Cornus

Il n'y a pas de thématique spécifique à ce "blog". Tous les sujets sont donc théoriquement susceptibles d'être abordés.

26 octobre 2007

Oui (bis)

Nous sommes en vacances ce soir. Nous partons demain pour B. Le 3 novembre, nous dirons OUI pour la seconde fois. Nous vous souhaitons le meilleur en attendant notre retour sur la blogosphère d'ici une bonne dizaine de jours.

Signé : Cornus rex-populi & Fromfromgirl

Voici une photo prise il y a un an. Celui ou celle qui trouvera où elle a été prise aura droit à une magnifique récompense.

T

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24 octobre 2007

Exhibition à Saint-Georges

SG

Voici une photo d’un rare exhibitionnisme. Il s’agit de l’arrière du décor d’une pêche d'étang. Il s’agit bien entendu de l’étang Saint-Georges. La pêche d’un étang, même si comme nous, nous n’en faisons plus aucun commerce depuis longtemps (fait rare), c’est toute une organisation, toute une logistique. La dernière fois que nous l’avons fait (31 octobre 2004), j’ai un peu dirigé les opérations, mais heureusement qu’il y avait des parents et amis. Plusieurs mois avant, il faut faire une demande d’autorisation de vidange à l’administration et veiller à prendre des précautions particulières vis-à-vis des milieux aquatiques situés en aval. Une semaine avant, il faut ouvrir la « pelle », autrement dit la vanne de fond par laquelle se fait la vidange. Il ne faut pas vider trop vite. L’étang pourrait être vidé en moins de 3 jours, mais cela pourrait provoquer des inondations en aval et les poissons n’auraient peut-être pas le temps de se rassembler correctement. Il faut aussi mettre en place des grilles de rétentions des poissons, le plancher de récupération des poissons, les bassines, bassins, baquets, épuisettes, table de triage bouteille d’oxygène. Je précise que comme l’on ne fait pas commerce du poisson et que l’étang est volontairement peu productif, nous mettons de côté les Brochets les plus gros, les belles Perches communes, nous éliminons les indésirables telles que les Perches soleil (américaines indésirables) ou les petites Perches communes (jeunes ou atteintes de nanisme). Tout le reste (Gardons, Rotengles, jeunes Brochets, Carpes) sont mises en bassins et bassines avec oxygène. Quand tous les poissons sont « éclusés », nous refermons la « pelle », nous la colmatons avec de l’argile, elle même protégée avec du fumier décomposé. L’eau remonte dans l’étang assez rapidement. Comme la pêche a commencé vers 7 h 30, vers midi, il y a suffisamment d’eau pour réintroduire les poissons mis de côté. En 2004, il a fallu 15 jours pour que l’étang soit de nouveau plein, mais s’il ne pleut pas trop, cela peut mettre un bon mois (volume estimé à un peu plus de 30 000 m3).

Autrement, cadeau surprise : je suis sur la photo. A votre avis ? Fromfrom, Kleger, Karagar et Kridienn n’ont pas le droit de jouer !

Voici quand même une photo plus correcte de l’étang Saint-Georges. Je ne vous le montre pas vide, ce serait trop dur.

SG2

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20 octobre 2007

Ma grand-mère paternelle

Alors qu’il est question de divorce dans l’actualité, cela m’a fait repenser à un texte dont j’avais entamé la rédaction au cours de l’été et que je n’arrivais pas à terminer. Je viens de le faire.

