas le cas. Et cerise sur le gâteau, à cause de la crise des « Gilles et John » a induit une baisse de 15 % du budget en faveur des politiques de préservation de la biodiversité du ministère. Miraculeusement, ma structure ne sera pas touchée cette année. Mais l’année prochaine ? Vraiment, j’en ai assez de ces gribouilles et le ministre ne sert à rien. Mais ça, ce n’est pas une surprise.

Les « Gilles et John », je n’en suis pas fan en général, mais pas uniquement pour ces raisons. Et pourtant ils m’ont rappelé à l’ordre intérieurement et de manière salutaire : je suis un « privilégié » (même si je n’ai aucun privilège) et que je ne dois jamais me laisser aller comme M. à des formes de mépris vis-à-vis des plus modestes (culturellement parlant). Je dois avouer que je me suis souvent emporté contre eux, bien sûr contre les accents de xénophobie (au sens large) ou contre les discours simplistes et de courte vue ou la « beaufitude » ordinaire. Mais je ne méprise pas les situations réelles parfois difficiles dans lesquelles ils vivent. Je ne pense pas que ce sont forcément des abrutis, des fainéants ou des inaptes à l’effort. Certes, il y en a, mais cataloguer autant de gens de cette manière, comme le fait M. depuis tant d’années, démontre qu’il n’aime pas les vrais gens en général, qu’il flotte au-dessus dans un mépris permanent. Je pense que nous n’avions pas connu un président à ce point hors sol de toute la Ve République. Une grande partie de ses problèmes viennent de là. A-t-il commencé à le comprendre ? Personnellement, je n’ai toujours pas l’intention d’être « Gilles et John », mais dès lors que ces derniers n’ont pas des idées moisies extrême-droitières ou assimilées ou prônant des actions violentes, je peux éprouver quelques proximités.

1 mars 2019

Des nouvelles de Fromfrom

A la suite d’un commentaire de Plume chez Calyste, je me sens obligé de donner des nouvelles puisqu’elle ne le fait pas elle-même.

L’accident de Fromfrom ayant entrainé sa sèvre entorse de genou remonte au 10 janvier et les améliorations sont très très lentes après plus de sept semaines. Après avoir vu un premier chirurgien fin janvier, fait une IRM, vu un spécialiste du genou il y a une semaine, rien de catastrophique dans le sens que cela nécessiterait une intervention chirurgicale à court/moyen terme, mais l’affaire est sérieuse et on parle de 3-4 mois pour s’en remettre ! Depuis plusieurs semaines, kiné trois fois par semaine, mais les améliorations sont peu perceptibles. Alors, c’est difficile psychologiquement pour elle. Je pense que j’aurais ressenti les choses de manière plus négative qu’elle.

14 juin 2018

D'autres conneries (rien de bien nouveau, heureusement)

J’ai été parti deux jours aux As*sis*es na*tion*ale*s de la bio*dive*rsit*é à Val*enc*ien*nes (eh oui !). Beaucoup de choses un peu soporifiques, beaucoup de belles idées creuses, mais cela m’a permis de croiser des personnes et prendre des contacts intéressants auxquels je ne m’attendais pas forcément, car nous tenions aussi un petit stand (en fait un strapontin, mais bien placé).

Sinon, une petite histoire qui date d’une petite quinzaine de jours. Je n’en dis pas plus, j’espère que l’article se suffit à lui-même. Ouvrir le document en grand dans une nouvelle fenêtre.

 

Enfin, fait historique s’il en est, vous pouvez aller lire la note de Fromfrom ici.

25 avril 2018

Post-bac

Voici un sujet que je voulais évoquer depuis plusieurs semaines. Ce nest pas facile den parler, mais voici quand même quelques pistes de réflexion, sans prétention.

Pour moi, ce qui allait se passer après le bac était un grand inconnu. Je n’avais aucune véritable référence d’amis ou de parents pour m’expliquer ce qu’était la vie estudiantine. Et de toute façon, je n’avais qu’un objectif : bien travailler et réussir.

