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Cornus rex-populi
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9 avril 2012

Mes écoles et lieux de travail

Voilà une bien curieuse note, d’autant que je ne suis pas encore à la veille de la retraite. Mais l’idée m’en est venue tout à coup. Je n’ai pas voulu raconter ce qui se passait dans ces lieux, mais juste évoquer sommairement où cela se trouvait.

 

École maternelle Victor Hugo

L’école maternelle Victor Hugo se trouvait (se trouve toujours) près du centre ville de Ri*ve-de-Gi*er.

Les classes de petite section de maternelle se trouvaient dans un bâtiment séparé et il y avait une petite cour spécifique. Je n’ai que peu de souvenirs à part que j’y ai été malheureux et que mes parents avaient dû me retirer un temps (j’étais trop jeune).

Ma classe de moyenne section se trouvait au rez-de-chaussée du bâtiment principal (une grosse maison bourgeoise du XIXe s.). Il y avait un couloir assez sombre pour aller à la salle de sieste et aux toilettes. Je réalise à l’instant que ces toilettes semblent revenir régulièrement dans mes rêves. La cour de récréation était enchâssée entre de hauts murs dont deux de couleur noire (une couleur fréquente dans la ville car le matériau noir était en réalité du mâchefer, résidu de combustion de coke dans les fours des usines locales de l’acier).

Ma classe de grande section se trouvait à l’étage dans une extension nouvellement construite. La salle de classe était très lumineuse. Les porte-manteaux se trouvaient à l’extérieur dans un hall. Je me souviens que chacun avait son porte-manteau attitré (il me semble que le mien était rouge avec un dessin d’ours dessus, mais je n’en suis pas certain). Il y avait aussi des WC neufs très « confortables ».

 

École primaire Victor Hugo

L’école primaire touchait la maternelle, mais était clairement séparée par un grand mur noir dans la cour. Toutes les classes se trouvaient dans une sorte de petit château (début XXe s. ?) avec des ailes. D’ailleurs les classes de petite section de maternelle en occupaient une partie du rez-de-chaussée, mais de façon séparée. Ma classe de CP se trouvait au rez-de chaussée. Il en fut de même pour le CE1 (classe du directeur, mon instit préféré) et le CE2. En CM1 et CM2, je suis monté à l’étage par les escaliers intérieurs. Les WC se trouvaient dans la cour. Les premières années, les urinoirs pour les garçons étaient à l’air libre, sans toit et les toilettes des filles, un peu décrépies. Après, les toilettes furent reconstruites à un autre endroit dans la cour, avec un toit et tout bien comme il faut. En revanche, pour boire un coup au lieu de 2-3 robinets, un long tuyau de cuivre avec des trous plus ou moins bien fichus où les gamins pouvaient boire (certains « mangeaient » le tuyau). Comme à la maternelle, il y avait des platanes dans la cour.

 

Collège Louise Michel

Le collège se trouvait presque dans la campagne, assez éloigné du centre-ville, sur la colline opposée à celle où nous habitions. Mes parents m’emmenaient assez souvent en voiture le matin (mais pas à la porte), et c’était loin d’être systématique. En revanche, je rentrai presque systématiquement à pied. Je mangeais à la cantine, sauf le samedi midi. J’y ai fait ma première rentrée l’année de son inauguration. C’était un collège en préfabriqué, mais assez haut de gamme, a contrario de ceux qui avaient été construits dans les années précédentes (style collège Pailleron). Les « murs » déclinés dans diverses teintes de vert étaient assez peu porteurs. C’est la raison pour laquelle il y avait des piliers intérieurs ou extérieurs pour soutenir l’ensemble. Il y avait un ou deux niveaux. Les fenêtres étaient très nombreuses : coulissantes et en aluminium. Les plafonds étaient presque tous recouverts de dalles de liège. Il y avait des classes de sciences spécialement équipées avec des paillasses avec des carreaux en faïence blanche en guise de tables de classe. Dans la cour de récréation, il y avait des Marronniers d’Inde et les vestiges d’une ancienne grande maison qui venait d’être restaurée pour en faire une sorte de mini amphithéâtre de plein air. Les premières années, nous n’avions pas de gymnase et nous devions parfois aller sur des équipements sportifs plus ou moins éloignés. En particulier, il nous arrivait de prendre le bus pour aller au gymnase du lycée que je fréquenterai quelques années plus tard. Et puisque j’ai commencé à parler des WC, je poursuis. Ils étaient en position assez centrale dans le bâtiment. Il y avait souvent une file d’attente (pas assez de place à mon goût – une malfaçon à mon avis). Certains garçons trouvaient le moyen d’y fumer (sans doute les filles aussi). Le principal avait néanmoins mis les moyens pour que cela cesse et en effet, cela a cessé. Le principal était en effet quelqu’un qui était sévère et craint, mais je pense (j’en suis sûr) qu’il était juste et attentif. J’imagine que des principaux dans son genre sont rares. Les choses ont bien dû changer depuis.

 

Lycée Georges Brassens

Le lycée était lui situé du même côté de la vallée et du coup, il me fallait tout au plus dix minutes pour y aller à pied. Je ne sais pas en quelle année ont été construits les bâtiments, mais cela doit dater de la fin des années 1960 (ou tout début des années 1970). De vastes fenêtres là aussi, mais du béton assez brut et ces petits « carreaux-mosaïque » d’une grande laideur, même s’il y en avait assez peu. Quelques salles supplémentaires en préfabriqué très bas de gamme. L’établissement étant également professionnel et BTS, il y avait des ateliers à l’arrière et des classes spécialisées. En seconde, j’ai fréquenté un peu ces classes spéciales à l’occasion de l’option TSA (technologie des systèmes automatisés). Les WC étaient dans un petit bâtiment dans la cour, un peu aux courants d’air. Le site n’était pas très beau : grands espaces goudronnés, peu de verdures, arbres moches…

 

Institut universitaire de technologie de Tours

L’IUT, du moins les principaux départements (dont celui de biologie appliquée) étaient situés sur le rebord du plateau au nord de la Loire. Les bâtiments doivent dater de la fin des années 1960 ou du début des années 1970. Sur le site, il y a quand même quelques plantations et un parking. Tout à côté, se trouve le « RU » (restaurant universitaire) et la résidence CROUS où je n’habitais pas. Que dire ? Rien de spécial, même pour les WC. Je grade de très bons souvenirs, sauf l’amphi où certains cours étaient un supplice pour la rapidité avec laquelle il fallait prendre des notes. La seconde année, nous avions une salle de cours attitrée (option génie de l’environnement).

 

Institut Pasteur de Lyon

C’est là-bas que j’ai fait mon premier stage professionnel (1992) pour sanctionner mon diplôme universitaire de technologie. Il s’agissait sans doute de la période la plus faste de l’établissement (vers la fin du « règne » de Michel Noir comme maire de Lyon), situé dans un bâtiment ultramoderne et que je trouvais assez chouette, non loin de la halle Tony Garnier. L’édifice doit toujours exister, mais ce n’est plus l’Institut Pasteur de Lyon qui se trouve dans ces locaux. Mon travail consistait à réaliser des tests de toxicité chronique à moyen terme vis-à-vis de Ceriodaphnia dubia, une petite daphnie adulte au bout de 3 jours. Je travaillais dans le laboratoire d’écotoxicologie, au sous-sol, sans fenêtre, dans une pièce où température, hygrométrie et lumière étaient contrôlées et particulièrement constantes. C’était une obligation pour la réussite des tests que l’équipe effectuait. Quand on sort dehors en pleine période estivale, cela fait un choc (lumière et chaleur), mais c’était un pur bonheur.

 

Faculté des sciences et techniques de Tours (Parc de Grandmont).

La « fac de sciences », tout comme un lycée professionnel non loin de là, occupent une ancienne forêt (chênaie acidiphile). Le campus au départ assez boisé ne l’est pratiquement plus aujourd’hui, au fur et à mesure des extensions (pas très écolo tout ça, c’est le moins que l’on puisse dire). La première année, nous n’avions pas réellement de salle attitrée, alors on n’avait pas mal navigué. La seconde année, nous fûmes davantage fixés, dans de vastes préfabriqués. Quelques écureuils roux venaient régulièrement faire des cambrioles devant les fenêtres pendant les cours.

 

Muséum d’histoire naturelle d’Autun

En juillet 1993, j’ai fait un stage volontaire non rémunéré au Muséum. Les bureaux étaient à cheval sur plusieurs bâtiments datant pour les plus anciens du XVIIe ou du XVIIIe s. Le conservateur de l’époque m’avait donné un boulot consistant à recenser sur photos aériennes les haies, cours d’eau et arbres remarquables de la commune dans le cadre du Plan d’occupation des sols. Comme j’étais allé beaucoup plus vite qui ne l’imaginais, j’avais fait des tas de bricoles pour avancer le travail et j’avais accompagné une étudiante bac + 2 qui elle faisait un stage obligatoire et qui n’était pas spécialement douée, il faut le dire. Elle devait notamment faire des inventaires floristiques sur différents sites. A l’époque, malgré mon modeste niveau, je brillais à côté d’elle. Du coup, elle se contentait de noter ce que je lui disais.

 

Direction départementale de l’équipement de la Loire, service aménagement et environnement, Saint-Etienne

Mon stage de fin d’études (c’était la deuxième fois que je faisais un stage de fin d’études, mais ce ne fut pas la dernière). Les bureaux étaient situés dans des bâtiments du XIXe s. ou du début du XXe s. je pense dans le centre de Saint-Etienne. Ce dont je me souviens le plus, ce sont ces grandes fenêtres que j’ouvrais en grand en arrivant le matin, tant l’air était vicié par l’odeur de cigarette. Car on fumait à outrance à l’époque dans les bureaux (quelle horreur rétrospectivement). Mon « coach » était un technicien avec lequel je m’entendais bien et qui était le plus jeune de tous. Il y avait des « vieux » : des techniciens qui se la coulaient douce, passant une partie de la matinée à lire le journal dans le détail ou à boire le café. Il y avait aussi deux dessinateurs qui n’avaient pratiquement rien à faire non plus. Enfin, un ingénieur, chef de cellule qui suivait un gros chantier et qu’on ne voyait presque jamais. J’avais personnellement été recruté par le chef de service avec lequel je m’entendais bien aussi. En fait, c’est moi qui avais défini le sujet de stage, alors que lui n’avait proposé que quelques détails. Je travaillais sur la caractérisation du lit et des berges du Gier.

 

Caserne Maud’Hui de Belfort (35e régiment d’infanterie)

Les casernements que nous avions investis à l’époque étaient neufs. Pas de lits superposés dans les chambres et au bout d’un peu plus d’un mois, au lieu d’une minuscule armoire grise standard, nous avions touché des armoires jaunes plus vastes. Les douches et les toilettes étaient communes, mais il y avait des lavabos séparés dans chaque chambre. De l’autre côté de l’autoroute, il y avait un très vaste terrain de manœuvres, qui était mon terrain de supplices lorsqu’il fallait faire des « cross régimentaires », en général le vendredi matin.

 

Centre uni*vers*itaire de Chi*non

Une vieille grosse maison bourgeoise sur le quai de la Vienne opposée au château de Chinon, avec une vue imprenable sur l’édifice où Jeanne d’Arc reconnut Charles VII et où fut emprisonné Jacques de Molay, chef des Templiers. Cette maison qui avait été un temps restaurant, un temps hôtel de passe (dit-on, mais ce n’est peut-être qu’une légende). Puis, ce furent des logements pour les ouvriers (ou cadres ?) d’EDF lors de la construction de la centrale nucléaire. D’ailleurs, le bâtiment appartenait encore à EDF lors de mon premier séjour. J’ai découvert les lieux en tant qu’étudiant en septembre 1992, mais cela a été mon lieu de travail principal à deux reprises (de l’été 1995 à septembre 1996 – j’y avais alors une chambre – puis de fin 1998 à juin 2002). Certaines pièces avaient été refaites, mais ce n’était pas le cas partout, en particulier mon bureau à partir de 1999. Des boiseries vieillissantes, une moquette plus que défraichie et un papier peint qui avait l’âge de faire convoler en justes noces… Je ne parle pas des huisseries, ni des dépendances. Il y avait encore un vaste jardin (bien qu’ayant été réduit plusieurs décennies auparavant), avec des arbres à fleurs assez remarquables, dont le plus beau à mon sens était Cercis siliquastrum L. (Arbre de Judée). L’endroit était chaleureux : magnifiques escaliers, parquets en chêne grinçants et une atmosphère sympa. Le problème était juste que tout ce qui n’avait pas été refait commençait à tomber en ruine.

 

Faculté des sciences de Saint-Jérôme à Marseille

Tout l’automne 1996 fut passé à Marseille pour les cours de mon Diplôme d’études approfondies. Pas grand-chose à en dire, j’y demeurais le moins possible.