Ma grand-mère paternelle est issue d’une famille d’agriculteurs morvandiaux. Ses parents étaient fermiers et travaillaient dans une grosse exploitation pour l’époque, pour une bonne partie vouée à l’élevage. Le propriétaire des terrains était une forme d’aristocrate local qui possédait un petit château campagnard. Née en 1906, elle connut la première guerre mondiale au cours de laquelle elle perdit son père. Ce fut une catastrophe pour la famille (sa mère et sa sœur de quatre ans sa cadette). Elles durent abandonner l’exploitation et ma grand-mère fut obligée de quitter l’école très tôt (12 ans) et d’aller travailler. Une époque fort difficile dans les campagnes morvandelles déjà peu favorisées où elle fut servante ou bonne à tout faire. Plus tard, elle se maria (dans quelles conditions ?), puis fut « patronne » d’un petit « bistrot-restaurant » à la ville (A.). De ce mariage, il y eut deux garçons (dont mon père) et une fille, tous nés avant le déclenchement de la seconde guerre mondiale. Je ne sais rien de très précis, mais il semblerait que le mari de ma grand-mère se révéla être une sorte de « coucou », un coureur et un fêtard. Je n’en sais pas beaucoup plus car ma grand-mère est toujours restée très discrète (voire muette) sur le sujet, y compris avec mon père. Il y eut finalement un divorce de prononcé, fait extrêmement rare à l’époque, surtout si on le remet dans le contexte de la campagne morvandelle de la fin des années 1930, époque à laquelle l’église et le curé jouaient encore un rôle très important. Et, de fait, la faute fut très rapidement mise sur le dos de ma grand-mère d’autant plus que son ex-mari était acoquiné avec le curé du village. Le divorce prononcé, ma grand-mère se remaria avec ce qu’il est définitivement convenu d’appeler mon grand-père. Pendant la période qui correspond au début de la guerre, ce dernier qui travaillait à la SNCF, trop âgé pour être mobilisé, fut muté dans un autre département à plus de 200 km de là. Des trois enfants, encore très jeunes, l’aîné resta avec son père et les deux autres suivirent leur mère et son nouveau mari. Quand ils revinrent pendant la guerre ou dans l’immédiat après-guerre passer l’été chez leur grand-mère maternelle qui vivait au village, mon père et ma tante connurent les « joies » des enfants de divorcés, c’est-à-dire une forme de bannissement de la plupart des villageois « honnêtes » lesquels avaient été largement conditionnés (intoxiqués ?) par la famille de l’ex-mari et par le curé. Il y eut dès lors un mur qui s’instaura définitivement entre d’un côté le père et le fils aîné et de l’autre côté, les deux autres enfants. Dès le départ, le père ne s’occupa plus de ses deux plus jeunes enfants, ni chercha à les revoir, et bien entendu, il n’y eut aucune pension de versée à la mère. Devenus adultes, ma tante et mon père tentèrent de renouer des liens avec leur frère, mais ce fut un échec.

Je n’ai connu aucun de mes grands-pères paternels. Ni celui qui éleva ma tante et mon père puisqu’il eut la mauvaise idée de décéder trois ans avant ma naissance, ni l’autre puisqu’il était inconnu de la famille (décédé alors que j’avais 21 ans, soit deux ans après ma grand-mère).

Ce rappel du contexte « historique » ayant été fait, j’en viens à la grand-mère que j’ai connue.

Il convient d’abord de dire qu’il s’agissait d’une petite femme, marquée physiquement par les épreuves, notamment lorsqu’elle était jeune. Elle était vêtue d’habits sombres la plupart du temps et portait souvent une blouse et un tablier à la maison. Elle avait un visage très ridé par le temps et des cheveux gris. C’était une femme assez dure et autoritaire qui s’était toutefois largement adoucie avec le poids des ans et la vie moderne.

Pour ce qui me concerne, ce fut une grand-mère formidable. Comme mes parents commençaient le travail très tôt le matin, ils me déposaient chez elle et c’est elle qui m’emmenait à l’école et/ou qui allait me chercher à midi ou le soir. Je me rappelle du coq en pâte que je fus chez elle. Je me souviens de son vieil appartement du troisième étage qu’elle habitait à l’époque, sans grand confort : pas de salle de bain, pas de machine à laver, pas de vraie séparation entre la cuisine et la chambre-salle-à-manger et des WC à la turque au niveau de la cage d’escalier au demi palier inférieur. Je garde d’excellents souvenirs d’elle parce qu’elle me gâtait énormément avec les petits plats, simples mais excellents qu’elle me préparait. Par exemple, très longtemps, je n’ai pas compris pourquoi les biftecks étaient beaucoup plus tendres  chez elle que chez mes parents. C’est tout simplement parce qu’en plus de se fournir chez un boucher attitré, elle y commandait exclusivement du filet de bœuf. Cette pièce est particulièrement tendre, mais certains considèrent qu’elle a moins de goût que d’autres. Pour moi, elle aura toujours un goût particulier gravé à jamais dans ma mémoire.

Je fus sans doute son petit fils préféré (elle en avait deux autres), peut-être parce que j’étais le plus proche, que j’allais la voir très souvent, jusqu’à la fin, et peut-être aussi parce que j’incarnais à la fois le calme et la franchise. Souvent, mon père et moi allions la chercher pour manger le dimanche à midi. La plupart du temps, c’est elle qui s’occupait du dessert et parfois de l’entrée qu’elle allait quérir dans les commerces de la rue d’à côté, sauf les dernières années où c’était moi qui m’en occupait.

Durant des années, elle ne cessa de se plaindre de ses douleurs, de ses rhumatismes, ce qui agaçait profondément mes parents. Mon père l’engueulait régulièrement et gentiment sur le sujet, mais cela ne changeait rien. Elle disait souvent qu’elle était une trop grande charge pour ses enfants et qu’elle préfèrerait partir (mourir) rapidement. Elle disait cela avec une telle fréquence et une telle tranquillité que personne ne l’entendait plus. Moi, si.

