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Cornus rex-populi
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27 août 2014

Semaine aoûtienne (2) : Augustodunum

Depuis des années, Fromfrom souhaitait aller voir le spectacle au titre générique Augustodunum qui se donne chaque été depuis 27 ou 28 ans à la nuit tombée au théâtre romain de la ville. Augustodunum puisque le premier spectacle du genre fut « Il était une fois Augustodunum ». Nous en sommes à la quatrième version de ce spectacle. Le premier avait duré longtemps, mais là, « Jules César » n’en était qu’à sa deuxième année. J’avais vu le premier opus de ce spectacle il y a près de vingt ans.

Contrairement aux autres années, nous avons pu profiter de la dernière représentation (huit au total), car habituellement nos créneaux de vacances tombaient systématiquement avant ou après. C’est bien plus qu’un simple son et lumière. C’est toujours le même metteur en scène qui est aux commandes, mais les choses se sont notoirement diversifiées, complexifiées au fil du temps. La scène s’est largement étendue sur la pelouse du terrain de football (bien au-delà de l’ancien mur du théâtre), les personnages plus nombreux (1000 environ à présent), les décors autrefois maigrichons sont devenus pléthoriques et animés, les jeux de lumière, très sophistiqués et nombreux. Tout est réglé comme du papier à musique pour faire évoluer les personnages. Il s’agit d’acteurs bénévoles locaux rassemblés au sein d’une association. Les cavaliers, les conducteurs de chevaux et des cascadeurs pour les scènes de gladiateurs, sont eux, des professionnels.

Le samedi, en arrivant dans l’auguste ville, je téléphone pour réserver des places car je crains que le soir venu, nous n’ayons plus guère de chances d’avoir des places ou de faire la queue. On me demande de me rendre à l’office de tourisme. C’est Fromfrom qui part acheter les billets, laquelle demande des billets pour le spectacle à peu près comme ça : « Aougoustodounoum ». Que n’avait-elle pas dit là en parlant une telle langue étrangère et on ne la comprend pas car le local ne connaît qu’ « Ogustodunomme ».

En comparant avec le spectacle vu dans les années 1990 (qui ne déméritait pourtant pas), les progrès ont été fulgurants, comme je l’évoque plus haut. Je n’ai pas l’habitude de ce genre de spectacles, mais je dois dire que Fromfrom et moi avons été très impressionnés par la prestation. Il avait fait un orage peu après dix-neuf heures, puis une pluie continue s’était installée. La scène était détrempée et il a fallu la balayer entièrement. Nous sommes arrivés avec environ trois quarts d’heure d’avance et le spectacle a débuté avec près de vingt minutes de retard. Mais, fait miraculeux, à l’instant où le spectacle a véritablement commencé, la pluie a brutalement cessé et n’a jamais essayé de revenir durant la grosse heure et demie qui a suivi. Comme nous craignions les gradins vieux de près de deux-mille ans (encore que l’âge n’était pas en cause), nous avions emporté chacun un coussin enveloppé dans du plastique. Visiblement, nous n’étions pas les seuls habitués à être tendres de la fesse.

Je n’ai pris aucune photo, car la chose était soi-disant interdite. Pourtant, de nombreuses personnes sont passées outre. Je ne le regrette pas forcément, car le résultat n’aurait sans doute pas été formidable. Mieux sans doute, que les prises de vue de l’adolescente devant nous. Elle était avec ses parents. Sa mère était de mauvaise humeur en arrivant, pestant entre autres, contre sa fille (et avec raison, car elle ne méritait que des claques). Dans de telles conditions, nous nous sommes dit que nous ne serions pas frais pour aller au-devant de l’empereur. Et puis, la mère, qui ne semblait pas terriblement enthousiaste en arrivant, s’est émerveillée devant le spectacle. Et à la fin, lors de l’annonce de la création de la « sœur et émule de Rome » [NDLR] par Auguste, ses applaudissements redoublèrent, comme ce fut le cas dans l’ensemble de l’hémicycle, ce qui nous permit de constater que les habitants de la ville y étaient bien représentés et qu’ils semblaient fiers de leur ascendance (ou d’habiter là ?).

Pourtant comme le dit parfois Fromfrom à juste titre, on ne peut pas être fier de ce dont on n’est pas responsable, en particulier de ce qu’on est par sa naissance. Je sur-interprète probablement ce renforcement des applaudissements qui est sans doute dû aussi à un enthousiasme plus global ou bien parce que l’on parle d’eux, dautant quils se sentent peut-être quelque peu délaissés dans cette ville désormais assez apathique. La splendeur du passé les rassure sans doute. La référence à l’antique cité au passé doré est récurrente quand on lit l’histoire de la ville, et ce depuis le Moyen Âge. Et pourtant, la ville d’Auguste a empilé de multiples humiliations au cours du temps. Son éloignement par rapport aux principales artères de communication n’y est pas pour rien. Son maire, qui a exercé un long mandat à la fin du XXe siècle, n’a rien fait pour développer la ville, alors qu’il s’agissait d’un homme puissant au niveau départemental, régional et national. Ses successeurs n’ont pas les mêmes appuis politiques et le maire actuel ne pourra pas s’opposer à un nouveau déclassement de la sous-préfecture (là, je me fais oiseau de mauvaise augure, mais cest pourtant une évidence à mes yeux), qui continue de se dépeupler et de se paupériser, comme l’ensemble des campagnes environnantes.

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4 avril 2014

Brèves cornusiennes (25)

Mardi, pour le conseil scientifique décentralisé, j’ai conduit à l’aller. J’appréhendais un peu le voyage, car outre deux autres collègues, nous devions emmener un des botanistes français les plus brillants, auteur principal d’une nouvelle flore de France à paraître cette année. Il logeait pour la nuit dans l’une des chambres au boulot. Il était à l’heure au rendez-vous fixé, propre et rasé de près. Je dis cela, parce qu’il lui est arrivé d’être beaucoup moins net que ça, pour ne pas dire crasseux. Il n’a pas non plus roté et pas pété durant le trajet ni le conseil. Encore une fois, cela lui est arrivé, sans qu’il trouve adéquat de s’en excuser. Ce n’est pas une rumeur, ce sont des propos fiables rapportés par mon collègue floristicien. Et miracle, il a répondu à mon bonjour du matin. Cet homme est pour le moins « spécial », pour ne pas dire qu’il s’agit d’un grossier personnage avec lequel on n’a pas envie de s’attarder. Cependant, le voyage s’est bien passé. Ce type est un botaniste « amateur », car vétérinaire de métier, même s’il ne vétérinairise plus beaucoup ces dernières années. C’est vrai que c’est un as, un champion, mais cela n’excuse pas tout, y compris le fait de monopoliser la parole pendant deux heures et demie dans une présentation du conseil scientifique quand on sait avoir une heure de parole maximum et en obligeant l’intervenant suivant à zapper la moitié de sa présentation pour finir la journée à une heure convenable. Beaucoup de mes collègues n’ont pas follement apprécié son ton condescendant, son manque de clarté et de pédagogie.


Tout le monde n’avait pas forcément vu la dernière note fromfromienne où elle annonçait sa prochaine inspection. Elle a stressé tout le week-end dernier dont nous n’avons pas beaucoup profité (surtout elle). Depuis une semaine, elle a préparé des choses improbables, se couchant parfois fort tard, d’autant que l’inspecteur a eu la mauvaise idée de ne se pointer que ce vendredi matin (il pouvait venir dès lundi matin). A croire Fromfrom, le drame était imminent. Et bien sûr, comme d’habitude, il s’est passé ce que j’avais imaginé : l’inspection s’est très bien passée. Elle s’est si bien passée que faire mieux était inenvisageable. L’inspecteur a considéré qu’elle « avait tout compris », qu’elle était « une excellente enseignante » (ça, ce n’est pas un scoop), et qu’il la plaçait parmi les 30 meilleurs enseignants qu’il avait inspectés depuis 10 ans (soit environ 1000 inspections). Elle est soulagée (moi aussi quelque part) et heureuse (moi aussi, je suis content), d’autant qu’on n’est jamais à l’abri de tomber sur un crétin d’inspecteur. Elle retourne demain à une porte ouverte, mais le week-end va paraître bien doux.

29 mars 2020

Des nouvelles du front

La deuxième semaine s’est bien passée. J’ai été en télétravail toute la semaine, sauf mardi, jour où nous avons appris que deux autres collègues étaient soupçonnés d’être infecté par le Betacoronavirus SARS-CoV-2, même si cela paraît moins clair. Pour l’un la contamination vient de l’extérieur (son fils) et pour l’autre, on ne sait pas. Ils sont malades, mais vont plutôt bien dans l’ensemble et le premier va mieux. Pourvu que ça n’aille pas plus loin et que cela s’améliore.

Mon père, qui avait un dérèglement intestinal et gastrique depuis une bonne quinzaine de jours (et avait consulté son médecin pour cela) a eu sa situation qui s’est détériorée en début de semaine, avec, cette fois, de la fièvre. Il est assez coutumier de cela et ça finit par passer, mais cette fois, son médecin ne sait pas très bien ce qu’il a et lui a demandé de passer un test « COVID-19 », ce qu’il a pu faire dans un laboratoire ce samedi matin. Résultat demain lundi. C’est une précaution compte tenu de sa fragilité car il n’a aucun symptôme classique de la COVID-19. Il s’inquiète énormément pour ma mère, car il a peur de finir à l’hôpital. Même si je suis loin, je pense que nous nen sommes pas loin.

Tout cela est un peu anxiogène dans ce contexte de confinement et alors qu’au boulot, il y a énormément d’inconnues et que l’on subit plus qu’on ne contrôle quelque chose. Certains collègues ne semblent pas se rendre compte de la réalité et de la gavité de la situation, ce qui me met en rogne (pas que moi dailleurs). Mais on tient le coup. Notre présidente a appelé ma collègue directrice pour lui dire que le message sur notre site internet pour dire que nous étions fermé était trop laconique, comme si les visiteurs potentiels pouvaient avoir un doute sur le pourquoi du comment. Pas un mot pour demander comment se déroulait le confinement ou pour savoir si quelquun était malade. Non, juste une autre question, légitime, sur la trésorerie. Ma collègue lui a juste répondu « on gère ». Je pense quelle est toujours vexée de sa élimination après le premier tour des élections municipales et que nous ne layons pas appelée pour la plaindre. Pourquoi ne ma-t-elle pas appelé ?

