29 mars 2009
Ciel de jardin
Après plusieurs jours de giboulées, le ciel s’est dégagé durablement cet après-midi. En voici la preuve au jardin. Les plantations, certes modestes, se sont elles poursuivies.


Les curés et moi
Ma première véritable rencontre avec un curé remonte à mes premières années de catéchisme lorsque j’allais à l’école primaire publique. La séance de « caté » avait lieu les mardis soirs après la classe. Cela se trouvait à moins de 200 mètres de l’école. Il fallait passer devant l’entrée occidentale de l’église Notre-Dame (édifice de la première moitié du XIXe s.), puis accéder au deuxième étage d’un bâtiment très sombre (presque noir, comme beaucoup de bâtiments de cette ville dans les années 1970). Les premiers temps, je me souviens que c’était des mères de famille qui faisait le « caté », sous forme de jeux ou d’activités manuelles diverses (je n’en ai pas de souvenir précis). L’année suivante, ce fut un prêtre qui officia (en fait le seul, le plus âgé – à cette époque, il y avait encore pas mal de prêtres affectés à une seule église). J’ignore si cet homme est encore de ce monde, mais c’est fort peu probable compte tenu de son âge déjà subcanonique à l’époque. Il portait le nom, au moins phonétiquement parlant, de la principale gare de Lyon. Il ne cessait guère de ronchonner, de s’énerver après les gamins qui n’en faisaient qu’à leur tête quand il expliquait quelque chose. Il rouspétait aussi régulièrement contre ceux qui n’avaient rien appris ou retenu de la séance de la semaine précédente. Moi, à cette époque, j’étais sage comme une image, mais je ne faisais pas non plus un quelconque effort pour apprendre quoi que ce soit, mais je restais néanmoins à l’abri de la moindre critique. Un jour, pour une raison que j’ai oublié, ma grand-mère paternelle m’accompagna et assista à la séance de « caté ». A la fin de la leçon, le curé eut droit à une critique définitive : « Vous ne leur apprenez rien. Ce n’était pas comme ça de mon temps ». Le curé, qui n’était pourtant pas bien dans le coup n’était pas en tort (j’ignore comment il se justifia). Je n’ose pas penser ce que ma grand-mère aurait dit si elle avait eu en face d’elle un curé moderne. Elle ne mettait presque jamais les pieds à l’église. Elle était pourtant présumée croyante, mais avait été exclue par les curés de son diocèse d’origine après son divorce (avant la guerre). Bien des années après, mon père fut lui-même exclu du « caté » compte tenu des épouvantables antécédents de sa mère, certes remariée à un « crypto-communiste vaguement anticlérical ». Seulement, dans les années 1970, ma grand-mère était à 200 km des lieux de sa jeunesse, l’eau avait coulé sous les ponts depuis la fin de la guerre, Vatican II était passé par là et les curés étaient tous nouveaux, forcément.
De ce curé, je me souviens aussi des chants que nous répétions et ses énervements à ce sujet. Il me faisait rire quand il chantait, car il prenait un accent particulier et avait des façons très stéréotypées. A cette époque, je ne savais pas particulièrement chanter ; le chant m’agaçait profondément (comme l’ensemble des simagrées que l’on faisait à l’église d’ailleurs). J’ignore si je sais chanter, mais une chose est sûre, j’ai une sainte horreur qu’on m’oblige à chanter un truc que je n’ai pas choisi. J’ignore comment cela est arrivé, mais j’ai cette chance incroyable qu’à l’école on ne m’ait pas demander d’apprendre des chansons (à l’armée, à part la Marseillaise, j’ai pu aussi esquiver). Quand je vois qu’à l’heure actuelle, S. fait apprendre des tonnes de chansons à ses élèves, ça me rend fou.
