Le château de Guédelon (Treigny, Yonne) correspond à un chantier de construction d’un château philippien (modèle faisant référence au modèle sous forme de quadrilatère en vogue à l’époque de Philippe Auguste au XIIe s.), ici censé être du XIVe s. J’avais appris l’existence de ce projet vers le milieu des années 1990 à l’occasion d’une visite du château de Saint-Fargeau puisque c’est le propriétaire de ce dernier qui en a été l’initiateur. Durant de longues années, visiter un château en début de construction ne m’aurait rien dit du tout. Puis, l’affaire a pris de l’ampleur, le principe s’est aiguisé et mes parents y sont allés à deux occasions (la seconde fois il y a une douzaine d’années). De mon côté, cela a suscité de plus en plus mon intérêt via divers reportages dont certains réalisés en plusieurs épisodes et assez passionnants sur tous les corps de métier, sur tous les sujets : l’architecture bien entendu, les pierres et leur taille, la charpente, les fenêtres et la matière des « vitres »… et bien sûr les questions d’histoire, les comparaisons avec des édifices analogues… Et puis on a tardé, soit parce qu’il faisait trop chaud, soit qu’on n’avait pas le temps ou tout simplement parce que nous n’en avions pas le courage. En effet, je sais qu’il peut y avoir foule et le site peut être assez étouffant. Mais cette année a été la bonne et nous y sommes allés en semaine un jour où il ne pleuvait pas mais pas trop chaud. Nous sommes arrivés peu après l’ouverture et nous avons profité de beaucoup de « stands » chantiers entre la taille de pierres, la charpenterie, la fabrication de corde, la teinturerie, la vannerie, la forge, la fabrication de tavaillons… C’est intéressant, voire très intéressant, l’animation étant réalisée par les ouvriers-artisans eux-mêmes, en tenue médiévale, sans sacrifier la sécurité du XXIe s. La grue médiévale à roue en bois est le seul modèle au monde homologué par l’APAVE, moyennant les contraintes draconiennes. Bref, un très bon moment.
La masse utilisée, mon père a la même (une masse de forge qu’on ne trouve pas n'importe où).
Un après-midi, nous partons nous ravitailler en vin blanc de nos adresse la plus habituelle du Mâconnais, avec la ferme intention d’en profiter pour (re)visiter une église ou deux sur le chemin.
Commençons pas une église inédite : Notre-Dame-de-Lys (XIIe s.) à Chissey-les-Mâcon (il ne s’agit pas là de l’église du bourg dédiée à Saint-Pierre et également romane). Les peintures du chœur et du cul-de-four en particulier, sont du XIIIe s. Les peintures dans la nef sont du XVIIe s. (dernière photo).
Et puis nouvel arrêt devant l’église de Chapaize que je ne présente plus (voir ici).
Voici une petite note documentaire (il y avait longtemps). Les photos ont été prises en jardin (conservatoire pour pour la plupart) entre 2005 et 2021, sauf celle de la planche d'herbier (ultra connue) prise début juin 2025 lors de ma visite à l'herbier national au Muséum national d'histoire naturel à Paris, début juin de cette année.
La Pensée (ou Violette) de Rouen (Viola hispida, de son ancien nom V. rothomagensis) est une petite plante herbacée vivace de la famille éponyme des Violaceae. Armée de puissantes racines, elle pousse sur des éboulis calcaires (craies) assez secs, pauvres en nutriments et à pH basique. Il s’agit d’une plante à caractère endémique, actuellement présente que dans de rares localités des coteaux crayeux de fortes pentes (falaises, pinacles) de la Seine en amont de Rouen (Seine-Maritime). Pour voir le milieu de vie de la plante, voir ici.
Historiquement, elle était plus abondante, dans les mêmes biotopes, le long de la Seine et de certains affluents comme la Marne à Château-Thierry ou encore du côté de Compiègne (Oise, Aisne ?) ou Beauvais (Thérain ?), probablement dans des biotopes similaires. La plante est aujourd’hui en danger critique d’extinction.