Demain, je retourne au travail pour récupérer 2-3 bricoles et saluer mon assistance dont ce sera l’avant-dernier jour de travail après presque 35 ans de bons et loyaux services (rarement de tels termes auront eu autant de sens pour moi). Celle-ci, qui n’a pas encore l’âge de la retraite nous quitte pour aller travailler dans l’entreprise d’ambulances de son mari, suite au départ de son associée. Je vais la regretter énormément, à la fois sur le plan humain, mais aussi au sujet de la qualité du travail qu’elle effectuait (elle n’était plus qu’à 3/5 de temps et souvent à 2/5 cette année). Nous ne la remplacerons pas, nous allons confier le travail à d’autres personnes (une en particulier pour le secrétariat pur), mais je sais que je vais perdre beaucoup en efficacité, en rigueur, en sérénité. Je n’ai pas pour autant l’intention de réduire mon niveau d’exigence et je crois que je n’ai pas fini de pester. Enfin, nous verrons bien.

11 avril 2020

Journée-type du télétravailleur confiné

Cela a été demandé, voici ma journée-type.

 

Lever entre 6 h 30 et 7 h, soit plus tard que d’habitude.

Allumage de la radio.

Allumage de l’ordinateur du travail (sur la table de salle à manger) et prise de connaissance des courriels envoyés tard dans la soirée (en général, rien le matin de très bonne heure). Quelquefois, envoi d’un message ou deux, mais assez rarement.

Récupération et lavage des oranges ou autres agrumes à presser et parfois préparation de la table de petit-déjeuner.

Allumage de l’ordinateur personnel à mon bureau habituel, visionnage des courriels reçus dans la nuit, parfois, passage par les blogs, développement/post-traitement de quelques photos.

Lever de Fromfrom.

Petit-déjeuner.

Premières vraies réponses aux courriels du travail.

Toilette.

Coupure de la radio.

Retour à l’ordinateur de télétravail. Et là, cela dépend du travail à faire. Appels ou réceptions d’appels avec les collègues, en particulier aux directeurs et aux cadres, plus rarement d’autres personnes.

Lecture des courriels en continu (j’en reçois facilement trois fois plus que d’habitude, c’est de la folie).

Fromfrom allume la télévision vers 12 h et coupe le son à chaque fois que je suis au téléphone.

Fromfrom fait le repas, nous déjeunons peu avant 13 heures. Je lave la vaisselle, Fromfrom l’essuie. Café en regardant la fin des infos.

Vers 14 heures, reprise du télétravail selon les mêmes modalités que le matin.

Vers 15-16 h, je regarde par courts instants ce que regarde Fromfrom en sourdine (Affaire conclue). Idem après 17 h.

Café vers 16 h.

Je fais une nouvelle séance de travail qui se termine, selon les cas entre 18 h 15 et dépasse parfois très allègrement 19 h.

En même temps, Fromfrom regarde Chacun a son mot à dire, Question pour un champion puis N’oublions pas les paroles.

Fromfrom fait la soupe ou autre chose et on mange dans la foulée.

Informations télévisées : toujours et encore le COVID-19. Vaisselle.

On mange des fruits. On regarde souvent Scènes de ménages.

Retour à la télévision ou courriels personnels, blogs…

Coucher vers 23 h (un peu plu tard qu’à l’accoutumée).

 

Voilà les aventures confinées particulièrement palpitantes de Cornus et Fromfrom !

Dans les variations et les écarts majeurs à ce schéma-type, il y a de temps en temps une course de Fromfrom, moi qui vais environ une fois par semaine au travail, Fromfrom qui fait des visioconférences avec le syndicat et moi avec mes homologues directeurs de France métropolitaine et d’outremer.

5 avril 2020

Des nouvelles du front (suite 1)

Lundi, mon père a reçu des nouvelles au sujet de son test au sujet du Betacoronavirus SARS-CoV-2. Le résultat était négatif. Son état intestinal n’était pas encore brillant, mais n’a cessé de s’améliorer durant la semaine. Mais il est ressorti assez fatigué/éprouvé par cette histoire. Heureusement, la femme de ménage (qui est aide-soignante au départ) fait les courses en ce moment, ce qui est une bonne chose. Je pense qu’il va néanmoins reprendre des activités, ce qui sera aussi une bonne chose.

L’état de santé de mes trois collègues malades ou présumés malades du COVID-19 (tu vois Karagar, je suis passé au masculin comme presque tout le monde) s’améliore. C’est encore une bonne chose.

Des sociétés de maintenance informatique profitent de manière honteuse de la crise du COVID-19 en pratiquant parfois des tarifs trois fois supérieurs à l’habitude. Nous en avons eu une nouvelle illustration vendredi au travail. Du coup, nous allons tenter d’esquiver ces voleurs.

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16 février 2020

Biographie de Maurice Genevoix

Ce ne sera pas une révélation, je suis un admirateur de l’œuvre écrite de Maurice Genevoix, en particulier ses romans, j’ai déjà eu l’occasion de le dire. Ma mère me lisait certaines lignes qu’il avait écrites à l’âge où l’on raconte des contes de fées aux enfants. Je précise qu’elle ne me lisait pas un livre pour les enfants (car il en a écrit quelques-uns), mais un roman « classique », La dernière harde (1938). Inutile de dire que je ne comprenais pas bien ce qu’elle me lisait, mais la poésie était bien là, elle… Il faudra attendre tardivement l’adolescence pour que je découvre ce roman, qui est mon préféré et sans doute son meilleur. Avant ça, j’avais lu La Boîte à pêche (1926), qui me paraissait plus accessible. J’y avais découvert la Loire, mais à l’époque, cela ne me préoccupait pas plus que cela. Après, j’avais lu l’un des plus connus, Raboliot (1925), qui lui valut le prix Goncourt. Un peu plus tard, ce fut l’excellent Rémi des rauches (1922) où je retrouvais la Loire, au moment où moi-même, je commençais à être sérieusement tombé dedans. Et puis bien d’autres romans ou récits plus ou moins autobiographiques. Lavant dernier livre que j’avais lu de lui, c’était un recueil de textes inédits ayant trait à la Loire, publiés il y a une bonne quinzaine d’années.

Maurice Genevoix, blessé par trois balles près de Verdun en avril 1915, faillit mourir. Encouragé par son « maitre » (Paul Dupuy) de l’École normale supérieure (rue d’Ulm), il publia son premier livre de mémoires de guerre en 1916, Sous Verdun. Malgré la censure, ce fut un succès, car cela fut considéré comme au plus près de la réalité des horreurs vécues. C’est ainsi qu’il fut vite reconnu comme l’un des meilleurs témoins de la boucherie de la Grande Guerre. Il publiera cinq livres en tout sur la guerre, rassemblés plus tard dans le recueil, Ceux de 14, mais très rapidement, il traitera de plein d’autres sujets, en particulier naturalistes.

Je ne sais pas si c’est la perspective de sa panthéonisation, qui devait avoir lieu le 11 novembre 2019, finalement repoussée au 11 novembre 2020, mais deux auteurs se sont associés pour réaliser la première vraie biographie de Maurice Genevoix. Assez étonnamment, le second auteur (Jacques Tassin), j’avais évoqué un de ses livres ici. Si ce chercheur en écologie est passionné par Maurice Genevoix et qu’il lui a déjà consacré plusieurs livres, ce n’est sûrement pas tout à fait par hasard. J’ai découvert l’existence de cette biographie sur l’internet. L’auteur principale, Aurélie Luneau, historienne, y déplorait dans une vidéo le fait que Genevoix n’avait curieusement fait l’objet d’aucune biographie, ce qui tranchait de manière assez singulière avec l’importance qu’il avait occupée dans la vie littéraire. En effet, élu à l’Académie française en 1946, élu secrétaire perpétuel en 1958 (jusqu’en 1974), il y fut très actif et était régulièrement invité dans les médias, en particulier diverses radios pour des interviews (Radioscopie 3-4 fois avec Jacques Chancel) ou seul aux commandes ou à la télévision, avec Jacques Chancel encore ou Bernard Pivot quelques mois avant sa mort en 1980 (à près de 90 ans). C’était donc ce qu’on appelle un « bon client ». Toutefois, en 1974, il décide de reprendre sa liberté, de quitter la vie parisienne, de retourner une fois encore dans sa maison des bords de la Loire…

Pour en revenir à la biographie, je l’ai trouvée bien documentée. Toutes les citations de Genevoix ou d’autres auteurs sont précisément référencées, gage de sérieux. Ce livre avance globalement dans le sens chronologique, mais avec de fréquents allers et retours en amont ou en aval pour aller chercher des arguments, des citations dans l’œuvre de l’auteur, ses notes, discours… Une façon de procéder qui m’a plu, moi qui ne suis pourtant pas familier des biographies.

Après la biographie, les « Notes des temps humiliés », rédigées entre mai 1941 et fin 1942, restées inédites (découvertes dans une enveloppe par sa fille Sylvie après sa mort). Ces notes ont été rédigées alors qu’il résidait dans une maison de campagne aveyronnaise qui appartenait aux parents de sa première épouse (décédée l’année suivant leur mariage), alors en zone libre. Ces textes correspondent à des réactions d’indignation et de dégoût au sujet des actualités qui lui parvenaient surtout sur le gouvernement de Vichy et autres collaborateurs. Mais certaines personnes de la France libre, dont De Gaulle, en prennent aussi pour leur grade. Je n’avais jamais lu de textes aussi acides et indignés de la part de Genevoix. Il fustige aussi les écrivains et les artistes qui ont fricoté avec les Allemands (notamment l’Union européenne des écrivains à Weimar, organisée par Goebbels), y compris son grand ami le peintre Maurice de Vlaminck. Très paradoxalement, cela ne l’empêchera pas, bien des années plus tard, devenu secrétaire perpétuel de l’Académie française, de faire rentrer sous la coupole Henry de Montherlant et Paul Morand. Ces auteurs avaient été innocentés ou « pardonnés », mais la question demeure posée : quel était le réel intérêt de faire rentrer ses écrivains à l’Académie ? Il a arrêté l'écriture de ces notes au moment où la zone libre fut à son tour occupée et où il rencontra sa future seconde épouse, avec laquelle il revint au bord de la Loire en amont dOrléans.