 

Locaux du BRGM

Les locaux étaient dans l’enceinte du BRGM (bureau de recherche géologique et minière) à Orléans-la-Source. Les locaux, au sein d’un vaste parc, étaient assez récents. J’y ai été en tant que salarié stagiaire puis CDD de l’Agence de l’Eau Loire-Bretagne, en tant que salarié CDD d’un bureau d’études d’Annecy-le-Vieux et enfin comme salarié vacataire de la Direction régionale de l’environnement (DIREN), le tout entre janvier 1997 et octobre 1998. Avoir connu autant d’employeurs et être resté dans les mêmes locaux, cela ne doit pas être si commun. Il faut dire que les missions que j’effectuais alors étaient toutes dans la même continuité et palliaient quelque part le travail qu’aurait dû mener un ingénieur divisionnaire à la veille de la retraite qui ne foutait rien et ne comprenait rien à rien (je me demande encore s’il était con ou s’il le faisait exprès), ce qui mettait le directeur adjoint de la DIREN hors de lui, mais était désarmé.

 

Cen*tre rég*ional de ph*yto*soci*ologie / Con*serv*ato*ire bo*tan*ique na*tio*nal de B*ail*leul

J’y suis depuis le 3 juillet 2002. J’ai changé de bureau fin mai 2004 quand je suis devenu « chef ». J’ai un bureau pour moi tout seul (j’en ai montré un « extrait » il y a peu). Le lieu de travail se situe dans un hameau à la campagne. La ferme initiale a été largement agrandie et surtout comporte désormais 9 corps de bâtiments distincts :

  • la ferme flamande originelle avec logement des fondateurs, bureaux administratifs, logements des chercheurs, services des données, cartographie, informatique, herbier de référence et salle de détermination ;
  • le bâtiment con*serv*atoire, avec laboratoire, herbiers généraux et historiques et bureaux ;
  • le bâtiment technique et atelier ;
  • la bibliothèque bot*ani*que et phy*tosoc*iolog*ique de France ;
  • le bâtiment, anciennes salles pédagogiques, comportant deux salles de réunions ;
  • mon bâtiment, contenant essentiellement des bureaux pour les scientifiques (étage et rez-de-chaussée) ;
  • le bâtiment où se trouvent la cafétéria, la buanderie, une chambre et une petite salle de réunion ;
  • l’auditorium de 180 places et son hall d’entrée ;
  • l’atelier pédagogique dans l’enceinte du jardin pédagogique principal.

Et je ne compte pas un hangar, plusieurs abris et la grande serre susceptible d’être chauffée. En clair, mon lieu de travail n’est pas un enfer.

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28 décembre 2019

Mes visions du vin (1)

Avant d’aller plus loin, il me semble important de préciser que mon approche est nécessairement très personnelle, subjective et n’est que le reflet d’expériences en partie conjoncturelles. Néanmoins, la somme d’expériences, de connaissances certes très partielles, captées çà et là, fondent pourtant quelques éléments d’appréciation que je souhaite communiquer.

Au commencement

Je pense que des choses se jouent dès le plus jeune âge, même si cela n’est pas forcément décisif. Pour ce qui me concerne, cela fait partie de mon histoire et il me semble que cela a joué sur mon rapport actuel avec le vin. Lorsque j’étais enfant ou jeune adolescent, je ne buvais pas du tout de vin, mais j’ai néanmoins des souvenirs précis du vin. Bien que je ne m’y intéressais guère, certains pourront être néanmoins surpris par la teneur de ce que j’ai pu retenir. Voici les vins dont je me souviens :

  • des vins de table, bas de gamme du style des litres « étoilés » dont l’archétype était la marque « Kiravi », aujourd’hui disparue. Mon père en achetait rarement, mais il en buvait de temps à autre chez sa mère ; il buvait peu ou pas en semaine ;
  • des vins rouges plus qualitatifs, parfois en litres, des Côtes-du-Rhône le plus souvent, à bon rapport qualité/prix. Mon père en achetait pour la consommation occasionnelle et pour la cuisine (en blanc aussi). Dans le reste d’une partie de la famille (côté maternel), les Côtes-du-Rhône étaient déjà des vins de fête ;
  • des vins blancs d’Alsace à prix modéré, surtout bus dans la famille maternelle (Sylvaner voire Riesling) ;
  • des Beaujolais chez mon oncle et ma tante (toujours côté maternel), plus rarement à la maison (venant de relations familiales ou amicales) ;
  • des Bourgognes d’appellation régionale (rouge, Aligoté) pour des occasions plus affirmées chez mes parents et des appellation village plus prestigieuses pour les grandes fêtes comme c’était le cas pour le Pommard (rouge) ou plus rarement le Meursault (blanc) ; plus tard, les prix de ces deux derniers ayant flambé, mon père se tourna plus volontiers vers Mercurey (rouge) et Mâcon (blanc et rouge) ; il y eut plus tard d’autres orientations, mais j’en fus en partie à l’initiative ;
  • des Champagnes de maisons plus ou moins connues, chez mes parents et dans beaucoup d’endroits ;
  • des rosés de Provence de temps à autres l’été, mais finalement assez rarement ;
  • de la Clairette de Die en premier lieu chez mes oncle et tante de la Drôme, lesquels étaient aussi amateurs de grands vins de la vallée du Rhône (Crozes-Hermitage ou Hermitage, Châteauneuf-du-Pape), en plus des grands Bourgognes de la Côte de Beaune, plus rarement de la Côte de Nuits ;
  • le vin de mon grand-père maternel puis de mon oncle, dans ces monts du Lyonnais méridionaux. J’ai participé pas mal de fois aux vendanges, lesquelles étaient pour moi et mes cousins, une forme d’amusement, mais pas pour mon grand-père qui prenait les choses très au sérieux. Il fallait le voir s’occuper de ses tonneaux, les décercler, isoler les douelles, les racler une par une, remonter le tout. Un véritable cérémonial pour tout ce qu’il faisait à la cave. Hélas, mon grand-père, déjà peu en forme depuis longtemps, est mort alors que je n’avais que treize ans. Il était bourru, ronchon avec ses petits-enfants et pas uniquement avec eux. Il semblerait que j’aie hérité d’un de ses défauts : me mettre en rogne pour des conneries. Mais, je le dis, je le sais, c’était un homme bon. Et en parlant de « bourru », nous en buvions : dès le jour des vendanges, le raisin grossièrement écrasé faisait qu’on avait du jus au fond de la cuve. Un jus de raison pur qui jour après jour gagnait en picotement et en alcool (les gamins buvaient de ce « vin nouveau ») avant le passage au pressoir quelques jours plus tard).

Un point à souligner dans cette présentation : je n’ai vu durant cette période que de manière très occasionnelle du Bordeaux. J’ai encore moins vu les autres vins du sud-ouest (sauf Monbazillac, plus rarement encore Sauternes) ou les vins de Loire (sauf Muscadet et encore). En définitive, une relative pauvreté, mais dans l’ensemble, une majorité de vins de provenance locale à supralocale.

A suivre…

28 août 2019

Une lettre de 69 ans

J’ai retrouvé une lettre chez mes parents (qui n’était pas perdue mais aurait pu être mise à la poubelle) que ma grand-mère Jeanne a écrite le 24 novembre 1950 à son fils aîné (André) qui faisait son service militaire en Allemagne. Ce fils, elle ne l’avait revu tout au plus que quelques rares fois depuis 1940 et sans doute en coup de vent. Il vivait avec son père et était aussi sous l’emprise du curé de la paroisse (La Celle-en-Morvan), sa mère étant considérée dans tout le village comme une mauvaise mère suite à son divorce. A l’époque, les mères n’avaient pas les droits qu’elles ont aujourd’hui, surtout avec un père déficient. Heureusement, mon père et sa sœur avait suivi leur mère dans la Loire (Rive-de-Gier) suite à la mutation du nouveau futur mari de ma grand-mère (Maurice Renault). Et puis, c’était la guerre et on ne peut définitivement pas comparer avec la situation actuelle…

Cette lettre est la seule du genre et elle a avait été retrouvée chez le père d’André car André est mort en 1986 (de mémoire) et avait donc dû récupérer cette lettre à sa mort, laquelle a été conservée jusqu’en 1991.

Je reproduis donc la lettre de ma grand-mère, en retirant les fautes d’orthographe (elle n’était allée à l’école que jusqu’à 12 ans) et en ajoutant la ponctuation. Elle a 44 ans lorsqu’elle écrit à son fils de 20 ans. En italique entre accolades, des précisions de ma part.

 

Rive-de-Gier, vendredi 24 novembre

Mon Cher André,

Depuis quelques jours, je remets à t’écrire, mais le temps passe, ce n’est pas pour cela que tu es oublié, bien au contraire, nous parlons de toi et nos pensées de suivent. Aujourd’hui, nous avons reçu une lettre de notre mémère {la mère de ma grand-mère, restée dans le village du Morvan} qui nous donne ta nouvelle adresse. Nous sommes heureux de te savoir en bonne santé. J’espère que tu ne seras pas trop malade de tes piqûres ; tu nous raconteras cela car j’espère que tu nous donneras toi-même de tes nouvelles. Si tu as besoin de quelque chose, dis-le car tu sais bien que tu es pour moi et même Maurice, autant que ton frère et ta sœur : tu nous diras ta vie à la caserne et si tu es bien nourri. J’espère que vers toi, il ne fait pas trop mauvais, ici il pleut un peu mais presque rien et pas froid, c’est toujours ça. Roland {mon père qui avait 14 ans} travaille bien à l’école, toujours quelques fautes ; il est 9e sur 33, ce n’est pas bien mal. Il fait 2 heures d’atelier par jour, enfin il te racontera, je le ferai écrire. Mireille {ma tante, alors âgée de 11 ans} fait ce qu’elle peut, mais n’a pas encore eu de classement. Quant à ton beau-père, lui roule toujours {mécanicien SNCF sur machines à vapeur, autrement dit, l’équivalent des conducteurs de train actuels} et moi comme d’habitude, je reste à la maison.

Je vais te quitter mon Cher petit André en te disant surtout fais bien attention à toi et prends soin de ta santé. Nous nous joignons tous les quatre pour t’envoyer toutes nos amitiés et nous t’embrassons tous bien fort.

Ta maman qui ne t’oublie pas et à bientôt de tes bonnes nouvelles.

Excuse mes fautes.

Jeanne

Voici l’adresse : Renault – 35 grande rue Feloin, Rive-de-Gier, Loire.

 

J’avais déjà vu cette lettre auparavant, mais je ne l’avais pas lue, contrairement à cette fois. Et certains mots m’ont ému. Ma grand-mère faisait semble-t-il un nouvel effort pour entrer en contact avec son fils aîné, profitant peut-être qu’il était au service militaire, donc pas sous l’influence de son père et du curé. Je ne sais pas s’il lui a répondu cette fois-ci, mais je sais qu’il n’y a presque plus jamais eu de contact puis plus du tout après. Il refusait le contact avec ses frère et sœur. Il est mort quand j’avais 16 ans et je n’ai jamais entendu ma grand-mère parler de lui (ni de mon grand-père biologique, mais ça c’est davantage compréhensible). Cela a été une blessure épouvantable pour elle, de sorte qu’elle avait fini par faire un « black-out » complet et définitif.

2 décembre 2007

Meurtre crépusculaire : les vraies conclusions d’Hercule Poirot

Il est vrai que l’auteur (Karagar Le Frère) a honteusement essayé de clouer le bec d’Agatha Christie, en particulier celui de son plus fin limier : Hercule Poirot.

Eh bien, moi, Hercule Poirot, je puis vous dire aujourd’hui que les conclusions auxquelles sont arrivées les Rachel Kleger, Yves Karagar, Charles Marple et Eganthon Kergrist sont complètement erronées. Je m’en vais vous démontrer par les faits les plus indubitables que le meurtrier n’est pas Périne Disto.

Rappelez-vous du premier meurtre. Sans que le doute ne soit permis, il est fait allusion à l’arme du crime : un fusil et non un revolver (celui-là même que Périne a utilisé contre Charles). Or, l’enquête ballistique est sans appel, ce sont bien des balles de calibre 7x65R qui ont tué les victimes brittonophones, celles-là même que les chasseurs de renards anglais utilisent de façon presque exclusive. Rien à voir donc avec les balles d’un revolver.

Mais vous me direz que lors du premier meurtre, il est fait allusion à des « habits noirs et moulants », du même type que ceux que possède Périne. Tout cela ne prouve rien bien entendu.

Je vais maintenant vous révéler la vraie identité du meurtrier. Mais avant cela, revenons un petit peu sur les forces en présence.

Tout d’abord Yves Karagar. Cet homme a été très peu loquace tout au long de cette enquête, ce qui semble quand même quelque peu étonnant. Nous le connaissons généralement bien plus en verve, assez prompt à défendre les idées auxquelles il croit ; et là, rien ou presque. Que s’est-il donc passé ? Tout porte en effet à penser qu’il souhaitait protéger quelqu’un. Mais qui ? Nous le comprendrons mieux tout à l’heure.