Comment en est-on arrivé là ? De mon point de vue, il faut remonter plusieurs siècles en arrière, ce qu’on oublie trop souvent de faire dans les documents spécialisés. Les premiers soucis pour les populations de cette espèce ont probablement été les premières actions importantes de stabilisation des rives de la Seine (routes terrestres, navigation). L’espèce a effet besoin de se développer sur des éboulis calcaires instables. Cette instabilité reste un handicap pour cette plante, notamment dans ses jeunes stades, mais l’est beaucoup moins que pour l’immense majorité des autres espèces végétales. Le fait que le milieu, pour diverses raisons, puisse se stabiliser, induit un petit avantage différentiel pour d’autres espèces plus compétitrices, qui à terme, l’éliminent. Par conséquent, des formes plus ou moins importantes d’instabilité, permettent le maintien de l’espèce à l’échelle des coteaux et falaises. Un des facteurs d’instabilité est le fait que le cours d’eau (la Seine ici) déstabilisait autrefois le coteaux crayeux dans les concavités de méandres notamment. Les constructions de chemins de halage, de routes, de protections de berges, ont été parmi les premières atteintes à l’espèce depuis les derniers 20 000 ans environ. Il faut bien sûr ajouter à cela les divers terrassements, les constructions de maisons et autres bâtiments, l’urbanisation, l’artificialisation du milieu qui n’a cessé de s’amplifier.
Le pastoralisme, qui s’était sans doute à peu près maintenu depuis le début de l’interglaciaire (environ 20 000 ans), a fini par s’éteindre au début du XXe s., du fait de l’exode rural et de la déprise agricole, accélérés par les conséquences de la Première Guerre mondiale. Or, le pastoralisme traditionnel par des moutons, permettait de garantir certaines conditions favorables à l’espèce : un peu de déstabilisation du substrat par le passage répété des animaux, lesquels consommant de fortes proportions de plantes à forte production de biomasse, en particulier des graminées sociales, parmi les espèces qui sont les plus en concurrence avec la Pensée de Rouen.
Outre l’érosion des pieds de berges, coteaux et falaises, l’autre facteur majeur de la déstabilisation des substrats pierreux crayeux est la gélifraction. Les alternances gel et dégel, notoirement sur les roches crayeuses des coteaux préférentiellement exposés au sud, provoquent des mouvements fréquents. Avec les changements climatiques à l’œuvre, surtout depuis la fin du XXe s., les gels se raréfient et sont moins puissants, ce qui permet un développement accru de plantes concurrentielles.
Parmi les mesures de gestion ou de restauration mises en œuvre surtout depuis 2001 sur certaines localités de l’espèce, on note des arrachages de graminées sociales, des déstabilisations ou des mises à nu du substrat ou encore la mise en place de pâturage ovin. On a aussi effectué pas mal de renforcements de populations de l’espèce voire des réintroductions. Malgré ces actions encore en cours, on peut noter une majorité de déceptions et quelques petites réussites. Il semblerait le « patient en soins intensifs », soit en train d’agoniser à petits feux. Je précise que plusieurs travaux de recherche académiques ont été menés depuis 2001 et sont encore en cours. Ils n’ont pas porté de fruits extraordinaires pour la conservation de cette espèce. Si des efforts importants sont maintenus en termes de gestion, l’agonie pourrait encore durer quelques années ou décennies, mais, il ne faut pas rêver, cela n’ira pas au-delà.
Cette espèce est une vicariante (même type de milieu de vie) de la Pensée de Cry (Viola cryana), une autre espèce endémique, bourguignonne cette fois, et probablement à aire de répartition encore plus restreinte. Elle poussait sur des falaises calcaires sur la commune de Cry (Yonne). Son extinction en 1930 est liée à l’extension d’une carrière, à la fermeture du milieu et… aux récoltes de botanistes collectionneurs !