Pour enfin en revenir à la couleur politique de Maurice Genevoix que j’évoquais ici, prétendue de droite par certains journalistes (évoquée aussi dans la biographie, sans s’y attarder), je ne puis que réfuter une nouvelle fois cette allégation idiote. L’homme qui avait été durement et à jamais traumatisé par la Grande Guerre, était un homme simplement et profondément sensible, humaniste, et libre.

 

LUNEAU A. & TASSIN J., 2019 – Maurice Genevoix. Biographie. Suivie de Notes des temps humiliés. Éditions Flammarion, 308 p.

29 juillet 2019

Brèves cornusiennes du 29 juillet 2019

Nous sommes de retour à la maison après cette première partie des vacances. La seconde dans quelques temps… Nous sommes passés par la Normandie (Lisieux, j’en ai déjà parlé), la Bretagne (dont Plumeville), puis nous avons remonté Talleyrand à l’envers jusqu’en terres éduennes.

A Augustodunum, nous avons passé une douzaine de jours sans mes parents. Nous avons un peu remis la maison en ordre, mais j’ai fait le minimum dans le jardin pour cause de fatigue dans un premier temps, de sécheresse puis de canicule. Heureusement, rien ne nous obligeait.

Du coup, la canicule m’a un peu permis de regarder les transmissions du tour de France cycliste. Jusqu’en 1998 (affaire Festina), je suivais pas mal cette course, mais dégoûté par les affaires de dopage qui n’ont fait que rebondir depuis, j’ai cessé de suivre autant qu’avant, me contentant de regarder en partie quelques étapes de montagne. Cette année, la situation était différente puisque des coureurs français se sont brillamment illustrés, ce qui n’était pas arrivé depuis longtemps. Je me suis pris un peu au jeu, et Fromfrom aussi, ce qui m’a étonné.

En débroussaillant (débroussailleuse thermique) le long de l’étang du Dragon terrassé, je me suis fait piquer par un Frelon européen. Je m’en suis aperçu dans un second temps lorsque j’en ai vu voler d’autres (nid). Du coup, excité par la douleur, par la peur de me faire piquer par d’autres et par la crainte d’avoir une réaction allergique, je me suis retrouvé prestement près de la voiture et avec l’inertie du mouvement de la lourde débroussailleuse, j’ai cassé un clignotant. En moins de deux, je me retrouvais à la maison, je prévenais le voisin pour lui demander de se tenir prêt pour me descendre à l’hôpital en cas de symptômes inquiétants pour ne pas faire comme il y a 19 ans où après 6 piqûres de guêpes, urticaire géant, œdème de Quincke, j’avais pris le volant pour aller à l’hôpital, sans penser que je pourrais faire un choc anaphylactique (j’étais passé à côté d’un accident grave, voire bien pire). Heureusement cette fois, aucune réaction allergique à part un enflement local normal (coude). Il faut dire que je n’avais jamais été piqué par un frelon et que je suis en principe de nouveau insensible au venin de guêpe (4 piqûres simultanées théoriquement), mais il vaut mieux faire gaffe. Mais qu’est-cela fait mal, les guêpes, c’est un peu de la rigolade à côté.

2 janvier 2020

Cela ne va pas si mal finalement...

Nous sommes arrivés chez mes parents à RDG la veille de Noël au soir. Le lendemain, mon oncle et ma tante du cru venaient à la maison pour le repas de Noël. Tout s’est bien passé. Le lendemain après-midi, après quelques courses et une micro-balade, nous rentrons à la maison où mon père se sent de plus en plus mal dans le bas ventre et sans arrêt envie d’uriner sans pouvoir le faire. Je précise qu’il a été opéré de la prostate fin novembre où tout s’était bien passé. Mais il semblerait que la prise d’un médicament lui cause ce souci. On veut l’emmener aux urgences, mais il ne veut pas : « qu’est-ce qu’ils vont me faire de plus ? ». Et puis il se rend compte que la situation est de plus en plus problématique et qu’il ne pourra pas tenir comme ça la nuit. Vers 20 h 30, nous allons aux urgences de Saint-Chamond. Il y a quand même pas mal de monde avant nous. Ils le prennent en charge une petite heure plus tard, on attend encore une bonne heure avant qu’on (Fromfrom et moi) nous appelle. Cela va mieux, il a pu enfin uriner. On suspecte une infection urinaire, l’échographie est OK, mais on attend des résultats pour dans 2-3 heures. Fromfrom et moi revenons à RDG pour manger un morceau et avertir ma mère, qui ne semble pas particulièrement inquiète (elle ne s’inquiète plus trop à présent, contrairement à avant), en attendant le feu vert de l’hôpital. Il est finalement libéré vers une heure du matin. On retourne le chercher. Ouf !

Le lendemain en début d’après-midi, bis repetita. Après une rapide course en ville pour me permettre de faire un changement de joint d’évacuation de WC, mon père est dans une situation pire que la veille. Comme je suis en pleine guerre dans les WC, je laisse Fromfrom emmener seule mon père aux urgences. Cela ira quand plus vite que la veille (moins de monde aux urgences). Moi, je me battrai avec les WC pendant un bon moment (cela n’a pas été évident), mais j’ai vaincu les fuites ! Fromfrom et mon père reviennent avant 20 heures. Re-ouf !

Finalement, pas besoin de nouvelle intervention, cela a été un peu mieux chaque jour depuis. Mais du coup, sa visite de contrôle chez le chirurgien-urologue prévue en février a été avancée à la semaine prochaine. Autre bonne nouvelle, mon père a été notifié, pour ma mère, pour bénéficier d’une aide-ménagère. Ils en ont déjà une, mais cette fois, ils seront davantage pris en charge et aurons plus d’heures. La jeune femme actuelle est très sympa et efficace. Alors, ce n’est pas si mal. Demain, j’installe un siège rétractable dans la douche.

21 janvier 2018

Triangle 2017-2018 (2)

Durant les quelques jours autour de Noël, outre la duchesse mère, nous avons vu le frère aîné de Fromfrom qui a la mauvaise idée d’avoir le même prénom que moi (ce qui me fait sursauter quand sa mère l’appelle, même si elle y met un ton particulier) et qui reste on ne peut plus fidèle à lui-même (peu bavard, ours et furtif). Son frère cadet travaille de nouveau dans la capitale finistérienne, s’est révélé plus enjoué qu’à l’habitude et s’est même montré un peu plus prévenant avec sa mère (en comparaison avec son état d’esprit d’avant sa période maritimo-africaine).

Le jour de Noël, nous avons vu la sœur aînée de Fromfrom (qui, je le rappelle avait été victime d’un AVC il y a plus de deux ans) et dont nous avons pu constater que son état de santé (marche et parole) n’avait pour ainsi dire fait aucun progrès depuis deux ans (contrairement à ce que laissait entendre sa mère). Une situation à vrai dire très triste et un peu embarrassante, tant pour Fromfrom que pour moi. En effet, il est difficile d’avoir une conversation un peu relevée avec elle, d’autant que nous avons un peu de mal à la comprendre, sans compter qu’elle ne nous appréciait guère avant son accident (une vieille dent contre Fromfrom un peu inexplicable).

La plus âgée de nos nièces a un bébé de quelques mois que nous avons pu voir (d’où mon statut de grand tonton). C’est elle qui a le mieux réussi de nos trois nièces et c’est vrai qu’elle se « défend » bien. Elle était avec son compagnon (plus âgé qu’elle et séparé d’une première union avec enfants) que nous connaissons au moins depuis cinq ans et qui semble quelqu’un de bien (prévenant, capable de parler de sujets divers intéressants et intéressé par les autres).

La deuxième nièce est également venue avec son compagnon (il y a deux ans, elle en avait un qui nous était apparu sympa, mais elle l’avait jeté moins d’un an après). Là, on a vu un type assez mal dégrossi (pas méchant, mais pas bien évolué non plus). Elle, est restée une parfaite gamine, sans formation, manœuvre de base dans une usine agroalimentaire, chose que Fromfrom avait connue à une époque de sa vie et qu’elle avait fui. Elle, au contraire, semble bien s’en accommoder. La troisième nièce, 17 ans tout mouillé, n’est pas venue et n’a d’ailleurs donné de nouvelles à sa grand-mère depuis des mois. Elle ne fait plus rien de sérieux à l’école depuis un certain temps (devrais-je dire depuis plusieurs années ?), alors qu’elle est (était ?) dans une filière spécialisée dans l’hôtellerie (ou quelque chose du genre). Depuis quelques mois, elle est en ménage avec un gars plus vieux qu’elle et ne doit plus guère fréquenter les bancs de l’école. Je ne vais pas faire un dessin, cela me heurte (ce n’est pas nouveau). Le père est un abruti irresponsable et la mère « démissionnaire » depuis longtemps (son AVC, les multiples aspects de sa maladie n’ayant rien arrangé). Si cette gamine arrive à s’en sortir à peu près, ce sera un miracle.

Peut-être pourra-t-on trouver mes propos parfois très prompts à juger, acerbes, méchants. Il n’en est rien, c’est juste un constat que je peux considérer comme assez neutre malgré tout. On pourra me rétorquer que je me fie trop aux apparences. Oui, sans doute, mais ces apparences sont quand même corroborées par certains faits. Le pire n’est jamais sûr et espérons que ceux qui sont dans les difficultés (sans toujours en avoir conscience, ou du moins pas encore), sauront s’en tirer sans gros dégâts. Et c’est encore le moment des vœux.