Le cas de Rachel Kleger est aussi particulier. Je trouve pour ma part que son expertise apportée dans cette affaire a été pour le moins modeste. En fait, sa seule participation véritablement active a été celle de son chien Bastard (encore qu’il faudra y revenir), parce que du côté des neurones, cela n’est allé très loin. A part bien entendu sa sœur qui a essayé de me conduire dans des impasses avec les histoires à dormir debout qu’elle a publiées sur son blog. Mais heureusement, Hercule Poirot ne s’est pas laissé piéger.

Bien sûr, l’enquêteur Eganthon Kergrist paraît d’emblée hors de cause. Mais est-ce bien si sûr ? Pour ma part, j’en aurais bien fait un suspect potentiel tant il me semblait qu’il ne mettait bien peu de ferveur, de hâte, d’entrain, de célérité à mener à bien cette enquête. La plupart des éléments contributifs de la réalité de ces meurtres ont été fournis par les autres protagonistes de l’affaire. Alors, j’ai tourné le cas Eganthon Kergrist dans tous les sens et la seule chose criante de vérité qui soit apparue est qu’Eganthon est tout simplement un piètre enquêteur que même Balaf’s News refuserait d’embaucher pour ses chroniques judiciaires people.

Reste Charles Marple. Personne ne s’est posé la question pourquoi à un âge si jeune il était déjà à la retraite car chacun sait que les régimes spéciaux de Scotland Yard ne sont pas si avantageux que ça. Or, j’ai mené ma petite enquête. En effet, j’ai de longue date, noué de profondes amitiés à Scotland Yard et j’ai trouvé que Charles Marple avait été mis à la porte depuis plusieurs années après que sa hiérarchie eut découvert ses liens avec les milieux bretonnants nationalistes. Ensuite, personne ne s’est posé la question pourquoi Charles connaissait Yves Karagar et Rachel Kleger. Évidemment qu’il les connaissait puisqu’ils avaient tous fréquenté le même Groupe Activiste de la Brittonitude Exacerbée (GABE). Et puis, bien sûr Charles et Yves avaient été amants et ce dernier n’ignorait rien des sombres desseins de Charles, ce que explique largement son silence et même sa complicité. N’avez-vous pas non plus remarqué que l’on n’a jamais véritablement su où se trouvait Charles lors de cette enquête ? N’avez-vous pas remarqué qu’il a été souvent le premier sur les lieux du crime ? N’avez-vous pas remarqué que c’est lui qui a véritablement mené l’enquête dans le sens dans lequel il souhaitait qu’elle aille ? N’avez-vous pas remarqué que c’est lui qui a tout manipulé ? Alors, moi, Hercule Poirot, j’ai aujourd’hui l’honneur de vous annoncer que le meurtrier n’était autre que Charles Marple.

L’arme utilisée pour les crimes, comme nous l’avons vu, est un calibre presque exclusivement utilisé en Angleterre. Je doute qu’on retrouve l’arme : elle a été probablement jetée à la mer à la suite du dernier crime, car Charles savait qu’elle ne devrait plus servir. Car Charles a en fait voulu se débarasser de Périne Disto qui lui faisait de l’ombre par rapport à ses projets de fondation d’une maison d’édition pan-britannique. Or, Périne Disto, conservatrice en chef de la plus pure langue bretonne se serait vivement opposée à un tel projet et comme elle possède, grâce à sa seconde revue littéraire Ar brezhoneg glan, un droit de vie ou de mort sur l’ensemble des écrivains bretons, il fallait donc l’éliminer. La meilleure façon était donc de faire croire que Périne était la meurtrière, ce qui fut en fait assez facile. Charles n’avait donc qu’à commettre ces meurtres et la sale réputation de Périne ferait le reste. Et je dois dire que cela a failli marcher. On me dira avec justesse que c’est Périne qui menaçait Charles avec un revolver : tout cela avait été bien entendu calculé. Périne, se sachant menacée, portait toujours ce revolver dans son sac à main. Enfin, un revolver, je devrais dire une simple imitation, une simple arme d’alarme complètement inoffensive. Mais que s’était-il passé au restaurant avant que Charles et Périne n’en sortent ? Des indices ont été donnés : « Où avait-elle déjà vu cet anneau artisanal d’or et d’argent ? ». Eh bien, j’ai mené ma petite enquête : cet anneau est le signe distinctif du GABE et Périne en remarquant cela venait de tout comprendre. En effet, malgré sa grande culture, elle s’adonnait pourtant à de viles lectures : elle ne ratait aucun numéro de Balaf’s News. Or, elle avait lu dans les colonnes de ce journal les articles traitant de ces crimes brittophones. A la différence d’un Eganthon Kergrist, elle eut vite compris que Charles voulait lui coller tous ces crimes sur le dos. Craignant pour sa propre vie, elle put se saisir de son revolver d’alarme et menacer Charles. Tout cela, Charles l’avait prévu, comme il avait prévu qu’elle ôterait ses vêtements (il savait Périne très fétichiste). Il savait enfin qu’Yves et Rachel voleraient à son secours et que le chien Bastard s’attaquerait à l’agresseur.

Voilà chers amis comment moi, Hercule Poirot, j’ai pu, une fois de plus, trouver le véritable meurtrier.

19 septembre 2014

Rage du jour

Cette semaine, au boulot, nous avons dû faire un travail en urgence. Plutôt que de remplir ma copie dans mon coin, j’ai voulu associer les intéressés, les laisser s’exprimer sur les volumes financiers. C’était tout ce qu’il y avait de plus normal, logique quand on bénéficie d’un cerveau et qu’on travaille à peu près intelligemment en équipe. Première erreur : quand on associe certaine personne, elle gueule parce qu’elle pense qu’on aurait dû en causer avant. Banane, on ne savait pas, sinon on n’aurait pas fait le boulot en urgence et en plus tu as sûrement des leçons à donner puisque tu fais tout en urgence et souvent trop tard, pour ne pas dire que tu ne fais pas du tout (c’est pratique de planquer la poussière sous le tapis). Une fois que nous nous fûmes entendus sur les enveloppes budgétaires, j’ai estimé les temps à affecter dans les grandes lignes aux différentes personnes et chefs de projets en 2015. Et j’envoie le tout hier soir par courriel à tous les intéressés pour qu’ils puissent proposer des ajustements ultérieurs, si besoin. Deuxième erreur : il ne faut pas communiquer à tout le monde ses décisions, aussi futiles soient-elles. Car en effet, ce matin, j’ai retrouvé le courriel de la certaine personne qui me fait des reproches de ne l’avoir pas consultée hier (entendez, lui avoir demandé sa bénédiction) alors qu’elle était absente et qu’elle est encore absente aujourd’hui. Et elle ose proposer des modifications plus que marginales qui n’intéressent qu’elle ou presque. Et surtout, elle ne communique pas aux principaux intéressés les modifications unilatérales qu’elle veut imposer. Certes, c’est une « directrice », et elle fait ce qu’elle veut. J’étais noir de colère en lisant ces inepties. Je n’ai pas envoyé la première version de ma réponse qui était incendiaire, mais une autre qui l’était un peu moins. Je l’aurais assassinée verbalement si elle avait été là (elle était chez elle). De toute manière, je la connais par cœur, quand elle en veut à une personne, elle s’arrange pour dire du mal d’elle quand elle est absente ou le fait par écrit quand elle sait qu’elle ne la croisera pas pendant au moins une semaine (elle part à Brest la semaine prochaine). Là, elle s’est prise une volée de bois vert, sans compter qu’elle ne peut espérer aucune compassion du reste de la direction, tant ils sont fatigués de se la coltiner. Je suis patient et compréhensif, mais il y a des limites. J’ai été énervé toute la journée, heureusement que nous sommes vendredi.

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14 décembre 2007

Colère

On a fait des cadeaux à ceux qui en ont le moins besoin (15 milliards d'euros, sans compter les milliards accordés par les précédents gouvernements). Or, les gens dans la misère, qui s'apprêtent à mourir de froid dans la rue sont toujours aussi nombreux, voire de plus en plus nombreux. Je me suis déjà exprimé là-dessus. Et pendant ce temps là, la France, d'une rare générosité, fait parader les dictateurs sanguinaires dans les palais de la république.

9 décembre 2007

Mes grands-parents maternels

Ce texte correspond à un mélange de souvenirs directs ou d’éléments qui m’ont été rapportés notamment par mes parents. Il s’agit néanmoins d’une évocation très personnelle et sensible de mes grands-parents maternels que j’ai connu tous les deux.

Mon grand-père est issu d’une famille paysanne des Monts du Lyonnais. Il est né en 1905. Jeune, ayant quitté l’école publique très tôt, il travailla très dur dans la ferme de ses parents. Tellement dur que, dans l’entre-deux-guerres, effectuant son service militaire, il y terminera sa croissance. Mon grand-père était un homme assez petit, râblé, mais plutôt costaud. Ayant eu deux enfants (deux filles dont ma mère) et alors âgé de 35 ans, il fut parmi les plus âgés à être mobilisé en 1940. Il fut capturé par les Allemands et emmené comme prisonnier en Bavière. Ce fut un voyage passablement éprouvant. Avec d’autres, il fut mis à la disposition de paysans. Il eut la malchance de tomber dans une ferme dont les patrons étaient particulièrement frustres et incultes. Les prisonniers y étaient traités avec bien peu d’égards. Le menu se composait invariablement de lait caillé et de pommes de terres cuites à l’eau, le tout déposé à même la table. Toutefois, les patrons n’avaient pas un régime beaucoup plus varié et équilibré. Les conditions d’hygiène et de confort, inutile de le préciser, étaient assez épouvantables. Exceptionnellement, les travaux des champs imposaient d’aller travailler chez les voisins. Et là, c’était une toute autre chose : les prisonniers étaient bien traités et surtout, ils mangeaient bien. C’est ainsi qu’il fallut attendre 1945 pour que mon grand-père soit libéré.

Ma grand-mère est née en 1906 dans une famille paysanne dans les Monts du Pilat. Jeune, ses parents possédaient une exploitation en altitude. L’hiver y était particulièrement rude. Mon arrière-grand-père faisait un vin de myrtille (Vaccinium myrtillus L.), très probablement une « horrible piquette ». Ma grand-mère est allée, elle aussi, assez peu à l’école (jusqu’à 12 ans). Entre temps, la famille avait déménagé et avait repris une exploitation plus bas dans la « plaine », dans des endroits où on trouvait de la vigne. Tout ceci a permis la rencontre de mes grands-parents (ils se sont mariés en 1933). Dès lors, ils habitèrent dans la ferme où résidait mon grand-père. Il était le seul à y exploiter la terre. Une terre malgré tout assez ingrate : une altitude assez modérée (400 m), mais des terrains souvent très encaissés et pentus. Certains travaux ne pouvaient se faire qu’à la main. Mon grand-père était un faucheur comme on n’en voit plus. Il était capable de s’attaquer à des prés de plus d’un hectare. Évidemment, sa faux coupait (il fallait la « battre » et savoir l’aiguiser), évidemment il savait faucher. Ce savoir faire a aujourd’hui quasiment disparu. J’ai vu quelques-unes des faux qu’il utilisait (ces modèles là n’existent plus). Mon père l’a vu en action et pourtant, il n’a jamais été capable de reproduire le geste. Ma mère, elle, se souvient de son geste quand il semait le blé à la main dans ses terres : un geste non seulement particulièrement élégant, mais surtout d’une précision et d’une efficacité extraordinaire : il ne s’agissait pas de semer en paquets ou en faisant des « trous ». Celui qui n’a jamais essayé ne perçoit pas forcément la difficulté du geste, d’autant que ce geste, il fallait de répéter avec la même maîtrise des milliers de fois.

Pendant la guerre, la situation de ma grand-mère fut pour le moins délicate. Ma mère et sa sœur étaient encore assez jeunes et ma grand-mère devait s’occuper en grande partie seule de la ferme. A partir de 1942, il n’y eut plus de zone libre. Les Allemands venaient régulièrement se servir à la ferme : sans discussion, ils prenaient de la volaille et des œufs, mais ils payaient (sans doute pas le prix que cela valait, mais ils payaient tout de même). Plus tard, certains « résistants » feraient de même, mais sans payer.

Avant la guerre, mon grand-père pouvait se caractériser comme quelqu’un de son temps et plein de mordant. Hélas, la guerre a brisé définitivement cet élan, l’a brisé tout court. Tout d’abord, après la guerre, on a dû lui enlever un lobe pulmonaire, conséquence directe de ce qu’il avait subi en Allemagne. Son caractère a changé : il est devenu acariâtre. En revanche, il a sans doute toujours été têtu (je crois que j’ai sans doute eu un héritage de ce côté là). Têtu, disais-je, très peu enclin au changement, à l’innovation, mais lorsqu’on lui montrait les bénéfices d’un changement, il finissait quand même par le reconnaître (il le disait à une autre personne que celle avec qui il s’était affronté). Ce caractère de cochon était son principal défaut. Ma grand-mère a entendu des plaintes, des reproches, des contestations, des critiques à n’en plus finir. Et elle ne disait rien à part de rares « mais oui… ». Je pense que c’était une personne particulièrement difficile à vivre au quotidien quand il partait dans ces obsessions. Et ça, je l’ai vécu en direct. Il était aussi parfois pris par des sensations d’étouffement absolument terribles. A la fenêtre de sa chambre, il y avait là tout proche, un pommier ou un poirier et il était persuadé que cet arbre lui apportait l’oxygène qui lui manquait.