Alors qu’elle était effectivement accablée de rhumatismes et qu’elle ne se déplaçait plus beaucoup, je me souviens avoir été très surpris peu avant la Toussaint 1989, peu de temps avant son décès. Mon père voulait aller au cimetière sur la tombe de mon grand-père, sans doute pour aller y déposer les traditionnels chrysanthèmes. Alors qu’elle refusait, à juste titre, d’y aller depuis des années, à cause de la taille importante du cimetière et du chemin escarpé pour accéder à la sépulture de mon grand-père, cette fois-ci je devais constater qu’elle était dans une rare forme et qu’elle voulait nous accompagner mon père et moi au cimetière. Logiquement, mon père refusa. Six semaines après, elle décédait, alors que rien dans son état de santé ne le laissât alors penser. Je me suis demandé si elle n’aurait pas voulu aller saluer une dernière fois son mari sur sa tombe. Trois semaines plus tard, alors qu’elle passait un séjour chez ma tante à une centaine de kilomètres de chez elle, nous étions invité un dimanche à un repas de famille là-bas. Après le repas, alors qu’elle avait contracté une mauvaise bronchite, elle s’absenta pour aller aux toilettes. Ne la voyant pas revenir, nous nous inquiétâmes et nous dûmes constater qu’elle avait eu un malaise. Elle n’avait plus la force pour tenir sur ses jambes. Après avoir vu le médecin, nous prîmes congé, non sans lui avoir dit que je venais de réussir le permis de conduire. Elle en était très fière. Elle aurait été encore plus heureuse si j’avais pu lui annoncer que j’avais réussi le baccalauréat avec mention. Hélas, le temps ne nous accorda pas ce loisir. Dès le lendemain, elle était admise à la policlinique pour des examens. Les jours qui suivirent, les nouvelles n’étaient pas très bonnes, mais je ne voulais pas croire qu’elle puisse nous quitter ainsi. Un matin, le médecin constata une amélioration extraordinaire de son état, laissant penser qu’elle pourrait sortir rapidement. Elle devait néanmoins décéder la même journée.

Je fus très marqué par sa mort car j’étais très proche d’elle et parce que quelque part, je n’ai pas eu le temps de finir l’histoire avec elle. Après avoir connu des échecs dans mes études au collège et au lycée, sa mort marqua le début d’une belle série de réussites scolaires et universitaires. Je crois que je lui dois un peu ça. Ce n’est que maintenant que j’en prends conscience, mais je ne lui avais jamais rendu publiquement sa part d’hommage, même si intérieurement, cela avait été fait depuis bien longtemps.

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14 octobre 2007

Adoption

Ces derniers temps, on entend assez souvent parler d’adoption. On sait les difficultés qu’ont les parents qui veulent adopter. D’emblée, on ne leur fait pas confiance, on cherche à leur mettre des bâtons dans les roues par tous les moyens : paperasseries administratives à n’en plus finir, faire la preuve de son désir d’enfants, de sa motivation, démontrer que l’on sera de bons parents, sans compter les coûts exorbitants induits par les voyages à l’étrangers qu’il faut parfois multiplier, sans même parler de corruptions diverses. Dès lors, on comprend que seuls les acharnés arrivent jusqu’à l’adoption effective. Je trouve que tout ce cirque est inadmissible, surtout par rapport au fait que les parents adoptants sont quasiment assimilés à des irresponsables.

Bien entendu, je ne suis pas pour l’adoption sans discernement, sans un minimum de vérifications, mais rien ne justifie un tel parcours du combattant. Il y a lieu aussi de s’interroger sur l’origine des enfants, de voir dans quelle mesure, dans certains pays, ces derniers ne sont pas de simples produits à vendre pour faire de l’argent, misères obligent. Le Cambodge en est un exemple.

Mais en pensant à tout cela, je me suis rappelé un certain nombre de cas de parents qui ont eu des enfants de façon tout à fait naturelle. J’en ai vu de près quelques exemples et S. m’en a compté plusieurs dans les parents d’élèves de ses classes. A ces gens là qui vivent dans une misère sociale terrible, sans éducation, ni travail, ni perspective, dans des conditions parfois à peine croyables de misère tout court, parfois dans l’alcoolisme, la crasse, la violence physique entre parents, voire d’enfants battus, etc. On a beau le savoir, on a toujours du mal à croire à tout ce qui se passe à côté de chez soi. Dans de telles conditions, les enfants sont la plupart du temps brisés et ceux qui peuvent s’en sortir sont extrêmement rares. Dès lors, s’est-on posée la question si on devait donner à ses gens le permis d’être parents ? La réponse est non.