13 janvier 2013

Pas dans mon jardin

Je ne vais pas faire ici l’apologie des gaz de schistes ou d’autres hydrocarbures. Entendons-nous bien, il faut en réduire au maximum la consommation, pour les raisons que nous connaissons bien : la libération de dioxyde de carbone et, on n’en parle pas suffisamment, les différentes pollutions liées à leur combustion : hydrocarbures imbrûlés, oxydes d’azote et de soufre… et je ne parle pas ici des pollutions engendrées par leur extraction et leur transport.

Bien que de très substantiels progrès pourraient être faits à court terme pour rendre les véhicules ou autres installations industrielles et commerciales nettement plus économes en énergie, il n’en reste pas moins que les hydrocarbures restent encore sur le moyen terme, relativement indispensables dans notre société actuelle (enfin, cela pourrait se discuter, mais faisons-en le postulat), pour les besoins énergétiques, notamment les transports, ou encore pour la confection de certains polymères et autres plastiques (notons toutefois que le bois, par exemple, reste sous-utilisé).

La problématique de l’extraction des gaz de schistes, notamment en France, fait débat depuis quelques mois ou quelques années. A juste titre, semble-t-il. Le mode d’extraction est en cause (par facturation hydraulique), si l’on en croit les expériences menées aux États-Unis ou au Canada, par exemple. D’autres modes d’extraction sont possibles, mais ne semblent pas extraordinaires non plus. Mais peu importe, là n’est pas mon propos. Ce qu’il convient de se poser aussi comme question, ce sont les dégâts humains et environnementaux de l’ensemble des extractions d’hydrocarbures. Or, c’est loin d’être idyllique comme certains oublient de le dire. Certains écolos de salon français ne voudraient pas d’extraction de gaz de schistes (ou oublie au passage qu’il y a aussi des réserves de pétrole très substantielles en France, métropolitaine ou autre), mais ne disent pas grand-chose de ce qui se passe ailleurs sur la planète et ne disent rien non plus sur le fait que leur voiture ne carbure pas à l’eau bénite. Une autre forme du syndrome NIMBY (not in my backyard – pas dans mon jardin). Et on ne dit rien non plus du raffinage : c’est tellement mieux de le faire dans les pays pauvres. On s’émeut parfois des marées noires, mais on oublie vite la pollution chronique des mers.

Eh bien, quitte à être à contre-courant, en ce qui me concerne, je préfèrerais que l’on trouve des moyens pas trop dégueulasses (pas propres, je ne rêve pas à ce point) pour extraire des hydrocarbures en France et en Europe, pour les raffiner et les transformer. C’est loin d’être pleinement satisfaisant, mais c’est mieux quand même de faire cela quand il y a des règles à peu près respectées quant aux normes sociales, environnementales et du point de vue de la santé. Et puis, cela évite de délocaliser encore des emplois. Ce n’est quand même pas si affreux que ça, ce que je dis. Si ?

31 décembre 2017

Force doit rester à la vie

Calyste disait ces jours que c’était la trêve des confiseurs, qu’il ne se passait généralement rien d’essentiel dans le monde. Pourtant, pour Saint-Sylvestre 1983, je me souviens parfaitement de l’enterrement de mon grand-père maternel (seule date d’enterrement de mes proches dont je me souvienne précisément). Il avait 78 ans. Une cousine (germaine de ma mère), A., est décédée hier d’un cancer, à l’âge de 70 ans. Ma mère la considérait un peu comme une sœur (de douze ans plus jeune qu’elle) car pour commencer leurs parents étaient très proches : frère et sœur avaient épousé sœur et frère de l’autre famille, avec deux filles dans les deux cas. La première cousine, un peu plus âgée, est décédée depuis plusieurs années.

De mon côté, je me souviens très bien que A. avait dit aux obsèques de mon grand-père en 1983, qu’elle l’avait considéré comme un second père. Quelques années plus tard, elle fut victime d’un cancer du sein très grave dont elle parvint à se remettre. Elle fut tranquille une grosse quinzaine d’années, mais une récidive est apparue il y a une douzaine d’années, et ce ne fut depuis qu’une longue descente jusqu’à l’extinction d’hier. Je dois dire qu’elle a fait preuve d’une extrême résistance et d’un courage incroyable. Je pense qu’à sa place, je serais mort depuis longtemps. Je ne l’avais pas vue depuis des années, mais j’ai eu des informations régulières par ma tante. La concomitance entre la mort de mon grand-père et A. à 34 ans d’écart me frappe un peu. Par ailleurs, c’était quelqu’un que j’appréciais beaucoup. On se voyait assez régulièrement avant que je ne parte faire des études à Tours et même après, on se voyait toujours lors des fêtes de fin d’année. Donc, pour moi, elle est aussi associée au contexte festif (son mari également). C’était une femme forte, de conviction, engagée syndicalement. Elle avait réalisé l’essentiel de sa carrière chez Creusot-Loire (pas au Creusot, dans la Loire), une aciérie qui appartenait autrefois aux Marrel, et ayant ensuite appartenu à différentes sociétés qui changeaient de nom comme de chemises : Usinor-Sacilor, Industeel, Arcelor(-Mittal).

Oui, moi aussi, je suis triste, mais on ne doit penser qu’à ceux qui restent et à la vie.

9 août 2016

Brèves cornusiennes (60)

D’habitude, début août, c’est relativement calme au boulot. Cette année, des « drames » se jouent.

Ma directrice « scientifique » continue à m’emmerder, même au cœur de l’été,quand l’ambiance pourrait être à un peu plus de détente.

Elle est tombée malade pendant les vacances et m’a demandé qu’une partie de ses vacances ne soit pas décomptée de ses jours de congés. J’ai commencé par dire non, parce que je suis un chef autoritariste dénué de la moindre empathie c’était la première fois que l’on voyait arriver une telle demande et ce n’est pas dans le code du travail et puis parce que quand elle peut demander un traitement de faveur et des dispositions d’exception, c’est la première à en user et surtout à en abuser. Mais la convention collective dont nous relevons autorise des choses après autorisation de l’employeur, et j’ai autorisé (comme quoi je ne suis pas si mauvais que ça).

Moins de 24 heures plus tard, alors qu’elle est en arrêt de travail, elle diffuse depuis chez elle un document dont j’étais l’auteur du texte de départ où elle propose à tout le monde, entre autres, un nouveau travail pour la fin de l’année ou le début 2017, qui est à peu près sûr de désorganiser les équipes et est surtout complètement irréaliste vus les délais et les impondérables. Je lui explique gentiment (je suis le seul à pouvoir lui répondre sur le sujet, tous les autres sont en vacances) et elle répond, toujours à tout le monde, en se justifiant, mais sans répondre à mes préoccupations de faisabilité technique, de charge et calendrier de travail et surtout de gestion de projet et plus généralement de travail en équipe. Et comme elle se moque de tout cela, je réponds de manière un peu plus vive que ce n’est pas de cette manière que j’entends que les choses se passent (dire ça à une directrice super sénior de 61 balais est plus que surréaliste, mais elle ne comprend pas). Et après ça, je reçois en retour à ma seule adresse, un message de plaintes et d’accusations : je la décrédibilise « un peu plus » vis-à-vis des autres (comme si le « un peu plus », voire le « beaucoup trop » n’avait pas été dépassé depuis très longtemps), que je suis rien qu’un méchant, que je ne lui fais pas confiance, et elle remet le couvert pour justifier sa marotte. Et là, je suis pris d’un doute : que faire ? Le Cornus doutant et en colère est une espèce imprévisible. Il écrit une réponse cinglante, très cinglante, mais ne l’envoie pas. Il demande un avis un peu extérieur, en l’occurrence Fromfrom, qui connait un peu le contexte et en gros les turpitudes de la dame (invisibles pour qui ne la subit pas au quotidien au travail). Contrairement à mon autre directrice, Fromfrom m’a conseillé de ne pas envoyer ce que j’avais écrit, parce qu’elle était incapable d’entendre mes arguments « pour le moment ». Je pense que ce n’est pas que « pour le moment » mais un état permanent de surdité, mais je prendrai plus tard le temps de lui dire tout ça de vive voix, même si je sais qu’elle fera tout pour esquiver, noyer le poisson, rejeter la faute sur d’autres… J’ai aussi peur qu’elle finisse par m’accuser de harcèlement (même si tout ce que je peux dire est réel), notamment si je suis trop vif et il me semble délicat de savoir où placer le curseur. Qu’est-ce qu’on peut perdre son temps avec ces conneries. Tout cela est usant. Vivement qu’elle soit à la retraite.


Lors de ma participation à mon premier conseil scientifique en 2003 (réunion une fois l’an), à peu près un an après mon arrivée, j’avais assisté à l’élection du nouveau président et c’est encore lui aujourd’hui. A l’époque, je le côtoyais peu, à part quelques heures tous les ans. Peu à peu, au fil des discussions, nous nous sommes trouvés un intérêt commun pour les vins (lui est Alsacien) et nous avons participé avec d’autres, à plusieurs repas sympathiques le soir en marge des conseils scientifiques. Fromfrom a même participé à plusieurs de ces événements.

Puis, il y a environ six ans, il a pris sa retraite d’ingénieur de collectivité territoriale (il était directeur d’une équipe) et a créé une entreprise individuelle. Soit. Mais en tant que bénévole dans notre conseil scientifique, il s’est mis à nous faire des notes de frais au nom de son entreprise, en feintant sur les coûts kilométriques qu’il affiche plus de 50 % plus cher que les tarifs votés au sein de notre CA (correspondant à une voiture de 5 CV parcourant 20 000 km par an). En plus, il nous facture de la TVA à 20 % alors que parfois, elle lui avait été facturée à lui à des taux inférieurs. Je passe aussi sur le fait qu’il avait comme par hasard oublié de retirer de sa facture les repas de sa compagne. Depuis deux ans, notre comptable ne s’était rendu compte de rien et le commissaire aux comptes non plus, mais cette année, cela n’est pas passé et c’est normal. Mais Monsieur conteste pour la TVA et les coûts kilométriques, parce qu’il a une « petite retraite » et qu’il doit financer ses autres activités scientifiques et congrès en Chine, en Suisse et je ne sais quoi. Quel rapport avec le fromage ?