J’en avais vaguement entendu parler avant, mais je n’en ai pris réellement conscience qu’après : la fac classique, à l’époque le DEUG (Diplôme d’études universitaires général), éventuellement suivi d’une licence et d’une maîtrise, n’offrait pas un cadre de travail qui me conviendrait. En effet, à l’époque, me projeter avec un bac + 2 me paraissait déjà largement suffisant et le DEUG (dans le domaine des sciences naturelles) n’offrait pas suffisamment de perspectives « professionnalisantes », ni un encadrement suffisant des étudiants. Je n’avais pas encore conscience combien la vie étudiante pouvait générer pour certains une forme d’insouciance et de fête perpétuelle. Je corrige aussitôt en disant que cela générait pour d’autres des galères : travailler pour pouvoir étudier. L’exemple archétypique pour ce dernier cas étant celui de Fromfrom. Et bien sûr, il y avait des cas intermédiaires. Certains réussissaient l’exploit de réussir tout en faisant la fête. Mais tout ceci m’était largement inconnu à l’époque puisque je n’avais pas encore débarqué depuis ma « campagne ».

Par intérêt pour les disciplines enseignées (surtout celles de seconde année), j’avais choisi de candidater à l’IUT (Institut universitaire de technologie) de Tours (il n’y avait à l’époque que trois IUT en France qui proposaient l’option que je convoitais, avec Brest et Perpignan – mais je n’avais choisi que Tours), deux BTSA (Brevet de technicien supérieur agricole) en pisciculture (en Haute-Savoie) et en gestion et protection de la nature (en Corrèze), et par défaut, un DUT de chimie, un DUT de génie chimique (à Lyon) et un DEUG de sciences naturelles à Saint-Etienne. En dehors du DEUG, toutes ces filières étaient sélectives, soit sur dossier, soit sur dossier et entretien (BTSA). Ma candidature n’avait pas été retenue pour un des deux DUT de Lyon et ironie de l’histoire, pour le BTSA en gestion et protection de la nature. À l’entretien, j’avais en effet montré une bien plus grande motivation pour la pisciculture. Mais j’avais finalement choisi l’IUT de Tours parce que la formation était plus généraliste, plus théorique, offrait plus de perspectives de débouchés différents et de poursuites d’études. En effet, je n’avais pas l’intention de devenir un « simple » pisciculteur, même si à l’époque l’idée ne m’aurait pas déplu. Je ne regrette pas d’avoir choisi une formation bien plus généraliste et qui m’a montré plein de choses auxquelles j’aurais eu difficilement accès en BTSA pisciculture. D’autant qu’au final, je ne suis pas devenu ichtyologue ou hydrobiologiste, mais je crois pouvoir affirmer que ces métiers me tendaient tout aussi bien les bras. Mais il fallait bien choisir…

Un long préambule pour rappeler mon cas personnel et il est vrai assez ancien, à mettre en parallèle avec le système d’orientation actuel post-bac dont on parle tant. Je pense réellement que la situation est extrêmement complexe, bien plus que ce que le gouvernement d’un côté et les organisations d’étudiants de l’autre prétendent. L’objectif d’arriver à 80 % d’une classe d’âge ayant le bac, louable sur le papier, a été atteint il y a déjà pas mal d’années, mais cet objectif ne s’est-il pas fait au détriment d’autres choses ?

Même si les investissements, les frais de fonctionnement se sont beaucoup accrus dans les universités françaises ces dernières décennies, est-ce que cela n’a pas conduit cependant à une baisse significative des moyens alloués en moyenne à chaque étudiant ? J’imagine que la réponse n’est pas homogène en fonction des lieux et des filières, mais la question se pose cruellement. A-t-on encore les moyens de financer davantage ? Ma réponse est affirmative par principe car l’enseignement, la formation devraient être des priorités absolues. Mais devons-nous le faire cependant ? Ou doit-on réfléchir à d’autres choses ? Et faire différemment ?