Comme toutes les entreprises d’une certaine taille, nous sommes soumis à un quota minimal d’emplois de personnes handicapées ou assimilées avec des pourcentages éventuellement différents. Toutes ces dernières années, ça allait car nous avions deux femmes de ménage, chacune à mi-temps et en CDI qui répondaient à cela. Mais une des femmes est partie en retraite et l’autre, déjà difficile à gérer en temps normal, s’est enfoncée dans la maladie et a dû arrêter de travailler. Nous avons eu beaucoup de déboires avec des femmes de ménage handicapées, non pas par rapport à leur handicap supposé, mais par leur comportement ou au soin minimal apporté dans leur travail. Cela a été tellement pénible, que nous avons fini par renoncer. En effet, le personnel d’entretien n’est certes pas extraordinairement rémunéré (encore que chez nous, après quelques années, la convention collective dont nous relevons, n’est pas la plus maltraitante) et les personnes sont régulièrement assez défavorisées. Je précise immédiatement que je ne dénigre personne et que je parle d’une forme de moyenne, car les exceptions à cette caractérisation sont nombreuses car les parcours de vie peut être très disparates et des personnes très intéressantes peuvent exercer ce métier. J’ai connu de telles personnes d’ailleurs. Tout cela pour dire que pour recruter des hommes / femmes de ménage, nous avons finalement préféré les choisir sans handicap officiel, mais là encore, nous avons eu des difficultés avant de trouver les bonnes personnes. Entre temps, une personne effectuant des tâches administratives en poste depuis longtemps, a été reconnue partiellement handicapée, mais cela n’est pas suffisant en termes d’effectif total. Alors pour éviter de payer une « amende », nous avons décidé de recruter durant quelques semaines / mois deux personnes pour faire d’un côté de la peinture / lasure, de l’autre, de la pose de parquets, étagères… Le « peintre » est arrivé mi-août et il fait du bon boulot. Il est un peu plus âgé que moi et c’est une personne très calme et mesurée. Ce qui m’a amusé, c’est de le voir s’exprimer comme quelqu’un de la vieille école ou alors il a eu des chefs précédemment qui étaient pénibles sur la forme. En général, c’est la collègue directrice administrative qui le suit, mais comme elle a été en vacances durant trois semaines, j’ai pris le relais. Et voici à peu près comment se passe un échange quand je vais le voir :
Moi : Bonjour Jean-Pierre*
Lui : Bonjour Monsieur le directeur.
Moi : Tu as bien avancé sur les fenêtres de ce bâtiment, c’est bien.
Lui : Oui, j’ai réussi à tout poncé hier et là j’attaque la lasure.
Moi : La couleur rend bien finalement.
Lui : Oui, Geneviève* [la directrice administrative] a bien choisi.
Moi : Attention quand même à la pluie.
Lui : C’est bon, je suis à l’abri, Monsieur le directeur.
Moi : Très bien, bon après-midi, alors.
Lui : Merci, bon après-midi, Monsieur le directeur.
(* prénoms modifiés)
Dans mon entourage professionnel, presque personne n’appelle son directeur, « Monsieur le directeur » ou « Madame la directrice », sauf pour rire. On l’appelle éventuellement Monsieur ou Madame Untel, mais pas beaucoup plus. Je note cependant deux autres exceptions me concernant. La première, qui n’est plus d’actualité, était l’ancienne cofondatrice de la structure, qui avait déjà dépassé les 90 ans quand elle m’a appelé « Monsieur le directeur » et pour avoir le paix, j’ai toujours cherché à maintenir cette forme de distance (qui n’existait pas avec mes prédécesseurs). La seconde, ce sont quelques élus régionaux ou départementaux, avec lesquels je n’ai pas du tout envie d’avoir la moindre familiarité (et sans doute eux non plus). De mon côté, je ne donne quasiment jamais de Monsieur (Madame) le (la) directeur (trice) / président(e).