En tout état de cause, c’est sous la conduite de ce prêtre que j’ai « passé » ma première communion, un peu plus tard que la moyenne, en mai 1981 ! Dans ma ville, c’est cette communion qui était la plus importante. Dès lors, les rangs des jeunes qui allaient au « caté » s’éclaircissaient assez largement. En effet, les parents pensaient que la première communion passée, la messe était dite. Parce que bien sûr, la première communion, c’était très important pour les petits bourgeois qui souvent avaient autant de religion qu’une mante. Il ne faudrait pas croire que j’ai cru un seul instant en l’existence d’un quelconque dieu, j’ai simplement fait comme beaucoup : j’ai fait semblant d’y croire. A cette époque, mes parents, singulièrement ma mère, m’a demandé de poursuivre cette expérience. Comme j’étais obéissant, je m’étais exécuté. Dès lors, le « caté » avait lieu le mercredi matin dans un local près d’une église en préfabriquée (aujourd’hui heureusement disparue). Le prêtre était beaucoup plus jeune : sympa mais pas passionnant. Des activités, je ne me souviens que des travaux manuels. Il faut néanmoins souligner que cela n’allait pas beaucoup plus loin. J’ai dû aller là pendant deux ans. Parfois, j’« oubliais » d’y aller, préférant d’autres activités solitaires à la maison (mes parents travaillaient). Voyant que je « végétais », je fus mis au « caté » près de la seconde plus importante église de la ville. Là, officiait un curé de moins ayant la quarantaine, mais beaucoup plus dynamique et moderne que le précédent. Les séances avaient lieu le samedi après-midi. Je me souviens que le curé nous avait montré deux vidéos qui sont restées très importantes pour moi : une sur Martin Luther King et une sur Gandhi, deux personnes dont je n’avais pas encore entendu parler à l’époque. C’est avec ce curé que j’ai « passé » ma confirmation. A l’issue d’une séance préparatoire à cette dernière (sorte de retraite de réflexion d’une journée), le curé affirma, chose incroyable, qu’on n’était absolument pas obligé d’aller à la messe pour vivre sa foi en Dieu. Cette sentence ne tomba pas dans l’oreille d’un sourd : j’en fis ma maxime. Je me plus à le répéter à ma mère. Après la confirmation, cela me donna en quelque sorte l’autorisation de ne plus aller à la messe avec ma mère. Jusque là, je ne ratais jamais l’office du samedi soir ou du dimanche matin. Même lorsque j’allais à la pêche le dimanche de bonne heure, il fallait rentrer pour ne pas rater la séance de 10 h ou 11 h, et même pendant les grandes vacances. Je ne me souviens plus de l’année (1985-86 ?), j’ai donc convaincu ma mère de ne plus aller à l’église. Elle commença à y aller moins souvent, sans doute parce qu’elle travaillait un week-end sur deux et que lorsqu’elle était libre, elle voulait se reposer. Jusqu’au jour où elle a arrêté complètement d’aller à la messe, sauf pour les fêtes carillonnées, puis plus du tout. Pourquoi ? Parce que je n’étais plus là pour l’« obliger », parce qu’elle avait enfin pris conscience qu’elle ne croyait que par habitude (elle avait été conditionnée de tout temps), parce que je l’aidais à lui montrer les incohérences et les inconsistances du catholicisme.
De mon côté, probablement en réaction avec ce que j’avais vécu précédemment (c’est peut-être ça au fond une des facettes essentielle de ma crise d’adolescence dont je ne suis peut-être pas totalement sorti), j’ai muté en un improbable individu anticlérical inculte. Car, évidemment, en dehors de deux ou trois idées pas trop idiotes que j’aurais pu capter aisément ailleurs, le « caté » ne m’a rigoureusement rien appris et m’a fait perdre mon temps (sauf pour Martin Luther King et Gandhi). J’aurais pu perdre mon temps à autre chose, mais on aurait pu aussi m’enseigner l’histoire des religions, ce que l’école n’a pas fait non plus. Il paraît que cela se fait maintenant, mais dit-on, bien mal, y compris dans les manuels restent empreints de beaucoup de religiosités cryptées.
Bien loin d’être un érudit de la question, je me suis quand même un peu documenté, parfois volontairement, parfois inconsciemment sur les questions de la religion. Mes lacunes restent énormes, mais je pense en savoir plus que le « Français moyen » (cela n’est certes pas bien difficile). Il n’en demeure pas moins qu’au fil du temps, mes pensées et mon discours se sont largement assagis.
Durant cette période, je n’ai pas rencontrer de religieux jusqu’au jour où, encore stagiaire ou CDD à Orléans, j’ai eu pour collègue (un peu plus âgé que moi), un ingénieur hydraulicien qui avait repris ses études après avoir séjourné dans un pays africain francophone en tant qu’« apprenti moine ». Au moment de prononcer ses vœux, il avait finalement renoncé et était revenu en France. C’était une personne qui vivait assez modestement et était d’une compagnie agréable. Il ne faisait pas état de ses idées politiques, mais je me souviens de sa déception le soir où on avait appris la victoire de la gauche plurielle en 1997. Inutile de dire que je ne partageais pas ses visions politiques et religieuses et il le savait. Nous nous sommes acceptés tels que nous étions et une réelle amitié était née entre nous. Depuis, nous nous sommes perdus de vue.