Est-ce qu’avant même d’en être arrivés à ce manque de place chronique pour les bacheliers dans les universités, il n’y avait pas déjà un cruel problème ? L’absence de sélection engrangeait tous les étudiants en première année, mais force est de constater qu’il y avait énormément d’échecs pour le passage en deuxième année, au moins dans certaines filières, sans même parler des études de médecine.

En finirons-nous un jour avec l’opposition entre les métiers « intellos » et « manuels » ? Bien sûr, il existe de notables exceptions, mais dans l’idée de la population générale, « si tu n’es pas capable de réussir à l’école, tu feras un métier manuel », ce dernier étant dévalorisé socialement et financièrement. Et de fait, bien peu de jeunes prennent cette voie par réel choix. Si l’on regarde le niveau des exigences attendues, les métiers manuels n’ont cessé d’être dépréciés décennies après décennies. J’ai pu m’en rendre compte, par exemple, dans le cas du CAP de tourneur sur métaux (métier principal de mon père) dans lequel, par exemple, le niveau en trigonométrie était devenu anecdotique, alors qu’au milieu du XXe s., il était l’alpha et l’oméga du tourneur. Et bien sûr, ce n’est qu’un exemple parmi d’autres.

Alors, le niveau baisse ma pauvre Madame Michu ? Sur certaines disciplines, sur certains diplômes, cela me paraît indiscutable. On a fait baisser le niveau pour augmenter artificiellement le nombre de diplômés. Il y a quelques décennies, le CAP ou le BEP dans l’industrie représentaient des diplômes suffisants pour commencer dans le métier comme ouvrier qualifié et bien s’en sortir, alors qu’à présent, avec de tels diplômes, on se retrouve manœuvre de base, quand l’entreprise veut bien vous embaucher. Car à présent, l’entreprise pour ces mêmes métiers recrute des bacs techniques ou des BTS. Mais le niveau a-t-il baissé globalement ? Je n’en suis pas du tout sûr. Il y a eu une certaine forme de « translation » du niveau des diplômes, mais le pourcentage de personnes non formées ou formées de manière incorrecte ou inadaptée n’a pas forcément évolué de manière négative. Et puis l’instrument de mesure ne peut pas être le même aujourd’hui qu’il y a quelques décennies alors que les nouvelles technologies de l’information et de la communication n’existaient pas, et tous les accès aux savoirs et à la culture qu’elles permettent (même si cela ne suffit pas). Certes, la culture dite « classique » a pris un peu de plomb dans l’aile. Moi qui ne suis pas particulièrement cultivé en ce sens, je m’en rends compte avec nombre de collègues, plus jeunes ou moins jeunes, ce qui me laisse un peu parfois interdit. Mais il existe aussi tellement d’autres cultures, d’autres formes de compétences que l’on n’aurait même pas imaginé auparavant. Alors finalement, je ne sais pas, mais je constate que cela change, ma pauvre Madame Michu !

Bon, et alors ? Comme le réclame le MEDEF (entre autres), il faut développer l’apprentissage ! Il faut adapter les formations aux entreprises ! Oui, sûrement !?! Certains disent que non, parce que cela réduirait de manière drastique la culture générale, la capacité à pouvoir s’élever intellectuellement et pas uniquement pour exercer une activité professionnelle, mais pour mieux vivre tout simplement. Personnellement, je n’ai pas de vision dogmatique sur le sujet. Tout cela est à voir finement, intelligemment de manière apaisée. J’espère que cette intelligence pourra encore être à l’œuvre demain, loin des contingences de profit ou de rentabilité à courte vue.