Une loi votée en 2023 impose désormais aux propriétaires de forêts de plus de dix hectares de mettre en place un « plan simple de gestion » (PSG), du moins s’ils veulent couper et vendre du bois et qu’il soit labelisé. Autrement, c’est plus aléatoire et il faut se soumettre à une autorisation administrative et en acceptant de vendre le bois, non labelisé, à un prix moindre. Auparavant, les PSG n’étaient obligatoires que pour les propriétés forestières de plus de 25 ha… et nous, nous en sommes à un peu plus de 22 ha. L’établissement public de la gestion des forêts privées et la coopérative forestière nous ont envoyé des lettres qui ont inquiété mon père. Je pense que c’est un peu l’objectif inavouable de ces organismes. Toujours est-il qu’au printemps 2024, nous avions rencontré une technicienne de la coopérative forestière (dont le second bureau est basé à Autun) et elle nous avait même accompagné sur le terrain. Cette dame avait aussi pu voir qu’il ne fallait pas me la faire à l’envers. Elle m’avait envoyé un devis pour la réalisation du plan de gestion, mais trouvant le prix excessif, j’avais dit à mon père de ne pas donner suite.
En revanche, même si nous ne souhaitons pas faire d’exploitation sylvicole pour la majeure partie de la propriété, il y a quand même un peuplement de Douglas (Pseudotsugamenziesii) de deux hectares planté en 1993 et qui mérite une éclaircie. Dans la jeunesse de cette plantation, mon père avait été aux petits soins et moi-même, j’y avais également pas mal travaillé : remplacement des pieds d’arbres morts après la première plantation (les individus plantés dans des cailloux purs ont du mal à pousser !) ou détérioration par les chevreuils (broutage, écorçage du jeune tronc par frottis des bois de velours) et grâce aux conseils d’un ami, ancien ingénieur retraité de l’ONF, éclaircie des repousses de Bouleau verruqueux (Betulapendula), puis après un gel tardif d’un grand nombre de bourgeons apicaux, pose de sortes d’attelles en priorisant un bourgeon latéral… Bref, pas mal de journées de travail… Las, il y a une quinzaine d’années, une importante chute de neige lourde était venu abîmer les arbres, en couchant certains, en tordant d’autres. Aussitôt après l’événement, en essayant certains abattages ciblés parmi la plantation, nous pensions trouver la solution, mais il s’est vite avéré que cela n’était pas possible. Découragés, nous pensions que notre travail était anéanti et cela m’énervait tellement que je ne voulais pas y retourner. Ce n’est que dix ans plus tard que je me suis aperçu que la situation était loin d’être désespérée puisque les arbres les plus abimés avaient fait des formes de mini-éclaircies et d’autres s’étaient finalement redressés. Il y a donc de quoi faire. J’envisageais donc de procéder à une demande d’autorisation administrative pour effectuer une coupe d’éclaircie. Et puis une année est passée.
En juin, nouvel appel de la coopérative forestière, mais via un technicien (la technicienne de l’an dernier est partie). Après de nouvelles tergiversations, je finis par accepter la mise en place du PSG en le finançant par l’éclaircie des Douglas… et le prix de la prestation est revue à la baisse ! Cela valait le coup de discuter. Lui est originaire de Douai, ce qui nous rapproche d’une certaine manière. On se donne rendez-vous en juillet sur le terrain. En préalable, je lui envoie une compilation d’un article non publié que j’avais rédigé il y a une dizaine d’années et je lui dessine sur plan la localisation des enjeux floristiques et phytocénotiques principaux. Il m’avouera quelques jours plus tard qu’il n’avait jamais rien vu de tel. Et sur le terrain, je suis entré assez vite dans la peau du professeur de botanique et d’écologie végétale forestière. Je ne m’étonne hélas pas que les techniciens / ingénieurs forestiers ne soient pas plus aguerris en botanique, y compris pour les arbres qu’il ne connaissait pas tout à fait correctement. De mon côté, j’ai quelques lacunes en sylviculture et presque aucune pratique, mais je pense avoir les bases et j’ai suivi quelques formations ponctuelles ou plus complètes (voir ici et là). Donc des échanges intéressants et fructueux. Le technicien a fini par produire une carte de gestion et un commentaire sur ce qu’il entreverrait bien de faire durant les 15 ans qui viennent. Rien bien sûr au niveau de là où se trouvent les choses les plus intéressantes sur le plan écologique, sans compter que cela n’a pas d’intérêt sylvicole. Et ailleurs, des interventions légères à caractère jardinatoire pour favoriser un peu les arbres les plus intéressants autres que bouleaux et trembles.