Peu de temps après, j’ai fait la connaissance d’un chanoine (du chanoine) d’Autun, connu comme le loup blanc et dont j’ai eu l’occasion de parler ici. Il est malheureusement décédé l’été dernier. Je l’ai connu d’abord à travers un de ses ouvrages historiques, puis à l’occasion du mariage d’un ami. Ma plus longue conversation avec lui se fit à l’occasion d’un repas consécutif à une messe de quarantaine après le décès d’un ami. J’avais donc eu l’occasion de converser avec lui pendant plusieurs heures. Je crois que la chose est connue, mais il me rapporta que dans son enfance, l’évêque passa à la maison. Les enfants tous alignés, ce fut lui qui fut désigné pour devenir curé. Il a donc obéi à ses parents, car à l’époque « on obéissait à ses parents ». Il m’a aussi rapporté une phrase que je n’ai pas eu l’occasion de lire dans les biographies et les nécrologies : « si c’était à refaire aujourd’hui, je serais anticlérical ». Je précise que ce chanoine ignorait tout de mon degré de religiosité. Il était extrêmement critique vis-à-vis de l’orthodoxie excessive des évêques et des curés qu’il a parfois côtoyé et qui ont aussi essayé de lui mettre des bâtons dans les roues. Je ne doute pas de ce qu’il aurait pensé (et sans doute dit en privé) au sujet des dernières « frasques » de Ratzy. La dernière fois que je l’ai vu, il hantait « sa » cathédrale en civil alors que l’office du dimanche matin n’était pas terminé.
A l’automne 2004, je reçois un colis alors que je suis en vacances. A mon retour, je trouve un courriel qui me dit qu’on s’est trompé de destinataire. En fait, il s’agissait d’une erreur pour cause de quasi homonymie. On avait envoyé des échantillons d’une plante pensant que j’étais l’autre à une époque où j’étais encore actif sur un forum de botanique. Mon homonyme a comme loisir une activité que j’exerce professionnellement et il fait ça sérieusement puisque c’est le spécialiste national d’un genre de plante. Et il se trouve qu’il s’agit d’un curé, né dans la même ville que moi (nom de famille rarissime dans le département). Je l’ai su en conversant avec lui. Même si ce n’était pas l’objet de nos conversations, je ne lui évidemment pas caché mon côté résolument athée, et cela n’a aucune espèce d’importance. Au printemps 2005, alors que je sortais d’un profond traumatisme, je l’ai emmené sur le terrain dans le Morvan. Le deuxième soir, il est venu avec mon père et un ami pour aller déguster quelques Bourgognes dans une cave. Une personne évidemment sympathique qui nous a invitée S. et moi chez ses parents lors des vacances de Noël 2007. Connaissant mon athéisme, il s’était proposé pour nous marier en Bretagne si, en désespoir de cause, nous ne trouvions pas de solution sur place.
En parlant de mariage, j’évoque le curé qui nous a justement marié. S. l’avait bien choisi, en connaissance de cause. Il était suffisamment ouvert et moderne à mon goût, et nous a à peine imposé le minimum syndical pour la préparation (cela aurait même pu aller plus vite si le curé officiel de la paroisse n’avait pas paumé nos papiers). Une curé moderne, très cultivé, en phase politiquement et non dénué d’humour : que demande le peuple ?
Bien entendu, je passe sous silence, des rencontres furtives ou accidentelles avec d’autres curés ou religieux, mais elles furent toutes très cordiales. En définitive, les seules personnes qui m’ont emmerdé, ce sont des grenouilles de bénitiers mâles pour la plupart.
Que retenir de tout cela ? Que je n’ai pas un passé totalement neutre vis-à-vis de la religion. Le catéchisme ne m’a pas vraiment traumatisé mais reste un élément notable de ma vie de gamin et d’adolescent. Enfin, je montre que si je fus parfois assez prompt à en découdre avec la religion, il existe encore en son sein des personnes intéressantes et de qualité, comme ailleurs, à n’en pas douter. Pourtant, ils sont mal barrés avec le grand patron qu’ils ont en ce moment. Il faudrait une révolution au sein de l’Église et tout le monde s’en porterait mieux, athées compris.
27 mars 2009
Floraisons en extension
Lentement mais sûrement, le jardin s’enrichit en nouvelles plantes et en nouvelles floraisons. Voici un extrait. Alors, évidemment, la pelouse, c’est pas ça, du moins pour l’instant.


25 mars 2009
Le Cépiau (13 et fin)
Je publie ce treizième épisode puisqu’il était écrit, mais je ne suis pas du tout satisfait de la tournure prise, de la qualité et de l’intérêt. Par conséquent, j’ai écourté le texte pour en finir.
Comme convenu la veille, Robert attendait, avant même la pique du jour, dans une sommière du bois de la Coiffe. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’il vit monter, non pas un, mais deux hommes dans la voiture.
- Mais, qui…
- Salut Robert !