Au fil des ans, je me suis aperçu peu à peu que l’homme n’était pas seulement « précieux », mais carrément mondain, avec des allures parfois hautaines, ce que j’avais déjà du mal à admettre. Que l’on s’entende bien, cela ne remet aucunement en cause ses qualités scientifiques indéniables, notamment dans les domaines des om*belli*fères ,dont il est le spécialiste français incontestable, et de la conservation des espèces végétales. La découverte de l’année, c’est qu’il s’agit d’une personne excessivement vénale et qui ne se gêne pas pour tricher par inadvertance. Qu’il n’ait pas une retraite importante par rapport à son ancienne rémunération de salarié, c’est un fait, car on sait que fonctionnaires territoriaux, même les ingénieurs, ont beaucoup de primes qui ne sont pas comptabilisées dans le calcul de leur retraite, mais il a fait une carrière complète et avait un statut un peu plus enviable qu’une femme de ménage. Il ferait pleurer dans les chaumières. Maintenant, il dit que dans ces conditions, il ne viendra pas au conseil scientifique de l’an prochain, ce qui est gênant pour un président, mais je crains qu’il ne veuille pas démissionner. Donc, on s’est dit qu’on allait s’arranger pour ajouter des articles dans le règlement intérieur de l’association à l’occasion de notre CA du mois de novembre et nous allons organiser son « abdication ». Car oui, sauf démission personnelle ou décès, les conseillers scientifiques sont indécrottables, élus à vie. Je vais revoir tout ça. Non mais.

19 juin 2017

Mexiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiicoooo !

L’autre jour, entendu dans la voiture un enregistrement personnel de Roberto Alagna interprétant, entre autres, Le chanteur de Mexico de Luis Mariano. Et je dois dire que j’ai pas mal besoin de choses aussi positives en ce moment pour oublier, malgré le soleil éclatant, la grisaille des mauvaises nouvelles du boulot. Alors voici l’original qui ne se dément pas.

1 avril 2017

Vrai ou faux

Parmi les dix propositions ci-dessous, lesquelles sont vraies, lesquelles sont fausses ?

  1. Après m’avoir rencontré à l’occasion de plusieurs réunions, la Secrétaire d’État à la Biodiversité m’a invité au Ministère.
  2. D’un coup de poing, j’ai cassé un bout de dent d’un de mes camarades de classe au collège.
  3. J’ai aidé Fromfrom a enfiler des perles pour faire un collier pour sa mère.
  4. J’ai embauché deux agents de sécurité qui en attendant de passer à l’action au mois de septembre, feront le ménage.
  5. J’ai perdu une de mes cannes à pêche, emmenée dans le fond de l’étang par une carpe.
  6. J’ai serré la main à Arnaud Montebourg en montant dans le train à la gare du Creusot-TGV.
  7. J’ai volé des Tulipes sauvages (jaunes) dans un jardin de la vallée de la Loire en Touraine.
  8. J’aime bien tous les dizaines (centaines) de fromages que j’ai goûtés.
  9. Je me suis fait tailler un costume sur mesure.
  10. Je n’ai jamais triché à un examen.
13 avril 2017

Nouvelles jardinières

Karagar nous montre son jardin rempli de formes et de couleurs somptueuses, Plume nous donne régulièrement des nouvelles de son potager…

Alors moi, je vais aussi donner des nouvelles du jardin éduen, qui était resté dans le même état que celui où il était pour la Toussaint l’an dernier. Donc, lundi, désherbage intensif sur environ 170 m², mardi, motobinage sur la même surface et ce mercredi, enfouissement des granulés de fumier puis semis et plantations de carottes (Nantaise améliorée et Tilques), pommes de terre (Ratte, Charlotte et Rosabelle), échalotes, oignons (jaunes, rouges et blancs), salades (Batavia), persil (plat et frisé), le tout sur une un gros tiers de la surface. Pas de photo, ce n’est pas particulièrement esthétique (terre nue). Le plus dur est fait. Le reste des plantations, mon père les réalisera quand son genou en compote ira mieux.

26 mars 2017

Musée Magritte à Bruxelles (8 et fin prématurée)

Parfois, je ne sais pas ce qui me passe par la tête. Je ne souhaite en aucun cas publier des photos qui ne seraient pas libres de droit. Quand il m’arrive de publier des photos qui ne sont pas de moi (ce qui est rare), je me sers sur Ouiqui dont la licence Creative Commons mentionne l’obligation, tout à fait normale, de citer l’auteur de la photo quand l’auteur est identifié (c’est généralement le cas, même si le nom a parfois un caractère exotique), ce que je fais depuis plusieurs années. Les droits patrimoniaux (uniquement eux) des œuvres tombent dans le domaine public 70 ans après la mort de leur auteur. Très bien. Mais bêtement, je n’avais pas songé qu’avant ces 70 ans, mes photos de peintures ou d’autres œuvres constituent des copies illégales dès lors que je les diffuse sur l’internet, même si rien ne m’interdit de faire ces photos pour mon usage personnel. Du coup, j’ai effacé toutes les photos d’œuvres qui n’étaient pas dans les clous sur ce blog, à l’exception des deux dernières publications sur Magritte, que j’effacerai donc très prochainement. Donc, en définitive, la visite du musée Magritte se termine là, afin d’être conforme avec le droit et mes principes.

22 mars 2017

Musée Magritte à Bruxelles (4)

Quelques portraits.

Hommage à Eric Von Sroheim, invitation pour l’Écran du Séminaire des Arts, Bruxelles. 1957. Pour moi, le souvenir de l’acteur dans La Grande illusion, film que je nai vu quune seule fois il y a longtemps et qui ma beaucoup marqué.

 

 

Le cinéma de Raymond Queneau, invitation pour l’Écran du Séminaire des Arts, Bruxelles. 1964.

 

 

Portrait d’Adrienne Crowet. 1940.

 

Portrait de la famille Giron. 1943.

 

Portrait du baron Joseph van der Elst et de sa fille. 1962.

 

Portrait d’Irène Hamoir. 1936.

18 mars 2017

Musée Magritte à Bruxelles (1)

Nous avions profité de la semaine de congés de début février pour aller à Bruxelles, visiter, entre autres, le musée consacré à René Magritte. Cela faisait longtemps que j’avais cette envie d’aller voir les œuvres de ce célèbre surréaliste. Je vais présenter les œuvres à peu près par ordre chronologique. Je précise aussi que chez cet artiste, les titres ne sont que très rarement descriptifs (les premiers un peu plus, à mon sens). Voici les quatre premiers tableaux.

La Salle d’Armes. 1926.

 

L’Écuyère. 1922.

 

LHomme du large. 1927.

 

Le Sang du monde. 1927.

9 avril 2012

Il paraît que c'est le sixième anniversaire de ce blog

Les plus assidus des lecteurs comme Fromfrom auront remarqué qu’aujourd’hui ce blog figurait sur la page d’accueil de Canablog. Pourquoi ? Parce que cela fait tout juste 6 ans qu’il a été créé (après un premier qui ne dura que quelques mois à peine sur une autre plateforme qui s’avéra bien moins pratique à l’usage). Quel bilan ? Pas envie d’en faire un. Je dirai simplement, qu’il s’agit là de la 739ème note visible (quelques-unes ont été effacées), que 72 266 visiteurs sont venus y voir 135 760 pages. A l’époque, je ne pensais pas qu’en ouvrant un blog, j’en serai là aujourd’hui, d’autant que je ne me sentais pas forcément la capacité d’écrire. Je n’écris pas très bien certes, mais je pense qu’il y a bien pire que moi sur les blogs.

5 novembre 2015

Retour sur cette de semaine pourtant pas terminée

Et pour finir, parce que Calyste en parlait pour Marguerite, parce j’aime ça, parce que je l’écoute encore régulièrement dans la voiture, voici le second air de la Reine de la nuit de La flûte enchantée de W. A. Mozart, interprété par Edda Moser, probablement la meilleure, en tout cas des interprétations que je connaisse, la plus impeccable.

7 octobre 2015

Brèves cornusiennes (51)

Avec le temps, je me « plumifie » par certains aspects. Singulièrement en ce moment, j’en ai assez d’écouter les infos :

  • les inondations dans le sud-est où on nous rabâche sans arrêt les mêmes inepties, presque jamais sans dire qu’on a imprudemment, consciemment voire criminellement construit dans le lit des cours d’eau. Alors on déplore des victimes. Hélas, tout cela était prévisible à plus ou moins brève échéance ;
  • les cadres déshabillés d’Air France. Certes, je ne cautionne pas la chose, mais personne n’a le sentiment que la chose est plus que montée en épingles, que la ficelle de la manipulation n’est pas assez grosse. Sur le fond, je ne sais pas, je n’ai pas bien étudié la chose, mais là n’est pas la question ;
  • les propos de la Morano. On dirait qu’on fait semblant de découvrir que c’est une dame délicate, tolérante et très intelligente ;

Trois exemples récents pour montrer que les journalistes des grands médias nous intoxiquent de choses parfois sans intérêt au lieu de s’attaquer à de vrais sujets. Je ne dis pas que mes deux premier exemples sont sans intérêt, mais la façon dont ils sont généralement traités, si.


28 janvier 2014

Brèves cornusiennes (19)

Comme prévu ma matinée s’est bien passée (voir la note d’hier). En revanche, une intervenante universitaire avait dû se tromper de colloque. Son intervention, très intéressante sur le fond (génétique des populations) a déplu à l’auditoire car c’était d'un probablement d’un trop haut niveau : ceux qui ne décrochaient pas dormaient ou sortaient de la salle pour prendre un café. En revanche, un de mes collègues d’Amiens a fait un bel exposé mêlant les notions de patrimoine culturel et patrimoine naturel. Il a notamment beaucoup parlé de peinture, surtout Corot et les impressionnistes, de la cathédrale d’Amiens (eh oui). Je savais que nous avions pas mal de points en commun tous les deux, mais là, j’ai adoré.