En juillet, nous étions principalement à A. La situation de santé de mon père nous a un peu plombé l’ambiance, mais on en a quand même profité un peu. Parmi les activités :
la peinture de fenêtres et volets a encore été une vraie galère et je n’ai même pas pu finir : ponçage, remasticage, peinture du bois de fenêtres à trois panneaux dont un fixe et de volets en ferraille qui se replient, le tout en hauteur. Je n’ai pas voulu utiliser d’échelle, alors je me suis tordu dans tous les sens en essayant de ne pas me défénestrer. Avec mon petit poids, j’ai aussi fait de la musculation, en particulier abdominale et bizarrement, je n’ai pas eu plus mal au dos que d’habitude ;
le débroussaillage autour des maisons et surtout autour de l’étang, comme tous les ans. J’ai eu une panne dont je n’ai pas compris immédiatement la raison : l’arbre faisant la liaison entre le moteur et la tête se démanchait. En définitive, rien de grave, mais on a vite fait de perdre une à deux heures ;
la corvée de coupe des bûches de bois de chauffage assez rapidement expédiée grâce au fils du voisin ;
les corvées du ramonage des conduits des deux cheminées et poêles (non faits depuis deux et trois ans) ;
la maison en rez-de-chaussée (cuisine, salle à manger, séjour, notre chambre, le tout dan un quasi même espace) est chauffée depuis les années 1990 par une cuisinière à bois, qui était d’occasion remise en état, mais qui est den mauvais état depuis des années (pansements du foyer en ciment réfractaire, grille de décendrage cassée tenant par l’opération du Saint-Esprit). Au détour d’une conversation, le voisin nous dit qu’il avait acheté d’occasion un poêle à bois pour sa mère, mais pour diverses raisons, il ne l’installera pas. Il nous le montre. Il est en bon état général hormis son panier-foyer de fonte qui demande un remplaçant. On se rend compte qu’on en trouve des neufs sur l’internet. Aussitôt dit, aussitôt commandé, aussitôt installé après quelques petits ajustements. Voilà donc un poêle quasi neuf pour un prix très raisonnable ;
L’aîné des frères (E.) dont je parlais la semaine dernière, en attente d’une greffe de foie a Besançon est mort ce dimanche en début d’après-midi. Deuxième décès dans cette famille depuis début janvier. Pour moi, des souvenirs d’enfance car on jouait régulièrement ensemble et on allait à la pêche à l’étang. E. s’était après un petit peu éloigné de moi, pour diverses raisons : lui, avait fait de courtes études et n’avait pas le même bagage culturel. Après son service militaire, influençable avec des amis peu recommandables, il avait commis quelques larcins (arrachage de sacs à main dans la rue). Son père, force brute, l’avait remis dans le droit chemin. Il s’était marié à la fin des années 1990. Mes parents et moi étions invités. Au mariage religieux, le chanoine Gri*vot officiait (ma première rencontre avec lui). E. laisse deux enfants, tous deux majeurs à présent et charmants. Son épouse est une bonne personne et paraît très forte. J’espère qu’elle tiendra, tout comme la mère d’E., dont le plus jeune des fils est toujours à l’hôpital avec un lourd traitement (l’encéphalopathie hépatique semble d’origine multifactorielle).