Robert n’en croyait pas ses yeux. Était monté à l’avant de la voiture une forme de réincarnation de son ami, mais hirsute au possible et accoutré comme un peyant*. Robert en resta coi.
- Robert, y’o bien moué, le Cépiau.
- Mais d’où c’est donc que tu sors ? Tu es mort !
- Eh bien oui, Maurice en a pété à la renverse* lui aussi.
- C’est bien le moins que l’on puisse dire, s’exclama Maurice, il a failli m’étrangler pour de bon !
- Mais vous allez m’expliquer, s’énerva Robert.
- Ne t’inquiète pas Robert, dit Maurice. On va tout t’expliquer. Mais ne reste pas là, Robert, il ne faudrait pas qu’on nous repère. On fêtera nos retrouvailles plus tard.
Sur ce, la voiture s’élança pour regagner A.
Après un bon bain et après avoir revêtu des habits propres que Maurice lui avait apporté (Robert était trop grand), le Cépiau descendit dans le séjour de la maison de Robert où Yves attendait aussi.
- Eh bien, Messieurs, dit Robert d’un ton solennel, pour fêter la renaissance du Cépiau, nous allons boire cette petite bouteille de Chambertin-Charme 1947 !
- Un moment, Messieurs, coupa le Cépiau, je n’ai jamais été mort. Je boirai volontiers un verre de sommet de l’art vigneron, mais n’oublions pas que dans cette affaire, mon frère Pierre, lui a bel et bien été assassiné.
- Bien sûr dit Robert, et c’est la raison pour laquelle Yves nous a rejoint. Je crois que tu ne le connais pas, Cépiau.
- Non, pas que je sache. Et qui êtes-vous ?
- Je suis un ami de Robert et accessoirement, commissaire de police de cette bonne et vieille ville.
Tout le monde se salua et on trinqua en se jurant de mettre l’assassin sous les verrous dans les plus brefs délais.
- Bon, et maintenant fit Robert, dîtes-nous ce que vous avez vu ou entendu chez le curé ?
- Eh bien, dit Maurice, nous sommes passés par la remise sur le côté de la cure. Et devinez ce que nous avons trouvé là-bas dedans ?
- Je n’en sais rien, dit Robert.
- De la taupicine, essaya Yves.
- Ah, je vois que Monsieur a de l’idée fit le Cépiau. Non, on a trouvé un manuel de toxicologie appliquée.
- Je vois, dit Yves, et la taupicine, il a dû s’en débarrasser. Je suis à présent persuadé que c’est lui le meurtrier de votre frère.
- C’est vrai, répondit le Cépiau, que ce pauvre type ne m’a jamais été sympathique, mais de là à en faire le meurtrier…
- Mais c’est peut-être que vous n’êtes pas au courant. Si je me souviens bien, la mère Vieillard a dit à Robert et Maurice que le soir où votre frère Pierre est arrivé, vous a vu en compagnie du curé, ce qui n’avait pas été sans étonné la mère Vieillard, tant la chose lui avait paru curieuse.
- Et moi, dit Maurice, je crois avoir dit à la mère Vieillard : « on ne croirait pas le même homme » en parlant de toi, Cépiau.
- Évidemment Maurice, je ne l’ai pas vu ce soir là, je ne lui jamais adressé la parole que devant témoin et en général, ce n’est pas des compliments.
- Mais alors, dit Yves, comment a-t-il pu attirer votre frère chez lui, pensant que c’était vous ?
- Je n’en ai aucune idée répondit le Cépiau, mais il avait du mettre le paquet pour attirer mon intention ou me séduire. Et Pierre, lui n’aura pas fait attention. Peut-être voulait-il me proposer un marché ? N’avait-il pas les boiseries du chœur à remettre en état ? Je n’en sais rien.
- Mais il va bien falloir trouver un moyen de le faire parler dit Yves.
- Les faire parler, parce qu’à tous le coups, le comte est mêlé à cette histoire. Tout s’éclaire maintenant. Je les ai vu tous les deux à plusieurs reprises, pas l’air tranquilles. Je les ai aperçu bien souvent ensemble ces derniers temps, mais les rendez-vous ne duraient jamais bien longtemps.
- Le maire pourrait être dans le coup, demanda Robert. Ce grand escogriffe ?
- Escogriffe peut-être, mais pas si con lorsqu’il s’agit de faire valoir sa gloriole et surtout ses intérêts, répondit le Cépiau.
- Oui, je sais, je l’ai vu manœuvrer dans les ventes de bois. Car c’est lui qui dirige le syndicat des propriétaires forestiers et il n’est pas tendre en affaire.
- Et puis comment crois-tu qu’il est devenu maire ? Certes, avec son copain le curé, il s’est mis dans la poche toutes les grenouilles de bénitier du pays, les bien pensants, les gens qui disent amen à tout. Crois moi, ils sont nombreux ces gens là et à eux deux, ils ont su embobiner tout le monde.