Je sais que cette réflexion de ma part est provocatrice, parce qu’elle pourrait facilement avoir un caractère fasciste ou eugéniste. Telle n’est bien entendu nullement mon intention, mon propos étant uniquement de montrer qu’il existe deux façons de voir les choses : d’un côté, des difficultés majeures faites aux parents qui veulent adopter et qui doivent s’en excuser et de l’autre des irresponsables qui font parfois des gosses à tour de bras. Mes propos sont amers, mais chacun a connu de telles situations.

Ensuite, il y a le cas des couples homosexuels pour lesquels la situation est pire encore puisqu’on leur interdit carrément tout droit à l’adoption. Moi qui ai vécu une « enfance dorée » dans une famille où les parents étaient assez extraordinaires et ayant très longtemps considéré que tous les enfants étaient logés à la même enseigne, j’étais donc assez bête et je voyais mal un couple homosexuel demander l’adoption à cause de l’éventuel déséquilibre qui pourrait naître chez l’enfant. Bien sûr, j’ai énormément évolué sur la question puisque j’ai carrément changé d’avis et puisque de nombreuses études et expériences ont montré que les enfants de tels couples étaient parfaitement équilibrés et que c’était bien l’amour qui était structurant. Alors, je sais bien que les choses ne sont pas si simples, mais pourquoi refuser l’adoption dans de telles conditions.

Voilà, cette note n’avait pas pour but de démontrer quoi que ce soit, mais de montrer quelques incohérences dans lesquelles on se complaît encore pour je ne sais quelles idéologies dépassées.

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12 octobre 2007

Flandre en deuil

La Flandre intérieure, souvent assez discrète par ailleurs, a fait deux fois l'actualité nationale ces derniers jours.

Avant-hier, à Bailleul, il y a eu un incendie dans une supérette de centre-ville (je passe devant tous les jours de la semaine), faisant un mort parmi les pompiers volontaires.

Hier et aujourd'hui a été annoncé la suppression du tribunal de grande instance d'Ha*zebrou*ck. Il devrait subsister le tribunal d'instance et les prud'hommes, mais on peut penser que les magistrats se feront de moins en moins ha*zebrou*cker.

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08 octobre 2007

Mon service militaire

Voici une note dont j’avais annoncé la venue depuis bien longtemps. Je ne suis pas sûr que cela revête un grand intérêt, mais voici, dans une construction assez approximative, ce que j’ai vécu et retenu de mon service militaire. Bien sûr, cela n’est pas exhaustif, mais l’essentiel semble y être.

Avant de commencer mon service, dont la durée avait été ramenée à 10 mois depuis peu, j’avais entendu dans les médias que le gouvernement avait décidé de créer un service civil « environnement » que l’on pouvait effectuer auprès des collectivités territoriales qui le souhaitaient. Sa durée était de 10 mois également, contrairement à l’objection de conscience qui devait faire 16 ou 18 mois à l’époque. A priori, la voie de l’objection de conscience aurait pu sembler moins étroite, mais je ne voulais pas l’emprunter dans la mesure où cela n’aurait pas été une bonne solution si un jour je postulais dans la fonction publique. Sachant cela, je me renseignais auprès du centre de sélection dont je dépendais. Comme par hasard, ces gens là ignoraient jusqu’à l’existence d’une telle disposition. Quelques semaines ou mois plus tard, comme l’existence de ce service « environnement » se confirmait, je fis une lettre pour exposer mon souhait… qui ne fut jamais pris en compte. Pour bien faire, il eût fallu que je démarche moi-même des communes ou autres.