Après la guerre, il dut s’occuper de remettre l’exploitation en état. Il refusa l’aide qu’on lui offrait (on voulait lui mettre un Allemand à disposition pour l’aider ; il ne voulait pas qu’un homme subisse ce qu’il avait subi, même si cela n’était pas du même ordre). Mon grand-père n’aimait pas les Allemands, c’est certain, mais quelque chose me dit que s’il avait vécu plus longtemps, il se serait largement adouci. Il n’était donc pas particulièrement moderne et son exploitation ne fut jamais motorisée (jusque dans les années 1960), fait non exceptionnel dans cette région à cette époque. Il n’avait que ses bœufs et, en général, un cheval. Ce fut particulièrement dur après guerre. Ma mère se souvient des bêtes qui ne faisaient pas ce qui fallait, des engueulades mémorables envers ses filles et ses bœufs. En général, les bêtes lui obéissaient au doigt et à l’œil, mais dès qu’il avait le dos tourné ou qu’il était parti à d’autres occupations, bœufs et cheval relâchaient l’effort, devenaient méchants, en faisaient qu’à leur tête. Le grand-père revenu, ma mère et ma tante se faisaient invariablement engueuler, supposant qu’elles étaient en tort, et comme par miracle, les sales bêtes se remettaient à travailler correctement. Dans la seconde moitié des années 1960, la ferme fut reprise par mon oncle (le mari de ma tante). Ce fut alors une succession de « tragédies », car par vagues successives, il y eut bien des modernisations. Au niveau de l’exploitation, bien sûr, mais pas seulement. L’exemple le plus frappant est celui des WC. Pendant de longues années, mon grand-père a refusé d’aller dans des toilettes modernes, préférant utiliser les anciens WC qui se situaient dans la cour, avant que mon oncle ne les supprime.

Mon père était mieux vu que mon oncle. D’abord parce qu’il n’était pas paysan et qu’il ne venait pas le contrarier dans sa vie quotidienne. Et puis ma mère avait depuis longtemps quitté le domicile parental pour son métier d’infirmière et mes parents vivaient en ville. Enfin, mon père avait un avantage, il partageait avec lui un loisir : la chasse. La chasse était quelque chose qui était en lui, comme une seconde peau. Pas un chasseur viandard comme on en voit encore, mais un gentleman de la chasse. C’était avant tout un fin chasseur de lièvre, le plus grand chasseur de lièvre de la commune (je l’ai moi-même entendu dire par de vieux chasseurs alors que lui-même ne chassait plus). Il avait une connaissance parfaite du territoire de chasse (il y avait toujours vécu), et puis il y avait cet instinct, ce truc en plus que tout le monde n’a pas. Il avait des chiens particulièrement doués et entraînés. Il savait exactement où le gibier allait passer. Et s’il ne passait pas là, il passerait là. Et si jamais il y avait du vent, ce serait comme ça. Et si c’était l’après-midi et non le matin à la rosée, la chasse serait comme ceci… Bref, une rare connaissance dont mon père a assez bien profité. Mon grand-père allait en général à la chasse avec une petite équipe d’amis, et donc avec mon père. Après quelques années, mon père eut une assez mauvaise réputation dans la communauté des chasseurs à cause de sa réussite. Et puis parce que mon père n’avait pas l’éthique de mon grand-père. Il y a eu une époque où le gibier tombait comme des mouches. Trop, c’était trop. Mon père a arrêté la chasse, pour d’autres raisons, pendant plusieurs années. Entre temps, il a aussi évolué. Mon grand-père a évolué aussi. Après avoir arrêté de chasser, il m’a avoué qu’il préférait voir courir lapins, faisans et lièvres et qu’il ne voudrait plus en tuer. Certains pourraient croire qu’il s’agissait d’une curieuse attitude. Et pourtant, mon grand-père a toujours prélevé le gibier avec parcimonie, même aux époques où il abondait encore. Il considérait qu’il ne « fallait pas tuer la mère ». Une attitude très moderne en somme.

J’avais 13 ans quand mon grand-père nous a quittés. Il a succombé à un second accident cardio-vasculaire (le premier, quelques années plus tôt, ayant été sans conséquences graves). Au moment même où il succombait, il eut le temps de dire ; « cette fois, ça y est ». Je n’ai pas « profité » de mon grand-père autant que je l’aurais souhaité. Par exemple, je n’ai pas profité de son exceptionnelle connaissance des oiseaux. Mais je crois que quelque part, inconsciemment, il m’a communiqué son amour de la nature.

Ma grand-mère était une femme d’une douceur et d’une gentillesse extrêmes. C’était aussi une personne très discrète qui ne voulait jamais déranger personne. Je me souviens des promenades que nous allions faire ensemble parmi les chemins. Souvent, j’étais avec mes cousins, mais parfois, j’étais seul avec elle. Parfois, on emmenait le « petit char », une petite charrette à deux roues que l’on tirait et sur laquelle on mettait les paniers et des outils. On allait à la vigne, c’est-à-dire l’endroit où se trouvait non seulement la vigne (mon grand-père produisait un petit vin qui, à la meilleure période, était apprécié au village), mais aussi les produits maraîchers et les fabuleux arbres fruitiers à noyaux, et en particulier les cerisiers. Mes souvenirs où je me vois encore grimper dans les cerisiers sont bien ancrés. Et puis les extraordinaires cerises. Pour les ‘burlat’, il n’y avait aucune limite pour en manger et elles ne m’ont jamais mis malade, contrairement aux ‘reverchon’, plus difficiles à digérer. Parfois, nous allions « aux Envers », c’est-à-dire l’endroit, principalement exposé au nord, où se trouvait le verger de pommes et secondairement de poires. Une extraordinaire variété de pommiers grands vents. Des pommes de toutes sortes (dont certaines immangeables crues). Ce verger a complètement disparu depuis une bonne vingtaine d’années. Et puis il y avait aussi un peu plus loin les châtaigniers, de très très vieux châtaigniers greffés dont le plus majestueux était un ‘Saint-Michel’ qui avait de belles châtaignes rousses. C’était le plus précoce. Après, nous allions ramasser d’autres variétés (pas plus de 4 arbres en tout, mais tellement immenses, que nous avions de quoi faire). Dans la prairie en contrebas, c’est là que j’ai vu pour la première fois des colchiques (Colchicum autumnale L.).

Chez mes grands-parents, nous étions souvent dehors à gambader parmi les prés et les champs. Seul ou avec mes cousins, combien de fois ai-je cueilli des bouquets variés pour ma grand-mère. A l’époque, j’étais encore très loin de connaître toutes ces plantes, mais elles m’étaient néanmoins très familières, car beaucoup avaient néanmoins un nom. Ma mère s’y mettait parfois : qui connaît la fleur de saint Joseph ou la pomme de terre du diable ? Il s’agit en fait respectivement de la Stellaire holostée (Stellaria holostea L.) et du Saxifrage granulé (Saxifraga granulata L.). Nul doute là encore qu’inconsciemment, ces promenades m’ont influencé.

Ma grand-mère n’était pas une cuisinière de premier plan, même si elle se débrouillait de façon plus qu’honorable. Parfois, je mangeais chez eux, il m’arrivait d’y dormir, même en l’absence de mes parents. Je me souviens de trois choses en particulier. D’abord le saucisson des cochons de la ferme. Ce n’était pas mon grand-père ni mon oncle qui les fabriquait, mais le mode de fabrication n’avait guère évolué depuis des générations. Un goût inimitable. On trouve encore dans le coin des fabrications artisanales qui se rapprochent de ce goût là. Il y avait aussi le fromage. Du temps où ma mère était à la ferme, ma grand-mère faisait du fromage de chèvre, de brebis et de vache. Moi, je n’ai connu que la rigotte de vache, mais sous toutes ses formes : fromage blanc, frais, demi-sec, sec, très sec, bleu. Bref, beaucoup de plaisir. Et puis il y avait les « pâtés », ou plutôt ces grands chaussons aux fruits qu’elle faisait cuire au four de la cuisinière à bois. Ces pâtés, elle en coupait de généreuses parts que nous mangions toujours avec gourmandises. A chaque fois que j’allais voir ma grand-mère, il était rare qu’il n’y ait pas de pâté. Le plus courant était celui aux pommes, mais tous les fruits de saison y passaient. Ce pâté, ma mère s’est essayée plus d’une fois à le reproduire ; elle n’est pourtant pas particulièrement maladroite en pâtisserie, mais elle n’est jamais arrivée à faire aussi bien (elle le reconnaît elle-même). Il devait y avoir un truc.

Dans les années 1980, ma grand-mère a été opérée à de multiples reprises : prothèses de hanche, opération cardiaque sérieuse. Elle s’en est remise à merveille (surtout pour la seconde) et avait étonné ses médecins. Une force de la nature. A la fin des années 1990, elle avait fait plusieurs séjours à l’hôpital compte tenu de ses problèmes cardio-vasculaires et pulmonaires. En décembre 1999, je reçois un coup de fil de mes parents qui me disent que le médecin a eu un pronostic réservé, craignant qu’elle ne termine pas la nuit. Non seulement, elle finira bien la nuit, mais elle quittera l’hôpital quelque temps après, allant même jusqu’à marcher à nouveau. Il faut bien dire que les médicaments avaient été d’une rare efficacité. Pourtant, quelques mois plus tard, elle retournerait à l’hôpital pour les mêmes raisons. Lors du Noël 2000, je la vis pour la dernière fois à l’hôpital. Elle avait du mal à me reconnaître, mais lorsque la lucidité était suffisante, son visage s’éclairait. Il s’éclairait comme il s’était toujours éclairé, comme il avait toujours rayonné. A chaque fois que mes parents allaient la voir, elle demandait toujours de mes nouvelles. Elle s’est éteinte tout doucement en janvier 2001.

Depuis, bien des choses ont changé dans l’ancienne ferme de mes grands-parents. Mon oncle a cessé toute activité et c’est mon cousin qui a repris la ferme. J’ai un peu perdu mes repères là-bas, d’autant que j’y retourne rarement. Mon cousin, avec lequel j’ai de bons rapports, a tout changé : le logement de mes grands-parents n’existe plus en tant que tel. La vigne, les cerisiers n’existent plus ; ils ont été remplacés par une « usine à œuf ». Alors, tout est foutu ? On a détruit bien de mes souvenirs ? Je ne sais pas. Si tout restait comme c’est aujourd’hui, j’aurais encore de bons espoirs, mais il est prévu qu’une autoroute passe par ici. Et là, je n’aurais plus que mes yeux pour pleurer.

10 décembre 2006

3) Programme « environnement » du Ministre Cornus : politique de l’eau

Voici le troisième volet du brouillon de mon programme à destination du Président Ar Valafenn. Ce volet-ci mériterait presque un livre de ma part, tant il y aurait à dire et que les choses sont complexes sur les plans scientifiques, technologiques et politiques. Voici néanmoins quelques rapides réflexions un peu décousues.

Actuellement, la qualité des eaux souterraines ou de surface en France est globalement désastreuse.

Depuis quelques années, les installations industrielles ont fait de gros progrès et polluent globalement beaucoup moins qu’avant, bien qu’il y ait çà et là encore des points noirs à maîtriser.

En ce qui concerne les eaux usées domestiques, les choses s’améliorent aussi. Toutefois, les stations d’épuration sont encore souvent mal dimensionnées, pas assez performantes ou ne traitent pas tous les polluants. Il reste encore de très gros efforts à faire. Des normes beaucoup plus rigoureuses devraient être prises et s’il le faut, des mesures autoritaires pour obliger les élus récalcitrants à faire des efforts (sachant que des systèmes de financements à caractère solidaires existent et qu’ils devraient être notoirement renforcés).

