Espèce d'écolo !
L’écologie, doit-on le répéter, est une science ou plus exactement un ensemble de sciences qui s’intéresse au vivant, aux interactions entre ses différentes composantes et avec le milieu. Je ne vais certes pas livrer ici « ma » définition ni faire un cours.
Même si je m’y suis presque habitué, je veux juste dire ici mon agacement quand on confond trop souvent et depuis maintenant très longtemps, aussi bien dans le langage journalistique que dans le langage courant, l’écologie avec des courants d’opinions philosophiques, humanistes, politiques (ou autres). Plus embêtantes sont les dérives langagières qui pourraient nous mener (nous mènent déjà) à des aberrations comme « carburant écologique », « voiture écologique » et bientôt « guerre écologique » ou « destruction écologique », même si ces dernières existent. La guerre écologique pourrait être le combat mené par les écologistes pour faire reconnaître une atteinte environnementale et la destruction écologique correspond à une perturbation écologique naturelle induisant la destruction de biomasse (incendie naturel de forêt, crue violente, forte tempête, etc.).
Le scientifique de l’écologie, qu’il soit chercheur, conseiller ou expert dans des organismes publics, parapublics ou dans le privé, se dit écologue. Mais en anglais, on ne fait pas la différence, un chercheur en écologie est un « ecologist ». Sauf qu’à présent, en français, on parle d’écolo pour désigner les écologistes. Et je pense qu’en anglais, on parle de « green ».
Tout cela n’est pas très grave finalement, d’autant qu’il existe des écologues écologistes. Mais tous les écologues ne sont pas écologistes et plus encore, tous les écologistes ne sont pas écologues. Rien non plus de très grave là-dedans, si ce n’est que certains écologistes veulent se faire passer pour des écologues et sont interrogés comme tels. Cela ne me dérange pas tant qu’ils ne racontent pas trop de conneries. Au contraire, ils peuvent être plus qu’utiles, indispensables, précieux et je les respecte sincèrement. Là où le bât blesse, c’est lorsque l’écologiste commence à raconter des sornettes sur le plan scientifique et que ces âneries rejaillissent sur l’ensemble de l’écologie, discréditant autant la science que les idées. Je dois dire que je croise ce genre d’individus. Pas sans arrêt, mais trop souvent à mon goût. J’ai décidé il y a quelques temps de combattre ces personnes, mais ce n’est pas toujours possible dans la mesure où dans les réunions publiques, il y a souvent des ennemis de l’écologie (qu’elle soit scientifique ou pas) qui n’attendent qu’une chose : que le camp adverse montre des divisions. Encore que parfois, les choses auraient le mérite d’être claires : ce genre d’écolo tire souvent contre son propre camp et doit être combattu de la même manière. Mais une telle situation n’est pas simple pour l’honnête homme qui pense faire son travail correctement puisqu’il est souvent confronté à de fins manipulateurs. Depuis une bonne année, je me rends à moins de réunions dans lesquelles je m’obligeais à délivrer la bonne parole. J’ai d’un côté d’autres urgences à négocier, mais je suis aussi fatigué de me confronter à des élus ou à des personnes ou organismes qui sont contre la nature et la biodiversité et défendent leurs intérêts particuliers, souvent économiques, y compris en s’accommodant largement de la réglementation. Je précise aussi qu’en ce qui me concerne, je n’ai jamais aucun intérêt à défendre si ce n’est l’intérêt public qui dans certains cas, ne devrait jamais être négociable, surtout quand des arguments de droit sont là ou qu’il existe des espaces naturels dont la destruction d’un seul mètre carré supplémentaire serait une perte irrémédiable.
D’un autre côté, il existe des scientifiques en vue, parfois des écologues (ou qui se prennent pour tels) qui disent aussi d’énormes conneries. Un des cas les plus connus est Cl*aude Al*lèg*re. J’en parle en connaissance de cause, ayant lu tout ou partie de certains de ses livres. Ce qu’il préconise par exemple pour lutter contre les inondations (des barrages) est plus que risible : même d’anciens bétonneurs ont changé de paradigme dans la seconde moitié des années 1990. A mon niveau, je suis aussi en lutte contre des ingénieurs forestiers, qui sont souvent d’une bêtise à faire peur. Ils essayent de s’accommoder des données scientifiques, ne retenant que celles qui les arrangent, parce que bien sûr leur clairvoyance scientifique est orientée uniquement dans le sens de la sylviculture et de la défense de la propriété foncière. Comment se fait-il que des esprits prétendument brillants puissent ainsi sombrer dans de tels accès de bêtise ? Ou tout simplement, sont-ils tellement imbus de leur personnalité qu’ils considèrent qu’ils détiennent la vérité sur tout. Bravo pour l’humilité scientifique qui devra repasser.
Pourquoi je raconte tout cela ? Parce que j’entends parler sans arrêt et partout d’écologie si bien que le terme est usé jusqu’à la corde et que plus rien ne correspond à rien. Parce qu’encore récemment, on nous a volontairement confondus avec une association de protection de la nature. Je n’ai rien contre ces associations bien évidemment, tant qu’elles n’usent pas de faux arguments « boomerangs » ou tirent contre leur camp. Seulement, nous sommes un organisme scientifique agréé par l’État pour des missions de délégation de service public. Notre rôle (entre bien d’autres) est de délivrer des avis scientifiques, d’indiquer des faits, les plus neutres et incontestables possibles. Nous ne sommes pas des militants, mais certains voudraient qu’on le soit pour nous considérer à un niveau inférieur et nous mettre des bâtons dans les roues ou nous empêcher de nous exprimer ou en ne nous invitant pas à des réunions importantes. Heureusement que nous avons de précieux alliés dans les services de l’État, mais parfois cela ne suffit pas. Parfois, je rêve : je voudrai enfin éradiquer la malhonnêteté intellectuelle. Combien je suis naïf.




