Je ne pense pas l’avoir évoqué ici, mais le frère aîné de Fromfrom a eu un grave AVC voici quelques mois. Il est dans un établissement de convalescence et de rééducation, mais sa situation évolue peu et il reste dans une situation de dépendance (il marche, mais parle peu et n’est « pas là »). Pis, les médecins ont parlé d’une forme d’autisme qui préexistait avant l’AVC, ce qui a constitué pour Fromfrom comme une forme de révélation, compte tenu de son comportement depuis longtemps pour ne pas dire depuis toujours. Il ne serait pas souhaitable qu’il revienne à la maison à l’issue de ce séjour, sauf s’il y avait de forts progrès, ce qui est hautement improbable. La duchesse mère a accusé sérieusement le coup et se retrouve seule à la maison depuis le départ du plus jeune frère pour son travail en Afrique.
Mon père a vu son médecin pour la troisième fois vendredi. Cela va un peu mieux, même s’il est loin d’avoir retrouvé son état antérieur. Et chose positive, il a repris le volant pour la première fois ce matin depuis un mois.
Quelques nouvelles au sujet de mon père. Il semble s’avérer que la canicule qu’il a subie jusqu’à début juillet aurait pu provoquer une décompensation cardiaque. Il avait déjà eu du mal à arriver à A. Durant les deux semaines et demie où il a résidé avec nous à A., il n’a jamais récupéré de son essoufflement dès le moindre effort. Il n’a pas pu aller à la pêche ni rien. Se lever de table était déjà une épreuve. Mais il n’a pas voulu aller consulter un médecin à A., ni même appeler son médecin, craignant finir aux urgences à A., sans bénéficier d’un protocole de soin réellement adapté à son cas. Je peux en partie le comprendre, séjourner à l’hôpital, de surcroît en été, n’a rien de réjouissant. De fait, la situation ne s’améliorait pas. Nous avons quand même pu prendre un rendez-vous chez son médecin à RdG vendredi matin et je l’ai emmené. Elle a proposé en premier l’hospitalisation, mais aussitôt indiqué l’alternative avec l’administration à la maison, pour commencer, de fortes doses de diurétiques (poumons gorgés d’eau) et a demandé à le revoir lundi, avant de l’envoyer très prochainement chez le cardiologue. Ce samedi matin, il y avait un léger mieux. Nous sommes de retour très provisoirement à A.
Les trois fils de l’ami-voisin d’A., décédé en janvier, sont dans un état plus que déliquescent. L’aîné (de deux ans mon cadet) est malade du foie depuis environ deux ans. Il y a un blackout sur son véritable état, mais on soupçonne un cancer. Depuis un an, il a des hauts et des bas. Un très bas est survenu en début de semaine. Hospitalisé aux urgences à A., il a été héliporté à Dijon en milieu de semaine et se trouve désormais à Besançon en attendant une greffe. Le deuxième fils, devenu alcoolique à fond il y a un peu plus de vingt ans, ne travaille pas depuis quatorze ans et a le cerveau un peu grillé. Le troisième, a travaillé dans divers établissements dont le grand château local jusqu’à son licenciement économique déguisé il y a environ trois ans. Depuis, il subissait son père (les deux plus jeunes fils célibataires vivent chez leurs parents). Et depuis lundi, il a été admis aux urgences car il ne savait plus où il habitait : entre bien d’autres effets, il voyait des choses qui n’existent pas : encéphalopathie hépatique pour faire « simple ». Bref, rien de réjouissant dans le quartier. Heureusement, les autres voisins tiennent la route et nous, on va bien !
Cette note m’a été inspirée par mon père, qui a trouvé, probablement avec ses copains anciens combattants en Algérie, des choses sur internet, en particulier ici. Et sur son smartphone, il s’est vu deux fois sur des photos en 1958. Sur la première photo, il est la personne qui n’est pas au volant dans la jeep. Sur la seconde, il est au niveau de la nuque de De Gaulle, la deuxième tête vers la gauche.