Et puis il y a la pollution d’origine agricole, directe ou le plus souvent diffuse, représente un grave problème qui n’est malheureusement pas prêt d’être résolu. La problématique « nitrates » est un petit peu l’arbre qui cache la forêt. La norme de potabilité veut que l’on ne dépasse pas 50 mg/l de nitrates (valeur guide européenne fixée à 20 mg/l), valeur allègrement dépassée dans certaines communes bretonnes (entre autres), même si la situation tend à se normaliser quelque peu. Mais pour le bon fonctionnement des écosystèmes de rivière, la valeur ne devrait guère dépasser 2 mg/l toute l’année. On est loin du compte presque partout. En effet, rares sont les cours d’eau qui offrent une telle qualité. Je précise que l’agriculture n’est pas la seule à produire des nitrates, mais qu’elle y contribue largement. Il y a aussi les autres nutriments, en particulier le phosphore dissous (orthophosphates) : environ un tiers est d’origine agricole et cette proportion tend à augmenter. Ces phosphates représentent un grave problème, car en eaux douces, c’est un facteur limitant dans les cycles biogéochimiques. Lorsqu’ils sont présents (il en faut très peu), et pourvu qu’il y ait suffisamment d’autres éléments nutritifs (ce qui est presque toujours le cas), on peut observer les phénomènes de dérèglements trophiques, que certains, très nombreux, appellent à tort, eutrophisation. Nous préfèrerons parler de phénomène de dystrophie par excès (là aussi, il y a des confusions qui règnent sur ce terme) ou d’hypertrophie (ou hypereutrophie) ou carrément de pollution. Un autre élément azoté peut également provoquer de graves problèmes, c’est l’ammoniaque (composés à base d’ion ammonium NH4+, à ne pas confondre avec l’ammoniac NH3 qui est un gaz), or en entend jamais parler dans les médias. Enfin, il y a le problème des pesticides que l’on retrouve presque partout. La plupart du temps, ils ne dépassent pas les normes de potabilité, mais comme il en existe des dizaines (au moins), on ne sait pas quels peuvent être leurs effets cumulatifs (peut-être démultipliés ?). Sont-ils à l’origine de certains cancers ou autres maladies. Pour l’instant, nous n’en savons pas grand chose…

Ceci étant dit, je propose :

une mutation totale de l’agriculture actuelle vers l’agriculture biologique sur 10 années ; une refonte totale des aides européennes et nationales afin d’aider mieux les petits exploitants et moins (voire pas du tout) les gros ; orienter pimmédiatement ces aides vers les bonnes pratiques et progressivement, exclusivement vers le « bio » ;

actuellement, l’agriculture est la plus grande consommatrice nette d’eau et elle ne paie pour ainsi dire aucune redevance aux agences de l’eau ; il conviendra donc, contrairement à ce que ne s’apprête pas l’actuelle loi sur l’eau qui arrive en seconde lecture à l’assemblée nationale ce lundi 11 décembre 2007 à 21h30, de taxer les prélèvements d’eau et les pollutions induites par les engrais organiques ou minéraux ;

à encourager, y compris par des mesures coercitives, aux bonnes pratiques agricoles, à commencer par respecter les règlementations en vigueur, puis évoluer rapidement vers des normes plus sévères ;

N.B. : je ne veux pas stigmatiser les agriculteurs dont la situation de certains est parfois délicate sur le plan économique, mais force est de constater que les responsables agricoles (syndicats dominants notamment) s’étaient engagés depuis de nombreuses années à faire des efforts pour moins polluer en échange de non taxation, et on constate qu’aucune amélioration s’est produite dans le même temps. C’est pourquoi, il est nécessaire d’aider les plus nécessiteux et ceux qui le méritent vraiment. Les redevances supplémentaires perçues par les agences de l’eau serviront à cela, même si d’autres mesures financières seront nécessaires. Il conviendra également de réformer en profondeur le statut, le fonctionnement et les missions des chambres d’agriculture, actuellement omniscientes, omnipotentes et totalement inféodées au syndicat dominant. Il conviendra par ailleurs de revoir profondément le fonctionnement des établissements agroalimentaires (ou grossistes) qui sont parfois en partie à l’origine de la ruine de certains agriculteurs ou de certaines filières. Enfin, une réforme pour une fiscalité plus juste dans le domaine agricole sera nécessaire.

Actuellement, environ 60 % de la distribution de l’eau potable est assurée par des entreprises privées qui rémunèrent grassement leurs actionnaires en faisant payer le prix fort (quand ce ne sont pas des malversations pures et simples) aux consommateurs et/ou aux communes. Je veux parler des ex Compagnie générale des eaux et Lyonnaise des eaux qui ne se font pas concurrence, mais pratiquent l’entente pour se partager le gâteau, tout en pratiquant des tarifs hyper-juteux. Le reste du marché de l’eau est encore heureusement assuré par des régies municipales ou de syndicats intercommunaux. Il conviendra donc de créer un établissement public (Eaux de France par exemple) pour la distribution de l’eau et pour la dépollution des eaux usées et qui apportera son soutien technique et scientifique aux régies des collectivités, mutualisera les coûts pour la modernisation des installations. Dans le même temps, les services actuellement confiés au privé seront remis dans le service public dès que les concessions arriveront à échéance.

La lutte contre les inondations devra être une priorité. Des règlements plus stricts devront être établis dans les plans d’urbanisme.

Afin de faire appliquer les durcissements de la réglementation que je propose, il sera nécessaire de renforcer l’actuelle police des eaux, et de créer des services uniques au sein de chaque département.

Une politique d’abord contractuelle telle qu’elle se dessine dans les actuels SAGE (Schémas d'Aménagement et de Gestion des Eaux) sera systématisée. Si les résultats d’une telle politique sont jugés insuffisants, ces SAGE devront être renforcés.

Une vraie politique de reconquête des bassins versants, des cours d’eau et des zones humides devra enfin être mise en œuvre. En plus des améliorations en terme de biodiversité, cette reconquête assurera un meilleur fonctionnement écologique et biogéochimique des hydrosystèmes (incl. écosystèmes) ; elle permettra en même temps de lutter plus efficacement contre les inondations (phénomènes de rétention des eaux au sein des zones humides, d’étalement des crues ou d’éponge au sein des systèmes à caractère tourbeux) et d’améliorer la qualité des eaux transitant dans les cours d’eau (filtration, rétention, recyclage des nutriments, lutte contre l’érosion, etc.) notamment par le développement de ripisylves ou autres hautes végétations herbacées à caractère naturel. Ce dernier point méritera, un jour, un développement dans une note particulière.

21 mai 2023

Ma mère (3) : où en suis-je ?

J’ignore un peu l’image que je donne de la relation avec ma mère et il se peut qu’elle soit en partie erronée.

Les premiers souvenirs conscients que je peux avoir de ma mère, c’est l’immense bulle d’amour et le bonheur d’être dans ses bras. Des sentiments de protection et de sécurité absolues qui ne feront que se confirmer par la suite. Cet amour maternel est incroyable et je pense hélas que bien des enfants n’en ont pas bénéficié et cela a pu nuire à leur développement par la suite. Je ne sais pas précisément ce que cela m’a apporté car je n’ai pas la possibilité de comparer, mais force est de constater que ma mère et mon père m’ont beaucoup apporté. Cela a sûrement contribué a faire ce que je suis, pour le bien mais aussi pour le pire !

Il y a un 10-15 ans, je m’inquiétais déjà pas mal de la façon dont se termineraient les jours de mes parents compte tenu de l’éloignement et de la dépendance. Je voyais les choses assez insurmontables, alors que mes parents allaient encore bien dans l’ensemble et se débrouillaient fort bien. Et puis les choses se sont dégradées. Mon père a toujours tenu et réussi à « tenir la route », ce qui a énormément facilité les choses. Sauf que lorsque lui a dû aller à l’hôpital et ne plus être disponible pour assister ma mère, surtout depuis 2018. Cela a eu des conséquences très fâcheuses car il a mis sa vie en jeu pour que ma mère ne se retrouve pas seule, à plusieurs reprises. Et à plusieurs fois, il me l’avait en partie caché.

Au tournant de 2019-2020, alors que ma mère était encore un peu gérable, j’avais été frappé par le vertige que m’inspirait cette forme de « descente aux enfers » par rapport à ses capacités cognitives en chute accélérée. La voir mettre au coucher le masque pour l’apnée du sommeil (qu’elle mettait à l’époque car elle écoutait encore mon père) me la faisait voir comme une condamnée aux ténèbres et j’éprouvais une profonde tristesse.

À la fin de notre séjour pour les fêtes de fin 2021, autre moment difficile lorsqu’elle se mit à pleurer lorsque j’annonçais notre départ. Pourquoi ces pleurs ? L’impossibilité pour elle de verbaliser quelque chose d’intelligible ? L’idée qu’elle n’avait pas pu me dire quelque chose ? Qu’elle avait encore quelques moments de lucidité où elle se rendait compte de son état ? Je ne sais pas, mais cela m’avait peiné, même si j’avais fait en sorte de considérer cela comme non interprétable rationnellement, mais le doute persiste. Mais le vertige est resté gravé en moi. Pendant quelques mois en 2022, mon père m’a raconté des scènes un peu analogues, puis les ténèbres cérébrales ont annihilé ce type de réaction. Depuis le printemps 2022, la situation était déjà devenue très critique, raison pour laquelle la personne qui gère le dossier pour le compte du Département de la Loire avait tiré la sonnette d’alarme auprès de moi, pour faire le dossier pour rentrer dans un EHPAD. Mon père avait tenu le choc jusqu’à automne 2022, moment à partir duquel la situation est devenue insupportable. En réalité, depuis le printemps / été 2022, ma mère n’interagit plus une seule seconde dans la vraie vie. Elle n’a plus aucune réaction en me voyant, toute notion de l’espace et du temps ayant été abolie. Et il n’y avait plus rien de cohérent dans ses propos, sauf peut-être trois mots dans l’espace d’une semaine. Mots devenus rares ou se résumant à des réactions sans intérêt.

La situation que je décris m’a quelque part aidé à faire en partie mon deuil de manière anticipée. Je repense à un collègue, dont la mère était en EHPAD pour des pathologies un peu analogue et ne le reconnaissait plus et qui est décédée au printemps 2020 de la COVID-19. Diagnostiquée le matin, elle mourrait quelques heures plus tard à l’hôpital. J’avais alors été frappé par son sang-froid, mais avec le recul, je pense que nos attitudes convergent assez, même si les situations diffèrent quelque peu.

28 avril 2023

Brèves cornusiennes du vendredi 28 avril 2023

Ma mère va mieux dans presque tous les domaines où elle pouvait aller mieux : elle ne dort plus sans arrêt, elle mange « normalement » et elle marche avec le kiné et surtout toute seule. Elle va être progressivement sevrée en oxygène et devrait retourner dans le même service de l’EHPAD où elle était vers la fin de la semaine prochaine.

Conclusion : elle s’en est sortie au mieux, ce qui reste incroyable par rapport à la situation d’il y a juste une semaine où elle ne devait pas finir la journée. Il vaut mieux cela que l’inverse.

1 juillet 2023

Brèves cornusiennes du samedi 1er juillet 2023

Ma tante (la sœur de mon père), 84 ans, qui habite une maison individuelle près de Valence, est tombée mercredi dans son jardin en se cassant le genou droit et le poignet gauche. Elle n’a été opérée que ce samedi après-midi. Les nouvelles sont rassurantes.


Un « jeune » collègue et ami de mon père (que je connais bien, ainsi que Fromfrom) s’est séparé de son épouse fin 2020 (après 15 ans de vie commune environ et un mariage peu ancien). C’était un remariage car chacun d’entre eux avaient eu des enfants de précédentes unions. Depuis, il n’avait pas de nouvelles, il ne répondait jamais au téléphone. En revanche, l’ex-épouse avait continué d’entretenir de bonnes relations avec mon père. Pour l’enterrement de ma mère, il est venu à la cérémonie et a disparu aussitôt après la sortie de l’église. Jusqu’à hier, j’ignorais que mon père avait refusé que les personnes qui le connaissent l’informent du décès de ma mère. Mais… Hier, mon père trouve un message (non posté) de lui dans la boite aux lettres, comme des excuses et lui était furax qu’il n’ait pas sonné alors qu’il était présent à la maison toute la journée. Il me raconte ça et me répète qu’il ne veut pas l’appeler. Alors je l’ai engueulé, en argumentant. Quand on a subi une séparation douloureuse, quand on a « fait le mort » pendant des mois voire plus, il n’est pas facile de « revenir ». Il était évident qu’il voulait renouer le contact. Mon père a fini par comprendre et l’a appelé et il a bien sûr répondu car il était évident que c’était son objectif. Un rendez-vous est pris la semaine prochaine. Mon père est une tête de cochon et peut être impressionnant de froideur ou de vacherie, mais il sait aussi tourner la page.

26 juin 2023

Dompter les appréhensions

Mon commentaire hier soir sur la note de Plume au sujet de l’AVC de son frère m’a rappelé certaines choses qui montrent le besoin de se soigner pour ne pas risquer le pire, comme on le voit trop souvent. Et parce que quand on est mort, on n’a besoin de rien ! Cela étant, je ne néglige pas certaines difficultés et je n’en suis pas moi-même totalement exempt.

Avoir conscience de ses « problèmes » vis-à-vis de la maladie et de la fréquentation des établissements médicaux est déjà une première approche afin de tenter de dompter ses appréhensions. Pour ce qui me concerne, j’ai eu des souvenirs pas géniaux pour avoir fréquenté des hôpitaux ou maisons de retraite. Quand j’étais enfant, j’ai été impressionné négativement par les hôpitaux immenses et froids imprégnés d’une odeur mêlant le chlore, l’éther et un je ne sais quoi en plus, typique de l’ensemble des établissements... et que je retrouvais parfois imprégnée dans les vêtements de ma mère revenant de son infirmerie de l’usine. Cette odeur âcre, elle n’existe plus dans les hôpitaux depuis plus de 30 ans et c’est une bonne chose. Cette odeur à elle seule et le contexte de l’hôpital me suffisaient pour refuser d’accompagner mes parents dans ces lieux. Je me souviens aussi d’une visite épouvantable dans un hôpital de Dijon où mon grand-oncle resta quelques semaines à peine après la découverte de son cancer et la mort qui le terrassa en peu de temps. Je l’aimais beaucoup ce grand-oncle pour son originalité, sa douceur, son caractère enjoué. Le voir aussi subitement en mauvais état m’avait sidéré... c’était il y a 40 ans et l’odeur de mort était encore là.