- Bon très bien, dit Yves, j’ai une idée. Robert va demander une audience au maire, prétextant un projet de coupe de bois sur la forêt communale. Maurice, lui se débrouillera pour amener le curé à la mairie. Et moi, je rameuterais les gendarmes d’A. pour cueillir les coupables. Et vous Cépiau, vous resterez planqué dans la roseraie près de la mairie jusqu’à ce qu’on vous fasse signe.
Sur ces bonnes paroles, ils trinquèrent de nouveau.
- C’est vrai qu’il est pas mauvais ton petiot vin rouge fit Yves à Robert en clignant de l’œil.
Après avoir mis au point dans les moindres détails leur plan d’attaque, les quatre hommes se quittèrent en fin d’après-midi.
˜ ™
Quelques mois plus tard, le curé fut reconnu coupable de l’assassinat de Pierre, frère du Cépiau. Il fut condamné à la peine maximale. Le maire-comte du village fut condamné à 25 ans de prison pour complicité dans l’assassinat. L’adjudant de gendarmerie fut révoqué pour incompétence et le docteur Rouleau, mis à la retraite d’office avec interdiction d’exercer.
L’évêque qui voulait faire un exemple nomma un prêtre-ouvrier, Alphonse comme curé de la paroisse. L’évêque reçut des centaines de lettres de protestation mais n’en tint aucun compte. Le curé devint bientôt l’ami du Cépiau. Les bigotes et les bien pensants du village ne tardèrent pas à être victimes d’une épidémie de crises d’apoplexie, ce qui fit la fortune du nouveau médecin.
Maurice et le Cépiau s’associèrent définitivement. Le château du comte fut mis en vente et la mairie le racheta un bon prix. Le sous-préfet confia la gestion du domaine à Charles.
Le commissaire Yves Taxus et Robert furent nommés à un grade supérieur dans leurs administrations respectives.
Tous les vendredis soir Yves, Charles, Maurice, Robert, Alphonse et le Cépiau se réunissaient aux Ravatins pour rendre hommage à la vie et à l’amitié. Au menu, les « productions locale »s et de « l’eau végétale »de Bourgogne !
AMEN.
* peyant : vagabond, chemineau, gueux.
* péter à la renverse : être stupéfait, frappé d’épouvante.
22 mars 2009
Le Cépiau (12)
Puis, soudain, la pression sur la gorge se détendit.
- Maurice. Bon dieu, Maurice !
Maurice fut pris par une insupportable quinte de toux, alors qu’il avait peine à reprendre haleine.
- Maurice, mais Maurice, qu’est-ce que tu fais là ?
Maurice était totalement plongé dans l’obscurité, dans le brouillard total, mais il crut bien reconnaître cette voix.
- Maurice, je suis désolé, mais comment pouvais-je deviner ?
Cette voix, assurément venait d’outre-tombe. Maurice était certainement mort.
- Maurice, Maurice, tu me reconnais ?
Comment cela pouvait-il être possible ? Comment un mort pouvait-il lui adresser la parole, s’il n’était pas lui-même décédé ? Seulement, voilà, Maurice reprenait lentement ses esprits.
- Maurice, Maurice, c’est moi.
- Moi, moi, mais qui êtes-vous ?
- Eh bien, c’est moi, c’est le Cépiau !
- Comment ça, le Cépiau ? Le Cépiau est mort !
- Tout le monde pense que le Cépiau est mort, mais je suis bien là, sain de corps et d’esprit.
Maurice sortit une lampe torche de sa poche et éclaira le visage de son interlocuteur.
- Bon dieu, c’est bien toi, Cépiau.
- Oui, c’est bien moi. Tu me reconnais cette fois.
- Mais comment cela se peut-il ? Tu étais mort, et même enterré à deux pas d’ici.
- Eh oui, tout le monde pense que je suis mort, y compris mon assassin.
- Ton assassin ? Mais tu es mort ou vivant ?
- Enfin pas mon assassin, mais…
- Mais quoi ? Tu crois que ça me fait rire ?
- Non non, l’assassin de mon frère !
- C’est pas dieu possible ? Ton frère ?
- Oui, mon frère, Pierre !
- Mais il ne vit pas en Normandie ?
- Ben oui, mais à l’occasion de ses cinquante ans, il était venu me voir. Depuis toutes ces années…
- Mais je n’y comprends rien. C’est bien toi qu’on a trouvé mort.
- Eh bien non, sinon, je ne serai pas là à te faire la causette.
- Mais alors…
- Mon frère me ressemblait beaucoup et il n’a qu’un an de moins que moi.