Comme j’ai pu le dire, sans doute à plusieurs occasions, mon père a été mobilisé en Algérie durant deux ans et demi entre 1956 (il avait vingt ans) et 1958. Il était affecté à la base aérienne de La Sénia, au sud d’Oran. Les avions de combat dont ils disposaient étaient d’origine américaine, principalement des B-26 Invader (Douglas), appelés A-26 Invader durant la Seconde Guerre mondiale. Il s’agissait donc d’un avion mixte apte à bombarder et à réaliser des attaques au sol car dotés de multiples mitrailleuses lourdes. Mon père était armurier et outre les armes de poing et d’épaule, il s’occupait de monter des bombes dans les avions. À ce titre, il a sans doute contribué à faire des centaines, des milliers de morts… Quelques points sont à souligner :
il n’a jamais été au courant de la présence de bombes spéciales type napalm ou autres armes « chimiques », ce qui ne signifie pas qu’il n’y en a pas eu, loin de là (au contraire, on peut trouver des témoignages assez clairs comme ici) ;
quelques bombes tombaient dans le sable du désert et n’explosaient pas ; les combattants algériens les récupéraient et venaient les faire exploser sur des cibles françaises civiles ou militaires. C’est la raison pour laquelle l’armée avait piégé des bombes et mon père y a contribué, c’est-à-dire faire croire que des bombes n’avaient pas explosé et faire en sorte qu’elles explosent quand on essayait de les récupérer / détourner ;
il avait monté aussi des bombes à fragmentation, c’est-à-dire des bombes faites de sous-munitions, moins puissantes mais capables de tuer sur des zones plus larges. Un des soucis de ces bombes, c’est qu’elles n’explosent pas toutes et peuvent s’ensabler ;
il a enfin monté des bombes à fléchettes qui ne comportent pas d’explosifs. Il s’agit d’une multitude de tiges en acier comme des pointeaux profilés qui en tombant en rangs serrés, telles de grosses fléchettes percent, blessent et tuent les cibles. C’était surtout utilisé pour tuer des troupeaux (chèvres, moutons) dans les zones occupées par les combattants algériens, dans le but de contribuer à les affamer. Et bien sûr, parfois, cela ne tombait pas que sur des herbivores.
Mon père n’a jamais été témoin de « corvées de bois ». Il n’a pas été non plus témoin d’actes de torture, mais il sait que des militaires, en dehors de son groupe / régiment, y ont eu forcément recours pour forcer les combattants algériens à révéler leurs cibles ou autres. Il a néanmoins toujours été scandalisé d’entendre que la pratique était généralisée en Algérie. Ses collègues de groupe / régiment et lui ne l’avaient pas vue et encore moins pratiquée. Il faut dire qu’en dehors de quelques rares opérations en ville, son groupe / régiment occupaient une forme de microcosme particulier, un peu « élitiste » et « hors sol » comparativement à des régiments d’infanterie ou autres de l’armée de terre qui opéraient dans des zones de combats plus rapprochés, ce qui fait qu’il a été relativement épargné de ce point de vue, en voyant moins d’horreurs issues de chaque camp. Il a quand même vu d’autres choses pas terribles, notamment sur les pistes ou à proximité. Je pense que mon père, comme beaucoup d’autres qui y sont allés, a été irrémédiablement marqué par la guerre d’Algérie. Il a eu l’occasion de dire qu’il avait été endoctriné par la hiérarchie militaire déjà sur le sol français à la base de Salon-de-Provence juste avant de se rendre pour de vrai à Oran. L’armée avait fait des appelés du contingent des personnes haineuses envers les combattants algériens et de cela, il reste difficile d’en sortir. Contrairement à d’autres, il en a beaucoup parlé, et même beaucoup radoté sur le sujet, ce qui exaspérait ma mère. Il en a parlé parce que ce qu’il avait vécu restait racontable comparativement à d’autres qui avaient vu ou vécu des choses bien plus effroyables qu’ils ne pouvaient pas exprimer sans se nuire à eux-mêmes ? Ou est-ce parce qu’il en a beaucoup parlé que cela lui a moins pesé ? Ou un peu des deux ? Lui, depuis quelques années, pour plaisanter, parle de son « Club Med ». Ceux qui ne le connaissent pas son humour très spécial, se demandent s’il a été GO dans sa jeunesse.