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Cornus rex-populi
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21 mai 2007

Impossible consensus

Lors de mon « escapade » normande du début du mois, en passant dans le quartier du Havre inscrit au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO, j’osais affirmer que je n’appréciais pas beaucoup. J’avais le souvenir, en 2004, peu avant ce classement, d’avoir participé à une réunion à la mairie, un des « fleurons » de l’architecture du XXe siècle, due à Auguste Perret. Évidemment, mes jugements sont, souvent par jeu, assez péremptoires et définitifs (il m’arrive de regretter la vivacité de mes propos). Et parmi les trois autres occupants de la voiture, on ne manqua pas de me reprocher ma prise de position. Le sujet dériva lentement mais sûrement vers les églises. Une des interlocutrices, native de Cologne évoqua sa quasi-détestation de « sa » cathédrale, et partant des cathédrales gothiques en général, préférant les églises romanes du sud de la France. En tant qu’habitante de la Bretagne, je l’interrogeais quand même sur la cathédrale de K. La réponse fut différente. Bien que gothique, son intérêt résidait dans sa taille modeste. En définitive, mes interlocuteurs étaient tous « pro-roman », mais aucun ne me donna un exemple concret, ne tenta une explication sur l’émotion qui préside dans ces églises. J’étais sidéré par l’abondance des clichés qui s’abattaient dans mes pauvres oreilles pourtant novices. Et c’est pourtant à moi que l’on fit le procès de l’inculture, sous prétexte que j’osais ne pas aimer l’architecture de la mairie du Havre et aussi celle du Centre Pompidou. Par conséquent, je ne devais pas aimer non plus la Tour Eiffel (ce qui est inexact). J’avais semé le vent et j’avais récolté la tempête. Et surtout, je n’avais pas réussi à trouver un consensus, un édifice qui ferait l’unanimité chez mes interlocuteurs. Je me sentais en minorité, mais je mesurais surtout combien il est parfois difficile de lutter contre les idées toutes faites et contre certains simplismes, dont j’essaie moi-même, tant bien que mal, de me dégager.

Voilà, je me suis sans doute fort mal exprimé, mais je voulais absolument confier le désarroi qui m'avait saisi à cette occasion.

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Commentaires
K
Ce qui est épuisant dans les insomnies c'est l'impuissance dans laquelle on est d'en tirer profit.<br /> Non mais Kleger, t'as vu l'heure?
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C
A Karagar 2> Si cela peut te rassurer, je n'ai pas pensé une seule fraction de seconde aux premiers rhododendrons : de toute façon chacun sait qu'il n'y en a pas sur la place de la mairie au Havre ! ;-) "effroi", c'était par peur de m'être mal fait comprendre, et aussi parce que parfois j'aime être excessif pour provoquer un peu et que cela n'est pas forcément compris. Et je n'aime pas faire de la peine aux gens, surtout s'il y a incompréhension. Pour le reste, j'avais bien capté.<br /> Je te souhaite une bonne nuit cette fois, et ne te prends pas trop la tête avec mes élucubrations.
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K
Cornus> Merci pour ta longue réponse... juste une chose, hyper importante, lorsque je parlais de tes évolutions - je n'ai pensé à d'autres interprétations possibles qu'en lisant "effroi" - j'étais à mille lieues des premiers rhododendrons, je tiens à le préciser, çà ne m'était même pas venu à l'esprit. Non je parlais du fair de veillir (dans le bon sens du trme) uniquement...
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C
A Kleger 3> Le traducteur automatique n'a plus de pile ce soir. Je ne l'ai pas repris dans mon commentaire précédent, mais j'aime bien aussi les "assourissants silences du passé" et je l'adopte aussi, même s'ils ne creusent pas nécessairement des puits d'inculture.