Il y eut la maison de retraite où travaillait ma mère. J’avais esquivé le plus possible la section médicalisée, mais là aussi, une belle horreur (des vieux qui agonisaient très lentement pour certains), malgré un bâtiment assez récent (j’étais entré une seule fois).

Il y eut la maison de retraite (non médicalisée, donc un moindre mal) d’une grande amie de la famille (de mon grand-père maternel) et que j’appréciais beaucoup (elle avait passé plusieurs séjours à la maison). Quand je la vis entrer dans son petit studio dans un établissement à la campagne m’avait donné l’impression qu’elle entrait dans une cellule de prison dans l’attente de la mort.

Il y eut ma grand-tante morvandelle, dans une section de l’hôpital d’Autun où sa visite m’avait traumatisé et ça, c’était il n’y a pas si longtemps (2006-2007) car je l’avais vue comme figée, diminuée de sorte que bien qu’ayant eu l’occasion d’aller la voir une fois avant son décès, j’avais catégoriquement refusé (Fromfrom pourrait en témoigner) et j’ai une forme de culpabilité par rapport à ça.

D’un côté plus positif, j’avais vu ma grand-mère maternelle quelques semaines avant son décès (début 2001) dans un contexte beaucoup plus favorable car le bâtiment était neuf alors que l’hôpital d’Autun six ans plus tard était un vieux machin. Je pense que la modernité des locaux, au moins à l’intérieur est important pour moi pour que je me sente mieux.

En 2000, il y eut mon propre séjour aux urgences de l’hôpital post-piqûres de guêpes où j’avais apprécié être mis dans une chambre à plusieurs lits où j’étais seul. Cela n’avait pas empêché le lendemain matin d’entendre des râles / hurlements épouvantables d’une vieille qui avait perdu la tête.

En 2001, mes séjours pour la désensibilisation à l’hôpital de Tours où je fus agréablement surpris par la disponibilité et la gentillesse du personnel. Cela tient en partie aux personnes, mais c’était aussi une question liée au service mêlant l’allergologie et la pneumologie où l’on soigne pas mal de cancers... Je ne reviens pas sur le dévouement du personnel pressurisé.

En 2008, il y eut la polyclinique près de Dunkerque où séjourna Fromfrom. Là-bas, pas de problème : modernité et je n’avais croisé personne (mais c’est justement là que résidait probablement le vrai le problème).

En 2018, mon père en soins continus (intensifs) : pas de soucis car le côté « high tech » l’emportait et le personnel aux petits soins. En revanche, je ne cache pas le fait que nous avions pensé au pire en termes de survie, car la débauche de soins et d’appareils est à la fois inquiétant et rassurant.

En 2018 toujours, la grande rigueur rassurante de l’hôpital où se trouvait la duchesse mère à Rennes. En revanche, une impression d’usine à opérations du cœur à la chaine en voyant dans le service toutes ces personnes, parfois jeunes, avec un pansement typique en long sur le sternum.

Cette année, ma mère s’est retrouvée dans le même établissement que mon père mais en gériatrie. Je pensais y trouver des choses assez épouvantables car mon père qui y était passé un temps en 2018, avait dépeint une situation assez apocalyptique, à cause de vieux qui dans la majorité avaient perdu la tête et qui étaient dépendants. Pour lui, à l’époque, être changé de service avait contribué à ce qu’il se remette plus vite. Mais en réalité ce service de gériatrie est bien tenu, avec un personnel attentif et sympa, dans le service et au téléphone puisque j’appelais tous les matins.

En définitive, je ne vais pas dire que j’apprécie les établissements hospitaliers, mais que je commence à les apprivoiser. De là à dire ce qu’il en serait pour moi, je ne sais pas, car je n’y suis resté que deux fois moins de 24 heures d’affilée.

6 mai 2023

Brèves cornusiennes du samedi 6 mai 2023

Ma mère devait retourner à l’EHPAD mercredi, mais mardi, compte tenu de ses vomissements (certainement dus à ses calculs biliaires), il n’en était plus question d’autant que son oxygène sanguin n’est pas aussi bon que cela. Finalement, mercredi, le médecin décide que cela se fera jeudi. Que s’est-il passé entre deux ? Pas grand-chose, assurément. Il est sur un fil de rasoir et on espère que cela va aller. C’est ce que j’ai dit à mon père, sans savoir la suite. J’aurais même tendance à penser que l’on décide aussi, secondairement, en fonction des places disponibles ou non à un moment donné. Donc retour à l’EHPAD jeudi en fin de matinée. Et jeudi soir vers 19 heures, déjà le médecin de l’EHPAD (pas à demeure, mais qui avait été appelé spécialement) pour dire que ma mère a encore vomi et qu’il en est passé dans les poumons, qu’on met sous antibiotiques et qu’on remet l’oxygène. Visiblement, on apprendra vendredi qu’elle est passée à deux doigts de retourner aux urgences. Vendredi et ce samedi matin, cela va, plutôt pas trop mal. Je pense pour ma part que cela va rester très fragile, dans un entre deux, assez pénible à vivre aussi pour mon père. Le risque est qu’elle finisse par aller dans un service (hors EHPAD) qui l’accueillera de manière plus lourde et où mon père aura des difficultés pour aller la voir (très peu/pas de stationnements).

Je pense que je ne parlerai plus de l’état de santé de ma mère ici, sauf évolutions majeures et hélas plus graves.

24 avril 2023

Brèves cornusiennes du lundi 24 avril 2023

Ma mère est sortie du coma dans la nuit de samedi à dimanche. Elle a encore besoin d’oxygène, mais ne marche pas. J’ai pu discuter cet après-midi avec la médecin du service de gériatrie où elle est depuis samedi. A présent, on pense qu’elle n’a pas fait d’AVC (le second scanner a confirmé l’absence de signes même si absence de signes ne signifie pas absence d’AVC). Elle parle, mais mot à mot, sans plus ni moins de cohérence qu’auparavant (elle est toujours dans un monde parallèle – aujourd’hui, elle se croyait en 1968).

Le médecin dit qu’il faut qu’elle réapprenne à marcher, ce qui me semble a priori compliqué voire impossible. Ils vont la garder ainsi une semaine (environ). Je rappellerai le médecin jeudi. On s’achemine à terme vers un retour à la place qu’elle occupait à l’EHPAD (très peu probable), mais plus vraisemblablement dans un autre service ou un autre établissement en fonction des places et de son état. Ce qui est bien quand même, c’est que d’une certaine manière, elle est prise en charge de manière globale par l’hôpital dans un des établissements qui en dépendent. Ni mon père ni moi n’avons à gérer la suite, du moins dans les détails, ce qui psychologiquement, est un peu rassurant. Avec mon père, nous avons pu nous occuper d’un peu de paperasse.

Sauf avis de dernière minute, nous retournons en Bourgogne demain soir afin de terminer ces « vacances » mouvementées.

20 août 2022

Quelle forêt brûle ?

Non, ce blog n’est pas encore mort. Avant de revenir à des choses plus illustrées et plus légères, une petite réflexion qui m’a été inspirée ces derniers jours par mon actualité professionnelle.

J’avais déjà eu l’occasion de le dire à quelques occasions : la gestion forestière et de la filière bois en France sont plutôt mauvaises et se sont même assez largement dégradées ces dernières années et décennies. En forêts publiques, on demande à l’ONF de sortir plus de bois pour assurer l’autofinancement des rémunérations des agents, des prestataires et des retraités (…), sans toujours bien se préoccuper de la santé des écosystèmes forestiers. On demande par ailleurs à la forêt privée de « dynamiser » aussi la production de bois sous de fallacieux et répétés arguments scientifiques qui voudraient que des forêts assez jeunes et productives (phase d’aggradation) soient plus aptes à stocker du carbone, le tout pour lutter contre le réchauffement climatique. Mais il existe de puissants groupes de pression qui empêchent la vérité scientifique d’être véritablement dévoilée au grand public. Et cela se traduit, toujours selon de simplistes et spécieux arguments visant à contrer les changements climatiques, à programmer la plantations d’arbres exotiques, parfois reconnus comme potentiellement envahissants ou susceptibles d’entraîner des désordres écologiques (enrichissement trophique excessif des sols, acidification, banalisation des cortèges despèces...) : cas de certains conifères, du Robinier faux-acacia (Robinia pseudoacacia), des eucalyptus… certains très aptes à se consumer très facilement, comme les grands feux de cet été 2022 en France ou au Portugal en 2017, pour ne parler que de ceux-là qui en cache une multitude d’autres. Et de faire la sourde oreille à toute une communauté scientifique indépendante qui s’inquiète et met en garde, parfois depuis des décennies…

En région Hauts-de-France, je suis amené depuis des années, à participer à différentes instances officielles relatives à la forêt et au bois. À l’échelle régionale, l’État demande aussi de prendre en compte ses décisions nationales dans divers plans et programmes et donc nombre d’élucubrations scientifiques. Le ministère de l’Agriculture est tout puissant et celui de l’Écologie ferme sa gueule en général ou n’intervient que de manière assez marginale. Depuis l’automne dernier, quand on n’a pas sciemment oublié de m’inviter, nous en étions à examiner le futur S*ch*éma ré*gio*nal de ge*s*tion s*ylv*ico*le, valable pour l’ensemble des forêts privées. J’ai pu m’exprimer oralement et par écrit pour dire tout ce qui n’allait pas. Je précise immédiatement que je ne suis pas contre l’exploitation sylvicole des forêts, loin s’en faut, mais qu’il faut faire attention, prendre des précautions, ne pas planter n’importe quoi, n’importe où, n’importe quand et qu’il faut prendre en compte la réalité du patrimoine biologique, notamment au « rayon » végétal, mais pas que… Résultat des courses : selon mes estimations, on n’a pas tenu compte de 95 % de mes remarques, et pas que des miennes, mais de tout un tas d’organismes liés à la connaissance de la nature, sa gestion, sa protection. Certes, certaines remarques n’étaient pas faciles à prendre en compte directement (encore que…), mais de nombreuses l’étaient très aisément. Au final, un document officiel qui va être validé tel quel, une belle merdouille. Le côté « amusant » de l’affaire est qu’ayant jeté un œil au même schéma en Bourgogne – Franche-Comté (procédure plus avancée), j’ai constaté que c’était un joli copié/collé, avec les mêmes défauts congénitaux et de non prise en compte de la notion d’écosystème forestier (non, une forêt nest pas une simple collection darbres qui poussent sur un substrat, mais un ensemble dinteractions extrêmement complexes entre différents compartiments biologiques en grande partie méconnus dont la flore prise dans son ensemble nest finalement que la partie émergée de liceberg comparativement à la majeure partie de la biodiversité). Il est assez lamentable qu’en 2021-22, on ne prenne pas encore en compte les réalités scientifiques pourtant acquises depuis des décennies et qu’on en soit encore à raisonner en partie comme en 1950, en arguant que le document doit rester accessible aux propriétaires forestiers et aux gestionnaires forestiers (lesquels ne sont pas toujours brillants en dehors de leurs connaissances strictement sylvicoles, et encore). Et je réfute bien sûr l’idée selon laquelle une argumentation scientifique rigoureuse ne pourrait pas être vulgarisée. Et il est patent de voir que les arguments scientifiques tronqués, trompeurs voire malhonnêtes, passent très bien… Cependant, le préfet de région (ou ses collaborateurs) ayant constaté que ce schéma était loin d’avoir fait l’unanimité, notamment dans la commission à laquelle je participe (20 votes pour, 4 contre, 23 abstentions), il s’est fendu d’une lettre où il dit que quand même, il y a eu beaucoup de remarques qui n’ont pas été prises en compte, que l’Autorité environnementale nationale (instance tenue par des hauts-fonctionnaires du ministère, que je peux qualifier de préretraités) n’a pas donné une très bonne note et que c’est très ennuyeux, même si le document est conforme en tous points aux textes officiels. Et de demander, entre autres, à l’établissement public chargé de la forêt privée, qu’il conviendrait de se rapprocher notamment de nous pour la validation des pla*ns sim*pl*es de g*es*tion, en particulier pour ce qui concerne les plantations d’essences exotiques. Le nouveau directeur adjoint de cet établissement est un con, un manipulateur (j’en ai eu la preuve il y a peu), alors il n’a pas dû apprécier outre mesure cette injonction préfectorale. On verra ce que cela donnera (je ne me fais guère d’illusions), mais c’est quand même bien fait pour sa gueule ! À tous les coups, il va repeindre le tableau en disant que c’est lui qui a été à l’origine de cette initiative constructive, ce qui est bien entendu faux puisque je sais d’où ça vient. J’attends qu’on me sollicite…

7 octobre 2021

Brèves cornusiennes du jeudi 7 octobre 2021

Alors qu’on s’attendait au scandale, les révélations sur les crimes de pédophilie au sein de l’Église catholique en France, dépassent l’entendement, même si les affaires en question couvrent une période de 70 années. On considère à au moins 500 000 le nombre réel de victimes (sur un peu plus de 200 000 comptabilisées aujourd’hui). Je ne détaille pas plus les faits, mais force est de constater qu’un grand nombre d’institutions catholiques et d’hommes de foi ne sont pas seulement responsables mais coupables de tels agissements ou de ne pas les avoir dénoncés avec la plus grande fermeté. Cette culpabilité est même revendiquée puisque le président de la conférence des évêques de France a affirmé et répété que le secret de la confession était au-dessus de la loi de la République française. Que l’on s’entende bien, je ne dis pas que toute la législation française est juste, mais quelqu’un qui se place au-dessus de cela pour couvrir les crimes les plus odieux accède de facto au statut de protecteur des pires ignominies. Car je ne me fais aucune illusion, si personne ne renverse violemment la table au sein de l’Église catholique, les crimes se poursuivront, en toute impunité puisque la loi du silence est de mise. Tout au plus, peut-on espérer que les victimes parleront davantage, mais ce n’est même pas sûr et quand bien même, cela ne supprimera pas les crimes. Rien ne doit pouvoir empêcher la dénonciation de crimes. Si les religieux, le pensent, on doit s’arranger pour les mettre hors d’état de nuire davantage.


