Quand j’écoute une station de radio généraliste comme France inter, de surcroît à l’occasion d’une émission non spécialisée, je n’aime guère que l’on se mette à parler dans un langage qui m’est incompréhensible. Je ne parle pas du charabia diffusé sur certaines radios peu enclines à parler dans un français vaguement à peu près correct, je veux juste parler de ces journalistes ou autres animateurs, qui se mettent à parler de musique, d’artistes, de styles musicaux ou de je ne sais quoi du même genre où je n’entends rien, rigoureusement rien. Je mets de côté la musique « classique » qui semble moins victime de cette maladie, du moins sur ce type de radio généraliste.
Je veux bien admettre que je sois particulièrement inculte en la matière, mais en même temps, il n’y a aucun effort de pédagogie. Les personnes parlent de façon entendue entre elles, utilisent des mots presque exclusivement anglo-saxons, avec des codes et un vocabulaire que je ne comprends pas. Ils palabrent sur des nuances que je ne suis nullement en mesure de percevoir. D’ailleurs, non seulement je ne perçois pas ces nuances, mais je suis incapable de reconnaître les styles, les époques, les caractéristiques disciminantes des musiques que tout le monde doit reconnaître immédiatement sans se poser de question.
Inutile de dire que cela m’agace au plus haut point, ce qui accentue plus encore le phénomène de rejet qui s’est immiscé en moi depuis mon enfance vis-à-vis d’une immense majorité de musiques, chanteurs, groupes, surtout quand ils ont l’outrecuidance de ne pas s’exprimer dans la langue de Molière. Je ne suis pas pour autant en train d’expliquer que je n’aime pas entendre chanter dans diverses langues, car rien ne serait plus faux. Mais disons qu’à l’époque de mon adolescence, dans tout ce qu’écoutaient mes semblables, rigoureusement rien ne me plaisaient. Dans tout ce qui passait sur les radios musicales (de « jeunes » ou autres), rien ne trouvait grâce à mes oreilles. Je précise que je n’écoutais jamais ces radios, je ne les supportais pas. À ma décharge, mes parents, en dehors d’un peu de variété ou de musique classique à doses homéopathiques, écoutaient très peu de musique, ce qui n’aidait pas mon « éducation ». En même temps, je dois dire, que je n’ai pas été perverti par des modes ou par des phénomènes de masse auxquels succombaient les gens de mon âge.
Je connais mon inculture sur bien des registres (pas tous, je suis paradoxalement un peu moins mauvais dans le domaine du « classique »), mais je me demande en même temps si tout ne s’est pas organisé autour de moi depuis mon enfance, pour que je sois à ce point déconnecté, et disons-le, grandement allergique à beaucoup de musique et aux journaleux qui en parlent de façon pédante ?
Pourquoi est-ce que j’évoque cela aujourd’hui ? Parce que c’était un thème que je voulais aborder depuis longtemps, mais surtout parce que j’ai été confronté aujourd’hui, avec des collègues, à une manifestation de ma fameuse inculture. J’étais en train de dénigrer l’intérêt qu’a la ville de Lille de disposer d’un stade de football flambant neuf qui coûte les yeux de la tête aux contribuables, coût que bien peu de personnes dénonce, sans parler du marché de dupe passé dans le cadre du partenariat public-privé. Mes interlocuteurs, amateurs de foot, voulant néanmoins soutenir leur corporation pourtant définitivement indéfendable à tous points de vue (non, je n’exagère pas), ont évoqué le fait que le stade de foot servait aussi pour les concerts. Ah oui ? J’ai encore dénigré, prétextant que faire un spectacle musical dans un truc aussi immense était un non sens sur le plan visuel et acoustique, d’autant que sur le coup, je n’avais pas pensé que le stade avait un toit et des tribunes amovibles, options qui n’ont pas coûté du tout cher non plus. Cela ne change rien à mes yeux et à mes oreilles, je ne me verrais pas aller dans un machin pareil voir ou écouter quelque chose, à l’exception éventuelle de grands spectacles visuels qui occuperaient tout l’espace. Et à ce moment là, on m’a évoqué « Depeche Mode » qui était venu (ou devait venir ?). J’ai répondu que je ne connaissais pas « Depeche Mode ». Alors tout le monde m’a regardé avec des yeux ronds. Ou comment passer pour le dernier des cons. Dois-je avouer que j’avais déjà entendu le nom, sans néanmoins savoir à quoi cela correspondait ? Il y a des moments où je m’en moque tellement que de passer pour un vieux con ronchon est quasiment une fierté et où une certaine inculture musicale serait un étendard vertueux.