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C
A Karagar> Tout d'abord, je suis désolé d'avoir contribué à aggraver ton état insomniaque. Je pensais avoir rédigé une note plus légère. Il n’était pas dans ma volonté de présenter le fruit d’une quelconque réflexion, mais simplement de conter une simple conversation qui m’étais apparue un peu curieuse. En même temps, je me doutais un peu que cette note pouvait susciter des réactions. Mais là, je dois dire que je suis servi au-delà de toute espérance !:-) Merci en tout cas pour l'effort que tu as consenti dans la rédaction de ce commentaire très instructif.<br /> Ce que tu me dis au début de ton commentaire m'a mis dans une situation embarrassante. D'un côté une incertitude, celle de m'être mal fait comprendre du fait d'une grande maladresse dans la présentation des choses, et aussi dans le "montage en épingles" que j'ai fait d'une presque banale conversation à 4 en voiture. D'un autre côté, malgré les précautions verbales que tu as prises, un effroi, une émotion un peu déboussolante, notamment vis-à-vis de cette histoire de passé ou d'évolution. Néanmoins, je te rejoins certainement sur un point : je suis encore capable d’évolutions ; mon passé récent le prouve. J’irais même plus loin en disant que les personnes qui n’évoluent pas, qui ne changent pas d’avis peuvent être suspectes.<br /> Sur le fond, comme tu le dis toi-même, je partage entièrement ce que tu dis. Pour que les choses soient claires, je précise que dans ma note, je n’ai jamais voulu laisser entendre autre chose qui contredirait tes démonstrations.<br /> Je partage les expressions « nos émotions sont parfois dictées par des choses qu’on ne contrôle pas » et « un coup de pouce extérieur, une sensibilisation […], une incitation culturelle donc amène une nouvelle envie de voir, de savoir ». Parce que ce sont des choses que j’ai vécues dans un domaine : la Loire. Ce n’est pas d’aujourd’hui que j’ose ce type de parallèle, mais je le crois encore plus justifié aujourd’hui ; et il s’avèrera nécessaire que je consacre une (des) note(s) sur le sujet. <br /> In fine dans ma note, je voulais juste dire que je m’autorisais le droit de ne pas aimer un édifice (et pas un artiste en général) sans pour autant passer pour un rabat-joie anti-moderniste. Et je voulais aussi dire que je ne voulais opposer rien à rien, mais juste essayer d’apprendre à aimer. Mais peut-être que là, je suis à la fois plus tranquille en disant cela et certainement plus consensuel ! ;-)
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C
A Ar valafenn> Cela se peut, ce que tu dis. Pour ma part, je ne cherche pas à opposer roman et gothique, ancien et moderne.
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C
A Patriarch> Je ne connais pour ainsi dire pas non plus.
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C
A Kleger 1> Rassure toi, cela ne m'a pas rendu malheureux. Cela ne m'a pas déçu non plus. D'ailleurs, ce n'était pas la première fois que je vivais un truc dans le genre. Je suis assez d'accord avec ce que tu avances. Comme disait Rabelais, l'appétit vient en mangeant.<br /> <br /> A Kleger 2> Tu me donneras des précisions, histoire que je puisse voir à quoi ça ressemble sur l'internet.
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C
A vous lire, comme je le craignais (je l'ai écrit), je confirme que je me suis mal exprimé. J'en suis désolé. Je vous prie de m'en excuser.
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K
karagaraparte > "-Un nebeudig savourien o doa klasket mont gant ma hent-me, ober d’ur stumm arzoù advevañ gant o gerioù-int, mont diouzh ar spered kentoc’h eget diouzh ar stumm, kavout ur gwisk a-vremañ. An arz gotek zo bet talvezet d’ar seurt arnodiñ.<br /> -Emaoc’h o soñjal e Gaudi?<br /> -Of course! Kentañ hini a zeu war ar spered, kredabl. Met chomet e oa suj a-walc’h Gaudi ouzh ar stummoù gotek daoust d’e ijin dreist-kont. Estregetañ zo bet. Perret, gant ar betoñs houarnet, a oa pellaet muioc’h, marteze.<br /> <br /> Da-heul klevout anv Perret ne zeuas skeudenn ebet da Yann ha toutek en em gavas un tammig. Gant ur mousc’hoarzh damantus – spiswel e oa an istrogell – e tennas Alan ul luc’hskeudenn eus un diretenn. Warni e oa un iliz eus an ugentvet kanved, un tour e-kreiz he zalbenn, gwisket ar pevar c’horn anezhañ gant strobadoù kolonennoù uhel pe uheloc’h hag a zegase da soñj, gwir e oa, eus aozadur an tolzadoù gotek." Hihihi,Chère Kleger a l'oeil quand sa mémoire l'y autorise...<br /> Sinon, je voudrais ajouter que le coup de pouce extérieur est encore une histoire de timing. Il sera vain s'il arrive trop tôt, il peut déclencher de grandes choses si celui qui le reçoit a fait son chemin, seul d'abord.<br /> "Les assourdissants silences du passé..." aïe, aïe, aïe ! Je mettrais bien une puissance 13 à cette phrase-là !