Fromfrom a passé son IRM : elle n’a rien de très abîmé en dehors de l’arthrose, ce qui était déjà connu. C’est plutôt une bonne nouvelle, mais alors pourquoi a-t-elle mal à ce point ?

14 juin 2009

L'alcool et moi : quelques mots

Une note chez Kab-Aod m’avait d’abord inspiré un commentaire, mais comme c’était décidément trop long et que je parlais trop de moi, j’en ai fait cette note. Je précise tout de suite qu’il ne s’agit que de deux ou trois faits mis par écrit.

L’alcoolisme, je n’y ai pas été directement confronté, mais il faut dire que j’ai été durant toute mon enfance et mon adolescence extrêmement sensibilisé à la problématique, notamment par ma mère. Jeune, donc, je ne buvais pas une goutte d’alcool, ma mère me l’interdisant. Après 18 ans, on consentit à me verser quelques larmes de bons vins ou de certains apéritifs. Avant ça, même le café m’était rationné dans des fonds de tasse.

Après mon départ de la maison pour mes études à 500 km de là, j’avais une chambre chez des gens avec lesquels je m’entendais bien. Ils m’invitaient souvent le dimanche et on me faisait boire essentiellement des vins du Loir-et-Cher, de Touraine et d’Anjou, ce qui fut une vraie nouveauté pour moi (je n’avais goûté jusque là pratiquement qu’à des bourgognes). Je m’étonnais alors qu’on puisse ainsi me remplir mon verre. Je découvrais, j’appréciais. C’est à cette période que j’ai commencé à développer mon goût pour les vins.

Deux ans plus tard, j’ai vécu seul pendant deux ans dans un petit studio et c’est là que j’ai commencé à acheter du vin, mais je n’en buvais jamais seul. Je ne souffrais nullement de solitude à l’époque, mais elle était bien réelle.

Il y a un peu plus de dix ans, alors que je vivais à Chi*non, pour la première fois, j’ai commencé à boire seul ou presque. Cela se traduisait par un ou deux verres de bière deux à trois fois par semaine dans le bistrot du coin. J’y allais seul le soir avant de rentrer dîner chez moi, à 50 m de là. J’y allais surtout pour discuter, souvent pendant plus d’une heure avec le patron et la patronne avec lesquels je m’entendais bien et qui avaient une conversation autrement plus intéressante que celle, classique, du café du commerce. Chez moi, le week-end, je me buvais une bouteille de vin, alors même que je me préparais des plats un peu moins ordinaires qu’en semaine.

Arrivé dans le Nord, j’ai arrêté d’aller au bistrot seul et cela ne m’a pas manqué, en dehors d’une solitude plus marquée. Un sentiment de solitude qui allait pourtant s’amplifier début 2004, alors même que je ne sortais pour ainsi dire jamais.

Aujourd’hui, le week-end, nous aimons nous boire une bouteille, parfois avec gourmandise et c’est une joie de le faire.

Le fait que le père de S., que je n’ai pas connu, soit mort, pour une large part, à cause de l’alcoolisme, m’interroge. S., elle-même me dit souvent sa crainte d’y basculer un jour, même si les éléments favorables semblent être bien loin d’être réunis. Dans une partie de ma belle famille, je constate malheureusement que le mal fait son œuvre, sans qu’ils semblent en être conscients. Personnellement, je n’ai pas cette crainte. On pourra penser que je suis bien sûr de moi, mais j’ai l’impression qu’il y a chez moi une limite physiologique, mais bien sûr, je n’ai pas de certitude absolue.

Dans mon entourage de voisins amis quasi familiaux à Aut*un, un des jeunes (D.), sans emploi, en charge de la ferme suite à la mort de son oncle en 2000, mais néanmoins partiellement désoeuvré, s’est mis à boire vers l’âge de 25 ans. Boire à partir du lever (vers 11 heures) jusqu’à la nuit. Au moins un accident de voiture dû à l’alcool, heureusement sans gravité. Il faut dire que dans le coin, les gens, sans s’enivrer, boivent beaucoup, vraiment beaucoup d’alcool. C’est un fait, c’est une « culture » là-bas, on feint de ne pas avoir vraiment conscience des méfaits de l’alcool. Lors des fêtes et alors que je ne suis pas contraint par la nécessité de prendre le volant, il m’arrive de boire, en quantités non négligeables et je ne crois pas être du genre à rouler facilement sous la table, mais mes concurrents me battent haut la main. Et alors que je sature, eux paraissent frais comme des gardons. Je croyais que D. était un garçon qui s’était mis dans une situation inextricable, sa famille et lui ne semblant pas prendre la mesure de la situation, dans un aveuglement assez généralisé. Heureusement pour D., après le règlement de la succession de la ferme il y a un an, il ne s’occupe plus de la ferme, a trouvé un emploi et, me dit-on, ne boit plus. Il a par ailleurs retrouvé un certain punch qu’il avait complètement perdu. Comme quoi, des événements, des changements, des ruptures, même non traumatisantes, peuvent amener à boire et d’autres à s’en sortir.

11 octobre 2009

Programme environnement du ministre Cornus (rediffusion)

Entre décembre 2006 et mars 2007, j’avais répondu par jeu à un certain Ar valafenn qui voulait, si mes souvenirs sont bons, être président à compter de 2012. J’avais donc rédigé ces quelques lignes esquissant un programme pour un ministre de l’environnement. Depuis, il faut bien dire que ça a bougé notamment avec le « Grenelle de l’environnement ». Tout cela reste notoirement insuffisant et mes « propositions » restent largement d’actualité. Au fait, on remarquera que sans le dire, j’avais déjà inventé la taxe carbone, et d’autres taxes environnementales.

1) Politique énergétique

L’énergie nucléaire, dont on ne peut se passer à court, voire à moyen terme en attendant de développer des énergies alternatives dites « renouvelables » sera maintenue. En revanche, un vaste débat sera organisé dans le pays pour organiser une vraie et totale transparence sur la pollution qu’elle induit et sur l’ensemble des risques supposés ou réels.

Afin d’organiser l’autonomie énergétique de la France et de l’Europe, un grand service public sera constitué ou reconstitué afin que chaque citoyen puisse bénéficier des mêmes services, de la même qualité de service et du même prix, et ce sans contribuer à l’enrichissement d’actionnaires.

L’État devra investir massivement pour :

  • sécuriser les installations nucléaires actuelles ;

  • valoriser 100 % les biogaz des décharges et stations d’épuration ;

  • favoriser la recherche et le développement des énergies alternatives (éolien, solaire, hydraulique, etc.) et ce dans le strict respect des milieux naturels et du bon fonctionnement des écosystèmes ;

  • dans un terme de 10 ans, l’énergie nucléaire devra représenter moins de 50 % de l’électricité produite (80 % aujourd’hui) ;

  • renforcer la recherche sur les centrales à fusion nucléaire.

Par ailleurs, l’État developpera de façon considérable les économies d’énergie. A cette fin, les axes suivants seront privilégiés :

  • une grande campagne de sensibilisation pour réaliser des économies d’énergie (par exemple, utilisation d’ampoules électriques basse consommation, vie domestique, etc) ;

  • obliger les constructeurs d’appareils électriques à supprimer les veilles ou à défaut dûment justifié, à utiliser des veilles peu gourmandes en énergie ;

  • établir rapidement des normes extrêmement sévères sur la consommation des appareils électriques ou thermiques, l’isolation des logements, y compris les HLM ;

  • interdire la plupart des enseignes lumineuses inutiles ou publicitaires ;

  • supprimer ou diviser par deux l’importance de l’éclairage public en ville ou à la campagne et prévoir systématiquement une période d’extinction totale entre minuit et 5 heures du matin ;

  • offrir des avantages fiscaux très significatif aux produits et aux constructions qui seront les plus vertueux (qui feront beaucoup plus que respecter les normes déjà très sévères) en terme d’isolation ou de consommation énergétique (sachant que ceux qui ne respecteront pas les normes seront interdits) ;

  • l’État, ses établissements publics et les collectivités territoriales devront mettre aux normes leurs bâtiments et l’ensemble de leurs appareils dans un délai maximum de 10 ans (au-delà de ce délai, aucune dérogation ne sera accordée).

2) Politique des transports

Les transports sont responsables pour une part importante de la pollution atmosphérique. Toutefois, ils ne sont loin de représenter la seule source de pollution en milieu urbain ; il faut aussi rappeler la pollution liée aux chauffages domestiques et celle liée à l’industrie, entre autres.

Certaines mesures doivent être néanmoins prises de toute urgence :

  • développer des transports en commun de qualité dans des services publics de qualité, créer et densifier les réseaux existants ;

  • créer de nouvelles lignes de chemin de fer (dont TGV et/ou trains pendulaires), notamment entre Le Mans et la Bretagne, entre Tours et le sud-ouest et surtout développer des lignes transversales qui évitent Paris ;

  • d’une manière générale, faire en sorte que les transports en commun soient beaucoup moins onéreux que les transports en véhicules personnels ;

  • développer des transports urbains conviviaux, développer considérablement des plateformes efficaces pour les transferts voitures/train, voitures/transports urbains ;

  • mieux desservir les petites localités, ne pas chercher à rentabiliser certaines destinations ;

  • dans l’administration (s.l.), diviser par quatre le nombre de réunions à l’extérieur, encourager la vidéoconférence ; d’une manière générale, mieux organiser les déplacements professionnels

  • favoriser les déplacements à pied et à vélo (notamment en ville) moyennant des vrais aménagements spéciaux.