Pour en revenir au système de sélection (qui n’ose pas dire pas son nom, notamment parce qu’il y a eu le précédent et l’échec de la réforme Devaquet en 1986) à l’entrée à l’université, je pense que l’on ne peut pas traiter le sujet si l’on n’a pas une approche globale qui interroge la société dans sa totalité. Et je suis plus que dubitatif vis-à-vis de l’approche gouvernementale sur le sujet. Il n’en demeure pas moins que dans l’absolu et loin des dogmes ou autres appréciations politiques, qu’il serait louable d’orienter intelligemment les étudiants, de limiter certaines filières, d’en accroître d’autres. Ne pas céder aux sirènes uniquement utilitaristes des petits soldats pour les entreprises, mais ne pas non plus trop écouter tous ces étudiants qui veulent s’orienter dans les filières « sports-études » par exemple et qui génèrent beaucoup d’échecs et bien peu de débouchés. Et en même temps, il faut innover vers de nouvelles formations, faire des paris pour l’avenir. J’ai moi-même été dans la deuxième promotion d’une nouvelle formation (bac + 4 puis bac + 5) qui dénotait complètement dans le paysage universitaire et à l’époque, personne n’aurait parié sur cette formation initiée par un professeur (celui qui deviendrait mon directeur de thèse) un peu marginal, mais qui y croyait. Un pionnier qui avait raison avant tout le monde. Une formation qui a désormais pignon sur rue, puisque depuis quelques années, c’est un diplôme d’ingénieur intégré à l’école polytechnique.

Alors quoi ? Je ne voudrais pas être à la place des lycéens et des étudiants. Ils n’ont pas forcément raison et le gouvernement n’a pas forcément tort, mais ce dernier détient le pouvoir et la force. Ma sympathie va donc clairement et définitivement aux étudiants, d’autant qu’ils sont les seuls à prendre de vrais risques et à « jouer » leur avenir.

15 septembre 2018

« Trop compliqué ! »

Il y a quelques années, les services de l’État avaient lancé ce qu’on appelle les atlas de la biodiversité communale, sans grands moyens. Cela s’était fait sur la base du volontariat des communes, avec un co-financement. Cela n’avait pas eu un succès dingue, notamment du fait de la modestie des moyens accordés. Dans le Nord, les services de l’État avaient demandé à des structures associatives (les C*P*I*E pour Cen*tres per*man*ents d’in*itia*tives po*ur l’env*ironne*ment) de s’y coller. Or, au sein de ces derniers, s’il y a parfois des faunisticiens corrects (et encore pas partout), leur niveau est souvent très moyen à pas bon du tout en botanique et en écologie végétale (ce qui est déjà très limite, mais passons). Le Mus*é*um nat*io*nal d’His*toire natu*relle, fidèle à sa réputation, avait pondu une usine à gaz comme cahier des charges (je dis ça parce que les gens qui écrivent les méthodologies n’ont jamais mis les pieds sur le terrain ou pas depuis des décennies). Alors, j’avais dû pondre une méthodologie régionale, qui avait même alimenté le truc au niveau national. Mais bon, les services régionaux de l’État s’étaient aperçus que lesdits C*P*I*E seraient incapables de faire une partie du boulot concernant la « partie végétale ». Et pour les « simples » inventaires botaniques, nous avions été missionnés pour les accompagner. Lors de l’une des journées de terrain où j’étais présent et où il était question de la méthodologie spécifique à adopter, je m’aperçus vite que les personnes que nous devions former, n’étaient que des débutants en botanique pour les meilleurs, et pour les moins bons, ne devaient pas trop savoir pourquoi ils étaient là, ce qu’un ou deux finirent par m’avouer. Cette anecdote est symptomatique de la façon dont certains responsables abordent la connaissance de la biodiversité en France et ce n’est pas nouveau : le fait de penser que c’est simple et pas cher, donc un truc d’amateurs et de dilettantes. Bien sûr, il n’est point besoin d’être un expert pour mener des inventaires sérieux, mais il faut quand même un minimum de connaissances, d’expérience, de curiosité, de rigueur… Des choses qui ne s’acquièrent pas en seulement quelques mois. Personnellement, il m’a fallu plusieurs années avant de mener seul des inventaires à valeur professionnelle, et encore j’étais fébrile.