Lors de mes « trois jours », j’avais fait la demande pour intégrer l’armée de l’air. Tout « naturellement », je fus donc affecté au 3*5ème régime*nt d’infan*terie de Belfort ! A peine avais-je effectué la soutenance de mon diplôme, je devais me retrouver à Belfort début octobre 1994. Inutile de vous dire qu’il n’y avait chez moi aucune excitation ou joie à venir faire mon service dans un endroit pareil. Si j’avais pu y échapper, je ne m’en serais pas privé. En arrivant à la gare, nous fûmes emmenés par bus à la caserne. Une caserne toute neuve. Nous fûmes ensuite accueillis par un sous-officier qui se livra à quelques explications préalables. Je me souviens avoir interpellé l’individu (qui se révèlera par la suite être un crétin comme l’armée aime en fabriquer) pour lui demander si au sein de la caserne, il n’existait pas un laboratoire ou un truc du genre car j’avais à l’époque, entre autres, une formation de laborantin. Voyez déjà ma naïveté totale. Il me fut répondu : « les seuls laboratoires, ici, ce sont les chiottes ! ». Je commençais déjà à me faire repérer : un « intello » qui la ramène. Je n’ai jamais eu de grands cheveux, mais je m’étais préparé psychologiquement en allant chez mon coiffeur habituel deux jours plus tôt. Peine perdue, je fus tondu uniformément à quelques millimètres à peine comme tout le monde. Après tout un tas d’opérations dont je ne me souviens plus beaucoup, je fus affecté à la 1ère compagnie, c’est-à-dire une compagnie combattante, et pas n’importe laquelle puisqu’elle s’enorgueillissait d’être la meilleure en terme de résultats au tir, au stage commando, en courses, etc. Et c’était vrai. Quelle chance ! Après avoir mangé à l’ordinaire, on devait encore aller chercher notre paquetage et nos treillis. Comme je n’étais pas particulièrement un petit garçon maigrelet, il n’y avait plus de treillis ordinaires (déjà usagés) pour moi, j’eus la « chance » d’en avoir des neufs. Les pantalons étaient juste un peu longs, mais c’était déjà bien d’avoir du neuf quand j’en voyais d’autres hériter de choses trop courtes ou usées jusqu’à la corde. J’eus aussi l’honneur d’avoir des rangers neuves, mais je ne sais pas ce qu’elles avaient, mais elles étaient du genre indestructibles : semelle inusable, cuir d’une raideur incroyable et indéformable, malgré le terrain que je fis dans des conditions épouvantables et malgré la graisse et autres produits assouplissants. Quand je dis ça, je n’exagère pas et j’étais le seul à avoir récupéré de telles godasses (celles des autres étaient beaucoup plus souples). Mes pieds en ont souffert. Il m’a fallu des mois après la fin de mon service pour récupérer.

Au sein de la compagnie, on me demanda d’intégrer la section « commandement », mais mes « classes » se firent avec la section « milan » (les milans sont en fait des missiles antichars). Cette section était dirigée par un adjudant qui se révéla être un type infect qui respirait la méchanceté. Beaucoup d’entre nous en avaient peur (moi aussi au début, avant que je ne détecte son jeu caché). Il ne m’emmerdera pas trop, à part une fois où il se permit de me dire qu’il fallait que « je cesse d’avoir ce sourire niais ». Les classes se déroulèrent plutôt bien, sauf au niveau des pieds. Je me rappelle du jour où nous avons fait, lourdement chargés, une longue marche avec l’ascension du ballon d’Alsace. L’adjudant fit une erreur et loupa le bon chemin, ce qui nous obligea à quelques kilomètres supplémentaires.

A l’issue des classes, on décida que je serais secrétaire du capitaine ; une sorte de poste quasiment honorifique. J’en étais assez heureux, mais je dus assez vite déchanter. En effet, il y avait des tas de paperasses à s’occuper. Et surtout, il y avait un ordinateur qui datait presque de la guerre d’Algérie : un truc sous MS-DOS avec une base de données et un logiciel de traitement de texte épouvantable dont je n’avais jamais entendu parler, même en cauchemar. Ce PC était accompagné d’une imprimante matricielle incroyablement lente et peu performante qui fonctionnait avec du papier à picots. Le capitaine me demanda de faire des statistiques sur différents aspects de notre compagnie et il voulait des histogrammes et autres camemberts comme le faisaient les autres compagnies. Je lui dis qu’il m’était impossible de le faire avec un tel matériel. Il eut un mal fou à l’admettre et je dus m’arranger avec d’autres collègues d’autres compagnies, qui eux avaient un matériel correct, pour faire le boulot. Le capitaine n’entendait vraiment rien en informatique. Il me demandait toujours de faire des choses impossibles et il croyait que j’y mettais de la mauvaise volonté. Bref, il m’eut dans le nez et c’est à lui que je dois de n’avoir jamais eu d’avancement. En effet, environ 3 mois plus tard, le capitaine chef de compagnie fut remplacé par le second qui était aussi capitaine, et avec lui tout se passa bien. Il aurait voulu faire de moi un caporal, mais vérification faite, il dut m’avouer qu’il ne pouvait plus (quotas dépassés). De plus, mon premier capitaine n’avait peut-être pas apprécié non plus le fait que j’avais été déclaré inapte pour être son chauffeur. J’avais pourtant le permis depuis 5 ans, mais à la visite médicale (une nouvelle spécifique sur le sujet), ils se sont aperçus que j’étais daltonien (lors de la visite médicale d’incorporation, ils n’avaient pas fait le test, et comme ils avaient trouvé le moyen de perdre mon dossier établi lors des « 3 jours »). Pourquoi un daltonien ne pourrait-il pas être chauffeur d’une voiture 4x4 de l’armée ? Pour des raisons liées à la conduite de nuit avec des feux de combat, c’est-à-dire des feux réduits. Bref, cela ne tient pas debout pour ce qui me concerne, mais voilà.