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K
J’ai lu ce texte à 2h du matin alors que j’avais du mal à trouver le sommeil et ce texte n’arrangea rien. Il m’a semblé d’abord le recevoir de façon sensible, affective donc, comme si, d’une certaine manière et malgré toutes les nuances qualitatives qu’il faudrait apporter à ce que je vais dire, je retrouvais là les affres d’un temps révolu, d’un plus jeune âge et ce n’est pas la première fois que tu me rappelles, malgré tout ce qui nous distancie, donc de manière plutôt allégorique, un moi plus jeune. Cela me donne parfois l’outrecuidante présomption de croire savoir comment tu évolueras.<br /> Sur le fond, il n’est pas question pour moi de contester d’une manière ou d’une autre les goûts et les préférences, ni même, malgré la vanité de l’opération parfois, la tentative de les expliquer, tant que cela reste introspectif et ne tend pas à la justification qui se placerait immanquablement sur une échelle de valeurs toutes contestables. Il est vrai en effet qu’on entend des discours convenus et qui donc se répètent fâcheusement d’une personne à l’autre, notamment sur le roman et le gothique – le grand/le petit, le monumental/l’intime etc.… - qui sont tellement stéréotypés qu’ils donnent l’impression que ces personnes ont choisi d’aimer tel ou tel style ou œuvre parcequ’ils correspondent à l’idée qu’il se font ou voudraient donner d’eux-mêmes. Ces gens là n’ont jamais été ravis (stricto sensu) par une œuvre. Le gothique, aussi, serait bon pour l’adolescence, l’âge adulte, sa sagesse (hum !) et sa sérénité trouveraient écho dans le roman des petites églises rurales. <br /> Quant au discours sur l’inculture, il relève là aussi d’idées à l’emporte pièce empruntes de snobisme. Visiter une cathédrale relève du tourisme, visiter un musée, de la Culture. « L’émotion précède l’envie de savoir », c’est pas mal dit et donc notre culture se bâtit en fonction de ce que nous sommes ou devenons. J’y ajouterais néanmoins un petit bémol, qui est que nos émotions sont parfois dictées par des choses qu’on ne contrôle pas. Une telle par exemple n’aime pas les cathédrales parcequ’elles traînent du passé derrière elles et puis soudain les voit autrement. Dans ce cas un coup de pouce extérieur, une sensibilisation (pas toujours avec des moyens didactiques mais parfois oui, il m’arrive de le faire), une incitation culturelle donc amène une nouvelle envie de voir, de savoir. Les assourdissants silences du passé parfois creusent en nous des puits d’inculture. Mais l’inculture prend des airs d’ignorance crasse par contre quand on se targue de parler, pire de juger, de ce qu’on connaît mal. La cathédrale de Cologne pèche par son systématisme néo-gothique et de ce fait, s’apparente peu aux autres cathédrales. Ne pas l’avoir vu, quelle inculture ! Les cathédrales sont gothiques car elles ont remplacé celle de l’âge roman. Mais il y a eu d’immenses églises romanes (la plus grande l’était – Cluny) et le roman sait être grandiloquent et froid (voir le roman normand) et les petites églises gothiques rurales sont légions. Quant à ramener la cathédrale de K. à sa taille, no comment. Pour Auguste Perret, je mettrais ma main à couper qu’il admirait l’art gothique. Je connais en effet une église de banlieue parisienne, dessinée par Perret, (que Kleger semble connaître – hi !hi ! – et où j’ai fait ma communion solennelle – ah ! ah ! (D’ailleurs, a parte, l’avez-vous reconnue dans mon roman, ma chère Kleger ??) qui est un essai pour transcrire la Sainte Chapelle, c’est bien connu, mais on ne souligne pas assez que la tour, avec les jeux des colonnes d’angle qui préparent l’arrivée de la flèche, ne fit rien d’autre que reprendre les dispositions du gothique, notamment à K. !!! Bref, on oppose, on oppose… gardons nous de l’idée simple.
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A
Et les raffineries du Havre, hein ? Quand est-ce qu'on les classe ?<br /> Personnellement, je préfère le gothique au roman... Peut-être que ton interlocutrice est-elle gavée du gothique de son pays et ce sentiment l'emporte sur d'autres considérations, quoi qu'elle en dise. Dans mon cas, je reconnais qu'il y a un peu de ça dans ma lassitude du roman qui abonde dans mon département de naissance (hormis la cathédrale de ma ville natale).
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K
Euh, c'est pas très clair...Je faisais allusion à une église de la banlieue parisienne.
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P
Je suis allé à la verrerie du Havre, mais je n'ai pas eu le temps de visiter la ville. Dommage !!
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K
Ca a l'air de te rendre malheureux, enfin j'exagère peut-être, de te décevoir en tout cas, qu'il y ait désaccord sur les pierres levées. Bien sûr il y a souvent du simplisme dans les jugements et parfois on entend juste la répétition sans réflexion d'opinions dites répandues. Moi je crois que l'émotion précède le savoir, ou l'envie de savoir, et qu'une fois que l'émotion a frappé, on a plutôt tendance à abandonner les discours tape-à-l'oeil.<br /> Et tiens, puisque tu parles de Perret, je ne connais pas Le Havre sinon en photo, mais pour moi il évoque une certaine église, que tout le monde déclarait hideuse, et dont j'aimais la lumière. (et les orgues, mais c'est une autre histoire)
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Cornus rex-populi
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