Je repense à cela car cette semaine, un collègue non botaniste (un animateur nature à la base) m’a dit que la nouvelle flore de France (2014) était « trop compliquée ». C’est vrai qu’au niveau du vocabulaire, la barre est placée assez haut, mais possède l’avantage de la précision et interdit certaines ambiguïtés que l’on rencontre et déplore dans certains ouvrages. Eh bien oui, ce n’est pas un ouvrage de vulgarisation, mais un livre pour les « vrais » botanistes. Il faudrait que tout soit toujours simple, accessible, sans le moindre effort, prédigéré. Comme si ce livre allait remplacer tous les autres et que tout allait tomber tout cuit. Comme si la vulgarisation devait toujours suffire, comme si tout devait être superficiel, facile, qu’il était inutile de se poser des questions. J’en ai parfois assez des apparences ou le fait de penser que le vaguement à peu près peut bien suffire, que la forme puisse toujours l’emporter sur le fond ! Et de s’apercevoir après coup de la médiocrité du travail et qu’en définitive, il ne répond pas aux vraies attentes… C’est d’ailleurs fou de voir combien de tels inventaires bas de gamme se sont faits en France depuis plusieurs décennies (cela se raréfie un peu, du moins je l’espère), entachés de nombreuses erreurs grossières.

De telles considérations, je le sais, ne s’appliquent pas qu’à la botanique, mais à de nombreux champs professionnels ou de la vie.

8 septembre 2018

Condition tropicale !

HALLÉ F., 2010. La condition tropicale. Une histoire naturelle, économique et sociale des basses latitudes. Actes Sud. 573 p.

Francis Hallé est un des botanistes les plus connus en France. Il s’est notamment illustré avec le « radeau des cimes » pour étudier au plus près, sans du tout abimer les arbres et le reste et surtout de manière bien plus efficiente qu’auparavant la canopée des forêts vierges tropicales, siège de la biodiversité terrestre maximale dans le monde. Plus récemment, il s’est fait connaître grâce à sa forte collaboration dans le film Il était une forêt de Luc Jacquet (2013). Il a été professeur d’université à Montpellier et a participé et dirigé de nombreuses expéditions scientifiques dans les forêts tropicales depuis les années 1960.

Personnellement, j’ai connu cet homme par ses publications scientifiques et ses idées via ma co-directrice de thèse il y a vingt ans. D’abord ses travaux sur l’architecture des arbres (certes surtout tropicaux), l’architecture forestière en général et la sylvigénèse. Ensuite, le fait qu’un arbre puisse être vu non pas comme un organisme unique, mais comme un ensemble coloniaire à la façon des polypes coralliens. Il en résulte également que le patrimoine génétique (génotype) au sein d’un seul arbre diffère très significativement en fonction de la position des branches et de l’âge (les mutations cellulaires sont très fréquentes, notamment sur des arbres à forte longévité). Les effets induits sont très nombreux : la reproduction sexuée croisée n’apporte finalement peut-être pas tant de diversification que cela ?

Outre certaines de ses publications scientifiques, j’avais lu peu après sa sortie, L’éloge de la plante (1999) où il explique le désintérêt global des hommes pour le monde végétal comparativement au monde animal, mais aussi l’incompréhension, voire le mépris, alors qu’il montre le génie insoupçonné des plantes.

Revenons au sujet initial. J’avais entendu parler de ce livre à sa sortie en 2010, lors d’une émission estivale où l’auteur avait pu s’exprimer assez largement. Cela avait nettement piqué ma curiosité, mais pris par d’autres contingences et d’autres priorités, j’avais un peu abandonné l’idée de le lire. Mais cela m’est revenu il y a quelques semaines et j’ai pu le lire.