Comme je ne m’en sortais pas seul au secrétariat, on me mit un adjoint qui ne pouvait pas être en section combattante pour raison de genou déficient. Nous devions sympathiser quelque peu. Dès le départ, je fus déclaré chef de chambre et j’avais à ce titre une responsabilité de propreté et de tout ce qui va avec. Je ne raconterai pas ici comment nous devions faire et défaire les lits chaque jour, et comment se faisait la revue des chambres du vendredi après-midi avant de partir en permission. Un mois à peine après le début du service, il y eut un « léger » incident. En tant que chef de chambre, je me tenais dans l’entrée, prêt à voir le chef de section (adjudant L.) et le capitaine débarquer. A l’instant même où ils s’apprêtaient à arriver, je m’aperçus que l’un des types de ma chambre n’était plus au pied de son lit. Mais curieusement, la porte des lavabos était fermée. A peine avais-je réalisé cela, que l’adjudant L. rentrait dans la chambre, la porte des lavabos fermée de l’intérieur. Quand il put enfin rentrer, il vit que l’individu était en train de se débarrasser de son Cannabis sativa L. var. indica dans le lavabo. Je me dis alors « mais quel con, la perm va être annulée et je vais avoir des ennuis ». Bien sûr, avec ma grande naïveté, je n’avais rien vu venir. En tant que secrétaire, je dus me mettre à la machine à écrire pour taper une punition (on se croirait à l’école). Il y eut du retard, mais je pus quand même partir en perm. Je ne vous raconte pas le nombre de punitions que j’ai dû taper. Certains cadres ou chefs de section avaient même un logiciel spécial d’aide à la rédaction de punitions. On croit rêver. Certes, il y avait quelques spécialistes de la punition. Toutes n’allaient pas jusqu’au bout de la procédure.

A l’armurerie, il y avait quelques soldats d’un contingent antérieur qui s’en occupaient, mais comme ils devaient être libérés, 2-3 personnes de ma section y furent affectées. On s’aperçut après quelques temps que ces 2-3 personnes étaient épouvantablement tête en l’air, joueurs, dont un à la limite de l’illettrisme et autrement, c’étaient juste de jeunes cons. Ils n’étaient pas aptes à tenir un registre de façon correcte et faisaient n’importe quoi à l’armurerie. Bref, on a eu la chance de ne pas perdre d’armes. Je fus donc mis à l’armurerie. Dans un premier temps, on me surveilla de près, mais rapidement, je ne vis plus personne sur mon dos. Normal, il y avait quelqu’un qui « tenait » l’armurerie avec rigueur. J’avais quelques aides quand il y avait le « coup de bourre », mais la plupart du temps, j’étais seul. Je passais un temps incroyable à tracer des lignes sur le registre, à inscrire mon nom dans les cases, à mettre la date et à signer. J’avais fait faire un tampon pour mon nom et un autre pour la date, mais je devais signer à chaque fois. En quelques mois, j’ai dû faire des dizaines de milliers de signatures. L’armurerie était tenue par la compagnie qui réalisait les gardes et tous les magasins d’armes étaient dans la même enceinte. Il y avait une caméra à l’entrée et un sas entre deux portes blindées. Le tout était sous alarme. A plusieurs reprises, j’ai oublié de désactiver l’alarme… Les soldats pour retirer leurs armes attendaient devant une fenêtre avec guillotine de verre blindé et barreaux intérieurs. Bref, c’était du solide. Lorsque nous étions en manœuvre (Valdahon, Larzac, Mailly, centre d’entraînement commando près de Nancy, Mourmelon, Versailles pour le défilé du 14 juillet), je partais systématiquement plusieurs jours en avance (pour la préparation) et je revenais en retard (pour ranger, nettoyer). J’assurais aussi en manœuvre l’armurerie et selon les configurations, je fus la plupart du temps obligé de coucher dans l’armurerie. Il y avait parfois des avantages, mais aussi des inconvénients : être enfermé à longueur de journée, même si on était plusieurs. Le pire que j’ai connu fut à Versailles 2-3 jours avant le 14 juillet. Il faisait très beau. Mes collègues (armurerie régimentaire) étaient tous partis se promener dans Paris. J’étais donc seul et je me suis mis à pleurer. J’avais l’impression d’étouffer, j’avais l’impression d’être un prisonnier volontaire. Et à ce moment là, je me suis dit combien j’avais quand même de la chance en pensant à toutes ces personnes qui passent des années en prison. Lorsque l’on est armurier en campagne, on se doit d’assurer la sécurité de son armurerie et on a un pistolet automatique à disposition dont on pourrait éventuellement se servir si on était attaqué. Je me souviens qu’au camp de Mailly, on me fit la leçon. Notre armurerie était dans une tente simplement entourée de fils barbelés. Le sergent me donna les premières consignes si nous voyions approcher des gens suspects. Après les sommations de rigueur, je devais tirer dans les jambes. Une heure à peine plus tard, le capitaine vint me donner les mêmes consignes, à une exceptions – de taille – près : il me fallait tirer pour faire mal le plus possible, pour arrêter les éventuels individus qui s’en seraient pris à l’armurerie. Plus tard, je me suis dit que le plus simple aurait quand même été de se rendre tout de suite. En effet, des malfaiteurs ou des terroristes qui viendraient à s’en prendre à une armurerie ne le feraient pas avec des arcs à plomb, et face à ça, avec un Mac 50 à bout de souffle, je me demande ce que l’on pourrait faire, surtout s’ils avaient attaqué de nuit.