Depuis une quinzaine de jours, nous sommes raccordés à la fibre optique. Pour l’internet, cela ne change pas grand-chose en termes de navigation. En revanche pour émettre ou envoyer des fichiers sur l’internet ou des pièces jointes, cela va incroyablement plus vite. Et par ailleurs, nous avons repris la télévision par internet (basse définition) que nous avions abandonnée depuis plus de dix ans au profit du hertzien TNT et nous ne constatons plus de dysfonctionnements (notre antenne de toit est sans doute un peu défectueuse).


Il y a une quinzaine de jours, mon père a passé un moment très difficile avec ma mère qui est de plus en plus souvent entêtée et agressive, notamment lorsqu’elle doit aller en ville pour des vêtements, le vaccin… Et là, elle a carrément refusé d’aller chez la coiffeuse. Jusque-là, quand elle refusait, mon père m’appelait et j’arrivais à la faire changer d’avis, mais là, rien à faire. Fromfrom a pu contacter une personne qui va passer voir mes parents pour mettre en place de nouvelles choses, mais je me demande à quel point cela soulagerait mon père. Car bien entendu, il faut la surveiller sans cesse (médicaments, lavage, habillage…). D’autant que la nouvelle aide-ménagère de 66 ans (vive Macaron) n’a pas beaucoup d’idées et est peu alerte ou efficace par rapport à l’ancienne non vaccinée.

27 juin 2022

Brèves cornusiennes du lundi 27 juin 2022

Fromfrom a repris aujourd’hui le travail, donc sept jours à peine après les premiers symptômes et cinq jours après avoir été positive. Elle est revenue sur les rotules, sans mauvais jeu de mots. Heureusement qu’elle ne retravaille pas avant vendredi à présent.

De mon côté, j’étais positif à l’autotest samedi, qui a été ma plus mauvaise journée avec la fièvre qui tangentait 39 °C. Aujourd’hui, j’ai fait une demi-journée de travail et demain je ne travaille pas du tout (RTT) parce que suis encore très fatigué. Ce matin, test PCR positif. Je l’ai fait faire pour ensuite m’exempter d’un rappel vaccinal et conserver l’intérêt du passe vaccinal en particulier pour aller dans certains établissements de santé.


 

Ma mère est sur liste d’attente dans deux EHPAD. J’aimerais bien qu’elle puisse y entrer à l’automne, le temps que mon père se fasse à l’idée. Cela le préoccupe énormément. Il y a des hauts et des bas.

22 juin 2022

Brèves cornusiennes du mercredi 22 juin 2022

Fromfrom est plus ou moins « enrhumée » depuis dimanche. Lundi, elle fait un autotest « SARS-CoV-2 » négatif. Elle avait 7 élèves covidés absents sur 29, et les autres étaient tous masqués. Hier et aujourd’hui, elle ne travaillait pas, mais était toujours « enrhumée ». Nouvel autotest positif cette fois. Et moi, avant même ce nouveau test, j’ai ressenti des signes en rentrant du travail. Je pense que je suis atteint, mais j’attends demain pour faire l’autotest. Conclusion : Karagar nous a refilé sa COVID-19 par le blog ! Plus sérieusement, c’est sûrement une infection jeudi dernier à l’école.

10 avril 2021

Brèves cornusiennes du samedi 10 avril 2021

Depuis quelques mois, j’avais constaté que ma vue avait baissé. Mes lunettes ne me permettent plus aussi bien qu’avant à lire les micro-textes que l’on peut lire sur des micro-tubes, le genre de ceux que l’on peine sûrement à lire quand on a une vue normale et que seuls les myopes arrivent à décrypter avec aisance, mais plus généralement, je constatais que ce n’était plus aussi net qu’avant. Il y a une quinzaine de jours, je suis donc allé à la clinique ophtalmologique (moins de 15 jours après la réservation sur Doctolib) et ce dans notre bonne vieille ville. La fois précédente, j’avais dû réserver des mois plus tôt sur internet juste après minuit pour trouver un créneau… et aller dans l’agglomération lilloise. A présent, c’est vraiment facile et agréable. Il faut dire que précédemment, tous les ophtalmologistes avaient disparu. On a bien trouvé que ma vue avait baissé et que j’avais une très légère hypermétropie et un besoin très accessoire d’avoir des lunettes pour voir de loin. On m’a donc laissé le choix entre des verres pour voir de près et à l’écran d’ordinateur (« interview ») ou d’opter dès à présent pour des verres progressifs qui ne corrigent presque rien de loin. L’opticienne mutualiste m’a plutôt conseillé la seconde option. Il est vrai que de mettre et enlever ses lunettes sans arrêt est assez pénible même si je trouve plaisant de pouvoir me permettre de le faire pour l’instant. Me voilà donc lunetté avec des verres progressifs et je tiens à dire que ce n’est pas évident, notamment pour caler la vision à distance intermédiaire en prenant en compte les énormes zones de flou latéral (bien qu’ayant pris des verres qualitatifs qui les minimisent). Une question de temps d’adaptation, dit-on, de quelques jours à quelques semaines, mais bon sang, ce n’est pas évident.

16 juin 2022

Vingt ans et quelques

Une forme de note anniversaire car aujourd’hui, cela fait exactement vingt ans, un mois et deux jours que j’ai soutenu ma thèse (je n’avais pas la tête à rédiger cela le mois dernier). Le mois de mai est une période où l’on ne soutient généralement pas de thèse (cela se fait plutôt entre septembre et décembre), mais ce n’est qu’une étrangeté parmi beaucoup d’autres…

Comme j’ai eu sans doute plusieurs fois l’occasion de le dire ici, je voudrais rappeler qu’avant le bac, je n’avais jamais imaginé faire de longues études. Lors de mes années au lycée, je me souviens très bien d’un rendez-vous, en compagnie de ma mère, chez la conseillère d’orientation où elle disait que des poursuites d’études après un bac + 2 (BTS, DUT) étaient possibles, notamment vers des bac + 4 (MST) et qu’elles connaissait pas mal d’étudiants qui avaient emprunté ce chemin-là.

En classe de terminale, le proviseur avait dit : « dans cet établissement, vous (s’adressant à nous, futurs bacheliers), partez peu pour des études longues, alors que vous en avez largement les capacités ». Cela m’avait marqué. Cependant, je trouvais qu’un DUT ferait bien l’affaire dans un premier temps et ce serait déjà bien si je parvenais à obtenir ce diplôme (je doutais beaucoup de moi à l’époque). Et il fallait déjà rentrer à l’IUT compte tenu de la forte sélection à l’entrée. La première année d’IUT me plongea dans une vie d’étudiant que je ne soupçonnais pas, mais je restais concentré sur mon objectif, aidé en cela, par un grand nombre d’heures de cours/TD/TP. Aucune participation à une fête estudiantine durant mes études (après, si).

Et puis ce fut la MST et après le service militaire. L’occasion me fut donnée de poursuivre (je n’y songeais pas, je me suis fait un peu forcer la main). Enchainer sur une thèse me paraissait aussi très long, difficile à concevoir… alors que ce fut finalement presque « facile ». Il fallut le sujet. Contrairement aux usages, c’est moi à 99 % qui avais proposé et rédigé le sujet de thèse. Il fallut aussi trouver le financement et, le plus délicat, la structure d’accueil (pour ne pas dire le laboratoire), etc. C’est bien ça qui a finalement été le plus difficile et long à mettre en place. Je n’y serai pas arrivé sans la complicité de mon directeur de thèse et du président de l’université avec lequel j’échangeais directement et qui m’a sauvé la mise. J’ai dû m’accrocher, certes et insister, mais ça a payé. Je me demande vraiment si au final, je me serais engagé pour une thèse dont je n’aurais pas moi-même défini le sujet ? Enfin, la question ne se pose pas puisque cela s’est passé autrement.

Les premiers mois de mon travail de thèse avaient notamment consisté à faire de la bibliographie et je dois dire que je n’avais pas été énormément aidé à ce niveau. Certes, ma codirectrice de thèse m’avait bien orienté du côté des forêts (alluviales), mais pas grand-chose au sujet des autres végétations, notamment aquatiques (je n’ai pu récupérer des choses modernes que tardivement auprès de l’un de mes rapporteurs de thèse). D’une manière générale, ma thèse pèche par un relatif manque de références bibliographiques internationales, ce qui a été (vite) dit en soutenance et j’en suis pleinement d’accord. J’ai souffert d’une forme d’isolement et d’un mauvais accès à la littérature scientifique internationale. Cela dit, n’exagérons pas, il y a de la matière… et parfois, il ne faut pas aller chercher sur les rives du Mississipi, du Congo, du Yang-Tsé-Kiang ou de l’Amazone, quand on a de la matière sur le Rhône, le Rhin et quelques bricoles sur la Loire…

Je ne vais bien sûr pas parler du fond de ma thèse, puisqu’il suffit de la lire (sur la HAL science ouverte – thèses en ligne) et je pense vraiment qu’elle est relativement accessible, blague à part. En revanche, quelques anecdotes.

L’un des rapporteurs de ma thèse, hélas décédé en 2020, de l’Université de Marseille, que j’avais eu comme intervenant lors de mon DEA passé là-bas, avait notamment écrit dans son rapport autorisant la soutenance : « L’ampleur des collectes de données pour établir ce modèle est à mettre au crédit de Monsieur Cornus. Il concerne tant les bases floristiques que les paramètres écologiques. L’échantillonnage stratifié, le maillage conséquent des stations donnent à ce travail une marge de sureté qui tourne le dos aux méthodes souvent estimatives utilisées par nombre de chercheurs pour établir et construire des modèles structuro-fontionnels ». Pour être plus clair, il se réjouissait que mon travail se base sur de vraies données recueillies précisément sur le terrain (relevés semi-quantitatifs d’espèces de plantes) et non sur de vagues estimatifs. Il est notoire de constater que nombre de travaux scientifiques sur la flore se basent sur des « méthodologies simplifiées » alors même que les études de fond, non simplifiées, n’ont pas été menées et qu’elles ne le seront probablement jamais. D’un point de vue scientifique et épistémologique, c’est sacrément problématique. Et effectivement, j’ai vu depuis pas mal de travaux qui sont menés ainsi et arrivent à des conclusions merdiques. Cela n’a sans doute pas d’importance puisque presque personne dans la communauté scientifique académique ne s’en rend compte, dès lors que la forme de l’article scientifique dans la revue Machin coté Truc au rang international, que l’on a produit ses statistiques bien comme il faut et qu’on en sait pas beaucoup plus après qu’avant… Et comme c’est merdique, il vaut mieux faire de la génétique et de la biologie moléculaire, il n’y a que ça de vrai, de préférence sur des plantes qu’on ne connaît pas, qu’on na jamais vues dans la nature. Aujourd’hui, il n’existe pratiquement plus d’universitaires naturalistes en botanique. On ne sait pas reconnaître un Pâturin à feuilles étroites d’une Fétuque rouge (ou si vous voulez pour être plus parlant un pissenlit d’une laitue… cela n’a pas d’importance puisque tout est de la salade !). Je pense qu’au contraire, c’est très grave puisque les chercheurs n’ont pas tous conscience de leurs lacunes ou alors les minimisent. À quoi bon reconnaître les plantes, c’est la science des ânes, puisqu’il y a PlantNet (voir ici : c’est vrai que c’est un outil intéressant et performant pour l’avoir testé, mais qu’il faut savoir utiliser et ne pas forcément écouter en retournant bien sûr aux fondamentaux).