L’auteur évoque de nombreuses facettes de la tropicalité en commençant par les aspects « physiques » les plus prégnants, à commencer par l’astronomie : cet angle d’environ 23° marquant le décalage entre l’axe de rotation diurne et l’axe de translation annuelle de la Terre autour du Soleil. Ces 23° marquent au Nord le tropique du Cancer et au Sud, le tropique du Capricorne. Les conséquences en termes de durée des jours, de photopériodisme, d’énergie solaire incidente, de vents et en un mot de climats, sont majeures, ce n’est pas une découverte. Bien sûr, il y a des exceptions locales et d’éventuels effets d’altitude, mais cela se traduit par une conséquence majeure prenant le pas sur tous les autres : une relative égalité annuelle des jours et des nuits (absolue à l’équateur). Secondairement, des climats souvent chauds et humides. Ce n’est pas une découverte non plus, mais la chose a des incidences majeures sur les populations et les communautés biologiques. C’est ici que se concentrent les plus fortes biodiversités mondiales, qu’elles soient terrestres (forêts primaires) ou marines (récifs coralliens). Ces biodiversités diminuent graduellement vers les pôles.

L’auteur en vient peu à peu aux conséquences sur l’Homme. Celui-ci est d’origine tropicale, mais est devenu un animal parfaitement cosmopolite, sa conquête du monde, à l’exception de quelques îles s’étant achevée il y a 15 000 ans avec la fin de la conquête de l’Amérique du Sud. Il s’avère que l’Homme tropical et l’Homme des latitudes tempérées ne « fonctionnent » pas de la même manière, à cause de différents paramètres dont le photopériodisme annuel et l’écoulement du temps jouent des rôles majeurs. L’Homme des latitudes moyennes est plus agressif car il est soumis à l’alternance des saisons, aux contraintes climatiques. Je ne vais pas m’étendre, mais les « forces » mis en œuvre sont à la fois dérangeantes (libre arbitre, conditionnement…) et puissantes.

L’auteur constate ensuite que les pays tropicaux sont presque tous des pays pauvres, qu’ils ont presque tous été colonisés depuis des siècles ou plus récemment, sont tous « déclassés ». L’auteur dénonce avec force les horreurs de l’esclavage et de la colonisation par les pays tempérés, mais fait aussi l’inventaire de toutes les nouvelles formes « modernes » de colonisation, toutes les formes abjectes de racismes. Naïf que je suis, je n’avais pas pris conscience de tous ces racismes et cette mise en perspective m’a été salutaire. Même si j’étais loin de tout ignorer, j’ai appris beaucoup de choses et au total, c’est assez vertigineux et révoltant. La problématique économique est analysée dans toutes ses composantes et là aussi, c’est fou, on prend encore plus conscience de l’horreur que l’on inflige depuis des siècles à tous ces Hommes tropicaux, horreurs qui ne faiblissent pas globalement, mais au contraire ne vont qu’en s’accentuant. Tristes tropiques, sans vouloir faire du Lévi-Strauss, d’ailleurs régulièrement cité.

Il s’agit là d’un essai remarquable, même s’il y a un peu trop de redites sur plusieurs sujets. Mais il est vrai aussi que l’ouvrage comporte 500 pages, sans compter les index et l’abondante bibliographie. Car oui, l’auteur est un scientifique et tout est étayé, cité, avec beaucoup d’humilité à la différence de beaucoup d’autres auteurs qui nous racontent des histoires ou nous manipulent. Personnellement, ce livre m’a beaucoup touché et m’éclaire sur plein de choses. Car beaucoup des constats ou hypothèses posés dans ce livre sont assez inédits notamment en termes de sciences humaines, l’auteur ayant eu une approche multidisciplinaire et transversale sur la question, ce qui manque le plus souvent, à commencer par les économistes. J’ignore si ce livre a suscité de nouvelles approches, de nouvelles recherches afin de mieux documenter et comprendre pourquoi la misère mondiale se concentre presque mécaniquement sous les tropiques (même si certains se sont appliqués pour qu’ils n’en soient pas autrement). En définitive, un livre profondément humaniste et qui devrait être lu par les racistes de tous poils. Mais savent-ils lire ?