Quand on est secrétaire ou armurier, on passe pour un « planqué », même si on ne se rend pas toujours compte que l’on est en piste avant et après tout le monde. Certes, il y avait des avantages : un bon moyen pour échapper au cross régimentaire quand il faisait un froid à ne pas mettre un chien dehors, même si j’étais rarement du genre à me planquer. Je précise quand même que cela ne m’a pas empêché de faire la préparation au stage commando, mais au dernier moment, jugeant mes performances un peu justes et inquiet de certaines de mes caractéristiques cardio-respiratoires, on m’exempta de stage commando. Je précise aussi, contrairement à ce que j’ai pu entendre çà et là que nous étions loin d’avoir le temps de nous prendre les puces aux côtes. Dire que l’on nous a emmerdés serait un doux euphémisme : sans arrêt en piste et pas le temps de souffler pendant 10 mois. Et puis il a fallu supporter un tas de gens que l’on n’avait pas choisi.

Parmi les appelés, dont le niveau d’études était exceptionnellement élevé, il y avait pourtant de sacrés cons, des gamins insupportables, et qu’il fallait pourtant tolérer 24 h / 24. Dans la vie civile, même si on a affaire à de parfaits crétins, on n’a pas à les supporter en permanence. Et là, c’était terrible. Je me sentais dans une situation de solitude rare, moi qui suis naturellement calme et peu démonstratif. De plus, je faisais partie des plus âgés et je devais me « faner » des individus d’à peine plus de 18 ans. Dans de tels cas, on a l’impression de régresser intellectuellement, et je crois que c’est un petit peu ce qui est arrivé. Bien sûr, on ne manqua pas de me reprocher qu’à mon âge, je n’avais pas encore eu de petite amie (ce n’est pas ce terme qui était employé). Cela ne fut pas simple de faire comprendre que je ne cherchais même pas à sortir avec une fille. Mais curieusement, personne ne me traita ouvertement de PD. Ce doux vocable était réservé à quelqu’un de ma section : un pauvre type, petit, bigleux, un peu efféminé et maniéré. Il devait avoir à peine 19 ans. Il a été la tête de turc de beaucoup de crétins, mais il savait quand même se défendre.