- Voilà qui explique sans doute le chapeau.
- Le chapeau ?
- Oui, il ne portait pas de chapeau ?
- Ben non, ou alors occasionnellement.
- Attends, attends, il faut que je comprenne.
- Pierre était arrivé le mardi soir à l’atelier. Après les retrouvailles, j’étais allé déposer sa voiture au garage Magnard pour la révision. Pendant ce temps là, il a voulu rentrer aux Ravatins à vélo pour se dégourdir les jambes. Et moi, je suis rentré à pied en coupant à travers la garenne. Il n’était pas encore arrivé aux Ravatins, mais je ne me suis pas inquiété, pensant qu’il aurait trouvé une vieille connaissance en route.
- Il connaissait du monde ici ?
- Eh bien, pas grand monde, mais les Crintilleux ou les Vaugris, ce sont des gens sympa. Je pensais qu’ils auraient pu prendre l’apéritif ensemble. Du reste, depuis le temps, ce sont peut-être les seuls à connaître Pierre.
- Et alors ?
- Alors vers vingt heures, j’ai commencé à m’inquiéter, d’autant que la marande était plus que prête.
- Et ?
- Et j’ai pris la camionnette et je suis passé chez les Crintilleux et les Vaugris. Mais rien, ils ne l’avaient pas vu. Du coup, je rentré aux Ravatins, pensant le retrouver là-bas, mais rien. Et je l’ai attendu toute la nuit.
- Et le lendemain ?
- Le lendemain, je suis quand même passé relever quelques collets. Et en arrivant près de l’atelier, j’ai vu les voitures de la gendarmerie. Je suis resté caché dans le bosquet. Au départ, je n’ai rien compris. Ce n’est que petit à petit que j’ai compris ce qui se passait. Et le temps de rentrer furtivement aux Ravatins, de me ravitailler avec ce que je pouvais dont ce fusil, je n’ai cessé de me cacher dans les bois pour essayer d’éclaircir cette histoire.
- Ah c’est avec la crosse de ce fusil que tu as manqué m’étrangler ?
- Eh bien oui, que veux-tu, je suis désolé, je ne pouvais pas savoir.
- Oui, et tu n’es pas rasé. Mais qu’est-ce que je suis content de te retrouver. Ah si Robert savait ça !
- Ah oui, je vous ai vu au village à plusieurs reprises. Que faisiez-vous au juste ?
- Eh bien, nous menions l’enquête, car nous n’avons jamais cru à « ta » mort naturelle.
- Et qu’est-ce qui vous a mis sur la piste ?
- Eh bien le chapeau dont je t’ai déjà parlé, le fait qu’on a conclu à une mort liée aux conséquences d’un coma éthylique. Et puis la disparition de la boite de taupicine chez Charles.
- Évidemment, on aura voulu le mouiller lui si l’histoire de la mort accidentelle n’avait pas pris. Et figure toi que cela n’a pas traîné, il a été embarqué par les gendarmes en fin d’après-midi.
- Mais comment fais-tu pour être aussi bien au courant de ce qui se passe au village.
- Tu sais bien, Maurice, un œil, une oreille derrière chaque arbre…
- Ouais…
- Et toi, que fais-tu ici à une heure pareille ?
- Eh bien j’avais dans l’idée d’aller fouiner chez le curé. Il ne me paraît pas net celui-là.
- A qui le dis-tu ? J’étais là pour la même raison, quand j’ai entendu les jacques* près de la rivière qui m’ont alerté.
- Rien ne t’échappe toi.
- Et voilà comment je t’ai tendu un piège avant de te tomber dessus.
- Bon et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ?
- Eh bien, on était parti rendre visite à notre curé, non ?
A suivre.
* jacque : Geai des chênes [Garrulus glandarius (Linnaeus 1758)]
Premières touches de couleur
En plus de l’Hellébore noire [Rose de Noël] qui a commencé à fleurir, timidement, depuis trois semaines, depuis huit jours, les Crocus, curieusement tous jaunes, sont passés à l’action.

La première fournée de Jacinthes est bien en route également.


21 mars 2009
Le Cépiau (11)
Le Cépiau continue, eh oui. Et petit peu à cause de KarregWenn.
Résumé des épisodes précédents :
Si les fibres de bois de la grande table pouvaient parler, elles pourraient expliquer ce qu’elles avaient entendu, vu, ressenti… Deux coupes de Champagne venaient de heurter le plateau de chêne dans un éclat de rire diabolique.
L’adjudant avait été prévenu le matin même. Maurice, Robert et Yves arrivèrent à la caserne à 9 heures.
- Messieurs, je vous prie de vous asseoir, nous allons procéder à la vérification de vos identités.
