Voici une petite fantaisie sans prétention dont j’ai eu idée pendant les vacances. Cela n’est pas extraordinaire, mais cela traduit une réalité. Je n’ai pas voulu tricher, tout est vrai là-dedans.
C’est une lumière.
Sombre comme le plomb et la mort.
Diffuse comme l’indicible clarté.
Tamisée par un matin brumeux.
Filtrée par les couronnes dendroïdes.
Généreuse comme l’énergie printanière.
Vive comme la pointe de la lance des rais stellaires.
C’est une couleur.
Bleue comme les ciels matinal, méridien et crépusculaire. Marine comme la tombée de la nuit.
Violette comme les salicaires et les callunes bordières.
Verte comme les aulnes, le vieux frêne, les massettes, les joncs et le Buisson Girod.
Brune comme le thé, la vase et le tronc des aulnes.
Rouge comme le comaret, le fayard déclinant, le soleil épris de nuages. Rouillé comme la pelle et le cuivré des marais.
Jaune comme les scorsonères, les renoncules, les populages, les lysimaques et l’astre du jour. Dorée comme les solidages, les épervières, les millepertuis et l’automne des bétulacées. Fauve comme la molinie sèche, comme les chaumes graminéennes.
Blanche comme la neige givrée, les linaigrettes, les reines des prés, les berces, le fût des bouleaux, les nuées et la lune.
Grise comme les nuages, les lichens corticaux des chênes, comme les laîches et les prêles palustres.
Noire comme un cumulo-nimbus et les ténèbres.
C’est une odeur.
Organique, comme les racines spongieuses des joncs.
Humique et fulvique comme les acides turfigènes.
Âcre comme la fange exondée.
Goudronnée comme la scrofulaire.
Parfumée comme les rosacées immaculées.
Résineuse comme les gymnospermes riveraines.
Aromatique comme le faux pouillot et la spirée ulmaire.
C’est une forme.
Plate comme une mer d’huile.
Ponctuée comme la constellation des gardonneaux grouillant sous la surface.
Parsemée des ronds de mouchage des rotengles ou par l’ondée éparse.
Bouillonnée comme l’émergence des bulles d’une carpe nonchalante ou par la radée impromptue.
Rayée par le sillon d’un coup de vent pointu ou par une chasse de maître Esox.
Barrée par la navigation d’un Ondatra ou d’un quelconque anatidé.
Frisotée par l’oscillation d’une brise légère ou par le premier soupir tiède du matin.
Ondulée par les courants septentrionaux.
Bouleversée par les bourrasques occidentales.
C’est un toucher.
Insaisissable comme l’immuable ou la déroute du temps perdu.
Fuyant comme l’onde qui glisse inexorablement entre les doigts.
Aigu comme la pierre fendue ou la glace brisée.
Mou comme la tiédeur d’une soirée qui s’éternise.
Doux comme le satin d’un bain interdit.
C’est un bruit.
Les chatouillis rafraichissant des trembles.
Le clapotis contre l’embarcadère.
Le frissonnement intempestif des herbes amphibies.
Le jaillissement frais de la source.
Le sifflement strident dans la canopée.
Le grincement plaintif des branches des fagacées.
Le vacarme désordonné de la tempête.
L’orage qui gronde, l’éclair qui claque.
C’est une atmosphère.
Froide comme l’air corrosif de l’hiver.
Chaude comme l’étouffement d’une journée d’été sans air.
Sèche comme un coup de trique sur l’argile craquelée.
Humide comme la rosée tombante.
Brumeuse comme la Toussaint.
Celle de mon enfance et de mon essence.
C’est un Tout.
C’est l’étang Saint-Georges et c’est moi.