Du côté des cadres engagés, j’ai eu affaire à des individus d’intérêt très variable. Le sergent qui s’occupait de l’armurerie était très correct avec moi (je crois que j’ai été seul avec qui il a toujours été correct), mais c’était un « gros con ». Il se confiait à moi et me racontait ses aventures sentimentales ou plutôt sexuelles. Mon chef de section, l’adjudant L. était quelqu’un de vraiment sympa, je n’ai jamais eu de problème avec lui. Pendant ses loisirs, il allait à la pêche et il me racontait les plantes qu’il voyait sur le terrain. Un jour près de Nancy, il aurait voulu m’emmener voir les plantes des coteaux calcaires. Hélas, cela n’était pas trop possible. Il me confia que plus jeune, il ne savait pas trop quel boulot faire et que la carrière militaire avait été une solution, mais sans doute pas une vocation. C’était un chic type qui se dévouait pas mal pour les autres et qui était rarement remercié. Il y avait un jeune lieutenant, tout juste sorti de Saint-Cyr qui se croyait arrivé je ne sais où, et prenait les autres pour des cons. Comme il nous prenait aussi pour des crétins et nous surveillait d’un peu trop près, nous lui avions tendu un piège à l’armurerie et il tomba dans le panneau. Résultat : voyant qu’on en connaissait plus que lui, il nous a foutu la paix le reste du temps. Il y avait aussi un sous-lieutenant, un ancien sous-officier. Il avait fait quelques campagnes en Afrique (Tchad ?). Au départ, il était sympa avec moi, mais pour une raison que j’ignore, il se mit à me détester. J’avais décidé de me venger de lui. Or, à l’armée, quand on possède une parcelle de pouvoir, on n’hésite pas à s’en servir. Et moi, je n’ai pas tout à fait échappé à ce travers ; c’est dire que j’étais tombé bien bas. En tant qu’armurier, j’étais soumis à un règlement strict, que nous n’appliquions pas strictement. Mais un jour, j’ai décidé de suivre le règlement avec une grande application. Je pris tout mon temps pour inspecter les armes des soldats de la section du sous-lieutenant. Je devais bientôt découvrir que le canon d’une arme n’était pas impeccable et que je refusais de la réintégrer. Le sous-lieutenant, très remonté me dit : « comment ça, c’est moi qui ait inspecté les armes ! ». Je lui tendis l’arme, il vérifia et dut se rendre à l’évidence. Tout cela retarda quelque peu la réintégration des armes, me fit perdre du temps, mais surtout, cela a eu l’énorme avantage de l’obliger à revenir et à l’emmerder copieusement. Le résultat fut qu’il arrêta subitement de m’insulter. Le second capitaine était militaire jusqu’au bout des ongles, mais il ne fit jamais rien pour me faire le moindre tort. Il y avait aussi l’adjudant « milan » dont j’ai déjà parlé. A deux reprises, je l’ai entendu dire à un soldat : « toi, quand tu seras grand, un conseil : évite de te reproduire ». Et un sergent, pas méchant par ailleurs, mais très bêtement militaire dire « il vaut mieux l’injustice que le désordre ».

En définitive, du côté des hommes, un bilan très mitigé. Il y avait des gens avec lesquels je m’entendais bien, mais je n’y avais aucun véritable ami. Nous avions inscrit nos coordonnées respectives sur un bout de papier, mais le service terminé, enfin libéré de ce boulet, j’ai jeté le bout de papier. Et depuis, personne n’a cherché à me recontacter non plus.

Mon service se terminait le jour du départ du colonel chef de corps, avec défilé dans les rues de Belfort. Le matin, je dus encore fournir les armes à mes « camarades ». Après ça, nous avions programmé une vengeance de longue date avec mon collègue du secrétariat. Nous avions décidé d’effacer de l’ordinateur tous les fichiers que nous avions créés pour nous simplifier la vie. Ce n’était certes pas très sympa pour celui qui nous succédait, mais voilà, c’était bêtement une façon de remercier ceux qui nous avaient fait des misères pendant 10 mois. La veille, le capitaine m’avait promis, fait rare, que je recevrai de la part du colonel, une lettre de remerciement chez moi. Je ne me demande même pas pourquoi je ne l’ai jamais reçue.

Quel bilan tirer de ce service militaire ? Je crois que je peux dire que je n’y ai rien appris, sauf éventuellement sur le fonctionnement d’une petite société humaine microcosmique, laquelle n’induit guère l’émulation intellectuelle ou le progrès dans les rapports humains, mais au contraire nivelle par le bas. Je n’ai pas non plus appris à m’émanciper de la tutelle parentale ou familiale (c’était fait depuis longtemps). Je n’ai pas appris non plus là-bas à donner un coup de balais ni à passer la serpillière, ni même à nettoyer les chiottes. Je ne nie pas que nombre de mes collègues a au contraire beaucoup appris. Je n’avais pas non plus besoin de l’armée pour apprendre ce qu’était le travail en équipe ou les rapports hiérarchiques en entreprise ; je crois que j’ai toujours eu des facultés assez intuitives et naturelles à ce sujet. En définitive, on m’a fait perdre mon temps pendant 10 mois. Ah si, on m’a appris à être commandé par 25 fois plus con que moi et à mettre mon amour propre entre parenthèses. Cela a parfois été dur, mais j’ai largement survécu !

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03 octobre 2007

J-31

Dans un mois aujourd'hui que nous allons nous remarier !

La première fois, c'était il y a un an et 45 jours.

Notre première rencontre virtuelle, c'était il y a environ 2 ans et 15 jours.

Notre première rencontre physique, c'était il y a 2 ans moins 40 jours.

Notre amour, c'est pour toujours !

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