Les trois hommes s’exécutèrent. Près d’une demi-heure plus tard, l’adjudant entra dans le hall.
- Alors, Messieurs, que puis-je pour vous. Vous souhaitez faire une déposition au sujet du décès du Cépiau ? Et pour cela, vous aviez besoin du concours de la police. C’était complètement inutile. D’ailleurs, la police n’a pas compétence dans ce canton. Je suis seul habilité à vous auditionner.
- Nous le savons, répondit Yves, je ne suis là qu’à titre privé, en tant qu’ami de ces Messieurs. Et nous souhaiterions, au moins dans un premier temps, être auditionnés de façon conjointe.
- Qu’à cela ne tienne, exceptionnellement, j’accepte cette requête peu orthodoxe. De toute façon l’enquête sur le décès du Cépiau est définitivement close. Si vous voulez bien vous donner la peine d’entrer dans mon bureau.
Maurice et Robert commencèrent alors le récit des faits troublants qu’ils avaient pu recueillir au sujet des circonstances de la mort du Cépiau. Le récit terminé, l’adjudant éclata de rire.
- Eh bien, commissaire Taxus, c’est pour ça que vous m’avez fait déranger ? Tout cela ne tient pas la route. Et vous, votre histoire de chapeau perdu, que voulez-vous que ça me fasse ? Bien sûr que nous l’avions remarqué : il l’aura laissé quelque part ou l’aura perdu en route, tout simplement.
- Non cria Maurice. Le Cépiau n’aurait jamais abandonné son chapeau quelque part et l’aurait encore moins perdu.
- D’ailleurs, s’écria Robert, la disparition du chapeau est bien la seule chose que vous ayez remarquée. Sauf à vous déplaire, mon Adjudant, beaucoup de choses vous ont échappé. Avez-vous interrogé le docteur Rouleau ?
- Bien sûr que nous avons interrogé le docteur. C’est même lui qui a fait le constat de décès : mort naturelle par ingestion irraisonnée d’alcool.
- Si on vous croit, fit Robert, s’il n’était pas mort, vous auriez volontiers verbalisé le Cépiau pour ivresse publique.
- Tout à fait.
- Alors, fit Maurice, vous n’avez pas discuté personnellement avec le docteur Rouleau. Pourquoi croyez-vous que le gens du village ne le consulte plus ? Pourquoi croyez-vous que toute le monde s’en va à R pour voir le médecin ?
- Je ne sais pas, moi, ce n’est pas mon problème si les gens préfèrent tel ou tel médecin.
- Eh bien nous, nous savons pourquoi : votre médecin est gâteux et ne sait plus où il en est la moitié du temps.
- Mais vous n’aviez pas à interroger le docteur Rouleau.
- Faux, mon Adjudant, coupa Yves. Selon vos dires, l’enquête est close et par conséquent, chacun est libre d’aller discuter avec qui bon lui semble.
- De toute façon, rien ne vous autorise à remettre la parole du docteur en doute.
- Alors, demanda Robert, vous n’allez pas demander une étude toxicologique sanguine ?
- Non, je n’en vois pas l’utilité. Ce ne sont pas vos élucubrations qui vont changer quelque chose et permettre la réouverture de l’enquête. D’ailleurs le maire m’a dit que…
- Le maire vous a dit ?
- Rien, cela ne vous regarde pas.
- Fort bien, fit Yves à ses deux compères, il est clair que nous n’obtiendrons rien par ici.
- Parfaitement, commissaire Taxus, vous m’avez déjà suffisamment perdre mon temps et je ne vous retiens pas.
- Minute, mon Adjudant, vous allez quand même enregistrer les dépositions de ces Messieurs.
- Mais…
- Il n’y a pas de mais, la loi l’exige.
- Certes, certes, le Brigadier Gondronel va s’en occuper. Au revoir Messieurs.
Il fallut bien le reste de la matinée pour taper, doigt à doigt les dépositions. A midi, les trois hommes se retrouvèrent pour l’apéritif chez la mère Vieillard.
- Eh bien chers amis, fit Yves, on n’est pas frais pour aller aux devants de l’empereur. L’Adjudant est un sacré con. De plus, il protège son pré carré. Néanmoins, je pense qu’il va bouger.
- Ça n’est pas gagné dit Robert. Mais si on allait taper son patron, le capitaine Mangemoisec à A. ? Il me semble que dans le temps, le Cépiau était vaguement copain avec lui.
- Eh bien c’est vrai, s’écria Maurice, pourquoi n’y avons pas songé plus tôt.
- Tout simplement parce qu’on pouvait encore croire à un minimum d’intelligence de l’Adjudant, fit Yves. Mais de toute manière, ça va bouger. Vos dépositions ne vont pas totalement rester lettre morte. Vous devriez prévenir Charles : je parie qu’ils vont l’arrêter pour cette histoire de taupicine.