Après la soutenance, en attendant le retour du jury parti délibérer, un ancien professeur de chimie qui avait assisté à ma présentation et aux questions, et que je n’appréciais guère (mais avec lequel j’étais toujours resté poli) était venu me voir pour me balancer, entre autres, une vacherie du genre : « je n’ai pas bien compris telle chose, tu aurais dû mieux expliquer… ». Ce jour-là, je n’étais pas dopé, mais remonté comme un coucou et hypersensible. Je lui ai répondu un truc du genre : « Comme l’a dit le professeur C. (président du jury), ce travail s’adresse à un public averti et compétent ». Du coup, il avait fichu le camp. Il est clair qu’en 45 minutes, on ne peut pas détailler les résultats des travaux d’une thèse en allant réexpliquer ce qu’est un type biologique, une communauté végétale, un transect…). Je suis 100 % partant pour expliquer le contenu de ma thèse à des gens qui n’y connaissent rien et je pense que je sais le faire sans souci, mais aller expliquer ça aux cons, persuadés détenir la vérité, alors qu’ils sont eux-mêmes des billes en pédagogie, il ne faut pas pousser ! Une connaissance, aujourd’hui perdue de vue, avait eu ce triste individu comme directeur de thèse. Lors de sa soutenance à laquelle j’avais assisté, cette andouille malfaisante n’avait pas trouvé d’autre saloperie à dire à la fin que : « C. est têtue, elle a fait ceci et cela… ». Cela aurait pu être de l’humour, mais cela ne l’était pas du tout. Et après délibération, c’était la plus faible appréciation, « honorable », qui lui avait été donnée. Alors je ne suis pas compétent pour juger de la qualité du travail qui avait été mené, mais je pense que le travail avait été réalisé avec beaucoup de rigueur. Je pense que l’appréciation ne l’a pas énormément aidée dans les années qui ont immédiatement suivi sa thèse.

Contrairement à ce que j’avais imaginé ou ce qui était prévu initialement, peu d’étudiants dans les formations dont j’étais issu ou dans lesquelles j’avais enseigné, car ils étaient partis en sortie. Mais quelques amis dans la salle et quelques inconnus que je revis néanmoins plus tard. L’un d’eux dira plus tard à plusieurs occasions que ma thèse était son livre de chevet. Je pense quand même qu’il faut avoir un grain pour ça !

Après les remarques constructives formulées par l’un des rapporteurs, à la fois dans son rapport et oralement, j’avais remanié légèrement ma thèse pour y répondre autant que possible dans le temps qui m’était imparti. Sans pouvoir tout remanier en si peu de temps, cet effort avait été apprécié dans le document final. Néanmoins, je reste persuadé que la thèse comporte certains défauts de naissance auxquels je n’ai jamais su répondre. Parmi ces défauts figurent pas mal d’éléments d’analyse qui n’ont pas été menés jusqu’au bout notamment faute de temps et un défaut de structure puisque je commence à fournir des résultats et des analyses personnels avant les résultats « officiels » principaux. Cela ne m’a pas empêché d’obtenir l’appréciation maximale du jury et l’année suivante le prix des thèses de la Société botanique de France (le premier de la série) ; le plus fort a été que je n’avais pas candidaté à ce prix (uniquement honorifique à l’époque).

Finalement, je suis heureux de cette aventure que fut la thèse (pas uniquement le temps du travail, mais aussi les années qui ont précédé). Cela m’a permis de faire la connaissance de pas mal de personnes, parfois pas du tout conventionnelles et tranchantes mais néanmoins très intéressantes quand on a su faire le tri, mais aussi des belles personnes, modestes et riches que l’on n’oublie jamais, et des amitiés. Bref, une aventure structurante dont je puis dire que j’avais sans doute besoin, à deux niveaux non disjoints : une partie de ma personnalité et la reconnaissance de ma valeur professionnelle voire de ma valeur tout court. Il m’a fallu encore bien des années pour dépasser en partie certains de mes complexes et un certain besoin de reconnaissance. Ce besoin est encore là, même s’il est souvent mis en sourdine, quitte à rejaillir. J’essaye cependant de ne pas succomber à l’orgueil, mais peut-être que cette note dit le contraire…

14 mai 2022

Brèves cornusiennes du samedi 14 mai 2022

Mardi, mes parents avaient rendez-vous chez leur médecin traitant (la « femme de science » comme dit mon père). Mon père avait remarqué depuis quelques semaines que ma mère avait une forme de boursouflure sur la poitrine. La femme de science l’envoie passer un scanner. Miracle, mon père réussit à décrocher un rendez-vous deux jours après (un rendez-vous annulé). Résultat des courses : le cancer est probable, même si on attend la biopsie d’ici dix jours. La femme de science ne peut pas se prononcer pour l’instant, mais pense qu’une opération chirurgicale semble exclu compte tenu de l’état général de ma mère, la chimiothérapie également. Resterait la radiothérapie. L’ennui est que cela nécessiterait de bloquer mon père tous les jours pour l’accompagner en « ambulance » à l’hôpital (Saint-Etienne). Bref, encore une source d’emmerdements pour lui. Sinon, son caillot dans la cuisse devrait se résorber à la longue via le traitement en cours et le calcul dans le rein, on ne fait rien tant que cela ne la gêne pas. Depuis hier, j’ai commencé le dossier pour préparer l’admission de ma mère en EHPAD. Encore un site qui merdouille sérieusement, obligeant à ressaisir les mêmes informations 5-6 fois. La dame du Département m’avait prévenu, mais c’est quand même merdouilleux. Mais bon, ça va aller.


Bon, demain, c’est portes ouvertes dans les jardins du boulot avec pas mal de festivités… On va avoir beau temps.

1 avril 2022

Brèves cornusiennes du vendredi 1er avril 2022

Le Conseil scientifique s’est bien passé. En revanche, le Conseil d’administration d’hier a été assez calamiteux pour cause d’impréparation, parce qu’il y avait beaucoup trop de fautes d’orthographe dans le business plan et parce que le commissaire aux comptes à relevé une grave erreur dans un tableau financier. En conséquence, après y avoir réfléchi toute la journée, j’envisage de licencier ma directrice financière pour faute lourde. Bien triste de ne pas pleurer.

16 mars 2022

Brèves cornusiennes du mercredi 16 mars 2022

Il y a deux ans, j’avais réservé le restaurant pour l’anniversaire de Fromfrom pour le dimanche midi. La veille à vingt heures, on apprenait que les restaurants seraient fermés consécutivement au premier confinement. Hallucinant ! Quelques mois plus tard, Fromfrom avait réservé le même restaurant pour mon anniversaire cette fois. Même punition : annulation trois jours avant pour le deuxième confinement. En 2021, nous n’y sommes pas retournés (encore un confinement en mars et pas là/pas envie en novembre). L’année 2021 a d’ailleurs été mise à profit pour un changement de propriétaire et de chef (le même). L’ancien a pris sa retraite. Il y a deux restaurants en un : un deux étoiles et une « brasserie » côté jardin. Nous connaissons les deux, mais c’était côté jardin cette fois. Donc, samedi soir nous y étions. Les fondamentaux sont restés les mêmes et c’est toujours très bon. Vous pourrez demander à Fromfrom le menu, elle se souvient de tout !


 

Jeudi dernier, j’étais allé à Amiens en train pour la première réunion de mon deuxième mandat d’un conseil scientifique très officiel dont j’ai dû déjà parler. Les masques étaient requis durant la réunion (toute la journée), mais évidemment pas pour le buffet méridien pris debout dans une salle voisine (pas immense). Vendredi soir, j’ai mal à la gorge, je dors mal. Samedi, ce que je prends pour un rhume prend de l’ampleur, mais cela ne m’empêche pas d’aller au restaurant. Dimanche matin, cela ne va pas mieux, mais cela ne m’empêche pas d’aller au marché et d’acheter à la pâtisserie un gâteau pour continuer d’anticiper l’anniversaire de Fromfrom. Mais dans l’après-midi, cela s’aggrave. Ne serais-je pas covidé ? Lundi matin, pas mieux, je reste à la maison et je vais me faire tester antigéniquement à la pharmacie, mais résultat négatif. Je termine l’après-midi en RTT avec une bonne sieste. Et mardi a fortiori aujourd’hui, cela va bien mieux. Donc, un rhume assez violent dont je suis coutumier… et que je n’ai pas refilé à Fromfrom. Tout cela pour dire que c’était mon premier test COVID-19.

27 novembre 2020

Rencontre éphémère

Je reviens un peu en arrière...

Au mois d’août, lors de notre séjour en terres éduennes, alors que Fromfrom venait de partir faire des courses avec mes parents, une personne vient toquer à la porte. Je crois un instant qu’il s’agit d’un voisin, mais je ne reconnais pas la voix. Le milieu de l’après-midi est dépassé et c’est un jeune homme (25 ans environ) qui demande s’il peut camper pour la nuit sur la chaussée de l’étang. Il demande aussi s’il peut se baigner. C’est demandé bien gentiment, avec un respect devenu bien rare à mon sens. C’est un cycliste bien chargé. Après que je lui eus indiqué le « mode d’emploi », il se rendit sur place. Plus tard dans la soirée, je me rendis à létang pour me baigner à mon tour (comme les jours précédents) et j’en profitai pour discuter un peu avec lui. Il avait été engagé dans le sud de la France (près de Narbonne si mes souvenirs sont bons) pour travailler dans l’industrie des systèmes automatisés. Durant le premier confinement, il avait été mis en chômage partiel, puis il fut licencié en juillet. Mais aucune animosité de sa part. De mon côté, je pensais au futur licenciement que nous allions mettre en œuvre. Le cycliste avait pour projet de parcourir une partie de la France pour finir son voyage de quelques semaines/mois du côté de Nantes. J’avais lintention de lui expliquer vaguement mon boulot et le contexte géographique, historique et écologique de lendroit où nous trouvions. Il n’avait aucune notion naturaliste mais j’avais quand même voulu lui donner quelques explications sur les tourbières, les ceintures de végétation de l’étang, sur les plantes carnivores… Il m’a gentiment écouté. Bon, je ne pense pas l’avoir assommé non plus. Je l’ai encore aperçu lors de son départ le lendemain matin, alors que je recherchais le Rossolis à feuilles rondes (Drosera rotundifolia) dont j’avais montré une photo il y a peu.

Cette rencontre m’a marquée car j’ai trouvé une personne d’une grande gentillesse, soucieuse de ne pas laisser de trace, et chose plus rare, en capacité d’écouter mes « histoires » en se disant quand même intéressée ! Bon, on va dire quil était poli !

22 octobre 2021

Brèves cornusiennes du vendredi 22 octobre 2021

Depuis les élections régionales et départementales de mai et juin dernier, nous n’avions plus qu’une présidente par intérim, en attendant que les élus représentants nos administrateurs soient nommés pour la région et les deux départements. Cela a été long, mais cela fait moins de trois semaines que nous avons enfin eu l’ensemble des noms. Le temps de les « convoquer » en urgence. C’était ce vendredi après-midi. Je dois dire que c’était très stressant. Selon les statuts de l’association, le (la) président(e) fait nécessairement  partie des élus issus de la Région. Parmi les 7 élus régionaux, 5 de la majorité de Xa-vie-et Berre-tran, 1 Erre-haine et 1 écho-l’eau (cela fait du bien d’en voir un de nouveau à la place d’un Erre-haine). Tous les élus n’étaient pas présents mais nous avions assez largement le quorum. L’écho-l’eau se présentait en plus d’une personne de la majorité (une dame) que nous pressentions (elle faisait partie des précédents administrateurs). Cette dernière a eu une voix de plus. Malgré ma sympathie qui allait en principe pour l’écho-l’eau, je suis soulagé que ce soit la dame de la majorité qui l’ait emporté car cela nous aurait mis certainement en difficulté, notamment sur les aspects budgétaires. C’est minable, mais c’est ainsi. Nous avions également été avertis de la possible candidature d’une autre personne (homme) de la majorité dont beaucoup de ses amis veulent nous torpiller. Mais je n’y croyais pas car cet homme est singulièrement bête et ne comprend rien de ce que nous faisons (et pourtant, il a encore des responsabilités). J’ai présenté la structure et ses activités à ces nouveaux administrateurs et j’avoue que cela m’a fait plaisir de constater que contrairement à il y a six ans, il y a autre chose qu’un électroencéphalogramme plat en face de nous. Et en définitive, nous n’avons que des femmes dans notre bureau (c’est la première fois que ça arrive). Après la réunion, j’ai fait visiter une partie de nos locaux (bibliothèque et unité de conservation) et surtout les jardins et cette fois, j’ai eu de l’écoute, un réel intérêt, un vrai enthousiasme… et on m’a même copieusement remercié. Bon, le niveau intellectuel est monté d’un cran aussi. Bref, rien n’est gagné, mais je suis content d’avoir réussi pour numéro de « charme » et c’est quand même bien plus encourageant que les multiples coups bas que nous avions connus depuis 2016.

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Cornus rex-populi
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