Impossible consensus
Lors de mon « escapade » normande du début du mois, en passant dans le quartier du Havre inscrit au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO, j’osais affirmer que je n’appréciais pas beaucoup. J’avais le souvenir, en 2004, peu avant ce classement, d’avoir participé à une réunion à la mairie, un des « fleurons » de l’architecture du XXe siècle, due à Auguste Perret. Évidemment, mes jugements sont, souvent par jeu, assez péremptoires et définitifs (il m’arrive de regretter la vivacité de mes propos). Et parmi les trois autres occupants de la voiture, on ne manqua pas de me reprocher ma prise de position. Le sujet dériva lentement mais sûrement vers les églises. Une des interlocutrices, native de Cologne évoqua sa quasi-détestation de « sa » cathédrale, et partant des cathédrales gothiques en général, préférant les églises romanes du sud de la France. En tant qu’habitante de la Bretagne, je l’interrogeais quand même sur la cathédrale de K. La réponse fut différente. Bien que gothique, son intérêt résidait dans sa taille modeste. En définitive, mes interlocuteurs étaient tous « pro-roman », mais aucun ne me donna un exemple concret, ne tenta une explication sur l’émotion qui préside dans ces églises. J’étais sidéré par l’abondance des clichés qui s’abattaient dans mes pauvres oreilles pourtant novices. Et c’est pourtant à moi que l’on fit le procès de l’inculture, sous prétexte que j’osais ne pas aimer l’architecture de la mairie du Havre et aussi celle du Centre Pompidou. Par conséquent, je ne devais pas aimer non plus la Tour Eiffel (ce qui est inexact). J’avais semé le vent et j’avais récolté la tempête. Et surtout, je n’avais pas réussi à trouver un consensus, un édifice qui ferait l’unanimité chez mes interlocuteurs. Je me sentais en minorité, mais je mesurais surtout combien il est parfois difficile de lutter contre les idées toutes faites et contre certains simplismes, dont j’essaie moi-même, tant bien que mal, de me dégager.
Voilà, je me suis sans doute fort mal exprimé, mais je voulais absolument confier le désarroi qui m'avait saisi à cette occasion.