- Très bien, fit Maurice, nous irons le voir après manger. Il ne faudrait pas qu’il s’inquiète.
- Autrement, il y a quelque chose qui m’inquiète, fit Yves. Pourquoi diable a-t-il évoqué le maire ?
- Il a parlé du maire, répondit Robert en finissant son verre d’aligoté, avant de se raviser et de s’apercevoir qu’il en avait déjà trop dit. Tu as raison, Yves, c’est louche cette histoire.
- Il aura reçu des consignes du maire fit Maurice. Tu penses bien qu’ils sont cul et chemise ceux deux là.
A la fin du repas, Maurice fit part à voix basse d’une idée.
- Après avoir vu Charles, nous rentrerons à A. Vous, vous irez voir le capitaine Mangemoisec et moi, vous me laisserez en route dans le virage du Bois de la Coiffe. Je reviendrai discrètement au village à la tombée de la nuit pour ne pas me faire repérer. J’ai bien envie de rendre visite au curé.
- Le curé ? Mais il ne voudra jamais te recevoir fit Robert.
- Mais qui a dit que je me ferai annoncer. Je veux juste essayer d’en savoir plus.
- Méfie-toi, Maurice, il ne faut pas que tu te rendes coupable d’une quelconque infraction.
- Ne t’inquiète pas, Yves, c’est le Cépiau et moi qui avons réalisé les portes de l’église et de la cure. Je saurai les ouvrir sans que personne ne s’en aperçoive.
- Très bien fit Robert, je te fais confiance, je sais que le Cépiau et toi aviez plus d’un tour dans votre sac.
Il longea la rivière, se faufila entre les bouquets de vernes, puis à la hauteur du pont des Chaumes froides, il obliqua en direction de la station de pompage d’eau potable. Si le Cépiau avait été là, il n’aurait même pas pu le distinguer parmi les silhouettes des genêts*. Cette fois, en effet, la nuit était belle et bien tombée, mais la lune bientôt pleine, guidait largement les pas des braconniers et des brigands.
Alors qu’il allait gagner le cimetière par le bas de la grande pâture, Maurice trébucha en débuchant de la bouchure. Il n’eut pas le temps de grommeler d’une telle maladresse qu’un morceau de bois vint se plaquer violemment contre sa gorge. Maurice crut sa fin proche, se débattit, fit mine de hurler, mais la pression sur sa gorge se fit plus forte encore, étouffant définitivement tout essai de râle parmi les genêts.
A suivre.
* Cytisus scoparius (L.) Link (Genêt à balais)
20 mars 2009
C'est le printemps !
Aujourd’hui, j’ai pu photographier les petits du soleil qui ont germé en sous-bois. Ranunculus ficaria L. (Ficaire fausse-renoncule)


18 mars 2009
Rare floraison
Hier, un collègue me donne un coup de fil. Il a à me montrer une plante (cultivée à des fins conservatoires) qui appartient à un genre dont je n’ai jamais vu aucune espèce dans la nature ou dans un jardin. Il faut dire que toutes les espèces sont globalement très rares en France. Ces plantes, de taille modeste et précoces en saison sont, qui plus est, assez capricieuses et peuvent passer inaperçue en s’abstenant de fleurir pendant plusieurs années. Voilà ce que cela donne en photo (un seul individu en fleur).


Qui a une idée sur l’identité de cette chose ? Celles et ceux qui ne trouveront pas auront un gage !
Et puis, en rentrant, le soleil m’a salué entre deux tours.

15 mars 2009
On n'a pas tous les jours 14 ans !

Voici le dernier type d’amaryllis que nous avions trouvé. Quand je dis amaryllis, cela est inexact, car j’ai découvert récemment qu’il ne s’agissait pas du bon genre et qu’il fallait parler d’Hippeastrum (les vrais Amaryllis, bien que d’origine géographique différente, sont assez ressemblants et peuvent être cultivés, eux, en pleine terre, car ils supportent davantage le froid).
Aujourd’hui, nous avons eu plutôt beau temps. Normal, puisque c’était l’anniversaire de S.


Nul doute que les orchidées blanches vont assez bien avec son ensemble. Et n’est-ce pas la plus extraordinaires des fleurs ? Il y a quatre ans, qui aurait penser qu’une telle fleur me ravirait un jour à ma solitude ?

Dans le jardin (exposé au nord, rappelons-le), ça commence à se mettre en marche. Après la rose de Noël (difficilement photographiable), les crocus jaunes se mettent en route.

Cela valait bien un baiser devant témoins.