Pour les transports de marchandises :

  • créer des plateformes multimodales de transit entre les transports routiers, ferroviaires, maritime, fluvial, aérien ;

  • mettre enfin en place le ferroutage

  • développer des canaux de navigation respectueux des milieux naturels (s’inspirer d’expériences menées aux Pays-Bas notamment) ;

  • taxer le gazole au même tarif pour le transport routier que pour les véhicules personnels, puis au même tarif que l’essence sans plomb et utiliser le produit de cette taxation pour le développement de transports alternatifs ;

  • à terme, supprimer tous les péages autoroutiers (qui sont une atteinte grave à la liberté de circuler et une régression à caractère médiéval (péage et octroi)) ; d’ici là, renationaliser les sociétés d’autoroute et faire payer des redevances de péage à la hauteur des dégradations occasionnées, c’est-à-dire globalement, diviser par deux les redevances pour les véhicules légers et doubler ceux des poids lourds ; utiliser les redevances perçues, non pas pour rémunérer les actionnaires, mais pour développer les transports alternatifs ;

  • interdire tout transport par poids lourds qui atteignent ou dépassent 500 km ;

  • taxer le kérosène des avions au même tarif que les autres carburants (actuellement, un régime de détaxation quasi complète existe au niveau mondial).

Pour tous les types de transports :

  • instaurer immédiatement des normes très rigoureuses et volontaristes sur les rejets polluants et la consommation des moteurs à explosion et développer des carburants plus « propres » ;

  • renforcer de façon considérable la recherche appliquée pour réaliser des moteurs moins polluants et développer de nouvelles technologies (moteurs hybrides, piles à combustible, cellules photovoltaïques) ;

  • réserver les « biocarburants » (à base d’huile végétale, d’alcools) aux seuls usages agricoles dans la mesure où ces derniers n’ont pas fait l’objet d’un réel bilan environnemental (pollution d’origine agricole induite par exemple) et dans la mesure où la production s’avèrera toujours insuffisante par rapport aux besoins ;

  • limiter la puissance des moteurs des voitures familiales à 150 ch ; interdire les autres.

3) Politique de l’eau

Actuellement, la qualité des eaux souterraines ou de surface en France est globalement désastreuse.

Depuis quelques années, les installations industrielles ont fait de gros progrès et polluent globalement beaucoup moins qu’avant, bien qu’il y ait çà et là encore des points noirs à maîtriser.

En ce qui concerne les eaux usées domestiques, les choses s’améliorent aussi. Toutefois, les stations d’épuration sont encore souvent mal dimensionnées, pas assez performantes ou ne traitent pas tous les polluants. Il reste encore de très gros efforts à faire. Des normes beaucoup plus rigoureuses devraient être prises et s’il le faut, des mesures autoritaires pour obliger les élus récalcitrants à faire des efforts (sachant que des systèmes de financements à caractère solidaires existent et qu’ils devraient être notoirement renforcés).

Et puis il y a la pollution d’origine agricole, directe ou le plus souvent diffuse, qui représente un grave problème qui n’est malheureusement pas prêt d’être résolu. La problématique « nitrates » est un petit peu l’arbre qui cache la forêt. La norme de potabilité veut que l’on ne dépasse pas 50 mg/l de nitrates (valeur guide européenne fixée à 20 mg/l), valeur allègrement dépassée dans certaines communes bretonnes (entre autres), même si la situation tend à se normaliser quelque peu. Mais pour le bon fonctionnement des écosystèmes de rivière, la valeur ne devrait guère dépasser 2 mg/l toute l’année. On est loin du compte presque partout. En effet, rares sont les cours d’eau qui offrent une telle qualité. Je précise que l’agriculture n’est pas la seule à produire des nitrates, mais qu’elle y contribue largement. Il y a aussi les autres nutriments, en particulier le phosphore dissous assimilable (orthophosphates) : environ un tiers est d’origine agricole et cette proportion tend à augmenter. Ces phosphates représentent un grave problème, car en eaux douces, c’est un facteur limitant dans les cycles biogéochimiques. Lorsqu’ils sont présents (il en faut très peu), et pourvu qu’il y ait suffisamment d’autres éléments nutritifs (ce qui est presque toujours le cas), on peut observer les phénomènes de dérèglements trophiques, que certains, très nombreux, appellent à tort, eutrophisation. Nous préfèrerons parler de phénomène de dystrophie par excès (là aussi, il y a des confusions qui règnent sur ce terme) ou d’hypertrophie (ou hypereutrophie) ou carrément de pollution. Un autre élément azoté peut également provoquer de graves problèmes, c’est l’ammoniaque (composés à base d’ion ammonium NH4+, à ne pas confondre avec l’ammoniac NH3 qui est un gaz), or en n’entend jamais parler dans les médias. Enfin, il y a le problème des pesticides que l’on retrouve presque partout. La plupart du temps, ils ne dépassent pas les normes de potabilité, mais comme il en existe des dizaines (au moins), on ne sait pas quels peuvent être leurs effets cumulatifs (peut-être démultipliés ?). Sont-ils à l’origine de certains cancers ou autres maladies. Pour l’instant, nous n’en savons pas grand chose…

Ceci étant dit, je propose :

  • une mutation totale de l’agriculture actuelle vers l’agriculture biologique sur 10 années ; une refonte totale des aides européennes et nationales afin d’aider mieux les petits exploitants et moins (voire pas du tout) les gros ; orienter immédiatement ces aides vers les bonnes pratiques et progressivement, exclusivement vers le « bio » ;

  • actuellement, l’agriculture est la plus grande consommatrice nette d’eau et elle ne paie pour ainsi dire aucune redevance aux agences de l’eau ; il conviendra donc, contrairement à ce que ne s’apprête pas l’actuelle loi sur l’eau qui arrive en seconde lecture à l’assemblée nationale ce lundi 11 décembre 2007 à 21h30, de taxer les prélèvements d’eau et les pollutions induites par les engrais organiques ou minéraux ;

  • à encourager, y compris par des mesures coercitives, aux bonnes pratiques agricoles, à commencer par respecter les règlementations en vigueur, puis évoluer rapidement vers des normes plus sévères ;

N.B. : je ne veux pas stigmatiser les agriculteurs dont la situation de certains est parfois délicate sur le plan économique, mais force est de constater que les responsables agricoles (syndicats dominants notamment) s’étaient engagés depuis de nombreuses années à faire des efforts pour moins polluer en échange de non taxation, et on constate qu’aucune amélioration ne s’est produite dans le même temps. C’est pourquoi, il est nécessaire d’aider les plus nécessiteux et ceux qui le méritent vraiment. Les redevances supplémentaires perçues par les agences de l’eau serviront à cela, même si d’autres mesures financières seront nécessaires. Il conviendra également de réformer en profondeur le statut, le fonctionnement et les missions des chambres d’agriculture, actuellement omniscientes, omnipotentes et totalement inféodées au syndicat dominant. Il conviendra par ailleurs de revoir profondément le fonctionnement des établissements agroalimentaires (ou grossistes) qui sont parfois en partie à l’origine de la ruine de certains agriculteurs ou de certaines filières. Enfin, une réforme pour une fiscalité plus juste dans le domaine agricole sera nécessaire.

Actuellement, environ 60 % de la distribution de l’eau potable est assurée par des entreprises privées qui rémunèrent grassement leurs actionnaires en faisant payer le prix fort (quand ce ne sont pas des malversations pures et simples) aux consommateurs et/ou aux communes. Je veux parler des ex Compagnie générale des eaux et Lyonnaise des eaux qui ne se font pas concurrence, mais pratiquent l’entente pour se partager le gâteau, tout en pratiquant des tarifs hyper-juteux. Le reste du marché de l’eau est encore heureusement assuré par des régies municipales ou de syndicats intercommunaux. Il conviendra donc de créer un établissement public (Eaux de France par exemple) pour la distribution de l’eau et pour la dépollution des eaux usées et qui apportera son soutien technique et scientifique aux régies des collectivités, mutualisera les coûts pour la modernisation des installations. Dans le même temps, les services actuellement confiés au privé seront remis dans le service public dès que les concessions arriveront à échéance.

La lutte contre les inondations devra être une priorité. Des règlements plus stricts devront être établis dans les plans d’urbanisme.

Afin de faire appliquer les durcissements de la réglementation que je propose, il sera nécessaire de renforcer l’actuelle police des eaux, et de créer des services uniques au sein de chaque département.

Une politique d’abord contractuelle telle qu’elle se dessine dans les actuels SAGE (Schémas d'Aménagement et de Gestion des Eaux) sera systématisée. Si les résultats d’une telle politique sont jugés insuffisants, ces SAGE devront être renforcés.

Une vraie politique de reconquête des bassins versants, des cours d’eau et des zones humides devra enfin être mise en œuvre. En plus des améliorations en terme de biodiversité, cette reconquête assurera un meilleur fonctionnement écologique et biogéochimique des hydrosystèmes (incl. écosystèmes) ; elle permettra en même temps de lutter plus efficacement contre les inondations (phénomènes de rétention des eaux au sein des zones humides, d’étalement des crues ou d’éponge au sein des systèmes à caractère tourbeux) et d’améliorer la qualité des eaux transitant dans les cours d’eau (filtration, rétention, recyclage des nutriments, lutte contre l’érosion, etc.) notamment par le développement de ripisylves ou autres hautes végétations herbacées à caractère naturel. Ce dernier point méritera, un jour, un développement dans une note particulière.

4) Politique des milieux naturels

La politique des milieux naturels doit tout d’abord s’appuyer sur la réalisation d’un état des lieux précis, ce qui n’a scandaleusement jamais été fait correctement en France, même dans le cadre de l’application de la directive européenne « Habitats-Faune-Flore » de 1992. Cet état des lieux devra commencer le plus tôt possible, avec une cartographie globale de la végétation de la France à l’échelle du 1/25 000. Suivront la mise en œuvre d’inventaires pour l’ensemble des compartiments biologiques. Afin de cadrer cette démarche, le Muséum national d'histoire naturelle devra faire l’objet d’une profonde réforme qui se traduira notamment par la mise en place de cadres et de personnels réellement compétents et spécialistes dans tous les domaines concernés. Cette réforme devra être terminée au plus tard dans 3 ans et la première phase de cartographie et d’inventaires globaux devra être achevée pour 2012.

