Le principe en avait été acquis depuis la mi-avril. Puisque nous n’étions pas capables de faire une petite cinquantaine de kilomètres pour aller voir une représentation avec Vladimir (Fromfrom s’étant alors sentie obligée de se faire emmener aux urgences le jour même après avoir eu un coup de mou au boulot), il n’était absolument pas gênant d’en faire près de mille pour aller voir deux pièces à Avignon. Contrairement à Madame, je n’avais jamais eu l’occasion de le voir dans ses œuvres. A ce propos, je dois dire que je n’ai pas été déçu. J’ai même été très impressionné et j’ai beaucoup aimé. On retrouve sur scène la générosité, le respect, la gentillesse, le tout dans un jeu talentueux où il s’investit complètement. On se laisse emmener par ses personnages, on oublie qui il est. Puis après une pause ou le réajustement de nos lunettes virtuelles, on retrouve l’ami comme par mégarde. Comment dire ? Je l’ai dit à Fromfrom, comme s’il s’agissait d’une révélation extraordinaire, alors que cela coule de source : Vladimir est un vrai comédien. Cette affirmation qui peut paraître limite idiote, signifie néanmoins beaucoup pour moi, mais je n’essayerai pas d’analyser l’affaire cette fois. Je ne retiens que la corde supplémentaire qui s’accommode si bien avec l’arc de notre faisceau d’amitiés.
Après le toujours excellent feu d’artifice augustodunumien du soir de la mauvaise réputation brassensienne, nous mettons cap au sud. Nous avons emmené avec nous le GPS que mon père, pseudo-néo-technophile, vient d’acquérir ; cet engin se révélera plus tard fort utile. Hélas, alors que nous nous apprêtons à prendre l’autoroute, l’entrée est fermée, idem à Tournus (un grave accident a quasiment interrompu la circulation pendant près de quatre heures). Nous réussissons toutefois à prendre l’autoroute du soleil, nous passons Fourvière avec un vague ralentissement. Compte tenu de la densité de la circulation, nous craignons le pire au sud de Lyon, mais nous dépassons Valence sans problème. Nous décidons de faire escale à Orange pour déjeuner. Nous rentrons dans la ville sans le moindre souci (cela n’a pas l’air immense) et à notre grande surprise, nous trouvons à nous garer immédiatement près du théâtre. Nous sommes immédiatement plongés dans l’été par le chant des cigales qui nous accueille à la terrasse du restaurant, à l’ombre de grands platanes déplumés par une taille exessive. Il ne fait pas immensément chaud, dit-on, mais pour nous, des températures comprises entre 27 et 30 °C sont amplement suffisantes. Après le repas, nous décidons de visiter le théâtre, dans lequel nous avions vu, 3-4 jours plus tôt, une représentation d’Aïda en direct à la télévision. Nous qui ne voulions jeter qu’un œil rapide à l’édifice, le prix des entrées, absolument prohibitif, nous fait reculer. Après Vienne, c’est la deuxième fois où je refuse de payer pour voir un théâtre romain. J’estime qu’il est inadmissible de piéger de la sorte les visiteurs qui veulent juste voir le monument. Je suis très en colère car je ne trouve aucun point de vue depuis lequel on pourrait voir l’intérieur.



Néanmoins, je repère un touriste, armé d’un appareil photo, qui redescend d’une ruelle, l’air réjoui. Je décide de monter par le même chemin. Fromfrom me suit, mais n’ira pas jusqu’au bout. Après avoir escaladé quelques rochers et slalomé entre des tessons de verre brisé, je parviens à me hisser au sommet du théâtre, au dessus des gradins. Il y a bien un grillage, mais il est bien distendu et il ne fait aucun doute que certaines personnes doivent venir s’installer là lors des spectacles.



Nous redescendons, puis nous reprenons la route pour les Baux-de-Provence, dans les Alpilles où nous avons réservé un hôtel suite à une excellente indication karagaro-vladimirienne. Mais nous arrivons là-bas en milieu d’après-midi et il y a foule. Nous réussissons à stationner, moyennant finance, dans la descente, mais il nous faut remonter la pente sous le cagnard. Nous parvenons néanmoins à prendre possession de notre chambre (heureusement, le soir, le village se dépeuple et le parking à proximité immédiate de l’hôtel est libre). Notre chambre donne directement sur ça.




En redescandant, nous croisons des invités à un mariage. Parmi eux, une femme haut perchée ira jusqu’à se déchausser pour mieux marcher pieds nus sur le goudron gravillonné de la route à la limite du point de fusion. Et elle avait encore du chemin à faire. Laplumequivole est battue.
Nous nous rendons enfin sur les lieux de notre objectif de voyage : Avignon. Une fois rentre les remparts, nous sommes perturbés par une déviation et notre GPS ne nous aide guère. Nous allons donc tourner en rond dans les ruelles de la ville pendant un gros quart d’heure avant de nous retrouver au parking du palais des papes. En sortant du souterrain, nous tombons nez-à-nez avec le fameux palais (dont la visite était aussi un objectif). Cela paraît presque irréel de se retrouver là aussi facilement, dans une ville assiégée par le festival. Karagar nous rejoint aussitôt, alors que nous commençons à prendre connaissance des spectacles de rue qui nous entourent.

Dans les heures qui ont suivi, nous avons commencé à prendre un peu la (dé)mesure de ce que représente le festival Off : affiches de spectacles partout, dans tous les sens, jusqu’à des hauteurs record. Il y en a tellement, qu’à la fin, cela devient impossible de les voir. Et puis on passe seul ou en convoi, avec ou sans affichette pour attirer les spectateurs. Et puis il y a le programme de quelques 1160 spectacles, soit l’équivalent de plus de la moitié d’un catalogue de la Redoute.





Et même si l’on n’est jamais empêché de circuler, cela grouille pas mal dans tous les sens, et tout compte fait, sur notre place de rassemblement, nous aurons un mal fou à trouver à nous placer pour boire un coup, et plus tard, pour manger. Karagar aura néanmoins l’idée de jouer sur le mal de dos fromfromien, hélas bien réel, pour nous imposer une table. En fin de soirée, après que Karagar se fut éclipsé avant la fin du repas afin de réviser ses lumières, nous irons voir le spectacle de Vladimir que nous n’avions pas encore vu. Après le spectacle, les salutations et les rangements ad hoc, nous regagnons notre voiture au palais.




Nous constatons qu’à minuit et demi, il y a encore énormément de monde dans les rues. Nous constaterons également que cela roule encore beaucoup dans la nuit qui nous emmène aux Baux.