BONJOUR
Depuis un peu plus de deux mois que nous habitons dans notre nouvel appartement de la ville d'H. (il paraît que ce n'est pas une gloire pour les magistrats qui y sont nommés), je parcours souvent matin et soir une petite rue pour aller jusqu'au garage. Le matin, je croise souvent des lycéens et peut-être aussi des collégiens, car le lycée n'est pas loin et il y a un raccourci qui passe par là. Et comme il me plaît de dire bonjour presque de façon systématique, je constate qu'en définitive, rares sont ceux qui me répondent. Bon, ce n'est pas grave, ils sont jeunes... Je croise aussi des moins jeunes et des plus ou moins vieux. Souvent, j'attends la dernière milliseconde avant de les saluer, car bien sûr, mis à part quelques spécimens, ils ne disent pas bonjour non plus. Pire, certains, ne répondent même pas. Ce n'est pas grave, mais un bonjour ou l'esquisse d'un sourire de temps en temps, ça ne fait pas de mal au moral !
Dans la maison où nous logeons, nous avons des voisins qui habitent au-dessus. Lui, je l'ai vu la première fois le jour où je suis venu prendre possession de l'appartement. La seule chose qu'il a évoquée avec moi, c'est la problématique du stationnement dans la rue. Du reste, c'est la seule fois où je lui ai parlé à part 2 autres "bonjour" depuis. J'ai quelques doutes sur le fait que la conversation aille beaucoup plus loin un jour. Enfin, ne désespérons pas. Lui et sa compagne (j'ignore s'ils sont mariés, ainsi que leur nom, puisque rien n'est indiqué au niveau de la sonnette ou de la boîte aux lettres) ont un gamin en jeune âge. Elle engueule régulièrement son fils. Non, elle hurle. Heureusement, pas la nuit. Elle et lui s'engueulent aussi souvent dans la journée. S., sans y prêter attention, a souvent entendu fuser des noms d'oiseaux : c'est dire à quel point c'est murmuré et à quel point ça vole haut !
Elle, S. et moi l'avons aperçu de loin plusieurs fois. Elle s'est toujours arrangée pour éviter de nous croiser et de nous dire bonjour. On a l'impression qu'on lui a volé sa soupe. Allant jusqu'à se calfreuter bizarrement dans sa voiture avec son gamin. Mais mardi soir, en rentrant du boulot, j'ai enfin réussi à la coincer dans l'entrée et lui proclamer un magnifique et tonitruant "Bonjour Madame". Elle, une gueule de six pieds de long, m'a répondu en sourdine (oui, elle n'est pas muette, mais ça on le savait déjà) un malingre "bonjour" comme si on avait essayé de l'égorger. Point final de la conversation et vraiment pas envie d'aller plus loin.
Nous avons des voisins "formidables" !