Toujours par rapport à la directive « Habitats-Faune-Flore », l’État reprendra l’ensemble des sites d’intérêt communautaire proposés en les élargissant et en désignera de nouveaux, afin que les arguments scientifiques en terme de conservation puissent enfin l’emporter. Des désignations autoritaires seront à prévoir et les mesures de gestion conservatoire, parfois coercitives seront imposées si la contractualisation est insuffisante ou inefficace.

La loi littorale sera réformée et renforcée. Des cartographies précises définiront d’un point de vue strictement scientifique les différentes zones à protéger. Ce zonage s’imposera à toutes les collectivités. Le Conservatoire du littoral sera réformé. Il prendra en charge l’acquisition de l’ensemble des milieux naturels ; à ce titre, il se substituera aux conseils généraux (espaces naturels sensibles) et aux Conservatoires régionaux d’espaces naturels. Les personnels de ces derniers seront intégrés dans la nouvelle structure (qui sera en grande partie décentralisée). La politique d’acquisition foncière ne devra se faire que sur des critères environnementaux scientifiquement avérés.

La loi sur la protection de la nature sera révisée, clarifiée et renforcée. Les listes de protection faunistiques et floristiques seront revues sur la base des nouveaux inventaires et ces protections prendront un caractère obligatoire absolu. Des listes d’habitats naturels strictement protégés seront également établies. Les études d’impacts seront conduites par des bureaux d’études agréés et contrôlés par une instance dirigée par l’État et des scientifiques dans les diverses spécialités. Les mesures compensatoires vis-à-vis des dommages causés aux milieux naturels ne pourront désormais concerner que des actions de conservation ou de gestion des milieux naturels. Tout nouveau projet, quel que soit son montant (y compris un simple permis de construire pour un particulier) devra faire l’objet d’une étude d’incidence et d’inventaires précis.

Les documents d’urbanisme devront prendre en compte les milieux naturels de façon accrue et l’État devra prendre toutes les mesures qui s’imposent en terme de contrôle.

Un nouveau réseau de réserves naturelles et de parcs nationaux sera créé. Ils devront permettre une conservation efficace et durable des milieux naturels.

L’Office national des forêts sera refondé. Il n’aura plus pour première vocation de produire du bois et de le vendre, mais de protéger les forêts. Il visera à mettre la moitié des surfaces des forêts domaniales et communales en réserve biologique intégrale.

De nouvelles mesures sur la chasse seront prises afin de faire enfin appliquer les textes existants en tout point du territoire. Si besoin, des mesures autoritaires devront être prises. De nouveaux partenariats seront noués entre l’État et ses représentants, les collectivités et le monde de la chasse afin de viser, notamment à réguler certaines populations d’espèces de la faune sauvage, notamment celles qui témoignent de déséquilibres biologiques et écosystémiques. D’autres règles plus strictes seront prises dans l’organisation de la chasse et dans les introductions de gibiers.

Le monde de la pêche en eau douce sera également réformé. En particulier, les empoissonnements devront suivre des recommandations strictes.

Enfin, l’administration du ministère de l’environnement et de ses services déconcentrés sera réformée. On veillera notamment à ce que les personnels qui occupent des postes spécialisés soient réellement compétents dans leur domaine.

20 janvier 2024

Éco-anxiété

Depuis quelques années, dans les médias, on parle d’éco-anxiété (voir des précision sur la page Ouiqui ici). Personnellement, je m’interroge sur ce phénomène, non pas qu’il n’existerait pas, mais sur le fait que son importance soit en partie construite par les médias. Ce qui me semble plus intéressant, c’est la crainte qui peut exister sur la destruction ou la dégradation de la nature. Et je vais parler de ma propre expérience, d’autant que mon activité professionnelle est clairement engagée vers un objectif de protection de la nature. Et sans faire des déductions à la petite semaine, il n’y a pas véritablement de hasard.

J’en viens à m’interroger sur un fait qui m’inquiétait très jeune. Jusqu’à l’âge d’environ trois ans et demi, j’habitais le logement de fonction de ma mère, en ville très proche d’une chute d’eau de la rivière Gier qui n’était pas encore recouverte par une route. Cette couverture avait aussi pour vocation de cacher un égout à ciel ouvert pour une des rivières les plus polluées de France. Cela, je ne le savais pas encore, mais à l’époque, il n’y avait aucune forme d’assainissement et les très nombreuses usines en tous genres rejetaient directement leurs effluents à un point que l’on peine à imaginer aujourd’hui : sidérurgie, métallurgie, verreries, galvanoplastie, constructions mécaniques, teintureries en nombre très élevés entre Saint-Chamond et Rive-de-Gier / Châteauneuf, sans compter ce qui venait du Janon, de l’extrémité sud-ouest de Saint-Étienne. Au final une eau extrêmement et perpétuellement contaminée par la pollution d’origine domestique mais surtout par des produits hautement toxiques : ce qu’on appelle communément les métaux lourds (mais pas que des lourds) ou plus correctement « éléments trace métalliques – ETM » qui n’avaient rien de traces à l’époque mais avec de fortes concentrations assez peu concevables aujourd’hui, d’autant que la surveillance de la qualité de l’eau ne se faisait pas bien ou était encore en partie balbutiante, sans compter le fait que les pouvoirs publics, les hommes politiques s’en moquaient royalement. Finalement, une rivière aseptisée, sans aucun poisson sur plusieurs dizaines de kilomètres. Je ne vais pas dire qu’il n’y avait pas de vie, mais cela devait se résumer aux bactéries / cyanobactéries voire à quelques champignons résistants et à quelques larves d’insectes les plus polluorésistants même si j’ai quelques interrogations. Les végétaux qui ne trempaient pas directement dans l’eau devaient encore s’accrocher sur les berges. Pour quoi je parle de cela ? Parce que même si l’enfant que j’étais n’y connaissait rien, la pollution crevait les yeux. Je m’en émouvais alors auprès de mes parents alors que j’étais à l’école (classes élémentaires, très certainement). Pour apaiser mon inquiétude, ma mère m’avait évoqué certes le cycle de l’eau et les phénomènes de filtration et d’évaporation, de sorte qu’on récupérait de l’eau « pure » en haut des montagnes. Cela m’avait à moitié tranquillisé, mais je me demandais quand même comment cette « filtration » pouvait se faire. Ma mère avait en partie raison et aussi tort dans le détail, on le sait, car la pollution ne disparaît pas comme cela. Même l’eau récupérée dans les montagnes peut être polluée, en particulier par la pollution atmosphérique, mais bien sûr infiniment moins que l’épouvantable cloaque qui s’écoulait dans le Gier. Je pense pouvoir dire que ma première préoccupation environnementale a d’abord été liée à l’eau : celle que l’on boit, celle des rivières et plans d’eau aux eaux d’excellente qualité. Mes références à l’époque étaient celles d’un affluent du Gier et plus encore les cours d’eau des environs de l’étang du Dragon terrassé.

Après cela, j’avoue que ma prise de conscience a stagné. Mes études supérieures n’ont pas été guidées au départ par une « conscience écologique », mais sans doute en partie par un attrait pour la nature, ce qui est un peu différent. Mais au cours de la deuxième année postbac, la situation a commencé à changer puisque les enseignements, les choses vues sur le terrain m’ont clairement ouvert les yeux sur la pollution des eaux douces, en particulier dans les rivières, mais pas seulement. La suite de mes études allait clairement m’orienter vers des activités qui tenteraient de mettre en évidence les pollutions pour tenter de les corriger (oui, on peut, quelquefois). En même temps, la sauvegarde de la biodiversité (que l’on ne commençait que timidement à appeler ainsi) faisait clairement partie de ma motivation. La composante végétale de ma motivation n’était pas encore complètement identifiée, mais elle le devint au cours du temps. Mon travail de thèse, même si cela n’apparaît pas forcément au premier regard, comportait clairement cette dimension, cette finalité de préservation de la biodiversité floristique et phytocénotique. Le fait de vouloir travailler (souhait aigu) dans un établissement spécialisé comme celui où je suis depuis bientôt 22 ans résulte de la volonté d’agir et de ne pas être le plus mal armé pour le faire de manière correcte. Cela étant, on est confronté à d’autres réalités, souvent assez difficiles et éloignées des objectifs. Capitaine dans la tourmente ? Oui et non, mais là n’est pas la question.

Pour en revenir à la question initiale, j’ajoute les éléments suivants. Si l’on est éco-anxieux, il faut en sortir, soit en comprenant vraiment ce qu’il en est sur le plan scientifique et technique. Cette compréhension n’est pas forcément accessible à tous, certes, mais on peut avoir des éléments qui ne sont pas que de l’intox. La compréhension peut apaiser ou au contraire déprimer davantage encore. Mais dans un tel cas, on a encore la possibilité de se mobiliser. Certains font le choix du militantisme pacifique ou un plus revendicatif, voire violent (je ne puis approuver cette dernière option). D’autres font le choix du professionnalisme. Ce dernier est parfois vérolé, je l’ai constaté chez plus d’un responsable de bureau d’études en environnement, ce qui m’a d’ailleurs incité à quitter une association qui avait pourtant institué un code de déontologie. En parlant de vérole, il y en a aussi chez les militants prétendument écologistes, j’en connais quelques-uns. Personnellement, en tant que détenteur d’une voix scientifique dans certaines instances, il m’est arrivé à plusieurs reprises de me taire officiellement et d’agir en toute discrétion. On parle parfois des lanceurs d’alerte, je n’en suis pas là, mais clairement, j’ai (eu) des craintes, non pas sur ma vie, mais sur les budgets de ma structure. D’ailleurs, cela n’a pas été que des craintes, mais il y a carrément eu des sanctions, ce qui reste une honte, même à la minuscule échelle où j’ai connu cela. La protection des lanceurs d’alerte (les vrais) est très loin d’être assurée, contrairement à ce que certains ont voulu faire croire, les exemples sont multiples. Et cela ne serait pas aussi un peu ça, l’éco-anxiété ?

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