5 septembre 2018

Discrétion (2/2)

Pratiquer consciemment ou inconsciemment une certaine discrétion verbale peut aussi s’accompagner d’une discrétion du corps, sinon visuelle, au moins sur le plan sonore.

J’ai déjà évoqué ici les relations amicales particulières que j’ai longtemps pu avoir avec C. M’observant gamin, il avait dit, amusé, à mon père que je manquais singulièrement de discrétion lorsque je me déplaçais avec mes bottes dans les bois ou le long de l’étang du Dragon terrassé. C’était son instinct d’ancien braconnier qui parlait, mais aussi de maquisard puis de combattant dans l’armée régulière dans les poches de l’ouest de la France en 1944-45. En effet, il avait évoqué (une seule fois sans doute car il ne parlait pour ainsi dire jamais de cela) des combats en forêt (pinèdes du genre de celles des Landes) où Allemands et Français, homme à homme, face à face, se tiraient dessus entre les troncs d’arbres. Il y avait bien sûr participé et indiquait que la discrétion et la vue perçante étaient des éléments déterminants de survie dans un tel contexte. Autrement dit, tirer (et bien tirer) sur l’autre avant de se faire voir. « C’était lui ou moi ». Et il était bien conscient qu’il avait eu de la chance. C’est pourquoi, pour lui la discrétion, le silence du « prédateur » ou du « hors-la-loi » étaient des qualités fondamentales.

Par ailleurs, pendant l’Occupation, il n’avait cessé de braconner des, y compris les cervidés dans l’immense parc du château, siège de la Kommandantur locale, alors que cela grouillait partout de soldats allemands. Il finit par être repéré (par qui, comment ?) et n’eut d’autre choix que de rejoindre un des multiples maquis morvandiaux. Inutile de dire qu’il avait appris ici aussi de sacrées ruses, comme par exemple, croiser des herbes le long d’un vague sentier afin de savoir si une personne était passée à cet endroit durant une période de temps définie et s’il convenait de se méfier plus qu’à l’accoutumée ou pas. Cela impliquait en retour de ne pas laisser la moindre trace visible de son passage ou de sa présence à un endroit donné.

Pour les activités cynégétiques ou halieutiques, la discrétion n’est pas toujours obligatoire dans toutes ses composantes, mais il y a néanmoins des cas où elle est primordiale. C’est notamment le cas de la pêche à poste fixe de certains poissons (carpe) ou itinérante le long des ruisseaux (truite). Pour cette dernière, j’ai appris grâce à lui une technique assez efficace, que j’ai mise à ma sauce (la pêche « au toc » le long des ruisseaux boisés est en effet délicate et finalement assez peu pratiquée).

J’avais donc acquis au fil du temps, des manières discrètes de me faufiler au bord de l’eau (voire sur l’eau) ou dans les bois. Est-ce pour cela que j’ai manqué plus d’une fois d’être renversé par un chevreuil et une fois par un sanglier qui ne m’avait pas calculé ? Que j’ai capturé des brochets à quelques centimètres de la barque ?

Il m’est arrivé de faire des prospections sur le terrain avec des collègues. Est-ce une curieuse habitude ou la peur d’être pris pour un gibier par des chasseurs prompts à tirer sur n’importe quoi, mais nombreux sont ceux qui trainent bruyamment leurs bottes ou chaussures. Et je ne parlerai pas des pêcheurs qui viennent au bord de l’eau avec la radio ou un CD hurlant. Pour ce dernier exemple, Fromfrom m’a rappelé il y a quelques temps la crise que j’avais piquée il y a une dizaine d’année le long de l’étang du dragon où un ancien collègue de mon père passait des chansons en boucles d’un célèbre présentateur de télévision, un sommet de la beaufitude. Les sons de la nature et ses silences ne sont-ils pas mille fois plus intéressants et plaisants ? Le gobage répété d’un poisson, les frictions d’ailes des libellules, le cri du martin-pêcheur, le tambourin du pic-épeiche, les jacasseries du geai, les sifflements de la buse…

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